L'essentiel à connaître
Pour classer un moyen de puissance, demande-toi comment l'État obtient ce qu'il veut. S'il menace (le bâton) ou s'il paie (la carotte), c'est du hard power, la puissance de contrainte, militaire ou économique (des missiles, des sanctions). S'il donne aux autres l'envie de vouloir ce qu'il veut, c'est du soft power, la puissance d'attraction (des universités qui attirent des étudiants du monde entier).
L'idée vient du politologue américain Joseph Nye, qui l'a lancée en 1990. Dans un article de 2008, il explique que le soft power d'un pays repose sur sa culture, ses valeurs politiques et sa politique étrangère, mais seulement si elles attirent. Ce sont les autres qui en décident : des valeurs que le pays ne respecte pas, ou une télévision prise pour de la propagande, n'attirent pas. Même un petit pays peut en avoir beaucoup.
Le smart power, ou « puissance intelligente », est la capacité à combiner efficacement les deux. En spécialité histoire-géographie, géopolitique et sciences politiques de première, le programme étudie ces « formes indirectes de la puissance » que sont la langue, le numérique ou les nouvelles routes de la Soie.
Piège classique : Soft power ne veut pas dire « non militaire », ni « influence » en général, car on influence aussi par la menace ou l'argent. À l'inverse, une armée qui forme des officiers étrangers, ou des secours envoyés après une catastrophe, peuvent attirer. Juge le mécanisme, pas l'outil.
Quiz : teste tes connaissances
Les questions montent en difficulté : les trois dernières sont les plus piégeuses.
Question 1 : Qui a lancé l'idée de soft power ?
Réponse : C. Le politologue américain Joseph Nye l'a lancée en 1990, dans son livre Bound to Lead. Samuel Huntington est connu pour une autre thèse, le « choc des civilisations ».
Question 2 : Laquelle de ces ressources d'un pays relève du hard power ?
Réponse : D. Des missiles servent à menacer, donc à contraindre. Les valeurs politiques semblent plus « sérieuses » que les séries, mais elles agissent elles aussi par l'attraction.
Question 3 : Que désigne le smart power ?
Réponse : B. Pour Nye, le smart power est la capacité à combiner efficacement contrainte et attraction. Le piège A vient du mot « smart », qui fait penser aux smartphones.
Question 4 : La Chine a ouvert à l'étranger des instituts Confucius qui enseignent sa langue et sa culture. Ce réseau relève :
Réponse : A. Diffuser sa langue et sa culture, c'est chercher à attirer. Le piège B ne tient pas : tout levier sert des intérêts, seule compte la manière d'agir.
Question 5 : Un État interdit le commerce avec un pays pour le forcer à changer de politique. Cet embargo relève :
Réponse : B. L'embargo prive un pays d'échanges pour le faire céder : c'est une contrainte. Le piège A oublie que le hard power peut être économique.
Question 6 : Selon Nye, sur quoi repose le soft power d'un pays ?
Réponse : D. Ce sont les trois sources citées par Nye, à condition qu'elles attirent. La population et le territoire comptent dans la puissance, mais ils ne suffisent pas à rendre un pays attirant.
Question 7 : Quel choix illustre le mieux le smart power ?
Réponse : A. Le smart power associe les deux : dissuasion militaire et attraction des universités. Les pièges B et C remplacent un outil par l'autre au lieu de les combiner.
Question 8 : La Norvège, petit pays, s'est fait une image d'artisan de la paix en jouant les médiateurs dans des conflits. Qu'en conclure ?
Réponse : C. Nye cite la Norvège comme un pays dont la voix pèse bien plus que sa taille. Le piège D confond attraction et nombre d'habitants.
Question 9 : Une chaîne internationale vante sans nuance la politique de son État. À l'étranger, on y voit de la propagande. Que produit-elle ?
Réponse : D. Le soft power dépend de ceux qui reçoivent le message : prise pour de la propagande, l'information n'attire pas. Le piège A confond l'intention et le résultat.
Question 10 : Selon Nye, quand les valeurs politiques d'un pays nourrissent-elles son soft power ?
Réponse : A. Des valeurs n'attirent que si le pays les applique lui-même. Les inscrire dans un texte (piège C) ne suffit pas si les actes les contredisent : cela passe pour de l'hypocrisie.
Question 11 : Un élève écrit : « Le soft power, c'est toute forme d'influence. » A-t-il raison ?
Réponse : C. Pour Nye, le soft power n'est qu'une source d'influence : la menace et le paiement en sont d'autres, qui relèvent du hard power. Le piège A est tentant, car on traduit parfois soft power par « influence ».
Question 12 : Après le tsunami de 2004, les États-Unis envoient des secours en Indonésie. Quel effet Nye leur attribue-t-il ?
Réponse : B. D'après Nye, ces secours ont en partie redressé l'image des États-Unis dans les sondages indonésiens. Le piège A oublie qu'une aide ne relève du hard power que si elle achète un comportement.
Question 13 : Un État prête à très bas taux à un pays qui s'engage à voter avec lui à l'ONU. Selon Nye, c'est :
Réponse : C. Le prêt est une carotte : il paie un vote, et le paiement relève du hard power, comme la menace. Le piège A ne tient pas : ce pays vote parce qu'il est payé, pas par envie.
Question 14 : Une armée forme des officiers étrangers en temps de paix. Peut-elle produire du soft power ?
Réponse : A. Nye cite les échanges d'officiers et les entraînements communs comme sources de soft power. Le piège B juge l'outil, l'armée, au lieu du mécanisme, l'attraction.
Question 15 : Un pays exporte ses films partout, mais mène une guerre jugée illégitime dans une large part du monde. Que devient son soft power ?
Réponse : B. La politique étrangère est une source du soft power : jugée illégitime, elle repousse au lieu d'attirer. Nye note ainsi le recul du soft power américain après l'invasion de l'Irak, en 2003. Le piège A réduit le soft power à la culture.
Sources
Ministère de l'Éducation nationale, programme de spécialité histoire-géographie, géopolitique et sciences politiques de première générale, thème 2, Bulletin officiel de l'Éducation nationale.
Joseph S. Nye, « Public Diplomacy and Soft Power », The Annals of the American Academy of Political and Social Science, vol. 616, mars 2008 (en anglais).