Entre le 1er août 2024 et le 31 juillet 2025, 5 731 km² de forêt ont été rasés en Amazonie brésilienne. Le chiffre vient de l'INPE, l'institut de recherche spatiale du Brésil, qui mesure cette perte chaque année par satellite (note technique du 27 février 2026). C'est 12 % de moins qu'un an plus tôt et presque cinq fois moins qu'en 2004, mais cela reste un carré de forêt de près de 76 km de côté, soit en moyenne un terrain de football et demi chaque minute.
Derrière ces chiffres se jouent le climat, les pluies du continent, la vie des peuples de la forêt et une part de ce que l'Europe achète.
Comment on mesure la déforestation
Le chiffre officiel vient de PRODES, le suivi par satellite de l'INPE, dont la série commence en 1988. Il porte sur l'Amazonie légale, une zone de neuf États du Brésil. La forêt déborde sur les pays voisins et sur la Guyane française, mais ces chiffres ne concernent que le Brésil.
Définition : pour l'INPE, une forêt est déboisée quand sa couverture d'arbres a complètement disparu, par coupe rase (tous les arbres d'une parcelle abattus) ou au bout d'une lente dégradation. Seule la forêt primaire, celle qui n'a jamais été défrichée, est comptée.
L'année PRODES commence le 1er août, en saison sèche, quand les nuages gênent le moins les satellites.
Piège classique : « 2025 » chez l'INPE veut dire d'août 2024 à juillet 2025, pas l'année civile. Le chiffre publié en octobre 2025 (5 796 km²) n'était qu'une estimation. Et une forêt brûlée en partie ou exploitée pour quelques arbres de valeur est dégradée, pas déboisée : tant qu'il reste des arbres, elle n'entre pas dans ce total.
Les chiffres depuis 1988
| Année PRODES | Forêt rasée (km²) |
|---|---|
| 1995 | 29 059 (record de la série) |
| 2004 | 27 772 |
| 2012 | 4 571 (minimum de la série) |
| 2021 | 13 038 |
| 2022 | 11 594 |
| 2023 | 9 064 |
| 2024 | 6 518 |
| 2025 | 5 731 |
De 1988 à 2008, la forêt perd chaque année plus de 11 000 km². De 2004 à 2012, le rythme est divisé par six. Il remonte ensuite jusqu'à 13 038 km² en 2021, près de trois fois le niveau de 2012, avant de baisser quatre années de suite.
Ces écarts montrent que le recul de la forêt n'a rien d'automatique : il dépend de choix humains. Le gouvernement brésilien s'appuie sur cette série pour fixer et évaluer sa politique contre le déboisement.
Piège classique : une déforestation qui baisse ne veut pas dire une forêt qui grandit. En 2025, la forêt primaire a encore perdu 5 731 km². Elle recule moins vite, mais elle recule.
Où et pourquoi la forêt recule
En 2025, trois États concentrent environ 81 % des surfaces rasées : le Pará (2 064 km²), le Mato Grosso (1 593 km²) et l'Amazonas (979 km²). Le Mato Grosso est le seul des neuf États où la déforestation a augmenté : l'exercice 2 te fait calculer de combien.
Définition : un front pionnier est une zone où l'on conquiert de nouvelles terres sur un espace peu peuplé, en défrichant pour cultiver ou élever du bétail. En Amazonie, il avance depuis le sud et l'est vers le cœur de la forêt.
Ce qui pousse à raser, c'est d'abord l'agriculture. À l'échelle du monde, le règlement européen du 31 mai 2023 attribue près de 90 % de la déforestation à l'expansion agricole, et près de 40 % des pertes de forêts aux pâturages pour le bétail. En Amazonie brésilienne, la forêt rasée devient surtout du pâturage pour un élevage bovin extensif, avec peu de bêtes sur de grandes surfaces.
D'autres activités s'y ajoutent : le soja, l'orpaillage (la recherche d'or, souvent illégale) et les routes. Une route ouvre l'accès à la forêt, et les défrichements s'étirent ensuite le long de son tracé.
Ce qui est en jeu
Le climat d'abord. Les arbres stockent du carbone dans leur bois. Quand la forêt rasée brûle ou pourrit, ce carbone repart dans l'air sous forme de $\mathrm{CO_2}$, un gaz à effet de serre.
L'eau ensuite. Par ses feuilles, la forêt renvoie dans l'air une grande partie de la pluie qu'elle reçoit : c'est l'évapotranspiration. Les vents emportent cette vapeur vers le sud du continent, où elle retombe en pluie : ce sont les « rivières volantes ».
Des scientifiques craignent qu'au-delà d'un certain niveau de déforestation, la forêt ne fabrique plus assez de pluie pour se maintenir et se change par endroits en savane. Ce seuil, appelé point de bascule, n'est pas connu avec précision.
Les êtres vivants et les habitants, enfin. La forêt abrite une très grande diversité d'espèces et des peuples autochtones qui en vivent. L'élevage, le soja et les mines font, eux, vivre des régions entières.
Éleveurs, orpailleurs, peuples autochtones, État brésilien et pays acheteurs n'attendent donc pas la même chose de ce territoire : ce sont des conflits d'usage.
Conseil : dans une composition, classe les enjeux par échelle. Locale : les habitants et la biodiversité. Régionale : les pluies en Amérique du Sud. Mondiale : le climat et le commerce. C'est le raisonnement multiscalaire.
La déforestation importée
On parle de déforestation importée quand un pays achète des produits dont la production a fait reculer une forêt ailleurs. L'Union européenne l'écrit elle-même dans son règlement de 2023 : sa consommation « contribue considérablement à la déforestation et à la dégradation des forêts ».
Ce règlement vise sept produits de base : les bovins, le cacao, le café, le palmier à huile, le caoutchouc, le soja et le bois, ainsi que des produits qui en sont tirés. Pour être vendus dans l'Union ou exportés depuis elle, ils devront venir de terres non déboisées après le 31 décembre 2020 et respecter les lois du pays producteur, ce que l'entreprise devra attester dans une déclaration.
Piège classique : adopté en 2023, ce règlement n'a pas pris effet tout de suite. Un règlement de décembre 2025 a reporté son application au 30 décembre 2026, et au 30 juin 2027 pour la plupart des petites et micro-entreprises (douane française). Avant d'écrire qu'il « interdit » ces produits, vérifie la date.
Exercices corrigés
Les surfaces rasées viennent toutes de l'INPE. Cherche chaque exercice sur ta feuille avant d'ouvrir la correction.
Exercice 1 : Un terrain de football mesure 105 m sur 68 m. On suppose que les 5 731 km² de 2025 ont été rasés au même rythme pendant les 365 jours de l'année PRODES. Combien de terrains de forêt disparaissaient en moyenne chaque minute, au dixième près ? On rappelle que $1\text{ km}^2 = 1\,000\,000\text{ m}^2$.
Correction :
Un terrain : $105 \times 68 = 7\,140\text{ m}^2$. Surface rasée : $5\,731\text{ km}^2 = 5\,731\,000\,000\text{ m}^2$. Minutes dans l'année : $365 \times 24 \times 60 = 525\,600$.
Par minute : $\dfrac{5\,731\,000\,000}{525\,600} \approx 10\,904\text{ m}^2$, soit $\dfrac{10\,904}{7\,140} \approx 1{,}5$ terrain en moyenne.
Exercice 2 : Dans le Mato Grosso, 1 257 km² de forêt ont été rasés en 2024 et 1 593 km² en 2025. Les huit autres États de l'Amazonie légale sont tous en baisse, et le total aussi. Un élève écrit : « En 2025, la déforestation a reculé partout en Amazonie brésilienne. » Calcule le taux d'évolution dans le Mato Grosso, arrondi au centième de pour cent, puis corrige la phrase de l'élève.
Correction :
Le taux d'évolution divise l'écart par la valeur de départ, celle de 2024 :
$$t = \frac{1\,593 - 1\,257}{1\,257} = \frac{336}{1\,257} \approx 0{,}2673$$
La déforestation a augmenté de $26{,}73\,\%$ dans le Mato Grosso.
La phrase est donc fausse : le total baisse, mais pas partout. Une phrase juste : « En 2025, la déforestation a reculé dans huit des neuf États de l'Amazonie légale, mais elle a augmenté d'environ 27 % dans le Mato Grosso. » Un total peut cacher des écarts entre territoires : change d'échelle avant de conclure.
Exercice 3 : La déforestation a baissé de 21,8 % entre 2022 et 2023, puis de 28,1 % entre 2023 et 2024. Un élève en déduit une baisse de 49,9 % entre 2022 et 2024. A-t-il raison ? Vérifie avec les valeurs de 2022 (11 594 km²) et de 2024 (6 518 km²).
Correction :
Non. Des pourcentages successifs ne s'additionnent pas : on multiplie les coefficients multiplicateurs. Baisser de 21,8 %, c'est multiplier par $1 - 0{,}218 = 0{,}782$ ; baisser de 28,1 %, c'est multiplier par $1 - 0{,}281 = 0{,}719$.
$$0{,}782 \times 0{,}719 \approx 0{,}562$$
La baisse totale est donc d'environ $43{,}8\,\%$. Vérification : $\dfrac{6\,518}{11\,594} \approx 0{,}562$. La seconde baisse s'applique à une valeur déjà réduite (9 064 km² en 2023), pas à celle de 2022.
À retenir
À retenir :
- Chiffre officiel : PRODES, le suivi par satellite de l'INPE, pour l'Amazonie légale, d'août à juillet.
- 2025 : 5 731 km² rasés, 12 % de moins qu'en 2024. Record en 1995 (29 059 km²), minimum en 2012 (4 571 km²).
- Le front pionnier avance par le sud et l'est. Pará, Mato Grosso et Amazonas font environ 81 % des surfaces rasées.
- Cause principale : l'agriculture, surtout l'élevage bovin extensif. Enjeux : climat, pluies, biodiversité, peuples autochtones.
- Le règlement européen contre la déforestation importée doit s'appliquer à partir du 30 décembre 2026.
Sources
- INPE, note technique du 27 février 2026 sur la déforestation de l'Amazonie légale en 2025 : texte sur data.inpe.br (en portugais).
- Règlement (UE) 2023/1115 du 31 mai 2023 sur les produits associés à la déforestation : texte sur EUR-Lex.
- Douane française, report de l'application du règlement (UE) 2023/1115, actualité du 24 décembre 2025 : texte sur douane.gouv.fr.