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Histoire Contemporaine en Licence : Guerres Mondiales, Décolonisation et Guerre Froide

Les débats d'historiens à connaître sur les guerres mondiales, la guerre froide et la décolonisation, avec trois exercices corrigés.

Cet article a été rédigé à des fins pédagogiques. Les informations présentées peuvent évoluer. Nous t’invitons à vérifier auprès de sources officielles.

En licence, on ne te demande plus de raconter le XXe siècle, mais de savoir sur quoi les historiens divergent et d'en tirer une problématique. Exemple : pourquoi les soldats de 1914-1918 ont-ils tenu plus de quatre ans ? Parce qu'ils consentaient à la guerre, répondent Stéphane Audoin-Rouzeau et Annette Becker ; parce qu'ils étaient contraints, répondent Frédéric Rousseau et d'autres historiens. Une bonne copie expose ce débat, puis prend position avec des faits datés : voici la méthode, thème par thème.

Guerres mondiales : la guerre totale en débat

Le mot clé des deux conflits, c'est la guerre totale : une guerre qui mobilise toute la société (industrie, finances, propagande, travail des civils) et efface la frontière entre le front et l'arrière. L'expression n'est pas une invention d'historien. Léon Daudet publie La Guerre totale en 1918, et le général allemand Erich Ludendorff en fait une doctrine en 1935 dans Der totale Krieg, où le pouvoir politique doit tout entier servir l'armée. Le 20 novembre 1917, Clemenceau se présentait déjà devant les députés « dans l'unique pensée d'une guerre intégrale ».

D'où la question centrale sur 1914-1918 : une société mobilisée a-t-elle voulu cette guerre ?

Définition : la culture de guerre désigne l'ensemble des représentations partagées pendant le conflit (attachement à la nation, image de l'ennemi) qui donnent un sens à la violence subie et infligée.

Pour Stéphane Audoin-Rouzeau et Annette Becker (14-18, retrouver la guerre, Gallimard, 2000), cette culture de guerre explique que les soldats tiennent : ils consentent. Frédéric Rousseau (La Guerre censurée, Seuil, 1999), puis les historiens réunis en 2005 dans le collectif CRID 14-18, insistent sur les contraintes : la discipline, les serre-files (sous-officiers placés derrière les rangs pour empêcher le recul), la pression sociale, des opinions qui varient selon le milieu. Jean-Yves Le Naour pointe la limite du mot : « consentir c'est aussi se résigner ».

En 1939-1945, la guerre totale devient un slogan. Le 18 février 1943, après la défaite de Stalingrad, Goebbels lance à la foule du Palais des sports de Berlin « Voulez-vous la guerre totale ? » Et les civils deviennent des cibles à grande échelle : bombardements des villes, guerre d'anéantissement à l'Est, extermination des Juifs d'Europe.

Piège classique : la téléologie, c'est raconter un événement à partir de sa fin, comme si elle était écrite d'avance. « La Grande Guerre mène forcément à la Seconde » en est un exemple : entre 1918 et 1939, d'autres issues restaient possibles. Écris plutôt ce que 1914-1918 a rendu possible, puis ce qui a fait basculer.

Guerre froide : trois lectures d'un même affrontement

La guerre froide, c'est l'affrontement entre les États-Unis et l'URSS de 1947 à 1991, sans guerre directe entre eux. « Froide » ne veut pas dire pacifique. La rivalité passe par des crises (blocus de Berlin de juin 1948 à mai 1949, mur de Berlin en août 1961, missiles de Cuba en octobre 1962) et par des guerres bien réelles ailleurs, comme en Corée de 1950 à 1953. Elle s'achève avec la chute du mur, le 9 novembre 1989, puis la disparition de l'URSS en décembre 1991.

Eric Hobsbawm appelle 1914-1991 le « court vingtième siècle » (L'Âge des extrêmes, 1994) : un cadre utile pour relier tes trois thèmes. Sur la guerre froide, la question des responsabilités divise les historiens en trois écoles successives.

ÉcoleRepèreThèse
OrthodoxeThomas A. Bailey, 1950L'expansion soviétique est la cause : les États-Unis réagissent.
RévisionnisteWilliam Appleman Williams, 1959La cause principale est la volonté américaine d'expansion économique.
Post-révisionnisteJohn Lewis Gaddis, 1972Aucun des deux camps ne porte seul la responsabilité.

Exemple : le plan Marshall, annoncé le 5 juin 1947, aide l'Europe à se reconstruire. Lecture orthodoxe : une parade à la menace communiste sur des pays ruinés. Lecture révisionniste : un moyen d'ouvrir l'Europe aux produits et capitaux américains. Ta copie confronte les deux lectures.

Décolonisation : des indépendances prises dans la guerre froide

La décolonisation, c'est l'accès à l'indépendance des territoires colonisés, surtout entre 1945 et les années 1970. Les chiffres de l'ONU en donnent la mesure : 51 États membres en 1945, 99 en 1960 et 127 en 1970. Rien qu'en 1960, l'ONU admet 17 États, dont 16 africains.

En 1960, la plupart des territoires d'Afrique subsaharienne sous administration française deviennent indépendants au terme de négociations ; ailleurs, l'indépendance passe par des guerres longues, en Indochine (1946-1954) ou en Algérie (1954-1962).

Ce qui compte en licence, c'est le croisement avec la guerre froide. Une guerre coloniale peut devenir un front entre les blocs : en Indochine, à partir de 1950, la Chine communiste arme les indépendantistes vietnamiens du Viêt-minh et les États-Unis financent une part croissante de l'effort français. En face, des États cherchent une voie à eux. Du 18 au 24 avril 1955, à Bandung (Indonésie), 29 pays d'Asie et d'Afrique déclarent dans leur communiqué final que « le colonialisme, dans toutes ses manifestations, est un mal auquel il doit être mis fin rapidement ». En septembre 1961, à Belgrade, 25 pays tiennent la première conférence des non-alignés, ces États qui refusent d'appartenir à l'un des deux blocs.

Piège classique : Bandung n'est pas la naissance des non-alignés. Parmi les 29 pays présents figurent la Chine communiste, la Turquie, membre de l'OTAN depuis 1952, et le Pakistan, entré en 1954 dans l'OTASE, une alliance militaire avec les États-Unis. Le communiqué final rejette les « arrangements de défense collective destinés à servir les intérêts particuliers des grandes Puissances », mais reconnaît le droit de se défendre « individuellement ou collectivement ». Le non-alignement ne s'organise qu'à Belgrade, en 1961.

Le 14 décembre 1960, l'Assemblée générale de l'ONU adopte la résolution 1514, qui proclame « la nécessité de mettre rapidement et inconditionnellement fin au colonialisme sous toutes ses formes et dans toutes ses manifestations ».

Exercices corrigés

Du plus rapide au plus proche d'un partiel. Cherche sur ta feuille avant d'ouvrir chaque correction.

Exercice 1 : Range dans l'ordre, avec le mois et l'année : la construction du mur de Berlin, la conférence de Belgrade, le début du blocus de Berlin, la conférence de Bandung, la résolution 1514 de l'ONU.

Correction :

Début du blocus de Berlin : juin 1948. Conférence de Bandung : avril 1955. Résolution 1514 : décembre 1960. Mur de Berlin : août 1961. Conférence de Belgrade : septembre 1961.

Le piège : blocus et mur, souvent confondus, ont treize ans d'écart ; en 1961, le mur précède Belgrade de moins d'un mois.

Exercice 2 : Point 3 de la résolution 1514, adoptée par l'Assemblée générale de l'ONU le 14 décembre 1960 : « Le manque de préparation dans les domaines politique, économique ou social ou dans celui de l'enseignement ne doit jamais être pris comme prétexte pour retarder l'indépendance. » Présente le document, l'argument qu'il vise et son contexte.

Correction :

Nature : une résolution de l'Assemblée générale de l'ONU, la « Déclaration sur l'octroi de l'indépendance aux pays et aux peuples coloniaux ». C'est un texte de principes, pas un traité.

Argument visé : l'idée qu'un territoire colonisé ne serait pas « prêt » pour l'indépendance, faute de cadres, d'écoles ou d'économie solide. Le texte lui retire toute valeur.

Contexte : la même année, l'ONU admet 17 nouveaux États, dont 16 africains. Chaque membre ayant une voix à l'Assemblée générale, les anciennes colonies y pèsent de plus en plus.

Exercice 3 : Ton sujet de partiel : « Guerre froide et décolonisation, 1945-1962 ». Justifie les bornes, propose une problématique et un plan en trois parties.

Correction :

Bornes : 1945, fin de la guerre et naissance de l'ONU ; 1962, indépendance de l'Algérie (juillet) et crise de Cuba (octobre), où les deux Grands frôlent l'affrontement direct.

Problématique : comment la rivalité des deux Grands et la fin des empires se sont-elles nourries l'une l'autre, et jusqu'où les nouveaux États ont-ils pu échapper à la logique des blocs ?

Plan possible : I. Des empires affaiblis par la guerre, face à une Charte de l'ONU qui pose le droit des peuples à disposer d'eux-mêmes. II. Des indépendances prises dans la rivalité des blocs (l'Indochine). III. La recherche d'une troisième voie, de Bandung à Belgrade, et ses limites.

Annonce le débat dès l'introduction : la guerre froide a-t-elle accéléré ou freiné les indépendances ?

À retenir

À retenir :

  • Un thème, un débat d'historiens : expose-le, puis prends position avec des faits datés.
  • 1914-1918 : consentement (Audoin-Rouzeau, Becker) ou contraintes (Rousseau, CRID 14-18).
  • Guerre froide : écoles orthodoxe (1950), révisionniste (1959), post-révisionniste (1972).
  • Décolonisation : l'ONU passe de 51 membres en 1945 à 127 en 1970 ; Bandung (1955) n'est pas Belgrade (1961).
  • Téléologie : ne lis jamais le passé à partir de sa fin.

Sources

  • Nations unies, résolution 1514 (XV) du 14 décembre 1960 : texte officiel.
  • Nations unies, croissance du nombre d'États membres depuis 1945 : tableau officiel (en anglais).
  • Communiqué final de la conférence de Bandung, 24 avril 1955 (La Documentation française) : texte reproduit par le CVCE.

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