L'essentiel à connaître
Mixer, c'est doser chaque piste (dialogue, ambiances, bruitages, musique) en niveau, en timbre et en espace, pour que le dialogue reste compris de bout en bout. Exemple : dans un reportage, la musique baisse d'elle-même quand le commentaire démarre. Puis vient la mesure de sonie, le volume tel que l'oreille le perçoit : pour la télévision, la recommandation EBU R 128 vise $-23$ LUFS, l'unité de sonie comptée depuis le maximum numérique.
L'égaliseur (EQ) renforce ou atténue des bandes de fréquences. Son filtre coupe-bas, qu'on appelle aussi passe-haut, laisse passer les aigus et atténue le grave sous sa fréquence de coupure, le point où il commence à agir : le grondement du vent et les bruits de perche s'atténuent. Le panoramique place un son entre la gauche et la droite. La réverbération imite l'acoustique d'un lieu ; le delay, lui, répète le son en échos distincts.
Le compresseur réduit la plage dynamique, l'écart entre passages forts et faibles : au-dessus de son seuil, il divise le dépassement par son taux. Le limiteur interdit de dépasser un plafond ; le noise gate ferme la piste sous son seuil. Le de-esser est un compresseur qui ne réagit qu'aux sifflantes (« s », « ch »). Branché en sidechain, un compresseur obéit à un autre signal : posé sur la musique et piloté par la voix, il fait le ducking de l'exemple.
Formule : au-dessus du seuil, sans gain ajouté après le compresseur,
$$\text{dépassement en sortie} = \frac{\text{dépassement en entrée}}{\text{taux}}$$
Exemple : seuil à $-20$ dBFS (décibels sous le maximum numérique, qui vaut $0$ dBFS), taux $2:1$, pic à $-10$ dBFS. Le pic dépasse de $10$ dB, il en reste $\frac{10}{2} = 5$ dB : il ressort à $-15$ dBFS.
Le mesureur de sonie applique une pondération qui suit la sensibilité de l'oreille selon la fréquence. La sonie intégrée est la moyenne sur tout le programme, tous les sons confondus, et un écart de sonie se compte en LU. En France, une délibération du CSA (devenu l'Arcom) du 19 juillet 2011 fixe aussi $-23$ LUFS pour la télévision.
Piège classique : croire que le crête-mètre mesure la sonie. Il ne lit que le sommet des échantillons, en dBFS. La crête vraie (en dBTP), sommet de l'onde reconstituée, peut monter plus haut, entre deux échantillons.
À retenir : R 128 vise $-23$ LUFS de sonie intégrée et une crête vraie d'au plus $-1$ dBTP. Comme 1 LU vaut 1 dB, un mix à $-26$ LUFS se corrige en montant le gain de $3$ dB.
Quiz : teste tes connaissances
Les questions montent en difficulté : les trois dernières sont les plus piégeuses.
Question 1 : Sur une prise de voix, une bande de fréquences rend le son nasillard. Quel outil l'atténue ?
Réponse : C. L'égaliseur atténue ou renforce la bande de fréquences choisie : il agit sur le timbre. Le compresseur, piège tentant, agit sur le niveau, quelle que soit la fréquence.
Question 2 : Sur une piste stéréo, à quoi sert le panoramique ?
Réponse : A. Le panoramique répartit le signal entre les deux canaux. La profondeur, piège B, vient du niveau et de la réverbération : un son plus faible et plus réverbéré paraît plus loin.
Question 3 : Quel effet imite l'acoustique d'une pièce ou d'une église ?
Réponse : D. La réverbération ajoute une traîne de réflexions si serrées qu'elles se fondent, comme dans un vrai lieu. Le delay, piège tentant, répète le son en échos distincts.
Question 4 : Que fait un compresseur sur un dialogue ?
Réponse : B. Au-dessus du seuil, il baisse le niveau : la plage dynamique se resserre. Le piège D est courant : il ne retire aucun bruit, et si tu remontes ensuite le niveau, le souffle s'entend davantage.
Question 5 : Tu poses un filtre coupe-bas, ou passe-haut, sur un dialogue tourné dehors. Que fait-il ?
Réponse : D. « Coupe-bas » et « passe-haut » nomment le même filtre : les aigus passent, le grave sous la fréquence de coupure est atténué. Le piège A vient du mot « haut » : ce sont les hautes fréquences qui passent.
Question 6 : Entre deux répliques, on entend une climatisation. Quel outil ferme la piste quand personne ne parle ?
Réponse : A. Le noise gate ferme la piste dès que le signal passe sous son seuil, donc dans les silences. Le limiteur surveille un plafond, pas les passages faibles. Pendant la réplique, en revanche, la climatisation reste audible sous la voix.
Question 7 : Une voix siffle sur les « s ». Pourquoi préférer un de-esser à une baisse des aigus à l'égaliseur ?
Réponse : C. Le de-esser ne baisse les aigus que lorsqu'une sifflante dépasse son seuil ; l'égaliseur les baisserait en permanence et rendrait toute la voix terne. Le piège D va trop loin : le « s » reste, il siffle moins.
Question 8 : La musique d'un reportage doit baisser d'elle-même dès que le commentaire démarre. Comment montes-tu ce ducking ?
Réponse : B. Le compresseur va sur la piste à baisser, la musique, et son entrée sidechain reçoit la voix : quand la voix passe le seuil, la musique baisse. Le piège A inverse les rôles : c'est la voix qui baisserait dès que la musique joue.
Question 9 : Ton documentaire pour la télévision mesure $-20$ LUFS en sonie intégrée. Que fais-tu pour atteindre la cible de R 128 ?
Réponse : A. La cible est $-23$ LUFS, et ton mix à $-20$ LUFS la dépasse de $3$ LU ; comme 1 LU vaut 1 dB, une baisse de $3$ dB l'y ramène. Le piège B vient du signe : plus une valeur négative est proche de zéro, plus le son est fort.
Question 10 : Un compresseur a son seuil à $-20$ dBFS et un taux de $4:1$, sans gain ajouté après lui. Un pic entre à $-8$ dBFS : à quel niveau ressort-il ?
Réponse : D. Le pic dépasse le seuil de $-8 - (-20) = 12$ dB ; le taux divise ce dépassement par quatre, il en reste $\frac{12}{4} = 3$ dB, d'où $-20 + 3 = -17$ dBFS. Le piège A retire $3$ dB au pic au lieu de lui laisser $3$ dB au-dessus du seuil.
Question 11 : Ton mix culmine à $-1$ dBFS sur le crête-mètre de ton logiciel. Que sais-tu de sa sonie intégrée ?
Réponse : B. Le crête-mètre lit un sommet instantané, pas le volume perçu sur la durée : un mix très compressé et un mix très nuancé peuvent culminer tous deux à $-1$ dBFS et sonner très différemment. Le piège D compare une crête et une moyenne perçue, deux mesures différentes.
Question 12 : Ton mix est à $-23$ LUFS et ton crête-mètre, qui lit les échantillons, affiche au plus $-1{,}5$ dBFS. Respectes-tu le plafond de $-1$ dBTP ?
Réponse : C. Le crête-mètre ne lit que les échantillons ; la crête vraie est le sommet de l'onde reconstituée, qui peut monter plus haut entre deux d'entre eux. Seul un mesureur de crête vraie tranche. Le piège A confond ces deux mesures.
Sources
Union européenne de radio-télévision (UER), recommandation EBU R 128, novembre 2023 : cible de $-23$ LUFS, crête vraie d'au plus $-1$ dBTP.
UER, EBU Tech 3341, novembre 2023 : mesure de la sonie, 1 LU équivaut à 1 dB.
Légifrance, délibération n° 2011-29 du 19 juillet 2011 sur l'intensité sonore des programmes et des publicités à la télévision.