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Géopolitique : comprendre les conflits au Moyen-Orient

Une grille en quatre questions pour analyser un conflit au Moyen-Orient, appliquée aux guerres d'Irak de 1990 à 2014.

Cet article a été rédigé à des fins pédagogiques. Les informations présentées peuvent évoluer. Nous t’invitons à vérifier auprès de sources officielles.

Pour comprendre un conflit au Moyen-Orient, pose-lui quatre questions dans l'ordre : quelle forme prend la guerre, qui sont les acteurs, que veut chacun, comment on tente d'en sortir. Prends la guerre du Golfe : en 1990, un État, l'Irak, envahit le Koweït pour son territoire et son pétrole ; en 1991, une coalition de 35 États l'en chasse avec l'accord de l'ONU, qui fixe ensuite les conditions de l'après-guerre. Tu vas voir cette grille fonctionner sur les guerres d'Irak de 1990 à 2014, puis t'entraîner.

La grille en quatre questions

Étape 1 : la forme. Guerre entre États, guerre civile ou conflit asymétrique ?

Étape 2 : les acteurs et leur échelle. Qui combat, qui soutient, qui arbitre ? Place chacun à l'échelle où il pèse : locale (un pays, une région), régionale (le Moyen-Orient) ou mondiale (grandes puissances, ONU). Sépare les États des acteurs non étatiques : groupes armés, milices, organisations terroristes.

Étape 3 : les enjeux de chacun. Territoire, ressources, pouvoir, sécurité : pose la question acteur par acteur, car deux camps veulent rarement la même chose.

Étape 4 : la sortie du conflit. Qui tente de l'arrêter, avec quels moyens (sanctions, résolution de l'ONU, intervention armée, négociation), et pourquoi cela tient ou non.

Piège classique : prendre l'étiquette d'un camp pour la cause de la guerre. Qu'un groupe se dise sunnite ou chiite ne prouve pas que le conflit est religieux. Cherche ce que ses membres veulent concrètement. L'exercice 3 tombe là-dessus.

Reconnaître la forme du conflit

On distingue trois formes. Les exemples viennent tous d'Irak : un même pays peut passer de l'une à l'autre.

FormeQui s'affronteExemple en Irak
Conflit interétatiqueDes États, avec leurs armées2 août 1990 : l'Irak envahit le Koweït
Guerre civileDes groupes d'un même paysJanvier 2014 : un groupe djihadiste allié à des tribus sunnites irakiennes prend Falloujah aux forces du gouvernement
Conflit asymétriqueDes adversaires aux moyens très inégauxAprès 2003 : Al-Qaïda en Mésopotamie attaque les forces américaines

Définition : un conflit asymétrique oppose des adversaires qui n'ont ni les mêmes moyens ni les mêmes méthodes. Le plus faible évite la bataille rangée, qu'il perdrait : il frappe par surprise et ses combattants se fondent dans la population.

Un même conflit peut cumuler deux formes : tu le verras avec Daech.

La guerre du Golfe de 1991 à la grille

Le 2 août 1990, l'Irak de Saddam Hussein envahit le Koweït. D'après le dossier pédagogique des Archives diplomatiques, il invoque trois raisons : un « droit historique » sur un pays qu'il considère comme une province irakienne, l'accès à la mer et au pétrole, et le refus du Koweït d'effacer une dette contractée pendant sa guerre contre l'Iran.

Le 6 août, le Conseil de sécurité de l'ONU décrète un embargo total sur le commerce irakien (résolution 661), et les États-Unis envoient des troupes protéger l'Arabie saoudite. Le 29 novembre, la résolution 678 autorise le recours à la force et laisse à l'Irak jusqu'au 15 janvier 1991 pour se retirer. Le 17 janvier, une coalition de 35 États lance l'opération Tempête du désert.

QuestionRéponse pour 1990-1991
FormeInterétatique : l'Irak contre le Koweït, puis contre les armées de la coalition
Acteurs et échellesLocale : Irak, Koweït. Régionale : Arabie saoudite. Mondiale : États-Unis, France, ONU
EnjeuxPour l'Irak : territoire, mer, pétrole, dette. Pour la coalition : rétablir un pays indépendant, protéger l'Arabie saoudite
SortieSanctions, ultimatum, guerre autorisée, puis résolution 687 du 3 avril 1991, qui encadre le désarmement de l'Irak

Définition : la sécurité collective, c'est le principe selon lequel les membres de l'ONU répondent ensemble à l'agression de l'un d'eux, sur décision du Conseil de sécurité. La guerre de 1991 en est un cas d'école.

De 2003 à Daech, la guerre change de forme

Le 20 mars 2003, une intervention militaire américaine commence en Irak, cette fois sans feu vert de l'ONU. Le jour même, Jacques Chirac déclare que « la France regrette cette action engagée sans l'aval des Nations Unies ». Saddam Hussein est renversé, mais la guerre continue autrement.

Des groupes armés attaquent les troupes américaines. L'un d'eux, Al-Qaïda en Mésopotamie, fonde en 2006 l'État islamique en Irak. Après le départ des Américains, en 2011, ce groupe s'organise contre la prédominance chiite et crée une branche en Syrie. Le 9 juin 2014, il lance une offensive sur Mossoul et prend le contrôle du quart nord-ouest de l'Irak. Le 29 juin, ce groupe, que la France appelle Daech, proclame le « califat » : un pouvoir qui se réclame des successeurs du prophète Mahomet.

Repasse la grille. La forme : Daech pose des engins explosifs et ses combattants se fondent dans la population pour échapper aux frappes aériennes. C'est un conflit asymétrique, mais pas seulement : devant les députés, le 30 septembre 2014, le ministre de la Défense Jean-Yves Le Drian le décrit capable aussi de mener une guerre conventionnelle.

Les acteurs : sur place, les forces irakiennes et des milices chiites, les peshmergas, soldats du Kurdistan irakien (une région largement autonome), des tribus sunnites divisées pour ou contre Daech. Dans la région, des pays du Golfe et la Jordanie frappent Daech en Syrie. Au niveau mondial, les États-Unis bombardent dès août 2014, rejoints en septembre par la France (opération Chammal), sans troupes au sol.

Les enjeux : Daech veut un territoire et un État ; selon le ministre, les tribus sunnites qui le rejoignent ont été tenues à l'écart du pouvoir par le gouvernement al-Maliki ; Bagdad veut reprendre son territoire.

La sortie : plus d'État adverse à qui imposer des conditions, comme en 1991. Chammal répond à une demande officielle des autorités irakiennes, au titre de la légitime défense (article 51 de la Charte des Nations unies), pour affaiblir Daech. Mais pour le ministre, l'action militaire ne suffira pas sans une solution politique qui associe toutes les communautés.

Exercices corrigés

Cherche chacun sur ta feuille avant d'ouvrir la correction.

Exercice 1 : Pour chaque acteur, dis s'il est un État ou non, et à quelle échelle il agit : le Koweït en 1990, le Conseil de sécurité de l'ONU en 1990, Daech en 2014.

Correction :

Le Koweït est un État, à l'échelle locale : c'est le pays envahi.

Le Conseil de sécurité n'est pas un État, mais un organe de l'ONU, une organisation qui réunit des États ; il agit à l'échelle mondiale.

Daech n'est pas un État, même s'il proclame un « califat » : c'est un acteur non étatique. Son territoire le place à l'échelle régionale, sur l'Irak et la Syrie, mais ses combattants étrangers lui donnent aussi une portée mondiale.

Exercice 2 : La France combat l'Irak en 1991, regrette l'intervention américaine de 2003, puis intervient en Irak en 2014. Pour chaque date, donne le cadre juridique qui explique sa position, puis ce que les trois cas ont en commun.

Correction :

1991 : la sécurité collective. La résolution 678 du 29 novembre 1990 autorise la force si l'Irak n'a pas quitté le Koweït le 15 janvier 1991.

2003 : ce cadre manque. Jacques Chirac regrette une action « engagée sans l'aval des Nations Unies ».

2014 : la légitime défense. L'opération Chammal répond à une demande officielle des autorités irakiennes, au titre de l'article 51 de la Charte des Nations unies.

Point commun : chaque fois, la France justifie sa position par le droit international, pas par l'adversaire seul : l'Irak de Saddam Hussein est visé en 1991 comme en 2003.

Exercice 3 : Dans une copie, on lit : « En 2014, Daech progresse en Irak parce que sunnites et chiites se font la guerre depuis toujours. » Trouve les deux erreurs de raisonnement, puis réécris la phrase.

Correction :

Première erreur : une seule cause, religieuse, pour tout le conflit. La grille demande les enjeux de chaque acteur, et le ministre de la Défense en cite d'autres : des tribus sunnites tenues à l'écart du pouvoir, d'anciens partisans de Saddam Hussein, la solde versée aux combattants, des forces irakiennes mal organisées.

Seconde erreur : « depuis toujours » efface l'histoire. Le groupe a grandi dans les combats contre les troupes américaines après 2003, et des forces sunnites luttent contre lui.

Phrase corrigée : « En 2014, Daech progresse en Irak grâce au soutien de tribus sunnites écartées du pouvoir et à la faiblesse des forces irakiennes. »

À retenir

À retenir :

  • Quatre questions, dans l'ordre : la forme, les acteurs et leur échelle, les enjeux de chacun, la sortie du conflit.
  • Interétatique : des États s'affrontent. Asymétrique : des adversaires aux moyens inégaux. Un conflit peut cumuler les formes.
  • 1991 : une coalition de 35 États autorisée par l'ONU (résolution 678) chasse l'Irak du Koweït.
  • Après 2003 : une intervention sans l'aval de l'ONU, puis des groupes armés non étatiques, jusqu'à Daech en 2014.

Sources

  • Archives diplomatiques, « La première guerre du Golfe, 1991 », dossier pédagogique pour la 3e et la spécialité HGGSP de terminale : dossier sur diplomatie.gouv.fr.
  • Déclaration de Jacques Chirac sur le début de l'intervention militaire américaine en Irak, 20 mars 2003 : texte sur elysee.fr.
  • Assemblée nationale, commission des affaires étrangères, compte rendu n° 92 du 30 septembre 2014, audition de Jean-Yves Le Drian sur la situation en Irak : compte rendu sur assemblee-nationale.fr.

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