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Histoire Ancienne en Licence : Grèce, Rome et Sources Archéologiques

Texte, inscription, monnaie ou couche de fouille : la méthode pour faire parler un document grec ou romain, avec des exemples réels et trois exercices corrigés.

Cet article a été rédigé à des fins pédagogiques. Les informations présentées peuvent évoluer. Nous t’invitons à vérifier auprès de sources officielles.

En histoire ancienne, tu fais parler des documents (textes, inscriptions, monnaies, objets de fouille), et chacun passe par trois questions : qui l'a produit, quand et pour qui ; que dit-il exactement ; avec quoi peut-on le confronter. Exemple : Hérodote donne 5 283 220 hommes à l'armée de Xerxès en 480 av. J.-C., mais il explique lui-même qu'il a doublé le nombre des combattants en supposant autant de serviteurs. Ce chiffre est un calcul, pas un comptage.

Trois questions pour chaque document

La première question porte sur le document : c'est la critique externe. Qui en est l'auteur, quand écrit-il, dans quel genre (récit, discours, décret, épitaphe), pour quel public ? Hérodote, né vers 484 av. J.-C., écrit des décennies après l'expédition de Xerxès : il n'a rien compté lui-même.

La deuxième porte sur le contenu : c'est la critique interne. Que dit le texte, mot à mot, et que voulaient dire ses mots à son époque ? Hérodote additionne les contingents de Xerxès et arrive à 2 641 610 combattants. Il pense que les serviteurs étaient plus nombreux, mais choisit de les compter à égalité : $2 \times 2\,641\,610 = 5\,283\,220$ (Hérodote, Histoires, VII, 186).

La troisième confronte le document à d'autres : un autre auteur, une inscription, une monnaie, une fouille. Un document seul donne un point de vue ; deux documents indépendants qui se recoupent donnent un fait.

Piège classique : l'anachronisme, c'est-à-dire prêter aux Anciens nos idées et nos institutions. La démocratie athénienne n'est pas le suffrage universel : à partir de 451/450 av. J.-C., sur proposition de Périclès, n'est citoyen que celui dont le père et la mère sont athéniens (Aristote, Constitution des Athéniens, 26). Les femmes, les étrangers installés à Athènes (les métèques) et les esclaves ne votent pas.

Les familles de sources

L'historien de l'Antiquité travaille avec ce qui a survécu, et chaque type de document a sa discipline.

DocumentDisciplineApportLimite
Texte d'un auteur antiquephilologie, l'étude des textesun récit, un point de vueconnu par des copies, souvent médiévales
Inscription sur pierre ou bronzeépigraphiedécrets, dédicaces, carrières, épitaphesabrégée, souvent brisée
Monnaienumismatiquetitres et images choisis par le pouvoirle seul message officiel
Papyruspapyrologiecontrats, lettres, comptesconservé surtout en Égypte, grâce au climat sec
Objet, couche de fouillearchéologiela vie de ceux qui n'écrivent pasmuet sans son contexte

L'archéologie date d'abord par la stratigraphie, l'étude de l'ordre des couches de terre : sauf bouleversement, une couche est plus récente que celle qu'elle recouvre.

Définition : les objets datés d'une couche donnent son terminus post quem (« limite après laquelle ») : la couche n'est pas plus ancienne que le plus récent d'entre eux. Le terminus ante quem (« limite avant laquelle ») est une date où elle était déjà en place : à Pompéi, tout ce que l'éruption du Vésuve a scellé en 79 apr. J.-C. est antérieur à 79.

Croiser deux sources : le discours de Claude

En 48 apr. J.-C., l'empereur Claude, né à Lyon, demande au Sénat d'ouvrir aux notables de la Gaule chevelue (Lyonnaise, Aquitaine et Belgique) le ius honorum, le droit d'accéder aux magistratures et d'entrer au Sénat.

La Table claudienne, plaque de bronze trouvée à Lyon en 1528 et conservée au musée Lugdunum, reproduit le discours tel qu'il a été prononcé. Tacite le raconte dans les Annales (XI, 23-25), publiées vers 116, près de soixante-dix ans plus tard : c'est une version littéraire, réécrite à sa manière.

Exemple : sur le bronze, Claude s'interrompt pour s'adresser à lui-même : « Tempus est iam Ti(beri) Caesar Germanice, detegere te patribus conscriptis quo tendat oratio tua » (« il est temps, Tibère César Germanicus, de révéler aux pères conscrits, les sénateurs, où va ton discours »). Chez Tacite, rien de tel : Claude enchaîne les exemples d'étrangers intégrés à Rome et conclut que « ce que nous justifions aujourd'hui par des exemples servira d'exemple à son tour » (trad. Burnouf).

Le croisement donne ce qu'aucun des deux ne donne seul : le bronze garantit les mots de Claude, Tacite raconte la suite. Un sénatus-consulte, une décision du Sénat, est voté, et les Éduens reçoivent les premiers le droit d'y siéger (Annales, XI, 25).

Dater sans se tromper

Avant notre ère, les années se comptent à rebours : 480 av. J.-C. vient avant 431 av. J.-C., et le Ve siècle av. J.-C. va de 500 à 401. Les dates doubles comme 451/450 viennent du calendrier athénien : l'année y commence l'été, à la première nouvelle lune après le solstice, à cheval sur deux de nos années.

DateRepère
509 av. J.-C.Début de la République romaine, selon la tradition antique
508/507 av. J.-C.Réformes de Clisthène à Athènes
480 av. J.-C.Victoire grecque de Salamine contre Xerxès
431-404 av. J.-C.Guerre du Péloponnèse
323 av. J.-C.Mort d'Alexandre, début de l'époque hellénistique
27 av. J.-C.Octavien reçoit le nom d'Auguste : début de l'Empire
476 apr. J.-C.Romulus Augustule, dernier empereur d'Occident, est déposé

Piège classique : il n'y a pas d'année zéro, et 1 apr. J.-C. suit directement 1 av. J.-C. Pour une durée qui enjambe ce passage, additionne les deux nombres puis retire 1 : d'Actium (31 av. J.-C.) à la mort d'Auguste (14 apr. J.-C.), il s'écoule $31 + 14 - 1 = 44$ ans.

Exercices corrigés

Exercice 1 : Claude est né en 10 av. J.-C. et parle au Sénat en 48 apr. J.-C. Combien d'années séparent ces deux dates ?

Correction :

De 10 av. J.-C. à 1 av. J.-C., il s'écoule 9 ans, puis 1 an jusqu'à 1 apr. J.-C., puis 47 ans jusqu'à 48 : $9 + 1 + 47 = 57$ ans, soit $10 + 48 - 1$. Répondre 58, c'est compter une année zéro qui n'existe pas.

Exercice 2 : Cas réel présenté par Bibracte. Sur une fouille, une maison à ossature de bois a été démolie, puis une domus, maison en pierre, bâtie par-dessus. Dans la couche de démolition, on trouve un dupondius de Nîmes, une monnaie frappée entre 16 et 10 av. J.-C. Que peux-tu dire de la date de cette couche, puis de la domus ? Peux-tu écrire que la domus date de 16 av. J.-C. ?

Correction :

La monnaie était dans la couche quand celle-ci a été scellée, et elle a été frappée au plus tôt en 16 av. J.-C. Le terminus post quem de la couche est donc 16 av. J.-C. La domus, posée dessus, est plus récente encore : elle aussi est postérieure à 16 av. J.-C.

Mais tu ne peux pas écrire qu'elle date de 16 : un terminus post quem est une limite basse, pas une date. La monnaie a pu circuler des années avant d'être perdue, et la démolition comme la construction ont pu venir bien après.

Exercice 3 : Voici un extrait de la dédicace de l'amphithéâtre des Trois Gaules, à Lyon, en partie restituée, d'après le musée Lugdunum : « PRO SALVTE TI. CAESARIS AVG. AMPHITHEATR(VM) CVM ARENA ET PODIO C. IVL. C. F. RVFVS SACERDOS ROM. ET AVG. [...] EX CIVITATE SANTON. D.S.P. FECERVNT ». Aides : D.S.P. abrège de sua pecunia, « de son propre argent » ; les Santons ont pour chef-lieu Saintes ; Tibère règne de 14 à 37 apr. J.-C. Qui a financé ce monument, et comment ? Entre quelles dates places-tu l'inscription ? Que t'apprend-elle sur les élites gauloises ?

Correction :

C. IVL. C. F. RVFVS se lit Caius Iulius Rufus, fils de Caius. Il est prêtre de Rome et d'Auguste, c'est-à-dire grand prêtre du culte impérial, et paie de son propre argent. D'autres donateurs l'accompagnent : fecerunt, « ont fait », est au pluriel. C'est de l'évergétisme : un notable finance un monument public et en reçoit de l'honneur.

PRO SALVTE TI. CAESARIS AVG. veut dire « pour le salut de Tibère César Auguste » : on fait un vœu pour un empereur vivant. L'inscription date donc du règne de Tibère, entre 14 et 37 apr. J.-C.

Rufus vient de la cité des Santons, dans l'ouest de la Gaule, et porte les trois noms d'un citoyen romain. C'est ce milieu de notables gaulois, riches et romanisés, que Claude veut faire entrer au Sénat en 48.

À retenir

À retenir :

  • Trois questions pour tout document : qui l'a produit, quand et pour qui ; que dit-il ; avec quoi le confronter.
  • Un chiffre antique se critique comme un témoignage : Hérodote calcule, il ne compte pas.
  • Un objet daté donne un terminus post quem : une limite basse, jamais une date.
  • Pas d'année zéro : de 10 av. J.-C. à 48 apr. J.-C., 57 ans.
  • Le bronze de Lyon donne les mots de Claude, Tacite la décision du Sénat : croisés, ils en disent plus que chacun seul.

Sources

  • Lugdunum, musée et théâtres romains (Métropole de Lyon), « Inscriptions latines », dossier sur la Table claudienne et la dédicace de l'amphithéâtre des Trois Gaules : document du musée.
  • Vincent Guichard, « L'archéologie, une affaire de contexte », Bibracte, 15 mai 2023, pour le dupondius de Nîmes : présentation de Bibracte.
  • Hérodote, Histoires, VII, 185-186, traduction anglaise d'A. D. Godley : texte sur Perseids.

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