Un bilan dit, à une date précise, ce que l'entreprise possède (l'actif) et d'où vient l'argent qui l'a payé (le passif), et les deux totaux sont toujours égaux. Exemple : une société démarre avec 10 000 € apportés par ses associés et 5 000 € empruntés, puis achète une camionnette 12 000 €. À l'actif, 12 000 € de camionnette et 3 000 € en banque ; au passif, 10 000 € de capital et 5 000 € d'emprunt : 15 000 € de chaque côté.
Le bilan : actif et passif
L'actif liste les emplois, ce que l'entreprise a fait de ses ressources. En haut, les immobilisations, des biens gardés plusieurs années (locaux, machines, véhicules). En dessous, l'actif circulant, qui tourne avec l'activité : stocks, créances clients (ventes pas encore encaissées) et disponibilités (banque et caisse).
Le passif liste les ressources, l'origine de cet argent : d'abord les capitaux propres (capital apporté par les associés, résultats laissés dans l'entreprise), puis les dettes (emprunts, fournisseurs, sommes dues à l'État et aux organismes sociaux).
Chaque euro de l'actif vient d'une ressource du passif : les deux totaux ne peuvent pas différer. Le Code de commerce impose de présenter séparément l'actif et le passif, capitaux propres à part (article L123-13). Le passif n'est donc pas « ce qui va mal » : il contient aussi l'argent des associés.
La partie double : débit et crédit
Chaque opération touche au moins deux comptes, pour le même montant. Un compte a deux colonnes, le débit à gauche et le crédit à droite : deux côtés, pas un jugement.
Pour choisir le côté, pense emplois et ressources : le compte qui reçoit la valeur est débité, celui qui la fournit est crédité. Le total des débits égale donc toujours celui des crédits.
Règle : un compte d'actif augmente au débit et diminue au crédit ; un compte de passif augmente au crédit et diminue au débit. Une charge s'inscrit au débit, un produit au crédit.
Pour la camionnette payée par virement : débit d'un compte d'immobilisations (matériel de transport) et crédit du compte de banque, 12 000 € chacun. Un actif en remplace un autre.
Piège classique : ton relevé bancaire écrit « crédit » quand de l'argent arrive, car ton dépôt est une dette pour la banque. Dans les comptes de l'entreprise, un encaissement se note au débit du compte de banque.
Le compte de résultat
Le bilan est une photo à une date ; le compte de résultat raconte l'exercice, la période entre deux bilans. Il met face à face les produits (ventes, prestations) et les charges (achats, loyers, salaires, impôts).
$$\text{Résultat} = \text{produits} - \text{charges}$$
Positif, c'est un bénéfice ; négatif, une perte. Il rejoint ensuite les capitaux propres, au passif : c'est le pont entre les deux documents.
Une charge ou un produit compte dans l'exercice où il naît, pas quand l'argent bouge : le compte de résultat récapitule les produits et les charges « sans qu'il soit tenu compte de leur date d'encaissement ou de paiement » (article L123-13). Une vente facturée le 20 décembre et payée en février compte donc dans l'exercice clos le 31 décembre, et attend au bilan en créance client.
Piège classique : payer n'est pas forcément une charge. La camionnette est une immobilisation ; ce qui passe en charge, c'est son usure, l'amortissement, réparti sur sa durée d'utilisation. Amortie de façon linéaire (la même somme chaque année) sur cinq ans, elle pèse $12\,000 \div 5 = 2\,400$ € par an sur le résultat.
Le bilan fonctionnel et la trésorerie
Pour juger l'équilibre financier, on reclasse le bilan selon la durée des emplois et des ressources : c'est le bilan fonctionnel. Les immobilisations y sont prises à leur valeur brute, et leurs amortissements passent dans les ressources stables.
| Étage | Emplois | Ressources |
|---|---|---|
| Stable | Immobilisations brutes | Capitaux propres, amortissements et dépréciations, emprunts |
| Circulant | Stocks, créances | Dettes fournisseurs, fiscales et sociales |
| Trésorerie | Disponibilités | Découverts bancaires |
Le programme national du BUT GEA demande, en première année, de construire ce bilan sans retraitement (en reclassant les postes sans les corriger), puis d'en tirer trois indicateurs (ressource R2.10).
Le fonds de roulement net global (FRNG) est ce que les ressources stables laissent une fois les immobilisations financées. Le besoin en fonds de roulement (BFR) est l'argent bloqué par le décalage entre ce que l'entreprise paie et ce qu'elle encaisse : stocks, clients qui paient plus tard. Le FRNG finance d'abord le BFR ; ce qui reste, positif ou négatif, est la trésorerie nette (TN).
Formule :
$$\text{FRNG} = \text{ressources stables} - \text{emplois stables}$$
$$\text{BFR} = (\text{stocks} + \text{créances}) - \text{dettes non financières}$$
$$\text{TN} = \text{FRNG} - \text{BFR} = \text{disponibilités} - \text{découverts}$$
Voilà comment une entreprise rentable peut manquer d'argent : si ses ventes grimpent vite, ses stocks et ses créances clients aussi, le BFR dépasse le FRNG et elle vit à découvert malgré ses bénéfices. À l'inverse, quand les dettes non financières dépassent stocks et créances, le BFR est négatif : l'exploitation apporte de la trésorerie.
Le contrôle de gestion : le seuil de rentabilité
Le contrôle de gestion se sert des mêmes charges pour décider : à quel prix vendre, quel volume viser. Sa première méthode, celle des coûts variables, trie les charges en deux familles.
Les charges variables suivent l'activité (marchandises, matières, commissions). Les charges fixes ne bougent pas sur la période, quel que soit le volume (loyer, assurance, amortissements). Le chiffre d'affaires (CA) moins les charges variables donne la marge sur coût variable (MCV) : elle paie d'abord les charges fixes, et le surplus est le bénéfice.
Formule :
$$\text{MCV} = \text{CA} - \text{charges variables}$$
$$\text{taux de MCV} = \frac{\text{MCV}}{\text{CA}}$$
$$\text{Résultat} = \text{MCV} - \text{charges fixes}$$
$$\text{seuil de rentabilité} = \frac{\text{charges fixes}}{\text{taux de MCV}}$$
Le seuil de rentabilité est le CA pour lequel la MCV couvre tout juste les charges fixes : le résultat est nul. La formule se retrouve sans l'apprendre : chaque euro vendu laisse « taux de MCV » euro de marge, et il faut accumuler autant de marge que de charges fixes. Si les ventes sont régulières, le point mort, date où le seuil est atteint, tombe $\dfrac{\text{seuil}}{\text{CA annuel}} \times 12$ mois après le début de l'exercice.
Piège classique : pour un seuil en quantités, on divise les charges fixes par la marge unitaire (prix de vente moins coût variable unitaire), jamais par le prix de vente, qui oublie les charges variables.
L'autre méthode, celle des coûts complets, répartit toutes les charges entre les produits ; les budgets, qui comparent prévu et réalisé, viennent en deuxième année.
Exercices corrigés
Du plus direct au plus proche d'un partiel. Cherche chacun avant d'ouvrir la correction.
Exercice 1 : (données fictives) Premier exercice d'une entreprise de services, du 1er janvier au 31 décembre : 80 000 € de prestations facturées, dont 10 000 € encaissés seulement en janvier suivant ; 30 000 € de salaires et 12 000 € de loyers payés ; un véhicule de 15 000 € acheté comptant et mis en service le 1er janvier, amorti de façon linéaire sur 5 ans. Hors impôts et TVA, calcule le résultat, puis la variation de trésorerie, et explique l'écart.
Correction :
Les 80 000 € facturés sont des produits, encaissés ou non. Charges : $30\,000 + 12\,000 + \dfrac{15\,000}{5} = 45\,000$ €, amortissement compris. Résultat : $80\,000 - 45\,000 = 35\,000$ €.
Trésorerie : encaissements $80\,000 - 10\,000 = 70\,000$ €, décaissements $30\,000 + 12\,000 + 15\,000 = 57\,000$ €, hausse de $70\,000 - 57\,000 = 13\,000$ €.
Écart : $35\,000 - 13\,000 = 22\,000$ €, soit les 10 000 € pas encore encaissés plus les 12 000 € du véhicule payés sans passer en charge cette année.
Exercice 2 : (données fictives) Bilan fonctionnel d'une PME au 31 décembre, en euros. Emplois : immobilisations brutes 300 000, stocks 60 000, créances clients 70 000, disponibilités 10 000. Ressources : capitaux propres 180 000, amortissements 60 000, emprunts 100 000, dettes fournisseurs 60 000, dettes fiscales et sociales 20 000, découverts bancaires 20 000. Calcule le FRNG, le BFR et la trésorerie nette, vérifie-la avec les postes de trésorerie, puis interprète.
Correction :
Ressources stables : $180\,000 + 60\,000 + 100\,000 = 340\,000$ €, donc $\text{FRNG} = 340\,000 - 300\,000 = 40\,000$ €.
$\text{BFR} = (60\,000 + 70\,000) - (60\,000 + 20\,000) = 50\,000$ €.
$\text{TN} = 40\,000 - 50\,000 = -10\,000$ €. Vérification : $10\,000 - 20\,000 = -10\,000$ €.
Les ressources stables couvrent les immobilisations et laissent 40 000 €, mais l'exploitation en bloque 50 000 : le découvert comble l'écart. Pistes : faire payer les clients plus vite, alléger les stocks, renforcer les ressources stables.
Exercice 3 : (données fictives) Une crêperie ambulante vend ses crêpes 6 € pièce, pour un coût variable de 2,40 € par crêpe. Ses charges fixes annuelles (emplacement, assurance, amortissement du camion) sont de 36 000 €. Elle vend 12 000 crêpes par an, à rythme régulier. Calcule son résultat, son seuil de rentabilité en crêpes et en euros, et la date du point mort si l'exercice commence le 1er janvier.
Correction :
Marge unitaire : $6 - 2{,}40 = 3{,}60$ €. MCV totale : $3{,}60 \times 12\,000 = 43\,200$ €. Résultat : $43\,200 - 36\,000 = 7\,200$ €.
Seuil en quantités : $\dfrac{36\,000}{3{,}60} = 10\,000$ crêpes. En euros : $10\,000 \times 6 = 60\,000$ €. Contrôle par le taux de MCV, $\dfrac{3{,}60}{6} = 0{,}6$ : $\dfrac{36\,000}{0{,}6} = 60\,000$ €.
CA annuel : $12\,000 \times 6 = 72\,000$ €. Point mort : $\dfrac{60\,000}{72\,000} \times 12 = 10$ mois, donc fin octobre.
Le piège donnait $\dfrac{36\,000}{6} = 6\,000$ crêpes. À ce volume, la marge ne vaut que $6\,000 \times 3{,}60 = 21\,600$ €, soit une perte de $36\,000 - 21\,600 = 14\,400$ €.
À retenir
À retenir :
- L'actif montre les emplois, le passif les ressources, et $\text{actif} = \text{passif}$.
- On débite le compte qui reçoit, on crédite celui qui fournit.
- $\text{Résultat} = \text{produits} - \text{charges}$, comptés quand ils naissent, pas quand on paie ; une immobilisation passe en charge par l'amortissement.
- $\text{TN} = \text{FRNG} - \text{BFR}$ : un bénéfice ne garantit pas la trésorerie.
- $\text{seuil de rentabilité} = \dfrac{\text{charges fixes}}{\text{taux de MCV}}$ ; en quantités, on divise par la marge unitaire.
Sources
- Programme national du BUT GEA, annexe 12 de l'arrêté du 15 avril 2022, Bulletin officiel spécial n° 4 du 26 mai 2022 (ressources R2.09 et R2.10) : texte du ministère.
- Code de commerce, article L123-13 sur les comptes annuels : Légifrance.