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La guerre d'Algérie : chronologie et enjeux mémoriels

Les dates clés de 1954 à 1962, puis pourquoi appelés, pieds-noirs, harkis et Algériens ne gardent pas la même mémoire de cette guerre. Trois exercices corrigés pour t'entraîner.

Cet article a été rédigé à des fins pédagogiques. Les informations présentées peuvent évoluer. Nous t’invitons à vérifier auprès de sources officielles.

La guerre d'Algérie commence le 1er novembre 1954 par une série d'attentats du FLN (Front de libération nationale, le mouvement indépendantiste) et se termine en 1962 : accords d'Évian le 18 mars, cessez-le-feu le 19, indépendance début juillet. Ses enjeux mémoriels tiennent en une idée : chaque groupe qui l'a vécue s'en souvient autrement, et ces souvenirs s'affrontent encore. Un exemple : la loi française n'a employé le mot « guerre » qu'en 1999, et l'État honore ce conflit à trois dates différentes.

On part des dates, puis on voit pourquoi les mémoires restent divisées ; trois exercices corrigés t'attendent à la fin.

La chronologie de 1954 à 1962

En 1954, l'Algérie forme trois départements français, où vivent près d'un million d'Européens, souvent depuis des générations : on les appellera plus tard les « pieds-noirs ». Les Algériens musulmans, eux, n'ont pas les mêmes droits. Pour beaucoup d'historiens, ce système colonial fermé est la cause première du conflit.

DateCe qui se passe
1er novembre 1954Attentats du FLN : début de l'insurrection, que l'Algérie appelle sa « révolution ».
1956Le Parlement vote les pouvoirs spéciaux. Les appelés du contingent, les jeunes qui font leur service militaire, sont envoyés en Algérie.
1957Bataille d'Alger : l'armée détient des suspects au secret et pratique la torture. Maurice Audin et Ali Boumendjel y sont tués.
13 mai 1958À Alger, des Français d'Algérie et des militaires créent un comité de salut public pour garder l'Algérie française. La IVe République s'effondre : de Gaulle revient au pouvoir le 1er juin 1958.
16 septembre 1959De Gaulle propose l'autodétermination : les Algériens choisiront leur avenir par un vote.
8 janvier 1961Référendum : 75 % des suffrages exprimés approuvent l'autodétermination.
Avril 1961Des généraux tentent un putsch (une prise du pouvoir par la force) à Alger, sans succès. Des partisans de l'Algérie française passent aux attentats avec l'OAS (Organisation armée secrète).
17 octobre 1961À Paris, une manifestation d'Algériens contre un couvre-feu qui ne vise qu'eux est réprimée : près de 12 000 arrestations, plusieurs dizaines de morts.
18 et 19 mars 1962Signature des accords d'Évian, puis entrée en vigueur du cessez-le-feu.
3 et 5 juillet 1962La France reconnaît l'indépendance le 3 ; l'Algérie la proclame le 5, jour du massacre d'Oran.

Retiens la logique : l'armée prend l'avantage sur le terrain, mais la guerre se règle par la politique, et chaque pas du général de Gaulle vers l'indépendance dresse contre lui une partie des partisans de l'Algérie française.

En 1962, près d'un million de pieds-noirs, de harkis et leurs familles partent pour la métropole. Les harkis sont des Algériens qui ont combattu aux côtés de l'armée française comme supplétifs, c'est-à-dire dans des unités auxiliaires.

Piège classique : le cessez-le-feu du 19 mars 1962 n'arrête pas les violences. Le 26 mars, rue d'Isly à Alger, des soldats français tirent sur une foule de partisans de l'Algérie française. Le 5 juillet, c'est le massacre d'Oran. Et les harkis sont, par milliers, les principales victimes des mois qui suivent.

Une guerre longtemps sans nom

Pendant le conflit et longtemps après, l'État évite le mot « guerre ». On parle des « événements d'Algérie », et les textes officiels d'« opérations effectuées en Afrique du Nord ». Parler de guerre, c'était admettre qu'on affrontait un autre peuple, alors que l'Algérie était officiellement française.

Il faut attendre la loi du 18 octobre 1999 pour que « guerre d'Algérie » entre dans les textes. En Algérie, à l'inverse, on parle d'emblée de « révolution » et de « guerre de libération » : c'est l'acte fondateur de la nation.

Définition : la mémoire est le souvenir qu'un groupe garde du passé : elle trie, elle est chargée d'émotion et elle soude le groupe. L'histoire est le travail de l'historien, qui croise des sources (archives, témoignages) pour établir les faits et les expliquer, sans juger.

Des mémoires qui s'opposent

Dans le rapport qu'il remet au président de la République en janvier 2021, l'historien Benjamin Stora note que pour les groupes qui portent la mémoire de cette guerre, l'enjeu est parfois moins de comprendre ce qui s'est passé que « d'avoir eu raison dans le passé ».

GroupeCe qu'il retient surtout
Anciens appelésUne jeunesse prise par la guerre : environ un million et demi de jeunes Français y sont envoyés entre 1954 et 1962, et beaucoup se taisent au retour.
Pieds-noirsLa terre natale perdue, l'exode de 1962 et un accueil glacial en métropole.
HarkisL'abandon : les massacres après le cessez-le-feu, puis les camps en France pour ceux qui ont pu partir.
Partisans de l'Algérie françaiseLe sentiment d'avoir été trahis, souvent tourné contre de Gaulle.
AlgériensUne guerre de libération héroïque, dont le récit officiel a longtemps tu les luttes entre Algériens (FLN contre MNA, un mouvement rival) et les représailles contre les harkis.
Immigrés algériens en FranceLa nuit du 17 octobre 1961 à Paris, longtemps passée sous silence.

Piège classique : ne réduis pas tout à un face-à-face entre Français et Algériens. La guerre oppose aussi des Français entre eux, l'OAS contre l'État, et des Algériens entre eux. C'est ce qui rend les mémoires si nombreuses.

Du silence à la reconnaissance

Les historiens repèrent trois temps, sur le modèle de ce qu'Henry Rousso a montré pour la mémoire du régime de Vichy.

Étape 1 : l'occultation, après 1962. En France, on veut oublier : beaucoup d'anciens soldats se taisent, les rapatriés reconstruisent leur vie. En Algérie, le pouvoir impose un récit héroïque et unanime.

Étape 2 : le réveil, à partir des années 1980. Enfants d'immigrés et de harkis marchent pour l'égalité, pieds-noirs et appelés réclament indemnisations et carte du combattant. Les archives militaires s'ouvrent à partir de 1992, et la loi de 1999 nomme enfin la guerre.

Étape 3 : l'histoire et la reconnaissance, depuis les années 2000. En 2001, le livre d'une militante algérienne torturée et celui du général Aussaresses, qui justifie parfois les exactions commises, relancent le débat sur la torture. Les thèses d'histoire se multiplient.

L'État reconnaît alors des violences longtemps tues : la torture et la mort de Maurice Audin, arrêté par des militaires en 1957 (reconnues en 2018), l'assassinat de l'avocat Ali Boumendjel (2021), les crimes du 17 octobre 1961, jugés inexcusables pour la République (2021), la fusillade de la rue d'Isly, jugée impardonnable (2022), et l'assassinat de Larbi Ben M'hidi, l'un des chefs du FLN (2024). En 2021, le président de la République demande aussi pardon aux harkis, et une loi du 23 février 2022 organise leur reconnaissance et leur réparation.

Trois dates pour une seule guerre

La France n'a jamais trouvé de date commune pour commémorer cette guerre : elle en garde trois.

Le 5 décembre, fixé par un décret de 2003, rend hommage aux morts pour la France de la guerre d'Algérie et des combats du Maroc et de la Tunisie. Il ne renvoie à aucun événement du conflit : c'est la date d'inauguration, en 2002, du mémorial national à Paris (ministère des Armées). Le 25 septembre honore depuis 2003 les harkis et les autres membres des formations supplétives.

Le 19 mars, jour du cessez-le-feu, est devenu par la loi du 6 décembre 2012 la journée nationale du souvenir des victimes civiles et militaires de la guerre. Des associations d'anciens combattants le réclamaient de longue date. Ses opposants, au nom de nombreux pieds-noirs et harkis, rappellent que des milliers d'entre eux ont été tués après cette date. Le 19 mars n'a pas remplacé le 5 décembre : les deux coexistent.

Commémorer, c'est choisir ce qu'on met au centre : trois dates, c'est le signe le plus visible d'une mémoire encore divisée.

Exercices corrigés

Cherche chacun sur ta feuille avant d'ouvrir la correction.

Exercice 1 : Range dans l'ordre chronologique, avec leur date : les accords d'Évian, le putsch des généraux, les attentats qui lancent l'insurrection, l'investiture du général de Gaulle, la bataille d'Alger, le référendum sur l'autodétermination.

Correction :

Attentats du FLN (1er novembre 1954), bataille d'Alger (1957), investiture du général de Gaulle (1er juin 1958), référendum sur l'autodétermination (8 janvier 1961), putsch des généraux (avril 1961), accords d'Évian (18 mars 1962).

Le piège : le putsch vient après le référendum. C'est la réaction de généraux qui refusent la politique que les Français viennent d'approuver.

Exercice 2 : Imagine : un grand-père, ancien appelé, va chaque année à la cérémonie du 19 mars ; une amie, fille de harki, va à celle du 25 septembre ; un voisin, pied-noir né à Oran, refuse de commémorer le 19 mars. Explique le choix de chacun.

Correction :

Pour l'ancien appelé, le 19 mars 1962 marque la fin officielle des combats ; c'est une journée nationale depuis la loi de 2012.

Pour la fille de harki, cette date n'est pas une fin : après le cessez-le-feu, les harkis sont, par milliers, les principales victimes des violences. Le 25 septembre leur est consacré.

Pour le voisin, 1962 continue après le 19 mars : rue d'Isly le 26 mars, massacre d'Oran le 5 juillet, puis l'exode.

Aucun ne se trompe sur les faits qu'il retient : chacun choisit la date de sa mémoire.

Exercice 3 : Mémoire ou histoire ? Classe chaque document et justifie.

a) Le livre d'une militante algérienne qui raconte la torture qu'elle a subie.

b) Une thèse qui croise archives de l'armée et témoignages.

c) Le passage de la loi du 23 février 2005 qui demandait aux programmes scolaires de reconnaître « le rôle positif de la présence française outre-mer ».

Correction :

a) Mémoire : c'est un souvenir personnel. Le piège est de le juger sans valeur : pour l'historien, un témoignage est une source, qu'il confronte à d'autres.

b) Histoire : elle établit les faits en croisant des sources, avec une méthode que d'autres chercheurs peuvent vérifier.

c) Mémoire officielle : le législateur impose une lecture du passé. Après une pétition d'historiens et une décision du Conseil constitutionnel du 31 janvier 2006, ce passage est abrogé par un décret du 15 février 2006.

À retenir

À retenir :

  • 1er novembre 1954 : début de l'insurrection ; 18 mars 1962 : accords d'Évian ; 3 et 5 juillet 1962 : indépendance.
  • La guerre fait tomber la IVe République et ramène de Gaulle au pouvoir en 1958.
  • Le cessez-le-feu du 19 mars 1962 n'arrête pas les violences.
  • La loi ne parle de « guerre d'Algérie » que depuis le 18 octobre 1999.
  • Appelés, pieds-noirs, harkis, Algériens et immigrés portent des mémoires qui s'opposent.
  • Trois temps : occultation, réveil des mémoires, histoire et reconnaissance.
  • Trois journées nationales : 19 mars, 25 septembre, 5 décembre.

Sources

  • Loi n° 99-882 du 18 octobre 1999, qui fait entrer l'expression « guerre d'Algérie » dans les textes : texte sur Légifrance.
  • Benjamin Stora, Les questions mémorielles portant sur la colonisation et la guerre d'Algérie, rapport au président de la République, janvier 2021 : texte sur elysee.fr.
  • Ministère des Armées, page sur le 5 décembre, journée nationale d'hommage aux morts pour la France pendant la guerre d'Algérie : page sur defense.gouv.fr.

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