Niveau : licence, du facile au difficile. Durée estimée : 2 h 45. 10 exercices corrigés.
Rappel des notions clés
Pour dire si un régime est totalitaire, ne t'arrête pas à sa violence : demande-toi s'il veut contrôler toute la société, vie privée comprise, au nom d'une idéologie (un système d'idées qui prétend tout expliquer). Une dictature autoritaire se contente de l'obéissance ; un régime totalitaire exige l'adhésion et veut fabriquer un « homme nouveau ». Exemple : l'URSS de 1937 coche toute la grille ci-dessous.
À retenir : les six critères de Carl Friedrich et Zbigniew Brzezinski (Totalitarian Dictatorship and Autocracy, 1956) sont une idéologie officielle, un parti de masse unique, la terreur policière, le monopole des médias, celui des armes et une économie planifiée (Universalis).
Piège classique : aligner l'Italie de Mussolini sur l'Allemagne nazie et l'URSS stalinienne. Le mot « totalitaire » naît pourtant dans l'Italie fasciste : le philosophe Giovanni Gentile et Mussolini l'emploient dès les années 1920. Mais Hannah Arendt réserve le terme à certaines périodes du nazisme et du stalinisme (Larousse), et en Italie le roi reste chef de l'État. Dans ta copie, nuance.
Exercices : niveau facile
Exercice 1 : Définis le totalitarisme en deux phrases, puis cite trois critères qui le distinguent d'une dictature autoritaire.
Correction :
Pars de l'ambition du régime, puis de ses moyens.
Le totalitarisme est un régime de parti unique qui veut contrôler toute la société, vie privée comprise, au nom d'une idéologie. Il ne cherche pas seulement l'obéissance : il veut transformer l'homme.
Trois critères : une idéologie officielle, un parti de masse unique fondu dans l'État, la terreur policière contre des ennemis réels ou supposés.
Exercice 2 : Cite trois piliers du pouvoir de Staline en URSS, de la fin des années 1920 à 1953, avec un exemple précis pour chacun.
Correction :
Nomme le pilier, puis prouve-le par un fait.
Le culte de la personnalité : Staline est célébré comme le « Petit Père des peuples ». La terreur : d'août 1937 à novembre 1938, la Grande Terreur fait environ 1,5 million d'arrestations et 750 000 exécutions (La Vie des idées). L'économie sous contrainte : collectivisation forcée des terres à partir de 1929 (les paysans regroupés en kolkhozes, fermes collectives) et plans quinquennaux.
Culte du chef, terreur de masse, économie forcée. Attention : « des millions de morts » vaut pour l'ensemble du régime, pas pour la seule Grande Terreur.
Exercice 3 : Explique comment Mussolini devient chef du gouvernement italien en 1922 : deux facteurs favorables, puis l'événement déclencheur.
Correction :
Sépare les causes du déclencheur.
La frustration nationaliste : victorieuse en 1918, l'Italie n'a pas obtenu les territoires espérés, et les nationalistes dénoncent une « victoire mutilée ». La peur de la révolution après l'agitation de 1919-1920 : les fascistes se posent en défenseurs de l'ordre, jusqu'à servir de briseurs de grève.
Le déclencheur : la marche sur Rome des troupes fascistes, lancée le 27 octobre 1922. Le 29, le roi Victor-Emmanuel III demande à Mussolini de former le gouvernement.
Mussolini est nommé légalement, sous la menace de la violence.
Exercices : niveau moyen
Exercice 4 : Avec un exemple nazi et un exemple soviétique, montre que la propagande sert à obtenir l'adhésion et à justifier la terreur.
Correction :
Une fonction, puis l'autre.
Obtenir l'adhésion : le 13 mars 1933, Hitler crée un ministère de la Propagande confié à Joseph Goebbels, qui prend en main presse, radio et cinéma. Le Triomphe de la volonté, film de Leni Riefenstahl tourné au congrès nazi de Nuremberg en 1934, met en scène le chef face aux foules du parti.
Justifier la terreur : en URSS, la propagande désigne les « ennemis du peuple », koulaks (paysans aisés) ou « trotskistes », que la police politique arrête ensuite.
La propagande fabrique l'adhésion et désigne les cibles de la terreur.
Exercice 5 : Dans une copie de partiel, un étudiant écrit : « L'Italie fasciste est un régime totalitaire au même titre que l'Allemagne nazie. » Donne deux points communs, puis deux différences qui obligent à nuancer.
Correction :
Rapproche d'abord, nuance ensuite.
Points communs : un parti unique derrière un chef, Duce ou Führer, qui rejette la démocratie libérale ; un nationalisme conquérant, porté par des milices violentes (Chemises noires, SA).
Différences : la race est au cœur du nazisme, alors que l'Italie n'adopte ses lois antisémites qu'en 1938. Surtout, Mussolini ne tient pas tout : le roi reste chef de l'État (le Duce est arrêté au sortir d'une audience royale, le 25 juillet 1943) et le régime compose avec l'Église (accords du Latran, 1929).
Même famille, mais une emprise inachevée en Italie : parle plutôt de régime fasciste à visée totalitaire.
Exercice 6 : Compare la politique artistique du nazisme et celle du stalinisme : ce que chaque régime interdit, ce qu'il impose, avec un exemple chaque fois.
Correction :
Deux colonnes : interdire, imposer.
Nazisme : l'art moderne est déclaré « dégénéré ». En 1937, à Munich, l'exposition « Art dégénéré » accroche plus de 600 œuvres confisquées de façon à les ridiculiser. Le régime impose un art monumental, comme l'architecture d'Albert Speer.
Stalinisme : en 1932, un décret du parti dissout les groupes d'artistes et d'écrivains. En 1934, le réalisme socialiste, formulé au premier congrès des écrivains soviétiques, devient la doctrine officielle : l'art doit montrer la marche vers le socialisme et éduquer les travailleurs.
Les deux régimes interdisent puis imposent : l'art devient propagande.
Exercice 7 : Explique pourquoi les régimes totalitaires veulent encadrer la jeunesse, puis présente les organisations de jeunesse de deux régimes.
Correction :
Le but, puis les moyens.
La jeunesse, c'est l'« homme nouveau » en formation : qui la forme tient l'avenir du régime.
Allemagne : les Jeunesses hitlériennes pour les garçons, la Ligue des jeunes filles allemandes (BDM) pour les filles. Une loi de 1936 leur confie toute la jeunesse du Reich, et un décret de mars 1939 oblige tous les 10-18 ans à y entrer. URSS : les Pionniers pour les enfants, puis le Komsomol, la jeunesse communiste.
École et organisations de jeunesse façonnent les futurs fidèles du régime.
Exercices : niveau difficile
Exercice 8 : La « révolution conservatrice » allemande des années 1920 a-t-elle préparé le nazisme ? Présente ce courant, puis distingue ce que le nazisme en reprend et ce qu'il y ajoute.
Correction :
Définis le courant, puis sépare influence et identité.
C'est surtout une catégorie construite après coup, par la thèse d'Armin Mohler publiée en 1950. Elle regroupe des auteurs de Weimar comme Oswald Spengler, Ernst Jünger ou Arthur Moeller van den Bruck, qui rejettent la démocratie parlementaire et le libéralisme.
Le nazisme en reprend le rejet de la démocratie de Weimar et jusqu'à l'expression « Troisième Reich », titre d'un livre de Moeller van den Bruck (1923). Il y ajoute son cœur : le racisme biologique et l'antisémitisme, le parti de masse, la conquête d'un « espace vital » à l'Est.
Elle a préparé un terrain intellectuel, mais elle n'est pas le nazisme.
Exercice 9 : Le régime stalinien veut créer un « homme nouveau ». Montre comment il pénètre la vie privée, puis explique en quoi la terreur sert ce projet tout en le contredisant.
Correction :
L'emprise, puis la tension.
L'emprise : l'enfant passe par les Pionniers puis le Komsomol, et la dénonciation est encouragée.
La terreur sert le projet, car elle trie la société : la Grande Terreur vise les « éléments socialement nuisibles », anciens koulaks, membres du clergé, gens d'une nationalité jugée « à risque » (La Vie des idées). Elle le contredit aussi : l'obéissance née de la peur n'est pas l'adhésion sincère qu'exige l'« homme nouveau ».
La terreur est l'outil de l'utopie autant que l'aveu de son échec.
Exercice 10 : Retrace l'historiographie du totalitarisme (la façon dont les chercheurs en ont débattu) : deux lectures fondatrices, leur critique, puis la relance du débat.
Correction :
Suis l'ordre : fondation, critique, relance.
Fondation : Hannah Arendt, Les Origines du totalitarisme (1951), pour qui idéologie et terreur sont la nature et le principe du régime ; Carl Friedrich et Zbigniew Brzezinski, Totalitarian Dictatorship and Autocracy (1956), et leurs six critères.
Critique : dès la fin des années 1960, l'histoire sociale juge cette théorie descriptive et aveugle aux évolutions, avec une image statique et faussement homogène de l'URSS (Universalis).
Relance : en 1986, Ernst Nolte ouvre en Allemagne la « querelle des historiens » en défendant une filiation directe du communisme au nazisme. François Furet, dans Le Passé d'une illusion (1995), lui oppose des influences réciproques entre des phénomènes comparables mais non identiques.
Arendt et Friedrich-Brzezinski fondent, l'histoire sociale critique, Nolte et Furet relancent. Ne range pas Furet parmi les adversaires de la comparaison : il compare sans confondre.
Bilan et conseils
Ce qu'il faut retenir : un régime totalitaire veut l'adhésion de toute la société, pas seulement son obéissance. Qualifie chaque régime avec la grille des six critères, puis nuance, surtout pour l'Italie. En partiel, date chaque exemple et cite chaque historien avec son œuvre.
Sources
- Anne Amiel, « Totalitarisme », Dictionnaire de la philosophie, Larousse.
- Brigitte Studer, « Totalitarisme : apogée, déclin et renaissance », Encyclopædia Universalis.
- Romain Ducoulombier, « La Grande Terreur », La Vie des idées, 24 septembre 2009, sur le livre de Nicolas Werth, L'Ivrogne et la Marchande de fleurs (2009).