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BUT Info-Com Parcours Journalisme : Éécriture, Enquête et Déontologie des Médias

Écrire l'essentiel d'abord, recouper avant de publier, connaître la charte et la loi de 1881 : les méthodes du parcours Journalisme, avec trois exercices corrigés.

Cet article a été rédigé à des fins pédagogiques. Les informations présentées peuvent évoluer. Nous t’invitons à vérifier auprès de sources officielles.

Un article de presse s'ouvre sur le fait nouveau, jamais sur le contexte : « Le conseil municipal a voté mardi la fermeture de la piscine au 30 juin » dit d'emblée ce qui s'est passé. Ce fait, tu l'as vérifié dans un document ou auprès d'une seconde source indépendante. Et tu sais où passe la limite entre informer sur quelqu'un et le diffamer. Trois exercices corrigés t'attendent à la fin.

Écrire : l'essentiel d'abord

Ton lecteur peut décrocher à chaque ligne. L'article se construit donc en pyramide inversée : le fait le plus important en haut, les détails ensuite par ordre d'importance, le contexte à la fin. Si on coupe le dernier paragraphe, rien d'essentiel ne disparaît.

Pour trouver l'essentiel, pose les six questions du QQOQCP : qui, quoi, où, quand, comment, pourquoi. La première phrase, qu'on appelle l'attaque, répond aux plus importantes.

Définition : l'angle est le point de vue précis sous lequel tu traites un sujet. « La fermeture de la piscine » est un sujet ; « où les écoliers apprendront à nager à la rentrée » est un angle.

Avec un angle, tu sais qui interroger, quels chiffres chercher et quoi laisser de côté. Sous le titre, le chapô, un court paragraphe d'introduction, résume l'angle en deux ou trois phrases. Le programme national du parcours demande d'« assimiler la notion d'angle en journalisme ».

Le genre compte aussi : dans une brève ou un reportage, tu rapportes des faits ; dans un éditorial ou une chronique, une opinion s'exprime, et le lecteur doit le voir tout de suite. À la radio, tu écris pour l'oreille : une idée par phrase, des chiffres arrondis.

Piège classique : ouvrir sur le contexte (« Depuis des années, les équipements sportifs font débat dans la commune »). Après deux phrases, ton lecteur ne sait toujours pas ce qui s'est passé. Écris le fait nouveau d'abord, le contexte ensuite.

Enquêter : chercher et recouper

Une source primaire a vu ou produit le fait elle-même : le témoin, le rapport d'origine, la délibération votée. Une source secondaire le rapporte : un autre média, un message sur un réseau social. Remonte toujours jusqu'à la source primaire, c'est elle que tu cites.

Recouper, c'est confirmer un fait auprès d'une source indépendante de la première. Demande-toi si les deux ont pu l'apprendre chacune de leur côté. Un témoin de l'incendie et les pompiers venus l'éteindre : oui. Deux sites qui reprennent la même dépêche d'agence : non, c'est une seule source répétée.

Les documents pèsent plus lourd que les déclarations : un budget, un arrêté ou un jugement se citent et se vérifient. Les données ouvertes (open data), publiées librement par les administrations, servent à contrôler un chiffre.

La vérification des faits, ou fact-checking, vaut aussi pour les images : une photo authentique peut avoir été prise ailleurs, ou des années plus tôt. Retrouve sa première publication avant de la reprendre. En interview, la relance (« vous l'avez vu vous-même ? ») sépare ce que la personne a constaté de ce qu'elle a entendu dire.

La déontologie : les devoirs du journaliste

La déontologie, ce sont les devoirs qu'une profession se fixe à elle-même. Chez les journalistes, ils sont écrits notamment dans la Charte d'éthique professionnelle des journalistes, rédigée par le Syndicat national des journalistes (SNJ) en 1918 et révisée en 1938 puis en 2011. Ce n'est pas une loi.

Elle range « la non vérification des faits » parmi « les plus graves dérives professionnelles » et demande de « rectifier rapidement toute information diffusée qui se révèlerait inexacte ». Elle interdit le plagiat et refuse « toute confusion entre journalisme et communication ».

Elle impose aussi le respect de « la dignité des personnes et la présomption d'innocence » : tant qu'un tribunal ne l'a pas déclarée coupable, une personne poursuivie est présumée innocente. Tu écris « soupçonné », pas « coupable ». Le journaliste ne confond pas son rôle « avec celui du policier ou du juge ».

Piège classique : confondre déontologie et droit. La charte dit ce que le journaliste doit faire ; la loi dit ce qui est punissable. Recopier un communiqué de presse sans le vérifier n'est pas un délit en soi, mais c'est un manquement à la charte.

Le droit : la loi de 1881

La loi du 29 juillet 1881 sur la liberté de la presse, toujours en vigueur, définit à son article 29 deux notions à ne pas confondre.

Définition : la diffamation est « toute allégation ou imputation d'un fait qui porte atteinte à l'honneur ou à la considération de la personne ». L'injure est « toute expression outrageante, termes de mépris ou invective qui ne renferme l'imputation d'aucun fait ».

Tout se joue sur le fait. « Le directeur a falsifié les comptes » impute un fait précis, qu'on peut prouver ou réfuter : c'est le terrain de la diffamation. « Le directeur est un incapable » n'impute aucun fait : c'est le terrain de l'injure.

Poursuivi pour diffamation, tu peux prouver que le fait est vrai (article 35), sauf s'il touche à la vie privée de la personne : tes documents d'enquête sont ta défense. Passé trois mois après la publication, on ne peut en principe plus poursuivre : l'action est prescrite (article 65).

Piège classique : te croire protégé par le conditionnel. L'article 29 rend punissable l'imputation faite « sous forme dubitative » ou publiée « par voie de reproduction », même quand la personne n'est pas nommée mais reste identifiable. « Le directeur aurait falsifié les comptes, selon d'anciens salariés » reste une imputation de fait.

Toute personne nommée ou désignée dans un journal dispose d'un droit de réponse : un quotidien doit publier sa réponse dans les trois jours de sa réception (article 13). Et l'article 2 protège le secret des sources, auquel on ne peut porter atteinte que pour un impératif prépondérant d'intérêt public.

Exercices corrigés

Du plus direct au plus proche d'un partiel.

Exercice 1 : Voici le début d'un article (données fictives) : « Construite en 1975, la piscine municipale a vu passer des générations de nageurs. Mardi soir, le conseil municipal a voté sa fermeture au 30 juin, jugeant trop chère sa rénovation, estimée à 4 millions d'euros. » Réécris l'attaque en pyramide inversée, puis dis à quelles questions du QQOQCP elle répond.

Correction :

Le fait nouveau, le vote, n'arrivait qu'en deuxième phrase. Attaque réécrite : « Le conseil municipal a voté mardi soir la fermeture de la piscine au 30 juin, jugeant trop chère sa rénovation, estimée à 4 millions d'euros. »

Qui : le conseil municipal ; quoi : la fermeture de la piscine ; quand : mardi soir et le 30 juin ; pourquoi : le coût de la rénovation. Le où viendra juste après ; l'année de construction descend plus bas.

Exercice 2 : Trois sites annoncent le départ de l'entraîneur du club de football de ta ville. Tous citent le même article d'un quotidien sportif, qui s'appuie sur « une source proche du club » (situation fictive). Combien de sources as-tu, et que fais-tu avant de publier ?

Correction :

Une seule source, le quotidien, reprise trois fois, et qui repose elle-même sur une source anonyme. Compter trois articles comme trois confirmations, c'est le piège.

Tu contactes des sources primaires : le club, l'entraîneur ou son agent. Sans confirmation, tu ne publies pas ce départ comme un fait ; au plus, tu écris que le quotidien l'annonce et que le club ne l'a pas confirmé.

Exercice 3 : Pour chaque phrase publiée (données fictives), dis s'il s'agit d'une diffamation possible, d'une injure possible ou d'aucune des deux, selon l'article 29 de la loi de 1881.

a) « Le trésorier de l'association a détourné 15 000 euros. »

b) « Ce trésorier est un incapable. »

c) « Le trésorier aurait détourné de l'argent, selon d'anciens bénévoles. »

d) « L'association a perdu la moitié de ses adhérents en deux ans. »

Correction :

a) Diffamation possible : un fait précis, qu'on peut prouver ou réfuter, qui atteint l'honneur du trésorier. Pour te défendre, tu pourrais prouver qu'il est vrai (article 35).

b) Injure possible : un terme de mépris, sans aucun fait.

c) Diffamation possible, comme en a) : l'article 29 vise aussi la « forme dubitative » et la reprise des propos d'autrui.

d) Ni l'une ni l'autre : ce fait ne porte atteinte à l'honneur de personne. Il doit seulement être exact.

À retenir

À retenir :

  • Pyramide inversée : le fait nouveau dans l'attaque, le contexte à la fin.
  • Un angle : un point de vue précis sur un sujet.
  • Dix médias qui reprennent la même dépêche ne font qu'une source : recoupe ailleurs.
  • La charte fixe les devoirs du métier, la loi de 1881 ce qui est punissable.
  • Diffamation : un fait précis qui atteint l'honneur. Injure : du mépris, sans fait. Le conditionnel ne protège pas.

Sources

  • Loi du 29 juillet 1881 sur la liberté de la presse, version consolidée : texte sur Légifrance.
  • Programme national du BUT Information-Communication (annexe 14), ministère de l'Enseignement supérieur, 2022 : texte sur education.gouv.fr.
  • Charte d'éthique professionnelle des journalistes, Syndicat national des journalistes, 1918, révisée en 1938 et 2011 : texte sur snj.fr.

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