Une croisade est une expédition militaire appelée par le pape pour prendre, puis défendre, Jérusalem et les lieux saints du christianisme, alors tenus par des musulmans. Pour ceux qui partent, c'est un pèlerinage en armes, qui leur vaut le pardon de l'Église. La première prend Jérusalem le 15 juillet 1099 ; Acre, la dernière grande ville des croisés en Terre sainte, tombe en mai 1291. Entre les deux, deux siècles de guerres, mais aussi de commerce et de contacts entre chrétiens d'Occident, Byzantins et musulmans : c'est ce double visage que tu dois savoir montrer.
Ce qu'est une croisade
Au XIe siècle, aller prier à Jérusalem, sur le tombeau du Christ, est déjà un pèlerinage qui aide à racheter ses péchés. La croisade y ajoute les armes, au nom de la « guerre juste » : une guerre que l'Église juge permise parce qu'elle vise ses ennemis.
Le futur croisé prononce un vœu, une promesse solennelle faite à Dieu, puis coud sur son vêtement, entre les épaules, une croix de tissu : il « prend la croix ». En échange, il reçoit une indulgence plénière. L'Église lui remet toute la pénitence due pour ses péchés, à condition qu'il parte par piété et non pour s'enrichir (Larousse).
Définition : une croisade est un pèlerinage armé, appelé par le pape, pour délivrer ou défendre les lieux saints ; ceux qui y partent font un vœu et reçoivent une indulgence.
Le mot lui-même arrive tard : il n'apparaît dans les textes occidentaux qu'après 1250. Avant, on parle du « voyage de Jérusalem », du « passage » ou du « voyage d'outre-mer ». On numérote huit grandes croisades, mais les départs armés vers l'Orient ont été bien plus nombreux (Larousse).
Le contexte de l'appel de 1095
À l'est, l'Empire byzantin, chrétien lui aussi mais de tradition grecque, recule face aux Turcs seldjoukides, des musulmans venus d'Asie centrale. En 1071, ceux-ci écrasent l'armée byzantine à Mantzikert, en Asie Mineure (Larousse).
En 1095, l'empereur byzantin Alexis Ier Comnène demande à l'Occident des mercenaires, c'est-à-dire des soldats payés, pour l'aider contre les Turcs. Au même moment circulent des récits de pèlerins qui auraient été maltraités sur la route de Jérusalem (BnF).
En novembre 1095, au concile de Clermont, une assemblée d'évêques, le pape Urbain II change l'échelle de la demande. Il ne se contente pas d'envoyer des renforts à Byzance : il appelle les chevaliers d'Occident à partir eux-mêmes vers Jérusalem. Pour lui, c'est aussi le moyen de « rassembler sous la bannière de l'Église la chevalerie d'Occident » et d'affirmer son autorité sur toute la chrétienté (BnF).
Piège classique : ne fais pas de Byzance l'inventeur des croisades. L'idée de croisade est même restée « totalement étrangère à la mentalité byzantine », note la BnF.
Le déroulement, de 1096 à 1291
Au printemps 1096, des foules partent sans attendre les chevaliers, derrière des prédicateurs comme Pierre l'Ermite : c'est la croisade populaire. En chemin, des bandes massacrent des communautés juives en Allemagne. Arrivés en Asie Mineure, ces pèlerins sont à leur tour massacrés par les Turcs.
Les armées des barons suivent, et profitent des divisions politiques du monde musulman. Antioche tombe en 1098, puis Jérusalem le 15 juillet 1099, et la ville est mise à sac. Les vainqueurs fondent quatre États latins d'Orient (on appelle « Latins » les chrétiens d'Occident, dont l'Église prie en latin) : le comté d'Édesse, la principauté d'Antioche, le royaume de Jérusalem et le comté de Tripoli, dont la ville tombe en 1109.
Ces États résistent plusieurs décennies, mais restent menacés. En 1144, Zengi, maître de Mossoul et d'Alep, prend Édesse : c'est l'origine de la deuxième croisade (1147-1149). En juillet 1187, Saladin, sultan d'Égypte et de Syrie, écrase l'armée chrétienne à Hattin, puis entre dans Jérusalem le 2 octobre.
La troisième croisade reprend Acre en 1191, mais pas Jérusalem : la trêve de 1192 laisse la côte aux chrétiens et garantit aux pèlerins le libre accès à la Ville sainte.
Au XIIIe siècle, les croisades se dispersent : Constantinople, une ville chrétienne, en 1204 ; l'Égypte, que le pape Innocent III voyait comme la clé de Jérusalem ; Tunis en 1270. En 1229, l'empereur Frédéric II, pourtant excommunié, c'est-à-dire exclu de l'Église, obtient Jérusalem par un traité ; la ville est perdue en 1244. Les Mamelouks, maîtres de l'Égypte, prennent ensuite une à une les dernières places des croisés, jusqu'à Acre en mai 1291.
| Croisade | Dates | Qui la conduit | Résultat |
|---|---|---|---|
| 1re | 1096-1099 | des barons, dont Godefroy de Bouillon | Jérusalem prise, quatre États latins |
| 2e | 1147-1149 | Louis VII, roi de France | échec devant Damas |
| 3e | 1189-1192 | Frédéric Barberousse, Philippe Auguste, Richard Cœur de Lion | Acre reprise, Jérusalem reste à Saladin |
| 4e | 1202-1204 | des barons d'Occident, avec Venise | Constantinople prise et pillée |
| 5e | 1217-1221 | à l'appel d'Innocent III | Damiette prise en 1219, abandonnée en 1221 |
| 6e | 1228-1229 | l'empereur Frédéric II | Jérusalem obtenue par traité, perdue en 1244 |
| 7e | 1248-1254 | Louis IX (Saint Louis) | Damiette prise, le roi capturé en 1250 |
| 8e | 1270 | Louis IX | le roi meurt devant Tunis |
Piège classique : « Jérusalem est toujours restée musulmane » est faux. Les chrétiens d'Occident tiennent la ville de 1099 à 1187, puis de 1229 à 1244, et les États latins durent près de deux siècles. L'exercice 2 tombe là-dessus.
Bernard de Clairvaux et Venise, deux cas à connaître
Le programme de seconde (Bulletin officiel spécial n° 1 du 22 janvier 2019) étudie les croisades dans le chapitre « La Méditerranée médiévale : espace d'échanges et de conflits à la croisée de trois civilisations », avec deux exemples précis : Bernard de Clairvaux et la deuxième croisade, et Venise.
Bernard est l'abbé de Clairvaux, un monastère cistercien. Après la chute d'Édesse, le pape Eugène III appelle à une deuxième croisade. Bernard la prêche, notamment à Vézelay en 1146, où le roi de France Louis VII prend la croix, convaincu par lui. Il présente la croisade comme une voie de salut : en combattant pour Dieu, le chevalier peut sauver son âme. L'expédition échoue pourtant devant Damas en 1148. Retiens-en le poids de l'Église dans l'Occident médiéval : la prédication d'un moine met un roi et son armée en route.
Venise, elle, est une cité de marchands tournée vers la mer. Avec Gênes et Pise, elle profite du commerce avec l'Orient que les croisades font grandir. Soucieux de se réserver la route de l'Asie Mineure et de la mer Noire, les Vénitiens détournent la quatrième croisade vers Constantinople (Larousse). La ville est prise et pillée en avril 1204, et un Empire latin s'y installe jusqu'en 1261. Ce cas te montre que, dans les croisades, la foi et les intérêts marchands avancent ensemble.
Les conséquences en Méditerranée
Pour les Byzantins, 1204 est un désastre. Chassés de Constantinople, ils se replient à Nicée, à Trébizonde et en Épire. Entre les chrétiens d'Occident, catholiques fidèles au pape, et ceux d'Orient, orthodoxes de tradition grecque, la rupture devient définitive (BnF).
Dans le monde musulman, les croisés sont vus comme des envahisseurs, et jugés barbares. Les chefs qui les ont combattus au nom du djihad, ici la guerre menée pour défendre l'islam, deviennent des héros : Zengi, Nur al-Din et Saladin (BnF).
Pour les juifs d'Occident, les croisades sont une agression : massacres de 1096, lourdes taxes pour financer les expéditions, puis, en 1215, l'obligation de porter un signe distinctif (BnF).
En Occident, le commerce avec l'Orient profite aux villes italiennes, mais aussi provençales, languedociennes et catalanes. Des thèmes littéraires et artistiques byzantins et arabes se diffusent en terre chrétienne (Larousse). Des ordres religieux militaires, les Hospitaliers et les Templiers, des moines qui sont aussi des soldats, protègent les pèlerins sur la route de la Terre sainte.
Piège classique : ne mets pas tous les échanges entre chrétiens et musulmans au compte des croisades. La BnF range l'Espagne et la Sicile parmi les grandes zones de contact, à côté de la Palestine.
Exercices corrigés
Cherche chacun sur ta feuille avant d'ouvrir la correction.
Exercice 1 : Range ces six événements dans l'ordre chronologique et donne l'année de chacun : la chute d'Acre ; l'appel d'Urbain II à Clermont ; la prise de Constantinople par les croisés ; la défaite chrétienne de Hattin ; la prise de Jérusalem par les croisés ; la prise d'Édesse par Zengi.
Correction :
1095 : l'appel d'Urbain II à Clermont. 1099 : la prise de Jérusalem. 1144 : la prise d'Édesse. 1187 : la défaite de Hattin. 1204 : la prise de Constantinople. 1291 : la chute d'Acre.
Repère au passage les liens de cause à effet : la perte d'Édesse déclenche la deuxième croisade, la perte de Jérusalem après Hattin déclenche la troisième.
Exercice 2 : Un camarade écrit dans sa copie : « Pendant toutes les croisades, Jérusalem est restée aux mains des musulmans. » Vrai ou faux ? Calcule combien d'années, au total, la ville a été tenue par des chrétiens d'Occident, à partir de ces dates : les croisés la prennent en 1099 ; Saladin y entre en 1187 ; Frédéric II l'obtient par traité en 1229 ; elle est perdue en 1244.
Correction :
C'est faux. La ville est aux mains des croisés de 1099 à 1187, soit 88 ans, puis de 1229 à 1244, soit 15 ans : 88 + 15 = 103 ans au total, à quelques mois près.
Le piège vient de la fin : en 1291, quand Acre tombe, Jérusalem est musulmane depuis 1244, et on oublie les décennies qui précèdent.
Exercice 3 : Rédige un paragraphe argumenté d'une quinzaine de lignes : montre que, de 1095 à 1291, les croisades font de la Méditerranée un espace à la fois de conflits et d'échanges.
Correction :
Ouvre en définissant et en datant : des pèlerinages armés appelés par le pape, de l'appel de Clermont en 1095 à la chute d'Acre en 1291.
Premier temps, les conflits : entre chrétiens et musulmans (Jérusalem prise en 1099, perdue après Hattin en 1187), entre chrétiens eux-mêmes (Constantinople pillée en 1204), et contre les juifs dès 1096.
Second temps, les échanges : le commerce enrichit Venise, Gênes et Pise, des thèmes artistiques byzantins et arabes gagnent l'Occident, et la guerre laisse place à la négociation, avec la trêve de 1192 et le traité de 1229.
Pour conclure, relie les deux : en 1204, Venise met une expédition religieuse au service de son commerce.
À retenir
À retenir :
- Une croisade est un pèlerinage armé appelé par le pape ; le croisé fait un vœu, prend la croix et reçoit une indulgence.
- 1095 : Urbain II lance l'appel à Clermont, après une demande d'aide de Byzance contre les Turcs.
- 1099 : Jérusalem est prise et quatre États latins sont fondés ; 1187 : Saladin reprend la ville.
- 1204 : la quatrième croisade, détournée par Venise, pille Constantinople.
- 1291 : la chute d'Acre met fin aux États latins d'Orient.
- Conflits et échanges vont ensemble : guerres, mais aussi commerce italien, trêves et circulation des arts.
Sources
- Programme d'histoire-géographie de seconde générale et technologique, Bulletin officiel spécial n° 1 du 22 janvier 2019 : texte sur eduscol.
- Bibliothèque nationale de France, Les Essentiels, « Croisades et Reconquista » : article sur essentiels.bnf.fr.
- Encyclopédie Larousse en ligne, « les croisades » : article sur larousse.fr.