Les VFX, ou effets visuels numériques, sont les images fabriquées ou retouchées par ordinateur après le tournage. Dans un plan où un dragon en 3D survole une ville filmée, le rigger fabrique le squelette qui permet d'animer le dragon, le lighting artist l'éclaire comme le soleil du tournage, puis le compositeur l'assemble avec les images filmées sans laisser de couture. Dans les studios d'animation français, la convention collective leur garantit un salaire minimum : en CDI, 2 207,02 € brut par mois pour un infographiste rigging/set up confirmé, 1 988,86 € en rendu/éclairage et 1 908,06 € en compositing.
Le rigging : rendre un modèle animable
Sorti de la modélisation, un personnage 3D est une statue : une surface de milliers de points, le maillage. Le rigger lui construit un rig, un squelette d'articulations muni de contrôleurs, ces poignées que l'animateur attrape pour le poser. La convention collective de l'animation dit qu'il « assure la mise en place technique des squelettes [...] et des contrôleurs d'animation ».
Il relie ensuite le maillage aux os : c'est le skinning. Un point du coude, lié au bras et à l'avant-bras, prend la moyenne pondérée des positions $P_1$ et $P_2$ qu'il aurait en suivant chaque os seul :
$$P = w_1 P_1 + w_2 P_2 \quad \text{avec} \quad w_1 + w_2 = 1$$
Avec des poids $w_1 = w_2 = 0{,}5$, il se place à mi-chemin. Des poids mal réglés, et le coude s'écrase quand le bras se plie.
Le rig fixe aussi la façon de piloter un membre. En cinématique directe (FK), l'animateur tourne l'épaule, puis le coude, puis le poignet. En cinématique inverse (IK), il place la main et le rig calcule les angles : c'est ce qui garde un pied collé au sol quand le corps avance.
Piège classique : le rigger n'anime pas, il fabrique l'outil de l'animateur. Un geste raide ou mal rythmé relève de l'animation ; un genou qui s'écrase dès qu'il se plie, quel que soit le geste, relève du rig.
Le lighting : éclairer et calculer l'image
Le lighting artist, « infographiste rendu/éclairage » dans la convention, place des lumières virtuelles et « ajuste l'ensemble des paramètres liés au rendu (lumières, textures, couleurs) ». Il assure aussi la continuité de l'éclairage : d'un plan à l'autre d'une scène, la lumière ne doit pas sauter.
En effets visuels, sa règle est de copier le tournage. Si le soleil frappait l'acteur par la droite en fin de journée, le dragon reçoit une lumière chaude venue de la droite, avec des ombres aussi nettes que celles du décor. Sinon, le dragon a l'air collé sur l'image.
Il lance enfin le rendu, le calcul de l'image à partir de la scène 3D, souvent livré en passes séparées (lumière directe, reflets, ombres) que le compositing dose une à une.
Le compositing : assembler le plan
Le compositeur part des images filmées et y superpose les rendus 3D, la fumée, les étincelles : la convention dit qu'il « assure la composition de l'ensemble des éléments provenant de différentes sources ». Il détoure aussi l'acteur tourné devant un fond vert (l'incrustation), puis ajoute le grain et le flou de la caméra pour que tout paraisse filmé ensemble.
Chaque pixel d'un rendu porte, en plus de sa couleur, une opacité $\alpha$ rangée dans le canal alpha : $\alpha = 1$ pour un pixel opaque, $\alpha = 0$ pour un pixel transparent, entre les deux pour un bord de cheveux ou de fumée.
Formule : pour un élément de couleur $F$ et d'opacité $\alpha$ posé sur un fond de couleur $B$, valeurs prises dans $[0\,;\,1]$, chaque canal du pixel final vaut
$$C = \alpha F + (1 - \alpha) B$$
C'est une moyenne pondérée, comme le skinning.
Piège classique : les rendus sont souvent livrés prémultipliés, c'est-à-dire que la couleur stockée vaut déjà $\alpha F$. On calcule alors $C = F_p + (1 - \alpha) B$, où $F_p$ est la couleur stockée. Multiplier une seconde fois par $\alpha$ assombrit tous les pixels semi-transparents : un liseré sombre autour de la fumée trahit l'erreur.
Les salaires minimums en France
En France, une convention collective signée pour toute une branche fixe un salaire minimum par poste. Celle de la production de films d'animation couvre toutes les entreprises du processus de production, « y compris les studios de prestation ». Sa dernière grille publiée est celle de l'avenant n° 19 du 14 juin 2024, étendu par arrêté : depuis le 6 décembre 2024, elle s'impose à tous les studios de la branche.
Le CDDU, contrat à durée déterminée d'usage, est un contrat court lié à un projet.
| Poste | CDI, brut par mois | CDDU, brut par semaine (35 h) |
|---|---|---|
| Infographiste rigging/set up confirmé | 2 207,02 € | 639,48 € |
| Infographiste rigging/set up chef | 2 716,06 € | 735,63 € |
| Infographiste rendu/éclairage | 1 988,86 € | 563,58 € |
| Superviseur rendu/éclairage | 3 019,06 € | 820,78 € |
| Infographiste compositing confirmé | 1 908,06 € | 581,26 € |
| Infographiste compositing chef | 2 581,73 € | 701,50 € |
Ce sont des minimums bruts : un studio peut payer plus, et ton net sera plus bas une fois les cotisations retenues. Pour un poste d'assistant, le minimum en CDI est de 1 851,71 € par mois en rendu/éclairage et de 1 866,65 € en rigging ou en compositing. Le CDDU, lui, paie plus cher le même travail : son minimum mensuel est de 2 771,11 € pour un rigger confirmé, contre 2 207,02 € en CDI. L'avenant justifie cet écart par la précarité du CDDU.
La convention fixe elle-même sa limite : dans un film qui mêle animation et prises de vues réelles, les CDDU de la partie filmée relèvent de la convention de la production cinématographique. Un studio d'effets visuels peut donc appliquer une autre grille : la convention qui s'applique à toi figure sur ton bulletin de paie.
Piège classique : un salaire mensuel de CDDU ne se multiplie pas par 12. Le studio ne paie que pendant les contrats, et rien ne garantit qu'ils s'enchaînent toute l'année (exercice 4).
Exercices corrigés
Cherche sur ta feuille avant d'ouvrir chaque correction.
Exercice 1 : Quel poste corrige chaque défaut ? a) Dès que le personnage plie le genou, sa jambe s'aplatit. b) Le dragon 3D est éclairé par la gauche, le soleil du tournage venait de la droite. c) Un liseré vert entoure les cheveux de l'actrice tournée sur fond vert.
Correction :
a) La jambe se déforme mal quel que soit le jeu : c'est le rig, dont les poids de skinning sont à reprendre.
b) La lumière ne copie pas le tournage : c'est le lighting.
c) Le fond vert est mal retiré : c'est le compositing, qui reprend l'incrustation.
Exercice 2 : Dans le canal rouge, un pixel de fumée rendue en 3D a une couleur non prémultipliée $F = 0{,}9$ et une opacité $\alpha = 0{,}4$. Le pixel filmé derrière vaut $B = 0{,}2$.
a) Calcule la valeur $C$ du pixel composité.
b) Le même rendu est livré prémultiplié, mais un collègue applique quand même $C = \alpha F + (1 - \alpha) B$ à la valeur stockée. Que trouve-t-il ?
Correction :
a) $C = 0{,}4 \times 0{,}9 + (1 - 0{,}4) \times 0{,}2 = 0{,}36 + 0{,}12 = 0{,}48$, sans unité, bien comprise entre $B$ et $F$.
b) La valeur stockée est $F_p = 0{,}4 \times 0{,}9 = 0{,}36$. Le collègue trouve $0{,}4 \times 0{,}36 + 0{,}6 \times 0{,}2 = 0{,}144 + 0{,}12 = 0{,}264$ au lieu de $0{,}48$ : le pixel est bien trop sombre, d'où le liseré du piège classique. La bonne formule redonne $0{,}36 + 0{,}6 \times 0{,}2 = 0{,}48$.
Exercice 3 : Un studio d'animation te propose un CDDU de 3 semaines de 35 heures comme infographiste compositing confirmé, à 560 € brut par semaine. Le minimum de la grille est de 581,26 € brut par semaine. L'offre respecte-t-elle la convention ? Quel minimum le studio doit-il te verser pour les 3 semaines ?
Correction :
$560 \lt 581{,}26$ : l'offre est sous le minimum de $581{,}26 - 560 = 21{,}26$ € par semaine, elle ne respecte pas la convention.
Pour 3 semaines, le studio doit verser au moins $3 \times 581{,}26 = 1\,743{,}78$ € brut, et non $3 \times 560 = 1\,680$ €.
Exercice 4 : Pour un infographiste rigging/set up confirmé, le minimum mensuel brut est de 2 207,02 € en CDI et de 2 771,11 € en CDDU. Inès enchaîne des CDDU payés au minimum pendant 8 mois, puis reste 4 mois sans contrat.
a) Gagne-t-elle plus sur l'année qu'en CDI au minimum ?
b) Combien de mois de CDDU par an faudrait-il pour égaler le CDI ?
Correction :
a) Non. En CDI : $12 \times 2\,207{,}02 = 26\,484{,}24$ € brut. En CDDU : $8 \times 2\,771{,}11 = 22\,168{,}88$ € brut. Inès gagne $26\,484{,}24 - 22\,168{,}88 = 4\,315{,}36$ € de moins. Multiplier le mensuel du CDDU par 12 était le piège.
b) $\dfrac{26\,484{,}24}{2\,771{,}11} \approx 9{,}56$ : il faut un peu plus de 9 mois et demi de contrats dans l'année. Seuls les salaires sont comptés ici.
À retenir
À retenir :
- Rigging : squelette, skinning et contrôleurs ; le rigger n'anime pas.
- Lighting : copier la lumière du tournage, plan après plan.
- Compositing : $C = \alpha F + (1 - \alpha) B$, ou $C = F_p + (1 - \alpha) B$ si le rendu est prémultiplié.
- Salaires : des minimums bruts par poste, fixés par la convention de l'animation.
- Le CDDU paie plus que le CDI par mois travaillé, mais seulement pendant les contrats.
Sources
- Convention collective nationale de la production de films d'animation du 6 juillet 2004 (IDCC 2412), définitions des fonctions : filière 2 (rigging/set up, compositing) et filière 4 (rendu/éclairage), sur Légifrance.
- Avenant n° 19 du 14 juin 2024 sur les salaires minimums, étendu par arrêté du 20 novembre 2024 : texte sur Légifrance.
- Avenant n° 13 du 7 juin 2019 relatif au champ d'application : texte sur Légifrance.