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Littérature Médiévale et Renaissance : Un Voyage Fascinant

Chanson de geste, roman courtois, ballade, humanisme, sonnet : les repères pour situer un texte du Moyen Âge ou de la Renaissance, avec des extraits expliqués et trois exercices corrigés.

Cet article a été rédigé à des fins pédagogiques. Les informations présentées peuvent évoluer. Nous t’invitons à vérifier auprès de sources officielles.

Pour situer un texte entre Moyen Âge et Renaissance, regarde sa date, sa forme et ses modèles. Le Moyen Âge chante les exploits du chevalier et l'amour de la dame, dans des manuscrits copiés à la main ; la Renaissance, au XVIe siècle en France, imite les auteurs grecs et latins et profite de l'imprimerie. Exemple : « Heureux qui, comme Ulysse, a fait un beau voyage » (Du Bellay, 1558) ouvre un sonnet, forme venue d'Italie, et cite un héros d'Homère : c'est la Renaissance.

Deux époques, deux façons d'écrire

Par convention, le Moyen Âge va de 476, fin de l'Empire romain d'Occident, à la fin du XVe siècle. En littérature française, la Renaissance, c'est surtout le XVIe siècle.

Entre les deux, le livre change. Au Moyen Âge, chaque exemplaire est copié à la main, et beaucoup d'œuvres sont chantées devant un public. Après la Bible de Gutenberg, imprimée à Mayence entre 1452 et 1455, les livres imprimés font circuler les idées bien plus vite.

La langue change aussi de statut. Le latin reste la langue des savants, mais en 1539 l'ordonnance de Villers-Cotterêts impose le « langage maternel français » dans la justice, et en 1549 Du Bellay publie un manifeste pour faire du français une grande langue de poésie.

Piège classique : n'écris pas que la Renaissance sort la France d'un Moyen Âge « obscur ». Cette image vient des humanistes eux-mêmes, qui, depuis Pétrarque, décrivent les siècles précédents comme des temps de ténèbres. Les historiens du Moyen Âge contestent ce préjugé depuis le début du XXe siècle. Et humanisme ne veut pas dire rejet de la foi : Rabelais a été moine.

Les genres du Moyen Âge

La chanson de geste raconte des exploits guerriers (« geste » vient du latin gesta, les actions accomplies). La plus célèbre, La Chanson de Roland, composée à la fin du XIe siècle, raconte la mort de Roland à Roncevaux face aux Sarrasins, c'est-à-dire aux musulmans. En réalité, le 15 août 778, l'arrière-garde de Charlemagne a été attaquée dans les Pyrénées par des Vascons, des Basques : l'épopée transforme l'histoire pour grandir le héros.

Les vers du poème, surtout des décasyllabes (dix syllabes), sont groupés en laisses : des strophes de longueur variable dont les vers finissent sur la même voyelle, ce qu'on appelle une assonance.

Au XIIe siècle, Chrétien de Troyes raconte en vers les aventures des chevaliers du roi Arthur, comme Lancelot ou le Chevalier de la charrette et Yvain ou le Chevalier au lion. On parle de roman courtois : il peint la vie de cour et un idéal amoureux venu des troubadours, la fin'amor, qu'on traduit par « amour courtois ».

Dans cet idéal, la dame est hors d'atteinte : elle est mariée et de haut rang. Le chevalier se met à son service, et cet amour fait sa valeur. Lancelot aime Guenièvre, la femme du roi Arthur, et il accepte même la honte pour lui prouver sa soumission.

Piège classique : au Moyen Âge, « roman » ne veut pas dire « long récit en prose ». Le mot désigne d'abord la langue romane, celle qu'on parle, par opposition au latin : vers 1150, « mettre en roman », c'est traduire du latin. Les premiers romans sont en vers, des octosyllabes (huit syllabes) qui riment deux par deux.

La poésie lyrique chante les sentiments. Les troubadours, poètes et compositeurs, écrivent en langue d'oc, dans le Sud ; les trouvères, en langue d'oïl, dans le Nord, s'inspirent d'eux pour chanter l'amour.

Au XVe siècle, François Villon pratique la ballade, une forme fixe. Sa Ballade des dames du temps jadis (Le Testament, vers 1461) compte trois huitains (strophes de huit vers), puis un envoi, courte strophe adressée à un « Prince ». Chaque strophe finit par le même vers, le refrain :

« Mais où sont les neiges d'antan ? » (François Villon, Le Testament)

« Antan » désigne l'année d'avant, et plus largement autrefois : les neiges de l'hiver passé ont fondu, comme les dames d'autrefois ont disparu. C'est le thème de la fuite du temps.

L'humanisme : Rabelais et Montaigne

Définition : un humaniste est un savant de la Renaissance qui recherche, étudie, traduit et publie les textes de l'Antiquité grecque et latine, pour s'en nourrir. Le mouvement naît en Italie au XIVe siècle, avec Pétrarque, puis gagne la France.

François Rabelais, moine puis médecin, publie Pantagruel en 1532, puis Gargantua. Ces romans de géants font rire, mais ils défendent les idées humanistes, notamment sur l'éducation : dans Gargantua, après des maîtres qui lui font réciter par cœur, le géant reçoit du précepteur Ponocratès une éducation complète, du corps comme de l'esprit. Les théologiens de la Sorbonne condamnent ces livres pour hérésie.

Piège classique : « Fais ce que voudras » n'est pas la devise de Rabelais, mais la seule règle de l'abbaye de Thélème, dans Gargantua (texte d'origine : « Fay ce que vouldras »). Et ce n'est pas « fais n'importe quoi » : selon Rabelais, des gens libres, bien instruits et vivant en bonne compagnie sont poussés naturellement vers la vertu par un instinct qu'ils appellent l'honneur.

Michel de Montaigne publie les Essais en 1580, puis y ajoute un troisième livre en 1588. En ancien français, « essayer » veut dire mettre à l'épreuve : Montaigne éprouve son jugement sur toutes sortes de sujets, de l'amitié à la mort, à partir de sa propre expérience. Il l'annonce dès l'avis « Au lecteur », daté du 1er mars 1580 :

« Ainsi, lecteur, je suis moi-même la matière de mon livre. » (Montaigne, Essais, « Au lecteur », orthographe modernisée)

C'est un genre nouveau : l'essai ne démontre pas une vérité, il suit une pensée en train de chercher.

La poésie de la Pléiade

En 1549, Joachim Du Bellay publie la Défense et illustration de la langue française, manifeste du groupe de poètes qu'il forme avec Pierre de Ronsard et qu'on appelle la Pléiade. Leur idée : enrichir le français de mots nouveaux et imiter les formes des Anciens et des Italiens, pour qu'il égale le grec et le latin.

Deux formes dominent. L'ode, héritée des Grecs et des Latins, est un poème en strophes de même forme. Le sonnet vient d'Italie, où Pétrarque l'a rendu célèbre ; Clément Marot écrit le premier sonnet français en 1536, puis la Pléiade l'impose. Un sonnet compte quatorze vers : deux quatrains (strophes de quatre vers), puis deux tercets (strophes de trois vers).

De retour d'un séjour à Rome (de 1553 à 1557), Du Bellay publie en 1558 Les Regrets, 191 sonnets en alexandrins (vers de douze syllabes) où il dit sa nostalgie de son Anjou natal. Le plus connu t'attend dans l'exercice 2.

Ronsard, lui, adresse à Cassandre l'ode « Mignonne, allons voir si la rose », publiée en 1553 : une rose éclose le matin est déjà fanée le soir. La leçon tombe dans la dernière strophe.

Exemple : « Donc, si vous me croyez mignonne, / Tandis que votre âge fleuronne / En sa plus verte nouveauté, / Cueillez, cueillez votre jeunesse : / Comme à cette fleur la vieillesse / Fera ternir votre beauté. » (Ronsard, ode « À Cassandre », orthographe modernisée). « Fleuronne » veut dire fleurit. La rose fanée annonce la beauté qui passera. C'est le carpe diem, formule du poète latin Horace qui signifie « cueille le jour ».

Situer un texte en trois étapes

Étape 1 : lis la référence sous l'extrait. La date tranche presque tout : avant 1500, Moyen Âge ; au XVIe siècle, Renaissance.

Étape 2 : regarde la forme. Laisses, roman en octosyllabes, ballade : Moyen Âge. Sonnet, ode, essai : Renaissance.

Étape 3 : repère les modèles. Chevaliers, dame inaccessible, Charlemagne ou Arthur : Moyen Âge. Héros, dieux et auteurs de l'Antiquité, Pétrarque : Renaissance.

Exercices corrigés

Cherche sur ta feuille avant d'ouvrir la correction.

Exercice 1 : Une copie affirme que « Mignonne, allons voir si la rose » est un sonnet. Le poème compte trois strophes de six vers ; voici la première (orthographe modernisée, « vesprée » : soir) :

« Mignonne, allons voir si la rose / Qui ce matin avait déclose / Sa robe de pourpre au soleil, / A point perdu cette vesprée / Les plis de sa robe pourprée, / Et son teint au vôtre pareil. »

Compte les syllabes des deux premiers vers, puis dis ce qui est faux dans la copie.

Correction :

Un e muet en fin de mot ne compte pas devant une voyelle, ni en fin de vers. Vers 1 : Mi-gno-nna-llons-voir-si-la-ro(se), 8 syllabes. Vers 2 : Qui-ce-ma-tin-a-vait-dé-clo(se), 8 syllabes. Ce sont des octosyllabes.

Trois strophes de six vers font 18 vers ; un sonnet en compte toujours 14. Le poème est une ode : avant de nommer une forme, compte les vers.

Exercice 2 : En contrôle, on te donne le premier quatrain d'un sonnet de Du Bellay (Les Regrets, 1558), en orthographe modernisée (« cestuy-là » : celui-là ; « usage » : expérience) :

« Heureux qui, comme Ulysse, a fait un beau voyage, / Ou comme cestuy-là qui conquit la toison, / Et puis est retourné, plein d'usage et raison, / Vivre entre ses parents le reste de son âge ! »

a) Compte les syllabes du premier vers et nomme ce type de vers. b) Qui sont les deux héros évoqués ? c) En deux phrases, montre que ce quatrain appartient à la Renaissance.

Correction :

a) Heu-reux-qui-co-mu-ly-ssa-fait-un-beau-vo-ya(ge) : les e de « comme » et d'« Ulysse » s'effacent devant une voyelle. 12 syllabes, c'est un alexandrin.

b) Ulysse, le héros de l'Odyssée d'Homère, et Jason, qui conquiert la Toison d'or avec les Argonautes.

c) Le poète compare son sort à celui de héros grecs : il imite les Anciens, comme le veut la Pléiade. Il le fait dans un sonnet en alexandrins, une forme venue d'Italie.

Exercice 3 : Compare le refrain de Villon, « Mais où sont les neiges d'antan ? », et le vers de Ronsard « Cueillez, cueillez votre jeunesse ». Quel thème partagent-ils, et quelle attitude chacun propose-t-il ? Réponds en trois ou quatre phrases.

Correction :

Les deux vers parlent de la fuite du temps : la neige fond, la jeunesse passe. Villon pose une question sans réponse, et le refrain, repris à chaque strophe, fait entendre le regret. Ronsard donne un ordre : l'impératif « Cueillez », répété, pousse la jeune femme à profiter de sa jeunesse. Le premier regrette, le second invite à agir : c'est le carpe diem.

À retenir

À retenir :

  • Moyen Âge, de 476 à la fin du XVe siècle : manuscrits, textes souvent chantés.
  • Chanson de geste en laisses assonancées, roman courtois en vers, ballade à refrain.
  • Renaissance, surtout le XVIe siècle en France : imprimerie, humanisme, retour aux textes grecs et latins.
  • Rabelais pour le roman humaniste, Montaigne pour l'essai, Du Bellay et Ronsard pour la Pléiade.
  • Sonnet : 14 vers, deux quatrains et deux tercets. « Mignonne, allons voir si la rose » est une ode.

Sources

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