L'essentiel à connaître
Pour trouver le genre d'une pièce, regarde qui sont les personnages, comment elle finit et ce qu'elle veut te faire ressentir. Une reine, une passion qui la détruit, une fin malheureuse : Phèdre de Racine est une tragédie. Des bourgeois, des valets, un défaut dont on rit et un mariage pour finir : te voilà dans une comédie de Molière.
| Genre | Époque | Personnages et fin | Effet recherché |
|---|---|---|---|
| Farce | Moyen Âge, surtout le XVe siècle | Gens ordinaires ; ruses et coups de bâton | Faire rire |
| Comédie | XVIIe siècle (Molière) | Bourgeois, valets ; fin heureuse, souvent un mariage | Corriger les défauts en faisant rire |
| Tragédie | XVIIe siècle (Corneille, Racine) | Rois, héros antiques ; fin malheureuse | Éveiller la pitié et la terreur |
| Drame bourgeois | XVIIIe siècle (Diderot) | Bourgeois, affaires de famille ; ton sérieux | Émouvoir et faire réfléchir |
| Drame romantique | XIXe siècle (Hugo) | Du roi au valet ; fin souvent sombre | Mêler le rire et les larmes |
| Théâtre de l'absurde | Années 1950 (Ionesco, Beckett) | Personnages perdus ; intrigue qui n'avance pas | Montrer le non-sens |
Au XVIIe siècle, le théâtre classique sépare les genres et suit des règles. Les trois unités demandent une seule action, en un seul lieu, en un seul jour (vingt-quatre heures). Boileau les résume dans L'Art poétique : « Qu'en un lieu, qu'en un jour, un seul fait accompli / Tienne jusqu'à la fin le théâtre rempli. » La bienséance interdit de montrer ce qui choquerait, comme le sang ou les combats : un personnage vient le raconter. La vraisemblance veut une action crédible. Pour Aristote, la tragédie, en éveillant la pitié et la terreur, purge le spectateur de ses passions : c'est la catharsis.
Avec Le Fils naturel (1757), Diderot fonde un « genre sérieux » entre tragédie et comédie : le drame bourgeois. En 1827, dans la préface de Cromwell, Victor Hugo réclame un drame qui mêle le grotesque (le laid, le comique) et le sublime (le grand, le beau), sans unités de temps ni de lieu. Hernani, joué à la Comédie-Française en 1830, marque la naissance du drame romantique. La Cantatrice chauve d'Ionesco (1950) est l'une des premières pièces du théâtre de l'absurde, où le langage tourne à vide.
Définition : Le genre classe une pièce entière : tragédie, comédie, drame. Le registre décrit l'effet d'un passage : comique, tragique (le sentiment d'un destin auquel on n'échappe pas), pathétique (qui émeut jusqu'aux larmes). Une comédie peut donc contenir une scène pathétique, et un drame une scène comique.
Piège classique : Une tragédie peut finir sans mort, et Racine le revendique pour Bérénice. La forme ne fait pas le genre non plus : Molière a écrit des comédies en cinq actes et en alexandrins (vers de douze syllabes), comme les tragédies.
Quiz : teste tes connaissances
Douze questions ; les trois dernières sont les plus piégeuses.
Question 1 : Dans une tragédie classique, qui sont les personnages principaux ?
Réponse : C. La tragédie choisit des personnages de haut rang, souvent tirés de la mythologie ou de l'histoire antique. Les bourgeois et leurs valets (A) peuplent la comédie.
Question 2 : Pour Molière, quel est « le devoir de la comédie » ?
Réponse : A. Molière l'écrit dans son premier placet (une lettre au roi) sur Tartuffe : on rit d'un vice, comme l'hypocrisie, pour en corriger les hommes. Faire pleurer sur le sort des rois (B), c'est le terrain de la tragédie.
Question 3 : Selon Aristote, quels sentiments la tragédie éveille-t-elle pour purger le spectateur de ses passions ?
Réponse : D. Dans sa Poétique, Aristote définit la tragédie par cet effet : la pitié et la terreur purgent les passions, c'est la catharsis. Le rire et la moquerie (A) sont les armes de la comédie.
Question 4 : Selon la règle des trois unités, en combien de temps l'action d'une pièce classique doit-elle se dérouler ?
Réponse : B. C'est l'unité de temps, le « qu'en un jour » de Boileau. La durée du spectacle (D) n'est pas la règle : l'action peut couvrir une journée entière.
Question 5 : Quel genre, né au Moyen Âge, fait rire par des moyens gros : ruses, tromperies, coups de bâton ?
Réponse : B. La farce vit son âge d'or au XVe siècle, avec La Farce de maître Pathelin. Molière s'en souvient dans la scène du sac des Fourberies de Scapin (acte III, scène 2). L'absurde (C) fait rire aussi, mais il naît au XXe siècle.
Question 6 : Quelle règle classique interdit de montrer sur scène le sang et les combats ?
Réponse : D. La bienséance écarte ce qui choquerait le public : la violence se raconte. Dans Phèdre, Théramène vient ainsi raconter la mort d'Hippolyte (acte V, scène 6). La vraisemblance (B) demande seulement une action crédible.
Question 7 : Au XVIIIe siècle, Diderot défend un « genre sérieux », entre tragédie et comédie, avec des héros de la vie ordinaire. Lequel ?
Réponse : A. Avec Le Fils naturel (1757), Diderot fait des bourgeois, jusque-là objets de rire, des héros sérieux. Le piège est B : le drame romantique arrive au XIXe siècle, avec Hugo.
Question 8 : Dans la préface de Cromwell (1827), que réclame Victor Hugo pour le drame ?
Réponse : C. Pour Hugo, la vie mêle le laid et le beau, le rire et les larmes : le drame doit tout montrer ensemble. B est l'idéal classique, celui qu'il combat.
Question 9 : Dans La Cantatrice chauve d'Ionesco, les personnages échangent des phrases toutes faites qui ne mènent nulle part. À quoi ce théâtre s'attaque-t-il d'abord ?
Réponse : A. Chez Ionesco comme chez Beckett (En attendant Godot), les mots tournent à vide et les personnages ne se comprennent plus. Ce n'est pas le vers (B) qui est visé, c'est le langage lui-même.
Question 10 : À la fin de Bérénice de Racine (1670), personne ne meurt : Titus et Bérénice se séparent. Quel est le genre de la pièce ?
Réponse : D. Racine l'écrit dans sa préface : « Ce n'est point une nécessité qu'il y ait du sang et des morts dans une tragédie ». Le piège A confond fin malheureuse et mort.
Question 11 : Le Misanthrope de Molière (1666) compte cinq actes en alexandrins, comme une tragédie. Quel est son genre ?
Réponse : B. Molière la présente comme une comédie : ses personnages sont des gens du monde, pas des rois, et elle fait sourire d'un travers, l'intransigeance d'Alceste. Le piège A confond la forme et le genre.
Question 12 : Laquelle de ces phrases, lue dans une copie, est juste ?
Réponse : C. Le genre vaut pour l'œuvre entière, le registre pour l'effet d'un passage : une comédie peut avoir une scène pathétique. Le piège B oublie que le registre tragique, ce destin auquel on n'échappe pas, traverse aussi des drames et des romans.
Sources
- Molière, premier placet au roi sur Tartuffe : texte sur Wikisource.
- Boileau, L'Art poétique, chant III : texte sur Wikisource.
- Racine, préface de Bérénice : texte sur Wikisource.