L'examen d'accès au CRFPA (centre régional de formation professionnelle d'avocats, l'école des futurs avocats) se prépare épreuve par épreuve, car chacune a sa règle du jeu. Exemple : en note de synthèse, tu n'as droit qu'au dossier fourni et à quatre pages, si bien qu'un arrêt appris en cours, même juste, te coûte des points. Pour être admis, il faut 10 de moyenne aux quatre écrits pour passer les oraux, puis 10 sur l'ensemble des six épreuves.
Les six épreuves en un coup d'œil
| Épreuve | Durée | Coefficient |
|---|---|---|
| Note de synthèse | 5 h | 3 |
| Droit des obligations | 3 h | 2 |
| Matière de spécialité | 3 h | 2 |
| Procédure | 2 h | 2 |
| Grand oral | 1 h de préparation, 45 min devant le jury | 4 |
| Anglais | 15 min de préparation, 15 min d'oral | 1 |
Les écrits commencent dans la première quinzaine de septembre, les oraux dans la première quinzaine de novembre, et la liste des admis tombe le 1er décembre ou le premier jour ouvrable suivant (arrêté du 17 octobre 2016). Une commission nationale rédige les sujets écrits, les mêmes partout ; l'IEJ (institut d'études judiciaires) de ton université gère l'inscription et les oraux.
Ce n'est pas un concours : aucun nombre de places, il suffit d'atteindre 10 de moyenne. Pour la session 2025, la commission nationale compte 4 363 admis pour 17 206 inscrits.
Il te faut ton M1 de droit (les 60 premiers crédits du master) ou un titre équivalent, justifié au plus tard le 1er août de l'année de l'examen. Et tu n'as que trois tentatives (article 52 du décret du 27 novembre 1991).
La note de synthèse
C'est l'écrit le plus lourd : un dossier sur un thème de société, à synthétiser. En 2026, aucun document n'était autorisé, et le sujet « L'intelligence artificielle » réunissait 18 documents sur 30 pages : décisions de justice, textes, articles, rapports.
Les règles, imprimées en tête du sujet 2026, viennent de la commission nationale : quatre pages au plus, une synthèse objective, rien d'autre que le dossier. Plan apparent et brève introduction sont recommandés, la conclusion n'est pas nécessaire, citer le numéro du document (« doc. 5 ») est conseillé, et l'orthographe compte.
C'est une compétence d'avocat : rendre l'essentiel d'un dossier épais à qui n'a pas le temps de le lire.
Étape 1 : survole le dossier (titres, dates, auteurs) pour repérer les questions et les positions opposées.
Étape 2 : lis chaque document en remplissant un tableau, une ligne par idée, avec les numéros des documents qui en parlent.
Étape 3 : bâtis ton plan sur ces lignes, chaque document servant au moins une fois, puis rédige en gardant un quart d'heure pour relire.
Repère : deux heures et demie pour lire et construire, deux heures pour rédiger. Entraîne-toi en cinq heures d'affilée sur les vrais sujets, en ligne sur le site du Conseil national des barreaux dès le lendemain de chaque épreuve.
Piège classique : résumer les documents un par un, dans l'ordre du dossier. C'est une suite de résumés, pas une synthèse : chaque partie de ton plan croise plusieurs documents autour d'une idée.
Obligations, spécialité, procédure
Les trois autres écrits te mettent dans la peau d'un conseil : des faits, un client, des questions. Le sujet de droit des obligations, imposé à tous, mêlait en 2026 des dégâts causés par des mineurs, un accident de la circulation, un client qui ne paie plus et une cession de créance.
En spécialité, tu choisis une matière parmi sept : droit civil, des affaires, social, pénal, administratif, international et européen, fiscal. Elle fixe ta procédure : civile pour le civil, les affaires et le social, pénale pour le pénal, administrative pour l'administratif, civile ou administrative au choix pour l'international et européen ou le fiscal. Comme la procédure pèse le même coefficient que la spécialité, choisis le couple, pas seulement la matière.
La copie suit le syllogisme juridique : faits qualifiés (traduits en catégories du droit), question de droit, règle avec son article, application aux faits, conclusion qui répond au client. Les correcteurs notent avec des grilles de la commission nationale : un raisonnement découpé leur montre chaque étape franchie.
Conseil : la liste des documents autorisés sort au moins deux mois avant les épreuves ; en 2026, pour les obligations, un Code civil sans supplément commenté. Surligne-le, pose des onglets vierges, et entraîne-toi avec lui plutôt qu'avec tes fiches.
Piège classique : l'inscription se prend avant le 31 décembre de l'année qui précède l'examen, mais les matières se choisissent au plus tard le 30 avril. Chaque année, rappelle la commission nationale, des candidats ne peuvent pas composer faute d'avoir choisi à temps.
Le grand oral et l'anglais
Le grand oral pèse 4, autant que les obligations et la spécialité réunies. Sur un sujet de protection des libertés et des droits fondamentaux, tu prépares une heure, tu exposes 15 minutes, puis le jury t'interroge 30 minutes, en séance publique. Il juge tes connaissances, ta culture juridique, ton argumentation et ton expression.
Son programme, en annexe de l'arrêté, va de la culture juridique générale et des sources des libertés à leur régime et aux principales libertés. Relie chaque liberté à une affaire que tu sais expliquer.
En préparation, fixe une problématique et un plan en deux parties ; chronomètre-toi à l'entraînement, 15 minutes passent vite. Face aux questions, si tu ne sais pas, raisonne à voix haute à partir du principe plutôt que d'inventer. L'épreuve étant publique, va en voir avant la tienne.
L'anglais (coefficient 1) : 15 minutes de préparation, 15 minutes d'oral. Entraîne-toi à parler de droit en anglais à voix haute.
Piège classique : croire que les écrits s'effacent une fois admissible. La moyenne finale porte sur les six épreuves : de bons écrits rattrapent un oral moyen, comme le montre l'exercice 1.
Exercices corrigés
Cherche chacun avant d'ouvrir la correction.
Exercice 1 : Données fictives. Samir a 10 en note de synthèse, 12 en obligations, 11 en spécialité, 8 en procédure, puis 13 en anglais. Est-il admissible ? Quelle note minimale lui faut-il au grand oral pour être admis ?
Correction :
Écrits : 10 × 3 + 12 × 2 + 11 × 2 + 8 × 2 = 92 points sur 9 coefficients, soit 92 ÷ 9 ≈ 10,22. Samir est admissible.
Admission : il faut 10 de moyenne sur 14 coefficients (9 + 4 + 1), soit 140 points. Samir en a 92 + 13 = 105 ; il lui manque 35 points au coefficient 4, soit au moins 35 ÷ 4 = 8,75 sur 20 au grand oral.
Exercice 2 : Sur le sujet 2026 « L'intelligence artificielle », un correcteur sanctionne-t-il ces phrases ? a) « Le règlement européen interdit certaines pratiques d'intelligence artificielle (doc. 5). » b) « Comme l'a jugé la Cour de cassation dans un arrêt vu en cours… » c) « À mon sens, il faudrait interdire les IA compagnons. »
Correction :
La a) est juste : une information du dossier, avec le numéro du document. La b) est sanctionnée : seul le dossier compte, même un arrêt exact reste dehors. La c) aussi, car la synthèse est objective : tu peux rapporter l'avis d'un auteur (« pour les auteurs du doc. 8, il est temps d'agir »), jamais donner le tien.
Exercice 3 : Tiré du sujet de droit des obligations 2026. Des viticulteurs livrent chaque mois 1 000 bouteilles à un caviste, qui ne les paie plus depuis trois mois et leur doit 18 000 €. Ils veulent cesser la relation au plus vite, sans aller en justice. Que leur conseilles-tu ?
Correction :
Question de droit : sans juge, un créancier peut-il réagir à l'inexécution et sortir du contrat ?
D'abord, l'exception d'inexécution (article 1219 du Code civil) leur permet de suspendre les livraisons, l'inexécution étant suffisamment grave.
Ensuite, l'article 1224 permet la résolution par clause résolutoire, par notification ou par le juge. Sans clause dans les faits ni juge, reste l'article 1226, à leurs risques et périls : mise en demeure de payer dans un délai raisonnable, annonçant qu'à défaut ils pourront résoudre le contrat, puis, si l'impayé persiste, notification de la résolution et de ses raisons.
Avec trois mois d'impayés, l'inexécution paraît suffisamment grave ; si le caviste conteste en justice, c'est à eux de le prouver. Conclusion : oui, par mise en demeure puis notification.
À retenir
À retenir :
- Écrits : synthèse (3), obligations (2), spécialité (2), procédure (2) ; oraux : grand oral (4), anglais (1).
- Admissible avec 10 de moyenne aux écrits, admis avec 10 sur les six épreuves : les écrits comptent jusqu'au bout.
- Note de synthèse : le dossier, rien que le dossier, quatre pages au plus, aucun avis personnel.
- Cas pratiques : faits qualifiés, question de droit, règle avec son article, application, conclusion.
- Inscription avant le 31 décembre, matières au plus tard le 30 avril, trois tentatives au plus.
Sources
- Arrêté du 17 octobre 2016 sur l'examen d'accès au CRFPA, version en vigueur au 10 octobre 2026 : texte sur Légifrance.
- Décret n° 91-1197 du 27 novembre 1991, article 52 : texte sur Légifrance.
- Commission nationale de l'examen d'accès au CRFPA (site du Conseil national des barreaux) : sujets de la session 2026 et rapport sur la session 2025.