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La Colonisation et la Décolonisation au XXe Siècle

De l'apogée des empires aux indépendances : les quatre vagues, la méthode des trois échelles, les textes de 1919 à 1960 et trois exercices corrigés.

Cet article a été rédigé à des fins pédagogiques. Les informations présentées peuvent évoluer. Nous t’invitons à vérifier auprès de sources officielles.

Au XXe siècle, les empires coloniaux européens atteignent leur plus grande étendue après 1919, puis l'essentiel disparaît entre 1945 et 1975. Pour expliquer une indépendance, croise trois échelles : la colonie, où un mouvement nationaliste la réclame ; la métropole (le pays colonisateur), qui négocie ou fait la guerre ; le monde, où l'ONU et la guerre froide pèsent contre les empires. L'Algérie en est l'exemple type : le Front de libération nationale (FLN) lance l'insurrection le 1er novembre 1954, l'ONU inscrit la question algérienne à son ordre du jour dès 1955, et la France signe les accords d'Évian le 18 mars 1962.

Les empires à leur apogée (1919-1939)

En 1919, le Pacte de la Société des Nations (SDN) confie les colonies allemandes et les provinces arabes de l'Empire ottoman à des puissances « mandataires », au nom de peuples jugés encore incapables de se diriger eux-mêmes. La France reçoit ainsi la Syrie et le Liban. Retiens cette idée de tutelle : elle court sur tout le siècle.

Définition : une colonie est administrée par la métropole. Un protectorat garde son souverain, mais sous le contrôle de la puissance protectrice : la Tunisie depuis 1881, le Maroc depuis 1912. Un mandat est confié par la SDN. L'Algérie, découpée en départements dès 1848, est juridiquement française.

La colonisation repose sur l'inégalité des droits : dans l'empire français, le travail forcé n'est aboli que par la loi du 11 avril 1946. Mais l'empire forme aussi ceux qui le contestent. Gandhi est un avocat formé à Londres ; Hô Chi Minh milite à Paris et prend la parole au congrès de Tours en 1920. Ils retournent contre les métropoles leurs propres principes.

1945, le tournant

La guerre brise le prestige des Européens : la France est battue en 1940, et Singapour, grande base britannique, capitule devant le Japon le 15 février 1942. Les deux nouveaux Grands sont hostiles aux empires, pour des raisons différentes : les États-Unis, ancienne colonie, affichent un anticolonialisme de principe ; l'URSS soutient les luttes anticoloniales au nom du marxisme. La Charte des Nations unies, signée le 26 juin 1945, inscrit dans son article 1 le droit des peuples à disposer d'eux-mêmes.

Piège classique : 1945 n'ouvre pas une ère d'indépendances accordées de bon gré. Les métropoles veulent réformer leurs empires, pas les quitter : à Brazzaville, début 1944, les gaullistes écartent toute autonomie des colonies. Et le 8 mai 1945, jour de la victoire en Europe, commencent en Algérie les massacres de Sétif et Guelma.

Quatre vagues d'indépendances

Les indépendances avancent par vagues, de l'Asie vers le sud de l'Afrique.

PériodeRégionsRepères
1945-1954AsieIndonésie (proclamée en 1945, reconnue en 1949), Inde et Pakistan (1947), Indochine (accords de Genève, 1954)
1954-1962Afrique du NordMaroc et Tunisie (1956), Algérie (1962)
1957-1966Afrique subsaharienneGhana (1957), Guinée (1958), Congo belge, Nigeria et la plupart des colonies françaises (1960), Kenya (1963)
1974-1990Afrique lusophone et australeGuinée-Bissau (1974), Angola et Mozambique (1975), Zimbabwe (1980), Namibie (1990)

La première vague naît de la guerre : Sukarno proclame l'indépendance de l'Indonésie le 17 août 1945, Hô Chi Minh celle du Viêt Nam le 2 septembre, dans le vide laissé par la capitulation japonaise.

Négocier ou combattre : ce qui fait la différence

Le Ghana devient indépendant sans guerre en 1957 ; l'Algérie, au bout de huit ans de combats. Plusieurs facteurs l'expliquent.

Le premier est le peuplement européen. Dans une colonie de peuplement, des colons nombreux, souvent nés sur place, ont des terres et des droits à perdre : ils refusent l'indépendance. L'Algérie compte environ un million d'Européens en 1954. Au Kenya, colonie de peuplement britannique, l'insurrection des Mau Mau entraîne l'état d'urgence de 1952 à 1960.

Le deuxième est le statut juridique. Pour Paris, l'Algérie fait partie du territoire national. Le Maroc et la Tunisie, protectorats qui ont gardé leur souverain, obtiennent l'indépendance par la négociation dès 1956 : la France, déjà en guerre en Algérie, évite d'ouvrir d'autres fronts.

Le troisième tient aux choix de la métropole. Le Royaume-Uni transfère le plus souvent le pouvoir par étapes, à des élites qu'il a formées. La France combat en Indochine et en Algérie, mais négocie au sud du Sahara : en 1958, la Guinée refuse la Communauté française proposée par de Gaulle et devient aussitôt indépendante. Le Portugal refuse tout : ses guerres africaines, ouvertes en 1961, ne cessent qu'après la révolution des Œillets, le 25 avril 1974, quand des officiers renversent la dictature.

Piège classique : ne range pas les décolonisations en « pacifiques » et « violentes ». L'indépendance de l'Inde est négociée, mais la partition avec le Pakistan, en 1947, fait des centaines de milliers de morts et plus de dix millions de déplacés. Écris plutôt « indépendance négociée » ou « guerre de libération », et précise qui affronte qui.

De la tutelle au droit à l'indépendance

Lis les textes dans l'ordre : la règle change en quinze ans. En 1945, la Charte des Nations unies demande aux puissances qui administrent des « territoires non autonomes » de développer la capacité de leurs populations « de s'administrer elles-mêmes » (article 73). Parmi les territoires dépendants, seuls ceux placés sous tutelle, à commencer par les anciens mandats, peuvent viser l'indépendance (articles 76 et 77). En 1946, le préambule de la Constitution française annonce que la France entend conduire « les peuples dont elle a pris la charge à la liberté de s'administrer eux-mêmes ». Une autonomie future, pas l'indépendance.

Entre-temps, le rapport de force s'inverse. À Bandung, en 1955, 29 pays d'Asie et d'Afrique condamnent le colonialisme. En 1956, à Suez, Américains et Soviétiques imposent aux Britanniques et aux Français de retirer leurs troupes d'Égypte. Le 14 décembre 1960, l'Assemblée générale de l'ONU adopte la résolution 1514 : la domination étrangère « constitue un déni des droits fondamentaux de l'homme », et les pouvoirs doivent passer aux peuples dépendants « sans aucune condition ni réserve ».

Le Mouvement des non-alignés, né à Belgrade en 1961, refuse de choisir entre les deux blocs. Une fois indépendants, beaucoup d'États restent liés à l'ancienne métropole par l'aide, la monnaie ou des bases militaires : on parle de néocolonialisme.

Exercices corrigés

Cherche chacun sur ta feuille avant d'ouvrir la correction.

Exercice 1 : Dans une copie, on lit : « Les accords d'Évian, signés le 18 mars 1962, rendent l'Algérie indépendante. » Corrige la phrase.

Correction :

Évian impose un cessez-le-feu, le 19 mars 1962 à midi, et prévoit un scrutin d'autodétermination, où les Algériens choisissent leur statut. Ils votent le 1er juillet 1962 ; la France reconnaît l'indépendance le 3 juillet, l'Algérie la proclame le 5. La violence ne s'arrête pas en mars : l'Organisation armée secrète (OAS), hostile à l'indépendance, multiplie les attentats.

Phrase juste : « Signés le 18 mars 1962, les accords d'Évian imposent un cessez-le-feu ; l'Algérie devient indépendante en juillet. »

Exercice 2 : Paragraphe 3 de la résolution 1514 de l'ONU (14 décembre 1960) : « Le manque de préparation dans les domaines politique, économique ou social ou dans celui de l'enseignement ne doit jamais être pris comme prétexte pour retarder l'indépendance. » À quel argument ce texte répond-il ? Où le trouvait-on avant 1960 ?

Correction :

Il répond à l'argument de la tutelle : les colonisés ne seraient pas prêts, il faudrait d'abord les former. On le trouve dans le Pacte de la SDN (1919), la Charte de l'ONU (1945) et le préambule de 1946 : à chaque fois, il s'agit d'amener les peuples à se gouverner un jour.

La résolution renverse la logique : l'indépendance n'est plus le terme d'un apprentissage, c'est un droit immédiat. Elle est votée l'année des indépendances africaines.

Exercice 3 : Sujet de partiel : « Négocier ou combattre : la France face au Maghreb (1954-1962) ». Propose une problématique et un plan en trois parties, avec un exemple par partie.

Correction :

Problématique possible : pourquoi la France négocie-t-elle l'indépendance du Maroc et de la Tunisie en 1956, mais combat-elle huit ans en Algérie ?

I. Des statuts différents : deux protectorats qui ont gardé leur souverain, face à une Algérie découpée en départements depuis 1848. II. Le poids des Européens d'Algérie, environ un million en 1954, hostiles à l'indépendance. III. Une guerre devenue internationale : l'ONU s'en saisit dès 1955, et la France finit par négocier à Évian en 1962.

Chaque partie mobilise une échelle : la métropole, la colonie, le monde.

À retenir

À retenir :

  • Les empires atteignent leur apogée après 1919 ; l'essentiel disparaît entre 1945 et 1975, en quatre vagues.
  • Une indépendance s'explique en croisant la colonie, la métropole et le monde.
  • Colons nombreux ou territoire juridiquement intégré : la décolonisation tourne plus souvent à la guerre.
  • Les textes passent de la tutelle (1919, 1945, 1946) au droit immédiat à l'indépendance (résolution 1514, 1960).
  • Évian, c'est le cessez-le-feu de mars 1962 ; l'indépendance de l'Algérie, c'est juillet 1962.

Sources

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