Niveau : licence, du facile au difficile. Durée estimée : 2 h 30. 8 exercices avec corrections détaillées.
Rappel des notions clés
Pour analyser une puissance, demande-toi par quel levier elle obtient ce qu'elle veut. Joseph Nye en distingue trois : la menace et le paiement, qui forment le hard power, et l'attraction, qui fait le soft power. Exemple : des sanctions financières relèvent de la menace, le succès mondial d'un cinéma national, de l'attraction.
Pour un conflit, regarde qui affronte qui, puis le cadre : la Charte des Nations unies interdit la menace ou l'emploi de la force entre États (article 2), sauf légitime défense (article 51) ou décision du Conseil de sécurité.
Notions à retenir :
- Organisation intergouvernementale : ses membres sont des États (ONU, OTAN). ONG, firmes et groupes armés sont des acteurs non étatiques.
- Veto : au Conseil de sécurité (15 membres, dont 5 permanents), une décision de fond exige 9 voix ; un vote contre d'un membre permanent suffit à la bloquer.
- Part d'un pays dans un total : $p = \dfrac{d}{D} \times 100$, avec $d$ sa dépense et $D$ le total.
Piège classique : non militaire ne veut pas dire soft power. Une sanction ou un prêt contre des contreparties, c'est du hard power : on contraint ou on achète. Le soft power, c'est quand l'autre veut ce que tu veux, sans menace ni paiement.
Exercices : niveau facile
Exercice 1 : Pour chaque levier, dis s'il agit par la menace, le paiement ou l'attraction, et s'il relève du hard ou du soft power.
a) Un État bloque les importations de vin d'un voisin pour le faire changer de politique.
b) Un État prête à taux très bas pour construire un port, si ses entreprises obtiennent le chantier.
c) Des étudiants étrangers choisissent un pays pour la réputation de ses universités.
Correction :
Cherche ce qui fait bouger l'autre : la peur, l'intérêt ou l'envie.
a) Menace, donc hard power. b) Paiement, donc hard power aussi. c) Attraction, donc soft power.
Réponse : seul c relève du soft power. Le b est le piège : un prêt sous conditions achète un comportement, il ne séduit pas.
Exercice 2 : Classe ces acteurs : ONU, OTAN, Médecins sans frontières, Alphabet (maison mère de Google), groupe « État islamique ». Catégories : organisation intergouvernementale, ONG, firme transnationale, groupe armé non étatique. Justifie ton choix pour l'OTAN et pour « État islamique ».
Correction :
Regarde qui sont les membres et qui décide. L'ONU et l'OTAN réunissent des États : ce sont des organisations intergouvernementales. « État islamique » s'est proclamé État, mais il n'est ni membre de l'ONU ni reconnu comme tel : c'est un groupe armé non étatique.
Réponse : ONU et OTAN, organisations intergouvernementales ; MSF, ONG ; Alphabet, firme transnationale ; « État islamique », groupe armé non étatique.
Exercice 3 : Selon le SIPRI, institut de recherche sur la paix basé à Stockholm, les dépenses militaires mondiales ont atteint 2 887 milliards de dollars en 2025, dont 954 milliards pour les États-Unis et environ 336 milliards (estimation) pour la Chine.
a) Calcule la part de chaque pays dans le total, au dixième près.
b) Calcule le rapport des deux dépenses.
c) Donne deux raisons pour lesquelles ce classement ne mesure pas, à lui seul, la puissance militaire.
Correction :
Applique la formule de la part, puis un quotient.
a) $\dfrac{954}{2\,887} \times 100 \approx 33{,}0\,\%$ pour les États-Unis et $\dfrac{336}{2\,887} \times 100 \approx 11{,}6\,\%$ pour la Chine.
b) $\dfrac{954}{336} \approx 2{,}8$.
c) Le chiffre chinois est une estimation, et un dollar n'achète pas la même chose dans chaque pays. Surtout, une ressource n'est pas un résultat : l'entraînement et les alliances comptent aussi.
Réponse : environ $33{,}0\,\%$ pour les États-Unis et $11{,}6\,\%$ pour la Chine ; les États-Unis dépensent environ $2{,}8$ fois plus.
Exercices : niveau moyen
Exercice 4 : Le 25 février 2022, un projet de résolution du Conseil de sécurité exigeant le retrait des forces russes d'Ukraine obtient 11 voix pour, 1 contre (Russie) et 3 abstentions, dont la Chine. Le 2 mars 2022, l'Assemblée générale exige ce retrait par 141 voix pour, 5 contre et 35 abstentions (ONU Info).
a) Pourquoi le texte du Conseil échoue-t-il malgré 11 voix sur 15 ?
b) L'abstention de la Chine vaut-elle un veto ?
c) Compare la portée juridique des deux textes.
Correction :
Applique la règle de vote de la Charte, puis distingue décision et recommandation.
a) Une décision de fond exige 9 voix, dont celles des membres permanents (article 27) : le vote contre de la Russie est un veto.
b) Non. Dans la pratique du Conseil, l'abstention d'un membre permanent ne bloque pas un texte ; seul le vote russe l'a fait tomber.
c) Les décisions du Conseil s'imposent aux États membres (article 25) ; l'Assemblée générale fait des recommandations (article 10) : sa résolution pèse politiquement, mais n'est pas contraignante.
Réponse : texte du Conseil bloqué par le veto russe ; résolution de l'Assemblée adoptée, mais non contraignante.
Exercice 5 : Dans une copie, on lit : « Les huit États riverains de l'Arctique se disputent ses ressources. »
a) Corrige l'erreur.
b) Pourquoi la région attire-t-elle les États, et sur quel droit s'appuient les riverains ?
Correction :
Sépare deux critères : avoir des terres dans l'Arctique, et border l'océan Arctique.
a) Cinq États seulement bordent l'océan Arctique : Canada, Danemark (Groenland), États-Unis (Alaska), Norvège, Russie. Avec la Finlande, l'Islande et la Suède, ils forment les huit États arctiques du Conseil de l'Arctique.
b) Le recul de la banquise ouvre davantage la route maritime du Nord, le long de la Sibérie, plus courte entre l'Europe et l'Asie, et rend hydrocarbures et minerais plus accessibles. Les riverains s'appuient sur le droit de la mer : une zone économique exclusive de 200 milles marins, où ils exploitent seuls les ressources, et un plateau continental (le prolongement sous-marin du continent) qu'ils veulent étendre au-delà.
Réponse : huit États arctiques, mais cinq riverains seulement.
Exercice 6 : Les grandes plateformes numériques sont parfois décrites comme des puissances. Compare-les aux États sur trois critères (territoire, moyens de contrainte, légitimité), puis conclus.
Correction :
Compare critère par critère, puis tranche.
Territoire : l'État est souverain sur un espace délimité ; la plateforme agit partout où son service est accessible, mais obéit à la loi de chaque pays où elle opère.
Contrainte : l'État détient le monopole de la violence physique légitime, selon Max Weber (armée, police) ; la plateforme peut seulement fermer un compte, retirer un contenu ou peser par son poids économique.
Légitimité : celle de l'État vient de ses institutions et de ses citoyens ; celle de l'entreprise vient de ses clients, et son but reste le profit.
Conclusion : un acteur influent, mais pas l'égal d'un État, qui peut le réguler ou le bloquer sur son sol.
Exercices : niveau difficile
Exercice 7 : Sujet de dissertation : « La rivalité entre les États-Unis et la Chine est-elle une nouvelle guerre froide ? » Propose une problématique et un plan en deux parties, avec deux arguments par partie.
Correction :
Confronte le modèle (États-Unis contre URSS) au cas présent, critère par critère.
Problématique : la comparaison éclaire-t-elle cette rivalité, ou en cache-t-elle la nouveauté ?
I. Des traits de guerre froide : deux modèles politiques concurrents (une démocratie libérale, un régime dirigé par le Parti communiste chinois) ; une course aux technologies militaires et une rivalité d'influence, surtout en Indo-Pacifique.
II. Une situation nouvelle : les deux économies restent liées par le commerce et les chaînes de production, à la différence des États-Unis et de l'URSS ; et beaucoup d'États refusent de s'aligner sur l'un des deux camps.
Conclusion attendue : une compétition stratégique qui emprunte à la guerre froide, sans en reproduire les blocs fermés.
Exercice 8 : Sujet : « Le changement climatique est-il un facteur de conflit ou de coopération entre les États ? » Propose une problématique et un plan en deux parties.
Correction :
Évite la causalité directe (« il fait plus chaud, donc la guerre ») : montre les mécanismes.
Problématique : le climat crée-t-il des conflits, ou aggrave-t-il des fragilités déjà présentes ?
I. Un aggravant de tensions : le recul de la banquise ouvre l'Arctique aux rivalités (exercice 5) ; sécheresses et mauvaises récoltes attisent la concurrence pour l'eau et la terre, surtout là où l'État est faible.
II. Une contrainte qui pousse à coopérer : les émissions ignorent les frontières, d'où l'accord de Paris (COP21) et une expertise commune, celle du GIEC (Groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat).
Conclusion possible : le climat aggrave les conflits plus qu'il ne les crée, et il oblige à coopérer sans garantir que les engagements soient tenus.
Bilan et conseils
Ce qu'il faut retenir : pour une puissance, cherche le levier et ne confonds pas ressources et résultats. Pour un conflit, identifie les camps, puis le cadre juridique. En dissertation, compare critère par critère, avec des exemples datés.
Sources
- Nations unies : Charte des Nations unies (articles 2, 10, 25, 27, 51) ; ONU Info, 25 février et 2 mars 2022.
- SIPRI, Trends in World Military Expenditure, 2025, avril 2026.
- Joseph S. Nye, « Public Diplomacy and Soft Power », The Annals of the American Academy of Political and Social Science, mars 2008.