Une dissertation d'histoire est une démonstration : tu réponds à la question que pose le sujet, en deux ou trois parties appuyées sur des faits datés. Tout part du sujet, lu mot par mot et date par date, dont tu tires une problématique puis un plan. Pour « Les libertés en France au XIXe siècle (1814-1914) », le guide de licence de Sorbonne Université propose ainsi trois temps : 1814-1848, un lent apprentissage des libertés ; 1848-1871, un éventuel retour en arrière ; 1871-1914, le rapport de la République aux libertés.
Lire le sujet mot par mot
Définis chaque mot dans le sens qu'il a pour la période, pas avec le dictionnaire. Sur « La foi à la Renaissance », dis ce que « foi » recouvre alors : celle du peuple ou celle des élites, ses pratiques, ses expressions artistiques. Un mot à plusieurs sens ouvre souvent le problème.
Le « et » demande l'interaction plus que l'addition. Dans « Les ouvriers et la République en France au XIXe siècle », montre comment chacun agit sur l'autre : les ouvriers ont-ils soutenu ou déstabilisé la République ? S'est-elle appuyée sur eux ou méfiée d'eux ?
Les dates ne sont jamais décoratives : dis à quoi elles correspondent et compare la situation au départ et à l'arrivée. Change une date et tu changes de sujet. « L'installation de la République en France (1870-1914) » porte sur les débats institutionnels ; à partir de 1848, le sujet insiste sur l'héritage de la République de 1848.
Délimite enfin l'espace : « La France en 1945 » comprend son empire colonial, sauf si le sujet se limite à la métropole.
Piège classique : reconnaître dans le sujet un chapitre du cours et le réciter. Le hors-sujet prend très souvent cette forme : chaque ligne doit répondre au sujet tel qu'il est posé.
Tirer la problématique
La problématique est la question à laquelle ta dissertation répond. Elle naît de l'analyse, jamais d'une simple reformulation du sujet.
Pour « Le IIIe Reich et la marche à la guerre (1933-1939) », le guide de Sorbonne Université se demande comment l'Allemagne, encore affaiblie et soumise au traité de Versailles en 1933, en vient si vite à se poser en puissance belliqueuse. Le problème tient dans l'écart entre le départ et l'arrivée.
Règle : une problématique tient en une question, en deux ou trois questions liées (pas plus), ou en une phrase qui expose les points majeurs à traiter. Elle se place dans l'introduction, juste avant l'annonce du plan.
Construire un plan qui répond
Chaque partie traite un aspect majeur de la problématique, dans un ordre qui paraît nécessaire. Le guide de Sorbonne Université distingue trois grands types de plans.
| Plan | Quand le choisir | Exemple |
|---|---|---|
| Chronologique | Le sujet porte sur une évolution ; chaque coupure se justifie par la problématique. | Les libertés en France (1814-1914) : 1814-1848, 1848-1871, 1871-1914. |
| Thématique | Ce qui dure l'emporte sur ce qui change, comme dans un sujet tableau, qui saisit une situation à une date. | « La France en 1661 ». |
| Mixte | Il faut poser ce qui ne bouge pas avant de montrer une évolution. | Les paysans en France (1814-1914) : une structure archaïque de petits paysans propriétaires, puis une économie protégée (1814-1860), puis les paysans français face au monde (1860-1914). |
Deux ou trois parties : quatre brouillent la vue d'ensemble. Trois parties couvrent plus d'aspects, mais en plaquer trois sur une matière qui n'en donne que deux est une des meilleures façons de rater ton devoir. Si tu n'en trouves que deux, vérifie quand même qu'aucun aspect du sujet n'a été oublié.
Le plan dialectique (thèse, antithèse, synthèse) correspond à un sujet posé sous forme de question, et même là, ta réponse progresse par nuances plutôt que d'opposer franchement deux parties.
Piège classique : le plan à tiroirs, « I. Politique, II. Économie, III. Société ». Il range les faits dans des cases, tous au même niveau, sans montrer comment ils agissent les uns sur les autres : il ne démontre rien.
À l'écrit, pas de titres, qui hachent la démonstration : chaque partie et chaque sous-partie s'ouvre sur une phrase qui annonce sa thèse, et une ligne sautée sépare les parties.
Rédiger introduction, paragraphes et conclusion
L'introduction fait d'une demi-page à une page et demie au plus. Elle enchaîne en général quatre moments.
Étape 1 : L'amorce, une citation, une œuvre ou un fait en lien direct avec le sujet, qui pique la curiosité et amène celui-ci.
Étape 2 : Le sujet, repris dans ses termes exacts, défini, borné dans le temps et l'espace, dates justifiées.
Étape 3 : La problématique.
Étape 4 : L'annonce du plan, qui doit sembler découler de la problématique.
Deux amorces à fuir : « De tout temps… », car l'histoire étudie une période précise, et la biographie d'un grand personnage sans rapport avec la question.
Dans le développement, un paragraphe porte une idée : il l'annonce, l'appuie sur un ou deux exemples précis (date, lieu, acteur, chiffre, source, historien), puis dit ce qu'ils prouvent. Un fait que tu n'interprètes pas ne démontre rien.
Exemple : le guide de Sorbonne Université ouvre la première partie sur les libertés par cette phrase : « De 1814 à 1848, la France, malgré les changements de régimes et les tentatives de réaction, connaît un lent apprentissage des libertés. » Suivent les faits qui la prouvent.
Chaque partie se clôt sur une courte conclusion partielle : elle fait le bilan et montre ce qui reste à régler, ce qui rend la partie suivante nécessaire.
La conclusion répond clairement à la problématique : c'est un bilan, pas un résumé. L'ouverture, qui élargit vers une autre question, est permise sans être obligatoire ; mieux vaut s'en passer que finir sur une phrase creuse. Garde-lui du temps : un devoir sans conclusion est considéré comme raté.
Piège classique : juger le passé, ou le lire à la lumière de ce qui a suivi. Tu es un apprenti historien, pas un juge : tu expliques un fait dans son contexte. Une dissertation sur les révoltes populaires en France au XVIIe siècle ne conclut donc pas que la Révolution de 1789 est déjà en marche.
Exercices corrigés
Du plus simple au niveau d'un partiel : cherche chacun au brouillon avant d'ouvrir la correction.
Exercice 1 : Ton partiel commence à 9 h et dure 3 h. Tu suis le découpage d'une fiche de méthode de Paris IV-Sorbonne : 1 h 15 de préparation (analyse du sujet, brouillon, problématique, plan détaillé) au début, 15 min de relecture à la fin. Combien de temps te reste-t-il pour rédiger ? À quelle heure commences-tu à rédiger, et à quelle heure passes-tu à la relecture ?
Correction :
Temps de rédaction : 3 h − 1 h 15 − 15 min = 1 h 30.
Tu commences à rédiger à 9 h + 1 h 15 = 10 h 15. Tu passes à la relecture à 10 h 15 + 1 h 30 = 11 h 45, et tu rends ta copie à 12 h.
La même fiche conseille de fixer au brouillon les grandes lignes de la conclusion dès que le plan détaillé et l'introduction sont prêts.
Exercice 2 : Sujet : « Vivre à Londres en 1900 ». Un étudiant propose la problématique « Comment vivait-on à Londres en 1900 ? ». Que t'imposent le verbe à l'infinitif et la date unique ? Pourquoi cette problématique ne va-t-elle pas, et que proposer à la place ?
Correction :
Le verbe met des gens au centre, pas des institutions : qui vit à Londres, et comment ? Toutes les dimensions de la vie comptent : logement, conditions sanitaires, nourriture, travail, loisirs. La date unique appelle un tableau : tu décris une situation à ce moment-là, sans raconter le siècle.
La problématique proposée n'est que le sujet suivi d'un point d'interrogation : rien ne dit ce qui fait problème, donc rien n'oriente le plan. Mieux : « Habiter Londres en 1900, est-ce vivre la même ville selon que l'on est riche ou pauvre, du logement aux loisirs ? » Cette question fixe un axe : comparer les conditions de vie selon les milieux.
Exercice 3 : Sujet : « Le roi et la noblesse en France au XVIIe siècle ». Un étudiant annonce : I. Le pouvoir du roi ; II. La noblesse. Explique ce qui ne va pas, puis propose un plan en trois parties.
Correction :
Ce plan juxtapose deux exposés et ne traite jamais le rapport entre le roi et la noblesse, qui est tout le sujet. Le « et » demande l'interaction, et le roi, nommé en premier, sert de pivot. Un plan possible :
I. Un roi qui doit compter avec une noblesse capable de le défier : pendant la Fronde (1648-1653), de grands nobles prennent les armes contre le pouvoir royal.
II. Un roi qui plie la noblesse à son autorité, notamment en fixant la cour à Versailles en 1682.
III. Une noblesse qui recherche la faveur royale : selon le mémorialiste Saint-Simon, ne jamais venir à la cour, ou presque jamais, vaut disgrâce.
Ce n'est pas le seul plan possible ; l'essentiel est qu'une même question traverse les trois parties : qui dépend de qui ?
À retenir
À retenir :
- Une dissertation d'histoire démontre une réponse à la question que pose le sujet.
- Chaque mot se définit pour la période, chaque date se justifie ; un « et » demande l'interaction.
- La problématique dit ce qui fait problème, elle ne recopie pas le sujet.
- Deux ou trois parties, chronologiques, thématiques ou mixtes, jamais à tiroirs ni titrées.
- Un paragraphe : une idée, un ou deux exemples précis, leur interprétation.
- La conclusion répond à la problématique ; l'ouverture est facultative.
Sources
- Guillaume Payen et al., Réussir sa licence d'histoire, guide de l'UFR d'histoire de Sorbonne Université, éd. 6.0, 2019 : texte sur le site de la faculté des lettres.
- Alexandra Zvereva, « La dissertation : conseils de méthode », fiche de travaux dirigés, UFR d'histoire de l'université Paris IV-Sorbonne : fiche en PDF.