À la main, le menuisier travaille avec quatre outils de base : la scie pour couper, le rabot pour aplanir, la bédane pour creuser et le ciseau à bois pour ajuster. Prends un assemblage à tenon et mortaise, comme celui qui fixe un pied de table : le tenon, une languette taillée au bout d'une pièce, entre dans la mortaise, un trou rectangulaire creusé dans l'autre.
Tu scies le tenon à la scie à dos, tu creuses la mortaise à la bédane et au maillet, puis tu l'ajustes au ciseau jusqu'à ce que le tenon entre en frottant. Avant ça, il te faut un trait net, tracé à l'équerre, et une pièce serrée sur l'établi.
La scie : couper droit et à la bonne longueur
Les dents d'une scie sont avoyées : tordues une fois à gauche, une fois à droite. La saignée qu'elles creusent, le trait de scie, est donc plus large que la lame, qui ne se coince pas.
| Scie | Ce qui la distingue | Elle sert à |
|---|---|---|
| Égoïne | longue lame sans renfort | débiter : couper une planche en morceaux |
| Scie à dos | un renfort de métal raidit la lame | les coupes fines et droites : tenons, coupes à 45° |
| Scie japonaise | lame très fine, coupe en tirant | les coupes précises avec peu d'effort |
Pour démarrer, pose la lame contre le trait, côté chute (la chute, c'est le morceau que tu ne gardes pas), le plat de la lame appuyé contre ton pouce relevé. Tire doucement la scie vers toi jusqu'à ce que les dents mordent, comme le recommande le Centre canadien d'hygiène et de sécurité au travail, puis éloigne ton pouce.
L'égoïne et la scie à dos coupent en poussant : appuie à l'aller, relâche au retour, et utilise toute la longueur de la lame. La scie japonaise coupe en tirant : tirée, la lame reste tendue, ce qui permet de la faire très fine. Ne force jamais : une lame forcée se tord et la coupe dévie. En fin de coupe, soutiens la chute, sinon elle tombe et arrache un éclat de bois.
Piège classique : scier sur le trait. La lame enlève une bande de bois aussi large que le trait de scie ; si cette bande est prise sur ta pièce, même en partie, la pièce sort trop courte. Scie à côté du trait, côté chute, et compte un trait de scie par coupe quand tu débites plusieurs morceaux.
Le rabot : aplanir et mettre à dimension
Le rabot enlève de fins copeaux pour aplanir une surface ou amener une pièce à la bonne épaisseur. Le fer, c'est-à-dire la lame, dépasse à peine de la semelle, la face du dessous. Plaqué sur le fer, tout près du tranchant, le contre-fer casse le copeau dès qu'il se forme, pour qu'il ne fende pas le bois devant la lame.
Règle-le sur une chute : trop sorti, le fer arrache le bois ; pas assez, il glisse sans couper. Le bon réglage donne un copeau fin et continu. Pour les grandes pièces, la varlope, plus longue, passe par-dessus les creux et ne rabote que les bosses : la surface finit droite.
Appuie sur l'avant du rabot en début de passe et sur l'arrière en fin de passe. Sinon, il bascule au bout de la pièce et arrondit les extrémités.
Piège classique : raboter à contre-fil, contre le sens des fibres. Vues sur le chant, le côté étroit de la planche, les fibres montent ou descendent en biais. Si, devant le fer, elles plongent dans le bois, il les arrache et la surface devient rugueuse. Rabote dans le sens où elles remontent vers la face que tu travailles, comme on caresse un chat dans le sens du poil.
Rendre une pièce brute plane et à dimension, c'est la corroyer (Grand dictionnaire terminologique).
Règle : on dégauchit d'abord une face, c'est-à-dire qu'on la rend plane : c'est la face de référence, d'où partent toutes les mesures. On dresse ensuite un chant, on le rend droit et d'équerre à cette face. On rabote enfin l'autre face et l'autre chant, parallèlement aux deux premiers, à l'épaisseur et à la largeur voulues.
Bédane et ciseau à bois : creuser et ajuster
Les deux se terminent par un biseau, la pente taillée qui forme le tranchant. Le ciseau à bois a une lame large et plate : il ajuste et nettoie, souvent poussé à la main. La bédane a une lame étroite et épaisse : elle encaisse les coups de maillet et creuse les mortaises. Choisis-la de la largeur de la mortaise, et frappe avec un maillet en bois ou en plastique, pas avec un marteau.
Une fois la mortaise tracée, pose la bédane au milieu, bien droite, et frappe. Avance vers un bout par pas de quelques millimètres en levant les copeaux, arrête-toi à 1 ou 2 mm du trait, puis repars du milieu vers l'autre bout. Recommence jusqu'à la profondeur voulue.
À la fin seulement, pose la bédane sur les traits des bouts, face plate contre le trait : elle laisse une paroi droite. Ces derniers millimètres attendent la fin parce qu'en levant les copeaux, la bédane prend appui sur les bouts et les écrase. Le ciseau nettoie ensuite les parois.
Sécurité et affûtage
La première règle avec un outil tranchant : tes mains et ton corps restent derrière le tranchant, et tu coupes en éloignant l'outil de toi. S'il dérape, il part dans le vide. La pièce est serrée, jamais tenue d'une main pendant que l'autre manie l'outil. La fiche du même organisme sur les ciseaux à bois ajoute qu'un ciseau ne sert jamais de levier pour écarter des pièces. Des éclats peuvent sauter : porte des lunettes de protection.
Un outil émoussé est plus dangereux qu'un outil affûté : il demande plus de force, se contrôle mal et dérape. Pour l'affûter, frotte le biseau à plat sur des pierres à affûter, de la plus grossière à la plus fine, toujours au même angle. Il se forme un morfil, une fine bavure de métal sur le tranchant : enlève-le en passant la face plate de la lame à plat sur la pierre fine.
Exercices corrigés
Exercice 1 : Quel outil choisis-tu pour chaque tâche ? a) Couper une planche de 2 m en quatre morceaux. b) Scier un tenon bien droit. c) Creuser une mortaise de 10 mm de large. d) Ajuster les parois de cette mortaise.
Correction :
a) L'égoïne, faite pour débiter. b) La scie à dos : son renfort l'empêche de plier, la coupe reste droite. c) Une bédane de 10 mm, de la largeur de la mortaise, et un maillet. d) Le ciseau à bois poussé à la main : sa lame plate enlève peu de bois à la fois.
Exercice 2 : Tu dois débiter cinq tasseaux (des baguettes de bois) de 240 mm dans une planche de 1 205 mm dont les deux bouts sont déjà d'équerre. Ta scie fait un trait de 2 mm de large. Ton voisin d'établi calcule : « $5 \times 240 = 1\,200$, il reste 5 mm, ça passe. » A-t-il raison ? Quelle longueur aura le dernier tasseau ?
Correction :
Pour cinq tasseaux, il faut quatre coupes : le cinquième est le bout qui reste. Chaque coupe enlève 2 mm. Il faut donc $5 \times 240 + 4 \times 2 = 1\,208$ mm de planche, et elle n'en fait que 1 205. Ton voisin a oublié les traits de scie.
Si tu scies chaque fois du côté du reste de la planche, les quatre premiers tasseaux font bien 240 mm. Le dernier mesure $1\,205 - 4 \times (240 + 2) = 1\,205 - 968 = 237$ mm : il est trop court de 3 mm.
Exercice 3 : Une planche brute, un peu déformée, doit devenir un tasseau de 18 mm sur 45 mm. a) Range ces opérations dans l'ordre : raboter à l'épaisseur, dresser un chant, dégauchir une face, raboter à la largeur. b) En rabotant, des fibres s'arrachent alors que ton fer est affûté et bien réglé. Que se passe-t-il, et que fais-tu ?
Correction :
a) D'abord dégauchir une face : elle devient la face de référence. Ensuite dresser un chant d'équerre à cette face. Enfin raboter à l'épaisseur (18 mm) et à la largeur (45 mm), parallèlement à la face et au chant de référence ; l'ordre de ces deux-là importe peu. On dégauchit en premier parce que toutes les mesures partent de cette face : si elle est déformée, l'épaisseur tracée à partir d'elle le sera aussi.
b) Tu rabotes à contre-fil : devant le fer, les fibres plongent dans le bois et il les arrache. Regarde le fil sur le chant et rabote dans l'autre sens.
À retenir
À retenir :
- On scie à côté du trait, côté chute, et on compte un trait de scie par coupe.
- L'égoïne et la scie à dos coupent en poussant, la scie japonaise en tirant.
- On rabote dans le sens du fil. Pour corroyer : face, puis chant, puis épaisseur et largeur.
- La bédane creuse la mortaise au maillet, le ciseau l'ajuste.
- Mains derrière le tranchant et pièce serrée ; un outil émoussé est plus dangereux qu'un outil affûté.
Sources
- Centre canadien d'hygiène et de sécurité au travail, fiche « Scies à main » : cchst.ca.
- Même organisme, fiche « Ciseaux à bois » : cchst.ca.
- Office québécois de la langue française, Grand dictionnaire terminologique, fiche « corroyage » : vitrinelinguistique.oqlf.gouv.qc.ca.