Une habilitation électrique est un titre écrit, remis par ton employeur après une formation, qui dit ce que tu as le droit de faire sur une installation électrique ou à côté. Elle se lit comme un code : un peintre qui travaille dans un local réservé aux électriciens, sans toucher aux installations, est habilité B0 ; un gardien d'immeuble qui remplace un fusible à l'identique est habilité BS. Le B désigne la basse et la très basse tension, le caractère suivant le type d'opération.
Ce qu'est une habilitation
Le Code du travail est net : seuls des travailleurs habilités peuvent faire des opérations sur une installation électrique ou dans son voisinage (article R4544-9). Le voisinage, c'est l'espace autour d'une pièce nue sous tension, une partie conductrice alimentée et sans isolant.
L'habilitation n'est pas un diplôme : c'est la reconnaissance, par ton employeur, que tu sais faire en sécurité les tâches qu'il te confie (article R4544-10). Il la délivre après une formation théorique et pratique sur le risque électrique, et te remet un carnet de prescriptions, le recueil des règles de sécurité. L'INRS, l'Institut national de recherche et de sécurité, recommande une formation de recyclage tous les trois ans.
Brancher un ordinateur ou utiliser une perceuse ne demande aucune habilitation. Et avant 18 ans, le Code du travail interdit qu'on te confie des opérations sous tension (article D4153-24).
Piège classique : « J'ai suivi la formation, donc je suis habilité. » Faux : c'est ton employeur qui t'habilite, par un titre écrit, et tu n'interviens que s'il te désigne pour l'opération.
Les domaines de tension
Le Code du travail range les installations en quatre domaines de tension (article R4226-2).
| Domaine | Courant alternatif | Courant continu | Lettre |
|---|---|---|---|
| TBT, très basse tension | $U \leqslant 50$ V | $U \leqslant 120$ V | B |
| BT, basse tension | $50 < U \leqslant 1\,000$ V | $120 < U \leqslant 1\,500$ V | B |
| HTA, haute tension A | $1\,000 < U \leqslant 50\,000$ V | $1\,500 < U \leqslant 75\,000$ V | H |
| HTB, haute tension B | $U > 50\,000$ V | $U > 75\,000$ V | H |
Une prise de maison, en 230 V alternatif, est en BT. Attention : 1 000 V alternatif, c'est encore de la BT, et 100 V continu, encore de la TBT.
Lire un symbole d'habilitation
Les symboles sont fixés par la norme NF C 18-510. Le 1er caractère donne le domaine, le 2e le type d'opération, un éventuel 3e la nature de l'opération. Une opération d'ordre électrique touche aux parties actives de l'installation ou à leurs isolants ; peindre ou nettoyer à côté est d'ordre non électrique.
| 2e caractère | Sens | Exemple |
|---|---|---|
| 0 | travaux d'ordre non électrique | B0, H0 |
| 1 | exécutant d'opérations d'ordre électrique | B1, H1 |
| 2 | chargé de travaux, qui dirige les exécutants | B2, H2 |
| C | consignation | BC, HC |
| R | intervention BT générale (dépannage) | BR |
| S | intervention BT élémentaire, comme remplacer un fusible à l'identique | BS |
| E | opération spécifique, suivie d'un attribut (Essai, Vérification, Mesurage ou Manœuvre) | BE Manœuvre |
Le 3e caractère : V pour les travaux au voisinage renforcé, T pour les travaux sous tension, N pour le nettoyage sous tension. En basse tension, le voisinage renforcé, c'est à moins de 0,30 m d'une pièce nue sous tension : un B0 ou un BS n'y entre jamais.
Piège classique : ce V veut dire voisinage, pas vérification ; la vérification s'écrit « BE Vérification ». Et « B0V » ne figure pas dans le tableau de la norme repris par l'INRS : en basse tension, le non-électricien est B0.
Ce que le courant fait au corps
Définition : une personne est électrisée quand un courant électrique traverse son corps et la blesse. On parle d'électrocution quand ce courant provoque sa mort.
Ce qui blesse, c'est l'intensité du courant. D'après la loi d'Ohm, $I = \dfrac{U}{R}$, avec $U$ en volts, $R$ en ohms ($\Omega$) et $I$ en ampères : à résistance égale, plus la tension est haute, plus le courant est fort. Selon l'INRS, la durée du contact, le trajet dans le corps et la peau mouillée aggravent aussi l'accident.
| Courant alternatif (INRS) | Effet sur l'organisme |
|---|---|
| 0,5 mA | perception sur la peau |
| 5 mA | secousse électrique |
| 10 mA | contracture : impossible de lâcher prise |
| 25 mA | tétanisation des muscles respiratoires, asphyxie au-delà de 3 minutes |
| 40 mA pendant 5 s, ou 50 mA pendant 1 s | fibrillation ventriculaire |
Un milliampère (mA) vaut $0{,}001$ A. Contracture et tétanisation, c'est un muscle qui se serre sans pouvoir se relâcher : la main se referme sur le câble, ou la respiration se bloque. La fibrillation ventriculaire, c'est le cœur qui tremble au lieu de battre : il ne pompe plus le sang.
L'électricité blesse aussi sans traverser le corps : quand on ouvre ou ferme un circuit, un arc électrique peut projeter du métal fondu à plus de 3 000 °C. Et une secousse en haut d'une échelle suffit pour tomber.
Travailler hors tension : la consignation
Pour l'INRS, seul le travail hors tension offre une sécurité totale. Couper un disjoncteur ne suffit pas, car quelqu'un pourrait le remettre : on consigne l'installation, c'est-à-dire qu'on garantit qu'elle reste hors tension, en cinq étapes.
Étape 1 : Séparer l'installation de toutes ses sources d'énergie électrique.
Étape 2 : Condamner, c'est-à-dire bloquer en position ouverte, chaque appareil de coupure, avec un cadenas par exemple, et poser une pancarte bien visible.
Étape 3 : Identifier la partie de l'installation concernée, pour être sûr de travailler sur la bonne.
Étape 4 : Vérifier l'absence de tension avec un VAT, un vérificateur d'absence de tension.
Étape 5 : Mettre à la terre et en court-circuit, ce qui protège si l'installation était réalimentée par erreur. En basse tension, cette étape n'est pas toujours exigée.
Quand on ne peut pas tout couper, on supprime le voisinage avec des nappes isolantes. Ces protections collectives passent avant les équipements de protection individuelle (EPI), comme les gants isolants, qui se choisissent selon la tension : ils existent en six classes, de 500 V à 36 000 V.
Face à une personne électrisée
Piège classique : le réflexe est d'attraper la victime pour la décoller du câble. Tant que le courant passe, elle fait partie du circuit : si tu la touches, il te traverse aussi.
L'INRS donne cet ordre :
Étape 1 : Couper le courant sans toucher la victime : interrupteur, disjoncteur ou prise débranchée. Si c'est impossible, la dégager du contact sans que personne d'autre soit électrisé.
Étape 2 : Alerter un sauveteur secouriste du travail (SST), puis le Samu (15), les pompiers (18) ou le 112.
Étape 3 : Rester auprès de la victime jusqu'aux secours ; les premiers gestes reviennent à une personne formée au secourisme.
Exercices corrigés
Exercice 1 : Un électricien est habilité B1V. D'après son symbole, peut-il travailler : a) sur un circuit en 1 000 V alternatif ? b) sur une ligne en 20 000 V alternatif ? c) à 20 cm d'un conducteur nu sous tension en 400 V alternatif ?
Correction :
a) Oui : la BT va jusqu'à 1 000 V inclus, et B couvre la BT. Le piège serait de classer 1 000 V en haute tension.
b) Non : $1\,000 < 20\,000 \leqslant 50\,000$, c'est de la HTA, qui demande un symbole en H.
c) Oui : 20 cm, c'est moins de 0,30 m, donc le voisinage renforcé, que le V de son symbole autorise.
Exercice 2 : Pendant une ronde de nuit, tu trouves un technicien au sol devant une armoire électrique ouverte, la main serrée sur un câble. Écris dans l'ordre ce que tu fais, puis explique pourquoi sa main ne lâche pas le câble.
Correction :
Tu ne le touches pas, tu coupes d'abord le courant, au disjoncteur ou à l'interrupteur qui alimente l'armoire. Puis tu alertes un SST et le 15, le 18 ou le 112, et tu restes près de lui jusqu'aux secours.
Sa main reste fermée à cause de la contracture : dès 10 mA en courant alternatif, on ne peut plus lâcher prise.
Exercice 3 : Données fictives. Une personne touche un conducteur à 230 V ; la résistance de son corps, sur le trajet du courant, vaut $2\,000\ \Omega$. a) Calcule l'intensité qui la traverse, en milliampères. b) Même question si, mains mouillées, la résistance tombe à $1\,000\ \Omega$. c) Compare au tableau des effets.
Correction :
a) $I = \dfrac{U}{R} = \dfrac{230}{2\,000} = 0{,}115\ \text{A}$. Comme $1\ \text{A} = 1\,000\ \text{mA}$, $I = 115\ \text{mA}$.
b) $I = \dfrac{230}{1\,000} = 0{,}23\ \text{A} = 230\ \text{mA}$ : la résistance est divisée par deux, l'intensité double.
c) Les deux valeurs dépassent 50 mA : un contact d'une seconde suffit à risquer la fibrillation ventriculaire. Le piège : comparer 0,115 à 50 sans convertir.
À retenir
À retenir :
- L'habilitation est délivrée par l'employeur, après une formation, pour les tâches qu'il te confie.
- B : basse et très basse tension ; H : haute tension ; un V en 3e position autorise le voisinage renforcé.
- Ce qui blesse, c'est le courant : dès 10 mA en alternatif, on ne lâche plus prise.
- Consigner : séparer, condamner, identifier, vérifier l'absence de tension, mettre à la terre et en court-circuit.
- Face à une victime : couper le courant avant de la toucher, puis alerter.
Sources
- Code du travail, articles R4226-2, R4544-9, R4544-10 et D4153-24, sur code.travail.gouv.fr.
- INRS, « L'habilitation électrique », brochure ED 6127, 3e édition, décembre 2020.
- INRS, dossier « Risques électriques » : Risques liés à l'électricité, Accidents d'origine électrique, Prévention du risque électrique.