L'essentiel à connaître
Un raccord, c'est la façon de passer d'un plan au suivant sans que le spectateur sente la coupe. Exemple : en plan large, une femme tend la main vers une poignée ; tu coupes pendant le geste, et le gros plan montre la main qui tourne la poignée. L'œil suit le geste, il ne voit pas la coupe : c'est un raccord dans le mouvement. La narration naît ensuite de l'ordre des plans, de leur durée et de ce que tu choisis de ne pas montrer.
| Raccord | Le lien | Exemple |
|---|---|---|
| Dans le mouvement | Un geste commencé finit dans le plan suivant | Une main pousse une porte, la porte s'ouvre |
| Regard | Un personnage regarde hors champ (hors du cadre), puis l'objet de son regard | Un visage levé, puis une horloge |
| De direction | Un déplacement garde son sens à l'écran | Un cycliste sort à droite, entre à gauche |
| Dans l'axe | Même axe, valeur de plan (taille du sujet dans le cadre) très différente | Plan large, puis gros plan du même batteur |
| Plastique | Deux sujets différents qui se ressemblent | Un ballon qui roule, puis une roue |
Deux règles protègent ces raccords. Celle des 180 degrés : entre deux personnes qui se parlent passe une ligne imaginaire que la caméra ne franchit pas ; dans le champ-contrechamp (on filme l'une, puis l'autre en face), leurs regards partent ainsi en sens opposés à l'écran. Celle des 30 degrés : entre deux plans du même sujet et de valeur proche, l'angle change d'au moins 30 degrés, sinon l'image saute sur place (le jump cut). Le raccord dans l'axe y échappe, car il change nettement la valeur de plan. Quant au plan de coupe (un détail, un témoin), glissé entre deux prises qui ne raccordent pas, il masque le défaut.
Côté récit, l'ellipse supprime un moment de l'histoire que le spectateur reconstitue seul : un homme monte en voiture, coupe, il se gare devant chez lui. L'effet Koulechov, du nom du cinéaste soviétique Lev Koulechov, rappelle que le sens d'un plan dépend des plans voisins : monte le même visage neutre après une assiette pleine, puis après un cercueil, et le spectateur y lit la faim, puis le chagrin.
Piège classique : montage alterné et montage parallèle ne sont pas synonymes. L'alterné montre tour à tour des actions qui se passent en même temps, dans des lieux différents. Le parallèle rapproche des actions qui ne sont pas simultanées, pour leur sens : une comparaison ou une opposition (vocabulaire du cinéma de Ciclic).
Le son aussi raccorde : dans un L-cut, le son du plan précédent continue sous l'image suivante ; dans un J-cut, tu entends le plan suivant avant de le voir (les noms viennent de la forme des pistes sur la timeline, la ligne de temps du logiciel). Enfin, après le dérushage (le tri des rushes, les prises brutes du tournage), le premier assemblage des prises choisies, dans l'ordre du scénario, s'appelle le bout-à-bout ou premier montage, familièrement l'ours (Office québécois de la langue française).
Quiz : teste tes connaissances
Les questions montent en difficulté, et les trois dernières sont les plus piégeuses.
Question 1 : Quel raccord s'appuie sur un geste commencé dans un plan et terminé dans le suivant ?
Réponse : B. La coupe tombe pendant le geste, que l'œil suit sans voir le changement de plan. Le raccord dans l'axe (C), lui, change seulement la valeur de plan.
Question 2 : Une jeune femme fixe un point hors du cadre, puis le plan suivant montre un téléphone qui vibre. Quel raccord relie ces deux plans ?
Réponse : D. Le raccord regard relie celle qui regarde à ce qu'elle voit. Le raccord de direction, tentant, concerne un déplacement qui garde son sens, pas un regard.
Question 3 : Que fait une ellipse au montage ?
Réponse : A. L'ellipse retire un temps de l'histoire que le spectateur reconstitue seul. Revenir en arrière (D), c'est un flash-back : il change l'ordre du récit, pas sa durée.
Question 4 : À quoi sert d'abord un plan de coupe ?
Réponse : C. Glissé entre deux prises qui ne raccordent pas, le plan de coupe détourne l'œil et cache le défaut. Relier deux sujets qui se ressemblent (D), c'est le rôle du raccord plastique.
Question 5 : Tu coupes entre deux plans de la même personne, même valeur de plan, angle décalé de 10 degrés. Que voit le spectateur ?
Réponse : A. Sous 30 degrés et sans changement de valeur de plan, les deux images se ressemblent trop : la personne semble sauter sur place. L'inversion des regards (B) vient d'un franchissement de la ligne des 180 degrés.
Question 6 : Que montre l'effet Koulechov ?
Réponse : B. Le même visage neutre semble affamé après une assiette pleine, triste après un cercueil : l'émotion naît de l'association des plans. Le piège est C : le spectateur croit que l'acteur joue, alors que son visage ne change pas.
Question 7 : Dans un champ-contrechamp, Léa regarde vers la droite du cadre. Vers où Hugo doit-il regarder pour que leurs regards se croisent ?
Réponse : D. Caméra du même côté de la ligne des 180 degrés, deux personnes face à face regardent en sens opposés à l'écran. Si Hugo regarde aussi vers la droite (A), ils semblent fixer la même chose, comme après un franchissement de la ligne.
Question 8 : Une pleine lune, coupe, puis une assiette blanche vue de dessus, au même endroit du cadre. Quel raccord est utilisé ?
Réponse : A. Deux sujets sans rapport sont liés par leur ressemblance : c'est un raccord plastique. Le raccord dans l'axe (C) tente parce que le cercle ne bouge pas, mais il garde le même sujet.
Question 9 : Comment s'appelle le premier assemblage des prises choisies, dans l'ordre du scénario ?
Réponse : C. Le bout-à-bout, ou premier montage (familièrement l'ours), vérifie que l'histoire tient. Le dérushage (A) vient juste avant : c'est le tri des rushes, sans rien assembler.
Question 10 : Un film montre tour à tour un cambrioleur qui force une porte et la propriétaire qui rentre chez elle au même moment. Quel est ce montage ?
Réponse : D. Des actions simultanées, dans des lieux différents, montrées tour à tour : c'est le montage alterné. Le piège est A : le parallèle rapproche des actions non simultanées, pour leur sens. Le split-screen (B) les montrerait ensemble, dans une image partagée.
Question 11 : Tu passes d'un plan large d'une chanteuse à un gros plan de son visage, filmé dans le même axe. Que vaut cette coupe ?
Réponse : C. L'angle ne change pas, mais la valeur de plan change nettement : l'œil accepte la coupe. Le piège est A : appliquer la règle des 30 degrés sans regarder la valeur de plan.
Question 12 : Une scène calme se termine, et l'on entend déjà le sifflet du train de la scène suivante avant de le voir. Comment s'appelle cette coupe ?
Réponse : B. Le son du plan suivant arrive avant son image : c'est un J-cut. Le piège est A : le L-cut fait l'inverse, le son du plan précédent déborde sur l'image suivante.
Sources
France compétences, fiche RNCP37020 (BTS Métiers de l'audiovisuel, option métiers du montage et de la postproduction) : « concevoir un montage en mettant en œuvre des techniques de narration ».
Ciclic, vocabulaire du cinéma : raccords, règle des 180 degrés, ellipse, montages alterné et parallèle.
Office québécois de la langue française, fiche « bout-à-bout ».