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La Révolution française : Un tournant majeur

Démontrer le tournant en dissertation : les principes qui basculent, leurs limites et le débat des historiens, avec trois exercices corrigés.

Cet article a été rédigé à des fins pédagogiques. Les informations présentées peuvent évoluer. Nous t’invitons à vérifier auprès de sources officielles.

La Révolution française est un tournant parce qu'elle change la source du pouvoir : avant 1789, il descend du roi ; après, il vient de la nation. L'article 3 de la Déclaration des droits de l'homme et du citoyen du 26 août 1789 le dit en une phrase : « Le principe de toute souveraineté réside essentiellement dans la nation. » En dissertation, tu prouves donc le tournant en montrant quel principe change, texte à l'appui, puis jusqu'où le changement va, et non en racontant les événements. Trois exercices corrigés t'y entraînent à la fin.

Le critère : un changement de principe

Un historien parle de tournant quand la règle du jeu change : qui détient le pouvoir, et sur quoi reposent les inégalités entre les personnes. Entre 1789 et 1793, les deux basculent, et chaque bascule tient dans un texte que tu peux citer.

Définition : la souveraineté est le pouvoir suprême, celui qui fait la loi et dont toute autre autorité dépend. Sous l'Ancien Régime, le roi la tient de Dieu ; en 1789, elle passe à la nation, le corps des citoyens pris ensemble.

DomaineAvant 1789AprèsTexte à citer
PouvoirLe roi, par la grâce de DieuLa nation, qui le délègueDéclaration, art. 3 ; Constitution de 1791 : le roi a pour seul titre « Roi des Français »
SociétéTrois ordres, inégaux par la naissanceDes individus « libres et égaux en droits »Déclaration, art. 1 ; Constitution de 1791 : « Il n'y a plus ni noblesse, ni pairie, ni distinctions héréditaires, ni distinctions d'ordres »
LoiDes privilèges selon l'ordre, la province ou la ville« La même pour tous »Déclaration, art. 6
TerreDes redevances dues au seigneurSupprimées sans indemnitéDécret de la Convention du 17 juillet 1793

Lis le tableau de haut en bas et tu tiens ta thèse : une société de corps, où chacun tient ses droits de son groupe (ce sont ses privilèges), devient une société d'individus égaux devant une loi commune.

Les limites du tournant

La nuance que le correcteur attend se trouve dans les textes eux-mêmes. La Déclaration proclame l'égalité des droits, mais la Constitution de 1791 trie les citoyens. Pour voter, il faut être citoyen actif : entre autres conditions, avoir 25 ans révolus, ne pas être domestique et payer une contribution directe au moins égale à la valeur de trois journées de travail. Les autres, dits passifs, sont protégés par la loi sans participer à son élaboration. Cette distinction tombe le 11 août 1792 : la Convention, nouvelle assemblée, est élue au suffrage universel masculin, dont les domestiques restent exclus.

Les femmes, elles, ne votent à aucune de ces élections. En 1791, Olympe de Gouges retourne la Déclaration contre ses auteurs dans sa Déclaration des droits de la femme et de la citoyenne : « La femme a le droit de monter sur l'échafaud ; elle doit avoir également celui de monter à la tribune » (article 10).

Dans les colonies, la Convention abolit l'esclavage le 4 février 1794, plus de quatre ans après la Déclaration. Bonaparte le rétablit en 1802 ; l'abolition définitive date du 27 avril 1848.

Piège classique : écrire que la nuit du 4 août 1789 abolit la féodalité. Les décrets des 4-11 août s'ouvrent bien sur « L'Assemblée nationale détruit entièrement le régime féodal », mais ils trient. Les droits liés à la servitude personnelle tombent sans indemnité ; les autres sont seulement déclarés rachetables : le paysan doit payer le seigneur pour s'en libérer, et ce rachat coûteux reste rare. La suppression sans indemnité ne vient que le 17 juillet 1793, votée par la Convention.

Ces limites ne ruinent pas ta thèse, elles la précisent : la Révolution pose des principes que la France met des décennies à appliquer à tous.

Rupture ou continuité : le débat des historiens

La continuité de l'État. Alexis de Tocqueville, dans L'Ancien Régime et la Révolution (1856), soutient que la centralisation administrative est une institution de l'Ancien Régime, non l'œuvre de la Révolution. L'intendant, choisi par le gouvernement et révocable, administrait déjà sa province pour le compte du pouvoir central. Le préfet, créé par la loi du 28 pluviôse an VIII (17 février 1800), reprend ce rôle de représentant unique de l'État, à l'échelle du département.

La révolution bourgeoise. Au XXe siècle, l'interprétation dite classique, celle de Georges Lefebvre puis d'Albert Soboul, voit en 1789 une « révolution bourgeoise », qui détruit les survivances féodales et ouvre la voie à la société capitaliste moderne. Le tournant y est d'abord social.

La critique dite révisionniste. Soboul nomme « révisionnisme » la démarche des historiens qui sortent de ce cadre. Dès 1954, le Britannique Alfred Cobban le conteste ; dans The Social Interpretation of the French Revolution (1964), il conclut que la Révolution fut d'abord le renversement de l'ancien système politique de la monarchie. En France, François Furet attaque l'interprétation classique dans « Le catéchisme révolutionnaire » (1971), repris dans Penser la Révolution française (1978). Il y lit la Révolution à la croisée de deux durées : le temps long de l'État, après Tocqueville, et quelques années de surchauffe politique où tout bascule.

Conseil : ne choisis pas un camp, sers-toi du débat pour nuancer : rupture nette dans les principes et le droit, continuité forte dans l'administration.

Exercices corrigés

Du commentaire d'une phrase à la dissertation. Cherche chacun sur ta feuille avant d'ouvrir la correction.

Exercice 1 : Voici l'article 3 de la Déclaration de 1789 : « Le principe de toute souveraineté réside essentiellement dans la nation. Nul corps, nul individu ne peut exercer d'autorité qui n'en émane expressément. » Quel principe de l'Ancien Régime renverse-t-il ? Qui sont le « corps » et l'« individu » visés ?

Correction :

Il renverse la monarchie de droit divin : le roi ne tenait pas son pouvoir de ceux qu'il gouvernait, mais de Dieu et de sa naissance.

L'« individu » visé est d'abord le roi : il ne gouverne plus qu'au nom de la nation, d'où son seul titre de « Roi des Français » en 1791. Les « corps » sont les ordres, les provinces privilégiées, les parlements (les grandes cours de justice) : aucun ne détient plus d'autorité qui lui soit propre.

Exercice 2 : Un étudiant écrit : « Puisque la Déclaration affirme que les hommes naissent libres et égaux en droits, la Constitution de 1791 donne le droit de vote à tous les Français. » Explique l'erreur, puis corrige la phrase.

Correction :

La phrase confond deux égalités. L'article 1 pose l'égalité civile : une même loi pour tous, sans privilèges. L'article 6 promet bien à tous les citoyens de concourir à la loi, mais c'est la Constitution qui dit qui vote : les seuls citoyens actifs, soumis à des conditions d'âge et d'impôt. Les femmes ne votent pas.

Phrase corrigée : « La Déclaration établit l'égalité civile, mais la Constitution de 1791 réserve le vote aux hommes qui remplissent les conditions de la citoyenneté active. »

Exercice 3 : Sujet de partiel : « La Révolution française, un tournant ? » Propose une problématique et un plan en deux parties, chaque partie appuyée sur au moins un texte et un historien.

Correction :

Problématique : dans quelle mesure la Révolution change-t-elle les fondements du pouvoir et de la société, alors que l'État qu'elle laisse prolonge celui de la monarchie ?

I. Un tournant dans les principes. La souveraineté passe du roi à la nation (Déclaration, art. 3). La société d'ordres disparaît : égalité en droits (art. 1), fin de la noblesse (Constitution de 1791), droits seigneuriaux supprimés sans indemnité le 17 juillet 1793. Lefebvre et Soboul y voient une rupture sociale.

II. Un tournant inachevé, un État qui continue. La citoyenneté reste restreinte : citoyens actifs en 1791, femmes exclues, esclavage aboli en 1794 puis rétabli en 1802. L'administration prolonge celle de la monarchie : c'est la thèse de Tocqueville, que le préfet de 1800, héritier de l'intendant, illustre.

Conclusion : la rupture est réelle dans les principes, mais leur application s'étale sur le XIXe siècle, jusqu'à l'abolition définitive de l'esclavage en 1848.

À retenir

À retenir :

  • Un tournant se prouve par un principe qui change : la souveraineté passe du roi à la nation (Déclaration, art. 3).
  • La société d'ordres cède la place à des individus égaux en droits devant une loi commune.
  • Le tournant a ses limites : vote réservé aux citoyens actifs en 1791, femmes exclues, esclavage aboli en 1794 puis rétabli en 1802.
  • Le 4 août 1789 annonce la fin du régime féodal ; la Convention l'achève le 17 juillet 1793.
  • Tocqueville voit la continuité de l'État ; Lefebvre et Soboul, une révolution bourgeoise ; Cobban et Furet contestent cette lecture.

Sources

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