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Maîtrise l'Analyse Textuelle et l'Argumentation en HLP

Dix exercices corrigés sur des textes de Montaigne, Pascal ou Rousseau : repérer une thèse, construire ton argument.

Cet article a été rédigé à des fins pédagogiques. Les informations présentées peuvent évoluer. Nous t’invitons à vérifier auprès de sources officielles.

Niveau : première et terminale HLP. Durée estimée : 2 h 30. 10 exercices corrigés.

Rappel des notions clés

Analyse un texte en trois questions : de quoi parle-t-il (le thème), qu'affirme l'auteur (la thèse), pour quelles raisons (les arguments). Dans « Le téléphone n'a pas sa place en classe, car il coupe l'attention », la thèse précède « car », l'argument le suit. « Car » annonce une raison, « donc » une conclusion.

Expliquer n'est pas paraphraser (redire autrement) : c'est dire ce que la phrase montre.

À retenir :

  • Problème : la question à laquelle le texte répond ; la thèse est sa réponse.
  • Concession : l'auteur accorde un point (« certes », « si ») avant de le limiter (« mais »).
  • Convaincre : obtenir l'accord par des raisons ; persuader : par les émotions.
  • Anaphore : un mot repris en tête de plusieurs groupes. Gradation : des termes de plus en plus forts.

Piège classique : prendre la phrase la plus célèbre pour la thèse. Ce peut être un constat, ou l'avis d'un autre : la thèse est ce que l'auteur affirme en son nom.

Exercices : niveau facile

Exercice 1 : Pascal écrit (Pensées, fragment 347, éd. Brunschvicg) :

« Toute notre dignité consiste donc en la pensée. C'est de là qu'il faut nous relever et non de l'espace et de la durée, que nous ne saurions remplir. Travaillons donc à bien penser : voilà le principe de la morale. »

a) Donne le thème et la thèse. b) Que signale le double « donc » ?

Correction :

Thème : quelques mots ; thèse : une phrase qui affirme.

a) Thème : la dignité humaine. Thèse : elle tient à la pensée, non à notre place dans l'univers ; d'où le devoir de bien penser.

b) Une conclusion : ce passage achève un raisonnement commencé plus haut.

Exercice 2 : Descartes écrit (Discours de la méthode, 1637) que « la lecture de tous les bons livres est comme une conversation avec les plus honnêtes gens des siècles passés, qui en ont été les auteurs, et même une conversation étudiée en laquelle ils ne nous découvrent que les meilleures de leurs pensées ». Sur quelle figure repose cet éloge, et que gagne le lecteur ?

Correction :

Dis ce que la comparaison rapproche, puis ce qu'elle apporte.

Une comparaison : lire, c'est converser avec les auteurs du passé, et à leur meilleur, puisque cette conversation est « étudiée ». Les « honnêtes gens » sont ici les personnes cultivées.

Attention : plus loin, il écrit « je quittai entièrement l'étude des lettres ».

Exercice 3 : Montaigne écrit (Essais, III, 2, « Du repentir ») : « Je ne peins pas l'être. Je peins le passage : non un passage d'âge en autre, ou, comme dit le peuple, de sept en sept ans, mais de jour en jour, de minute en minute. » Explique « je peins le passage » en quatre lignes.

Correction :

Définis les deux termes opposés, puis lis la suite.

« L'être » est ce qui reste fixe ; « le passage », le changement « de minute en minute ». Montaigne ne fait pas le portrait d'un moi définitif : il note ce qu'il est à chaque instant. La paraphrase à éviter : « il peint ce qui passe ».

Exercices : niveau moyen

Exercice 4 : Rousseau, Du contrat social (1762), I, 1 :

« L'homme est né libre, et partout il est dans les fers. […] Comment ce changement s'est-il fait ? Je l'ignore. Qu'est-ce qui peut le rendre légitime ? Je crois pouvoir résoudre cette question. […] Mais l'ordre social est un droit sacré, qui sert de base à tous les autres. Cependant ce droit ne vient point de la nature ; il est donc fondé sur des conventions. »

a) La première phrase est-elle la thèse ? b) Donne le problème et la thèse.

Correction :

Sépare le constat, la question et l'affirmation.

a) Non, c'est un constat. Rousseau ne réclame pas qu'on brise les fers : il cherche ce qui rendrait ce changement « légitime », juste en droit.

b) Problème : qu'est-ce qui rend légitime un pouvoir sur des hommes nés libres ? Thèse : l'ordre social repose sur des conventions (des accords), non sur la nature.

Exercice 5 : Hobbes, Du citoyen, épître dédicatoire (traduit du latin) : « Assurément, les deux formules sont vraies : l'homme est un dieu pour l'homme, et l'homme est un loup pour l'homme. La première, si l'on compare les citoyens entre eux ; la seconde, si l'on compare les cités. » On cite souvent « l'homme est un loup pour l'homme ». Quand chaque formule est-elle vraie, et que change la citation courte ?

Correction :

Retrouve le passage entier.

« Dieu » vaut entre citoyens d'une même cité (un État) ; « loup », entre cités. Coupée, la formule devient un jugement sur toute la nature humaine : la citation tronquée change la thèse.

Exercice 6 : À l'élection des délégués, une candidate conclut (texte fictif) : « Je ne vous demande pas seulement de voter pour moi ; je vous demande de croire en notre classe, en nos projets, en tout ce que nous pouvons réussir ensemble. » Relève deux procédés et leur effet. Convainc-elle ou persuade-t-elle ?

Correction :

Un procédé ne compte que si tu dis son effet.

Anaphore et gradation : « en notre classe, en nos projets, en tout ce que… » s'élargit jusqu'à un avenir commun et donne de l'élan. Passage du « moi » au « nous » : voter devient un projet collectif. Elle persuade : elle ne donne aucune raison de la choisir.

Exercice 7 : En 10 à 15 lignes, réponds à « La littérature a-t-elle pour seule fonction de divertir ? » (thèse, argument, exemple tiré d'une œuvre).

Correction :

Le mot « seule » invite à nuancer, pas à répondre non.

Proposition courte : « La littérature divertit, mais pas seulement : le plaisir du récit fait voir ce qu'on ne regardait pas. Dans Les Misérables, Hugo nous attache à Jean Valjean, ancien forçat, et nous fait éprouver la misère et la dureté de la justice. Le divertissement est donc un moyen : la littérature s'en sert pour faire réfléchir. »

Exercices : niveau difficile

Exercice 8 : « Autorité politique », Encyclopédie (1751), attribué à Diderot :

« Aucun homme n'a reçu de la nature le droit de commander aux autres. La liberté est un présent du ciel, et chaque individu de la même espèce a le droit d'en jouir aussitôt qu'il jouit de la raison. Si la nature a établi quelque autorité, c'est la puissance paternelle : mais la puissance paternelle a ses bornes […]. Toute autre autorité vient d'une autre origine que de la nature. »

a) Formule la thèse et l'argument. b) Repère la concession et son rôle.

Correction :

Suis les connecteurs : « si » concède, « mais » limite.

a) Thèse : nul ne tient de la nature le droit de commander. Argument : tout être doué de raison a droit à la liberté.

b) La concession : « Si la nature a établi quelque autorité, c'est la puissance paternelle ». Accordée puis bornée (« mais… ses bornes »), l'objection ne touche plus la thèse.

Exercice 9 : Épicure, Lettre à Ménécée (traduction d'Octave Hamelin, 1910) :

« Prends l'habitude de penser que la mort n'est rien relativement à nous. Il est en effet de l'essence d'un bien ou d'un mal quelconque d'être senti : or la mort est la privation de toute sensibilité. »

a) Reconstitue le raisonnement à l'aide des connecteurs. b) Propose une limite.

Correction :

Repère les prémisses (idées de départ), puis la conclusion.

a) « En effet » : un bien ou un mal doit être senti. « Or » : la mort supprime toute sensation. Conclusion : la mort n'est ni un bien ni un mal pour nous, c'est la thèse.

b) L'argument vise l'état de mort, pas le fait de mourir : la souffrance qui précède la mort, elle, se ressent.

Exercice 10 : Fais le plan d'un essai sur « La liberté est-elle une donnée naturelle ou une conquête ? » : une problématique, trois parties, une référence par partie.

Correction :

Transforme l'alternative en tension, du plus évident au plus fin.

Problématique : si l'homme naît libre, pourquoi doit-il encore conquérir sa liberté ?

I. Une donnée naturelle : la liberté est « un présent du ciel » (Encyclopédie).

II. Une liberté menacée : « partout il est dans les fers » (Rousseau) ; seul un pouvoir légitime la protège.

III. Une conquête sur soi : « l'obéissance à la loi qu'on s'est prescrite est liberté » (Rousseau, Du contrat social, I, 8).

Conclusion : la liberté est donnée à tous, mais elle ne devient réelle que par des lois justes et un travail sur soi.

Bilan et conseils

À l'écrit de terminale, ces gestes servent à l'interprétation et à l'essai, notés chacun sur 10 (note de service du 11 septembre 2026).

Ce qu'il faut retenir : une thèse s'écrit en une phrase qui affirme, et une citation se lit dans son contexte.

Sources

Note de service du 11 septembre 2026 sur l'épreuve de HLP, BO spécial n° 4 du 17 septembre 2026.

Textes anciens : éditions de Wikisource, orthographe modernisée ; Hobbes traduit du latin.

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