Adapter l'environnement, c'est repérer ce qui, autour de la personne, l'empêche de faire une activité qui compte pour elle, puis le changer au lieu d'attendre qu'elle s'adapte seule. M. B., 78 ans, marche avec une canne et n'ose plus enjamber le rebord de sa baignoire : il se lave au lavabo. Avec une douche sans ressaut (sans rebord à franchir), une barre d'appui et un siège, il se douche de nouveau seul. Ses jambes n'ont pas changé, sa situation de handicap si.
Le handicap se joue dans l'environnement
L'article L114 du Code de l'action sociale et des familles, issu de la loi du 11 février 2005, définit le handicap comme « toute limitation d'activité ou restriction de participation à la vie en société subie dans son environnement par une personne en raison d'une altération substantielle, durable ou définitive » de ses fonctions, d'un polyhandicap ou d'un trouble de santé invalidant. Ton terrain tient en trois mots : « dans son environnement ».
Côté OMS, la CIF (Classification internationale du fonctionnement, du handicap et de la santé), adoptée en mai 2001, distingue trois niveaux et leur problème type : le corps (déficience), ce que la personne fait (limitation d'activité), sa vie sociale (restriction de participation). S'y ajoutent des facteurs personnels (âge, habitudes) et des facteurs environnementaux.
Définition : les facteurs environnementaux forment l'environnement physique, social et attitudinal dans lequel la personne vit. La CIF les répartit en cinq chapitres : les produits et technologies, l'environnement naturel et ses transformations par l'homme, les soutiens et relations, les attitudes, les services, systèmes et politiques. Chacun peut jouer comme obstacle ou comme facilitateur.
La CIF te donne aussi une mesure : l'écart entre capacité (ce que la personne peut faire dans un environnement standard, sans aide) et performance (ce qu'elle fait réellement chez elle). Quand la performance est plus basse, l'environnement fait obstacle : c'est là que tu peux gagner, même si la capacité ne progresse plus.
Piège classique : « il est paraplégique » décrit une déficience, pas une situation de handicap. Celle-ci se décrit avec une activité et un lieu : « il ne peut pas entrer seul dans sa salle de bain, la porte est trop étroite pour son fauteuil ». Seule la seconde phrase te dit quoi changer.
La démarche de l'ergothérapeute
Adapter ne veut pas dire acheter. L'ordre compte.
Étape 1 : partir des activités. Ce que la personne veut ou doit faire s'observe chez elle : la toilette se regarde dans sa vraie salle de bain.
Étape 2 : analyser l'interaction. Pour chaque activité difficile, sépare ce qui vient de la personne (force, équilibre, fatigue, mémoire) de ce qui vient du lieu (hauteur, largeur, ressaut, éclairage, aide disponible).
Étape 3 : préconiser (recommander par écrit), du plus léger au plus lourd. D'abord une autre façon de faire (s'habiller assis, ranger les objets usuels à hauteur de main), puis une aide technique, c'est-à-dire un équipement qui compense une limitation (barre d'appui, siège de douche, rehausse de WC), enfin l'aménagement du logement. Chaque préconisation répond à une activité : « pour que M. B. puisse se doucher seul ».
Étape 4 : essayer et réévaluer. L'aide s'essaie en situation réelle avant l'achat, la personne et ses aidants apprennent à s'en servir, puis tu vérifies qu'elle sert vraiment. Son avis compte : une aide qu'elle juge stigmatisante risque de finir au placard.
Du domicile au poste de travail
À domicile, on repère pièce par pièce.
| Pièce | Obstacle fréquent | Pistes |
|---|---|---|
| Salle de bain | rebord de baignoire, sol glissant | douche sans ressaut, siège, barres d'appui |
| WC | cuvette trop basse pour se relever | rehausse, barre d'appui près de la cuvette |
| Couloirs et portes | seuils, tapis, passage étroit, obscurité la nuit | seuils et tapis supprimés, porte élargie, éclairage automatique |
| Cuisine | objets rangés trop haut ou trop bas | objets usuels à hauteur de main, plan de travail utilisable assis |
La domotique (commande à distance des lumières, des volets ou de la porte) prolonge ces pistes, à condition que la personne sache s'en servir et dispose d'une solution de secours en cas de panne.
Pour financer, la personne peut demander à la MDPH (maison départementale des personnes handicapées) la prestation de compensation du handicap. L'article L245-3 du même code y prévoit un élément pour les aides techniques et un autre pour l'aménagement du logement et du véhicule.
Au travail, c'est l'étude de poste : siège adapté, logiciel de synthèse vocale, horaires réorganisés. Dans une entreprise privée, l'Agefiph peut participer au coût, sur préconisation du médecin du travail.
Les cotes de référence
Pour chiffrer une largeur ou une pente, appuie-toi sur l'arrêté du 24 décembre 2015, qui fixe l'accessibilité des logements neufs. Chez un particulier qui adapte son logement, ces valeurs ne s'imposent pas, mais elles servent de base de travail. Le passage utile est la largeur vraiment libre, porte ouverte.
| Élément | Repère | Article |
|---|---|---|
| Porte d'entrée | 0,90 m nominal, soit 0,83 m de passage utile | 11 |
| Portes intérieures | 0,80 m nominal, soit 0,77 m de passage utile | 11 |
| Seuil | ressaut de 2 cm au plus | 11 |
| Interrupteurs et commandes | entre 0,90 m et 1,30 m du sol | 11 |
| Demi-tour en fauteuil | cercle de 1,50 m de diamètre | annexe 2 |
| Douche | zone d'au moins 0,90 m sur 1,20 m, accès sans ressaut | 15 |
| Plan incliné extérieur | 5 % au plus ; toléré à titre exceptionnel jusqu'à 8 % sur 2 m et 10 % sur 0,50 m | 2 |
Formule : la pente $p$ d'un plan incliné est le quotient de la hauteur à franchir $h$ par la longueur horizontale $L$ :
$$p = \frac{h}{L}$$
Une pente de 5 % ($p = 0{,}05$) monte de 5 cm par mètre. Pour une hauteur donnée, la longueur minimale vaut $L = \dfrac{h}{p}$. Attention, 5 % n'est pas 5° : l'exercice 2 te montre l'écart.
Exercices corrigés
Cherche sur ta feuille avant d'ouvrir la correction.
Exercice 1 : M. T., 52 ans, a eu un accident vasculaire cérébral (AVC). Sa main droite reste paralysée, il ne peut plus boutonner sa chemise et il a arrêté d'entraîner l'équipe de football de son fils. Il vit au deuxième étage sans ascenseur, et sa femme l'aide chaque matin. Classe chaque élément selon la CIF.
Correction :
L'AVC est le problème de santé, la paralysie de la main une déficience. Ne plus pouvoir boutonner sa chemise est une limitation d'activité, car c'est une tâche ; ne plus entraîner l'équipe est une restriction de participation, car c'est son implication dans une situation de vie. L'escalier sans ascenseur est un facteur environnemental obstacle, l'aide de sa femme un facteur environnemental facilitateur (soutiens et relations). Son âge est un facteur personnel.
Exercice 2 : Mme L., en fauteuil roulant, doit franchir une marche de 12 cm devant sa porte d'entrée.
a) Quelle longueur horizontale faut-il pour une rampe à 5 % ?
b) La place manque : une rampe de 1,50 m de longueur horizontale entre-t-elle dans les tolérances de l'arrêté ?
c) Un artisan propose plutôt une rampe « inclinée à 5° », en assurant que c'est la même chose que 5 %. A-t-il raison ?
Correction :
a) $L = \dfrac{h}{p} = \dfrac{0{,}12}{0{,}05} = 2{,}4$ m.
b) $p = \dfrac{0{,}12}{1{,}50} = 0{,}08$, soit 8 % sur 1,50 m : c'est toléré à titre exceptionnel, car la longueur ne dépasse pas 2 m.
c) Non. La pente vaut $\tan 5^\circ \approx 0{,}087$, soit environ 8,7 %, plus que les 8 % tolérés sur 2 m. Elle n'est admise que sur 0,50 m au plus, et pour 12 cm la rampe mesurerait $\dfrac{0{,}12}{0{,}087} \approx 1{,}4$ m. Reste la rampe de 1,50 m, à essayer avec Mme L.
Exercice 3 : Mme D., 45 ans, a une sclérose en plaques. Elle marche seule sur de courtes distances mais se fatigue vite. Sa salle de bain est à l'étage, et elle se douche debout dans une cabine à rebord de 15 cm. Elle dit : « Après la douche, je suis épuisée pour la journée. » Propose tes préconisations, dans l'ordre.
Correction :
La limitation vient de la fatigue, et l'environnement l'aggrave : escalier, rebord, douche debout. D'abord une autre façon de faire : se doucher assise, affaires préparées à portée de main. Puis des aides techniques : siège de douche, barre d'appui près du rebord. Enfin l'aménagement, à décider avec elle : douche sans ressaut, puis monte-escalier ou salle d'eau au rez-de-chaussée selon le logement. Le financement peut passer par une demande de prestation de compensation à la MDPH. Résultat visé : Mme D. se douche seule sans y laisser l'énergie de sa journée.
À retenir
À retenir :
- Le handicap naît de la rencontre entre une personne et son environnement (loi de 2005, CIF).
- La CIF distingue déficience, limitation d'activité et restriction de participation ; chaque facteur environnemental y est obstacle ou facilitateur.
- Une performance plus basse que la capacité signale un obstacle autour de la personne.
- On préconise du plus léger au plus lourd, et on essaie avant d'acheter.
- Repères chiffrés : 0,83 m de passage utile à l'entrée, demi-tour dans un cercle de 1,50 m, pente de 5 % au plus.
Sources
- Code de l'action sociale et des familles, article L114 et article L245-3, sur Légifrance.
- OMS, Towards a Common Language for Functioning, Disability and Health: ICF, 2002 (en anglais).
- Arrêté du 24 décembre 2015 sur l'accessibilité des logements neufs, version consolidée sur Légifrance.