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Molière et le Théâtre Classique : Comprendre les Comédies

Pourquoi on rit chez Molière et comment l'analyser dans une scène, avec trois exercices corrigés.

Cet article a été rédigé à des fins pédagogiques. Les informations présentées peuvent évoluer. Nous t’invitons à vérifier auprès de sources officielles.

Une comédie de Molière fait rire d'un personnage dominé par un défaut, pour que le public reconnaisse ce défaut et s'en moque. Pour l'analyser, tu nommes le procédé qui fait rire, puis tu dis ce que ce rire dénonce.

Exemple : dans L'Avare (acte I, scène 5), Harpagon veut marier sa fille Élise au seigneur Anselme, qui accepte de la prendre sans dot, c'est-à-dire sans l'argent que la famille de la mariée apporte au mari. Aux objections, il oppose toujours les deux mêmes mots, « Sans dot », et cette répétition fait rire tout en montrant que l'argent compte plus pour lui que le bonheur de sa fille.

Corriger en divertissant

Molière (1622-1673) écrit ses pièces et les joue avec sa propre troupe. Après des années de tournée en province, il obtient son premier succès parisien avec Les Précieuses ridicules en 1659.

Son but, il le donne dans la préface de Tartuffe : « Si l'emploi de la comédie est de corriger les vices des hommes », aucun vice n'a de raison d'être épargné. Il dit aussi pourquoi le rire touche juste : « On veut bien être méchant ; mais on ne veut point être ridicule. » En riant d'Harpagon, le spectateur apprend à reconnaître l'avarice, y compris chez lui.

Cette moquerie d'un défaut, d'un milieu ou d'une époque s'appelle la satire. Elle vise par exemple l'avarice dans L'Avare ou les faux dévots (qui jouent la piété par intérêt) dans Tartuffe.

Piège classique : ne prête pas à Molière les mots de ses personnages. Quand Harpagon répète « Sans dot », Molière ne vante pas le mariage sans dot, il se moque d'Harpagon. Son avis se lit dans la scène : qui paraît ridicule, qui voit juste.

Les règles du théâtre classique

Au XVIIe siècle, le théâtre classique suit des règles, pour que le spectateur croie à ce qu'il voit sans être choqué. Boileau résume les trois unités en deux vers de L'Art poétique :

« Qu'en un lieu, qu'en un jour, un seul fait accompli / Tienne jusqu'à la fin le théâtre rempli. » (Boileau, L'Art poétique, chant III)

RègleCe qu'elle impose
Unité d'actionUne seule intrigue principale.
Unité de lieuUn seul lieu, une maison ou une place.
Unité de tempsUne action qui tient en une journée.
VraisemblanceUne histoire et des personnages crédibles pour le public.
BienséanceNe pas choquer : la mort et la violence se racontent au lieu de se montrer.

La comédie suit ces règles plus librement que la tragédie : chez Molière, on voit des coups de bâton sur scène.

Les cinq formes du comique

Dans une copie, « c'est drôle » ne suffit pas : nomme la forme de comique. Une scène en mêle souvent plusieurs.

FormeCe qui fait rireExemple chez Molière
Comique de motsRépétitions, jargon.Géronte, à qui Scapin réclame une rançon pour son fils, répète « Que diable allait-il faire dans cette galère ? » (Les Fourberies de Scapin, II, 7).
Comique de gestesCoups de bâton, chutes.Scapin frappe à coups de bâton le sac où il a fait cacher Géronte (III, 2).
Comique de situationQuiproquo (malentendu), déguisement.Toinette, la servante, se déguise en médecin pour examiner son maître Argan (Le Malade imaginaire, acte III).
Comique de caractèreUn défaut poussé à l'extrême.Monsieur Jourdain, qui veut jouer au noble, s'émerveille : « il y a plus de quarante ans que je dis de la prose sans que j'en susse rien » (Le Bourgeois gentilhomme, II, 4).
Comique de mœursLes travers d'un milieu ou d'une époque.La cérémonie finale du Malade imaginaire fait d'Argan un médecin, en faux latin.

Exemple : dans L'Avare (acte V, scène 3), Harpagon accuse Valère d'avoir volé sa cassette, et Valère croit qu'on lui reproche d'aimer Élise. Il parle de « la passion que ses beaux yeux m'ont inspirée » ; Harpagon s'écrie : « Les beaux yeux de ma cassette ! » Les deux hommes parlent de choses différentes en croyant parler de la même : c'est un quiproquo. Le public, qui sait tout, rit de l'écart : ce qu'Harpagon aime, c'est son argent.

Les personnages types

Au centre de l'intrigue, un maître, souvent un père, esclave d'une idée fixe : l'argent pour Harpagon, la peur d'être malade pour Argan, Tartuffe pour Orgon. Sa manie fait de lui un obstacle : Argan veut marier sa fille Angélique à un médecin, alors qu'elle aime Cléante.

Face à lui, les jeunes amoureux veulent se marier par amour, aidés par un valet ou une servante à l'esprit vif qui mène la ruse : Scapin, Dorine dans Tartuffe, Toinette dans Le Malade imaginaire. Parfois, un raisonneur, personnage de bon sens, tente de ramener le maître à la raison : Béralde face à son frère Argan.

Le dénouement, la fin qui règle l'intrigue, marie les jeunes gens, mais le maître, souvent, ne guérit pas de sa manie.

Farce, grande comédie, comédie-ballet

La farce fait rire surtout par les gestes, comme dans Les Fourberies de Scapin. La grande comédie, en cinq actes, peint un caractère, comme Tartuffe (en vers) ou L'Avare (en prose). La comédie-ballet, que Molière crée en 1661 avec le chorégraphe Beauchamp, mêle comédie, musique et danse : c'est le cas du Bourgeois gentilhomme (1670) et du Malade imaginaire (1673). Leurs intermèdes chantés et dansés font partie de la pièce.

Analyser une scène comique

Face à un extrait, suis ces quatre étapes dans l'ordre.

Étape 1 : Situer. Qui est en scène et que veut chacun ?

Étape 2 : Nommer le procédé comique, en citant les mots exacts et les didascalies, les indications de jeu écrites par l'auteur (gestes, ton).

Étape 3 : Chercher qui sait quoi. Le public en sait souvent plus qu'un personnage, par exemple grâce à un aparté, une réplique que les autres personnages sont censés ne pas entendre.

Étape 4 : Dire ce que le rire dénonce : quel défaut, quel milieu.

Exercices corrigés

Cherche sur ta feuille avant d'ouvrir la correction.

Exercice 1 : Dans L'Avare (acte IV, scène 7), Harpagon, qui vient de découvrir le vol de sa cassette, crie : « Rends-moi mon argent, coquin… » (Il se prend lui-même le bras.) « Ah, c'est moi. » Comment s'appelle le texte entre parenthèses ? Quelles formes de comique repères-tu ?

Correction :

C'est une didascalie. Elle crée un comique de gestes : Harpagon, qui croit saisir le voleur, s'attrape lui-même le bras. Derrière le geste, un comique de caractère : l'avarice le rend si soupçonneux qu'il voit un voleur partout, jusque dans son propre bras.

Exercice 2 : Dans Tartuffe (acte I, scène 4), Orgon demande des nouvelles de la maison à Dorine, la servante de sa fille.

Dorine : « Madame eut avant-hier la fièvre jusqu'au soir, / Avec un mal de tête étrange à concevoir. »

Orgon : « Et Tartuffe ? »

Dorine : « Tartuffe ? Il se porte à merveille, / Gros et gras, le teint frais, et la bouche vermeille. »

Orgon : « Le pauvre homme ! »

Un élève écrit : « Molière trouve que Tartuffe est un pauvre homme. » Trouve l'erreur, puis analyse la scène avec la méthode.

Correction :

L'erreur : c'est Orgon qui dit « Le pauvre homme ! », pas Molière, et la scène rend la réplique ridicule.

Situer : Orgon apprend que sa femme a été malade. Procédé : comique de mots, ses deux répliques revenant quatre fois chacune dans la scène. Qui sait quoi : le public voit, comme Dorine, que Tartuffe va très bien ; Orgon ne voit rien. Dénonciation : l'aveuglement d'Orgon, qui oublie sa famille pour un faux dévot.

Exercice 3 : En contrôle, voici la fin de L'Avare : les jeunes gens se marient, Anselme s'engage à payer les frais des deux mariages, Harpagon lui demande encore « Vous payerez donc le Commissaire ? », puis a le dernier mot : « Et moi, voir ma chère cassette. » En cinq lignes, dis ce que ce dénouement montre d'Harpagon et du but de la comédie.

Correction :

Un paragraphe possible :

Le dénouement est heureux pour les jeunes gens, mais Harpagon n'a pas changé : même au moment des mariages, il fait payer le commissaire par Anselme. Sa dernière réplique, « Et moi, voir ma chère cassette », le laisse seul avec son argent, pendant que les autres partent annoncer leur joie. Harpagon n'est pas corrigé, mais le spectateur, lui, a vu où mène l'avarice : c'est lui que la comédie veut corriger.

À retenir

À retenir :

  • Molière veut corriger les vices en les rendant ridicules.
  • Règles classiques : unités d'action, de lieu et de temps, vraisemblance, bienséance.
  • Cinq formes de comique : mots, gestes, situation, caractère, mœurs.
  • Un maître obsédé fait obstacle aux jeunes amoureux, aidés par un valet ou une servante.
  • Analyser une scène : situer, nommer le procédé, chercher qui sait quoi, dire ce que le rire dénonce.
  • Les mots d'un personnage ne sont pas l'avis de Molière.

Sources

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