En France, rural ne veut plus dire agricole : pour l'Insee, une commune est rurale quand elle est peu ou très peu dense, soit, en 2017, 88 % des communes et 33 % de la population. Pour tout sujet de géographie rurale, distingue trois dynamiques : une agriculture qui se concentre, des campagnes isolées qui vieillissent, des campagnes proches des villes qui gagnent des habitants. Exemple : de 2007 à 2017, le rural sous forte influence d'une ville gagne 0,97 % d'habitants par an, quand le rural autonome très peu dense en perd 0,04 % (Insee, 2021).
Définir le rural
Jusqu'en 2020, l'Insee définissait le rural en creux : les communes hors des unités urbaines, ces zones de bâti continu d'au moins 2 000 habitants. La définition présentée en 2021 part de la densité, mesurée sur des carreaux de 1 km de côté, puis ajoute l'influence des villes.
Définition : une commune rurale est « sous forte influence d'un pôle » si plus de 30 % de ses actifs occupés travaillent dans le pôle (le cœur d'emplois) d'une aire d'attraction de plus de 50 000 habitants, « sous faible influence » en dessous de 30 %, « autonome » hors de ces aires.
| Type de rural | Part de la population (2017) | Évolution par an (2007-2017) | 65 ans ou plus (2017) |
|---|---|---|---|
| Sous forte influence d'un pôle | 10 % | $+0{,}97$ % | 18,1 % |
| Sous faible influence d'un pôle | 9 % | $+0{,}75$ % | 20,1 % |
| Autonome peu dense | 11 % | $+0{,}28$ % | 24,4 % |
| Autonome très peu dense | 2 % | $-0{,}04$ % | 25,9 % |
Lis ce tableau de l'Insee comme un dégradé : plus on s'éloigne des villes, plus la population vieillit et moins elle progresse. Le rural autonome très peu dense compte 23 % des communes pour 2 % des habitants.
Piège classique : ne confonds pas rural et agricole. En 2017, l'agriculture ne fournit que 16,8 % des emplois du rural autonome très peu dense, et 3,6 % de ceux du rural sous forte influence d'un pôle.
Une agriculture qui se concentre
En 2020, la France métropolitaine compte près de 390 000 exploitations agricoles, 100 000 de moins qu'en 2010 ; elle en comptait plus d'un million en 1988. La baisse ralentit : 3,5 % par an entre 1988 et 2000, 2,3 % par an entre 2010 et 2020 (Insee, 2024).
Ces fermes ne disparaissent pas avec leurs terres : l'essentiel passe aux exploitations restantes. La surface moyenne grimpe de 55 hectares en 2010 à 69 en 2020, alors que la surface agricole utilisée totale ne recule que de 1 % et couvre près de la moitié du territoire métropolitain. Le mot juste est concentration, pas abandon.
Définition : la surface agricole utilisée (SAU) regroupe les terres arables (jachères et pâturages temporaires compris), les surfaces toujours en herbe et les cultures permanentes, comme les vignes et les vergers.
Les productions se redistribuent aussi : en 2020, les grandes cultures dépassent l'élevage bovin en nombre d'exploitations, et l'élevage fait les deux tiers de la baisse.
Moins nombreux, les agriculteurs gèrent une surface presque inchangée, et on attend d'eux plus que de produire : entretenir les paysages, protéger l'eau et les sols. C'est la multifonctionnalité de l'agriculture. La politique agricole commune (PAC) en tient compte : son second pilier, financé par le Feader (Fonds européen agricole pour le développement rural) et des fonds nationaux, paie notamment des mesures agroenvironnementales et LEADER, un programme de projets choisis par les acteurs locaux, réunis en groupe d'action locale.
Désertification ou dépeuplement
Au sens strict, la désertification touche les terres, pas les habitants. La convention des Nations unies adoptée en 1994 la définit comme la dégradation des terres dans les zones arides, semi-arides et subhumides sèches, due à des facteurs variés, dont les variations du climat et les activités humaines.
La géographie a des mots plus précis pour une campagne qui se vide. La déprise est le recul d'une activité, visible dans le paysage : friches, maisons aux volets clos. Le dépeuplement est la baisse du nombre d'habitants. Au sens propre, la « désertification rurale » est la disparition complète de lieux habités.
Beaucoup de ces campagnes dessinent une bande de faibles densités, des Ardennes aux Landes de Gascogne. On l'a longtemps appelée « diagonale du vide » ; les géographes ont abandonné l'expression pour « diagonale des faibles densités », car on y trouve des villes comme Reims ou Limoges, et faible densité ne veut pas dire déclin.
L'exode rural, ce départ massif vers les villes commencé parfois dès le XIXe siècle, est pour l'essentiel achevé. De 2007 à 2017, le rural autonome très peu dense a même un solde migratoire (arrivées moins départs) positif, de $+0{,}16$ % par an. Sa population baisse pourtant, car son solde naturel (naissances moins décès) est de $-0{,}20$ % par an : un habitant sur quatre y a 65 ans ou plus.
Piège classique : n'écris pas qu'une campagne se vide « parce que les jeunes partent » sans le vérifier. Dans le rural le plus isolé, la baisse vient d'abord des décès.
Les nouvelles ruralités
Dans les années 1970, la courbe de la population rurale s'inverse : les campagnes regagnent des habitants. Le sociologue Bernard Kayser a popularisé l'expression « renaissance rurale », titre de son livre de 1990.
Le mouvement profite d'abord aux communes proches des villes, où s'installent des ménages qui travaillent en ville : c'est la périurbanisation. En 2017, 712 000 urbains se sont installés dans le rural et 622 000 ruraux sont partis vers l'urbain ; deux tiers de ces nouveaux ruraux ont choisi une commune périurbaine (Insee, 2021). On parlait aussi de rurbanisation (Bauer et Roux, 1976).
Plus loin des villes arrivent surtout des retraités et des néo-ruraux, citadins venus vivre à la campagne, presque toujours dans les zones attractives de la moitié sud. Leurs dépenses font vivre commerces et artisans : c'est l'économie présentielle, tournée vers les besoins des personnes présentes, habitants comme touristes.
Exemple : la campagne devient multifonctionnelle, et ses usages se heurtent. Un agriculteur épand du fumier près d'un lotissement récent ; les nouveaux habitants se plaignent des odeurs. C'est un conflit d'usage : produire et habiter se disputent le même espace.
Exercices corrigés
Exercice 1 : Une commune rurale isolée (données fictives) passe de 640 habitants en 2012 à 610 en 2022. Sur ces dix ans, elle enregistre 38 naissances et 91 décès. Calcule son solde naturel et son solde migratoire. Perd-elle des habitants parce qu'ils partent ?
Correction :
Variation totale : $610 - 640 = -30$ habitants. Solde naturel : $38 - 91 = -53$ habitants.
La variation totale est la somme des deux soldes, donc le solde migratoire, calculé par différence, vaut $-30 - (-53) = +23$ habitants.
Non : il est arrivé 23 personnes de plus qu'il n'en est parti. La population baisse parce que les décès dépassent les naissances, comme dans le rural autonome très peu dense.
Exercice 2 : Selon l'Insee, la France métropolitaine compte près de 390 000 exploitations en 2020, 100 000 de moins qu'en 2010, et leur SAU moyenne passe de 55 à 69 hectares. 1) Calcule le taux d'évolution du nombre d'exploitations. 2) Estime la SAU totale en 2010 et en 2020 avec ces chiffres arrondis. 3) Abandon des terres ou concentration ?
Correction :
1) En 2010 : $390\,000 + 100\,000 = 490\,000$ exploitations. Taux d'évolution : $\dfrac{390\,000 - 490\,000}{490\,000} \approx -0{,}204$, soit environ $-20$ %.
2) En 2010 : $490\,000 \times 55 = 26\,950\,000$ ha. En 2020 : $390\,000 \times 69 = 26\,910\,000$ ha. Dans les deux cas, environ 27 millions d'hectares.
3) Un cinquième des exploitations a disparu, mais la surface agricole n'a presque pas bougé (l'Insee mesure $-1$ % avec les chiffres exacts) : les terres sont passées aux exploitations restantes. C'est une concentration, pas un abandon.
Exercice 3 : Corrige cette phrase de copie : « La diagonale du vide est frappée par la désertification, car les jeunes partent et personne ne vient s'y installer. »
Correction :
« Désertification », employé seul, désigne la dégradation des terres en zone sèche : parle de dépeuplement ou de déprise. « Diagonale du vide » est abandonné au profit de « diagonale des faibles densités ». Enfin, « personne ne vient » est faux : de 2007 à 2017, même le rural autonome très peu dense a un solde migratoire positif, et c'est le solde naturel qui fait baisser sa population.
Version corrigée : « Dans la diagonale des faibles densités, beaucoup de campagnes perdent des habitants parce que les décès y dépassent les naissances, malgré l'arrivée de nouveaux résidents. »
À retenir
À retenir :
- Pour l'Insee, le rural, ce sont les communes peu ou très peu denses, pas les communes agricoles.
- Près de 390 000 exploitations en 2020, plus grandes, sur une SAU presque stable : l'agriculture se concentre.
- La désertification dégrade les terres des zones sèches ; une campagne qui se vide connaît la déprise ou le dépeuplement.
- Dans le rural isolé, la population baisse surtout par le solde naturel ; près des villes, la périurbanisation la fait croître.
Sources
- Insee, « Une nouvelle définition du rural pour mieux rendre compte des réalités des territoires et de leurs transformations », La France et ses territoires, avril 2021 : texte sur insee.fr.
- Insee, « Nombre d'exploitations », Transformations de l'agriculture et des consommations alimentaires, édition 2024 : fiche sur insee.fr.
- Convention des Nations unies sur la lutte contre la désertification, 1994, article 1 : texte en français sur unccd.int.