Ton contrat d'apprentissage peut se dérouler en partie à l'étranger, pendant un an au plus et sans dépasser la moitié de sa durée (Code du travail, article L6222-42). Avec un contrat de 24 mois pour ton master, tu peux donc passer jusqu'à 12 mois hors de France ; avec un contrat de 12 mois, 6 mois au plus.
Pour la bourse, en master, ce n'est pas ErasmusPro qui te concerne mais le volet enseignement supérieur d'Erasmus+. Reste à fixer avec ton employeur le régime de ton contrat pendant le séjour : de ce choix dépend qui te paie.
Combien de temps tu peux partir
Note $D$ la durée totale de ton contrat, en mois. La partie à l'étranger ne dépasse ni 12 mois, ni la moitié de $D$ : c'est le plus petit des deux qui compte.
Règle : durée maximale à l'étranger $= \min\left(12\,;\,\dfrac{D}{2}\right)$ mois.
Pendant la mobilité, la règle de l'alternance est mise de côté. En France, au moins 25 % de ton contrat se passe en centre de formation (article L6211-2). À l'étranger, tu peux passer toute la période en entreprise, ou toute en formation.
Piège classique : retenir « un an » et oublier la moitié du contrat. Sur un contrat de 12 mois, le plafond tombe à 6 mois. Et c'est un maximum, pas un droit : sans l'accord de ton employeur et de ton centre de formation, tu ne pars pas.
Mise en veille ou mise à disposition
Le régime est fixé dans la convention de mobilité, signée avant le départ par toi, ton employeur, ton centre de formation et, en principe, la structure d'accueil. Les deux régimes sont possibles quelle que soit la durée.
En mise en veille, ton contrat français ne s'exécute plus. La structure d'accueil devient seule responsable de tes conditions de travail, selon le droit de son pays : rémunération, durée du travail, repos, santé et sécurité. Ton employeur français n'a plus à te payer.
Ta protection sociale suit le même chemin. Tu relèves de la sécurité sociale du pays d'accueil si tu y as le statut de salarié. Sinon, par exemple dans une université, c'est la sécurité sociale française qui te couvre, par une assurance volontaire hors de l'Union européenne.
En mise à disposition, ton contrat continue de s'exécuter : tu restes l'apprenti de ton entreprise française, qui te confie à la structure d'accueil le temps du séjour.
ErasmusPro, ou Erasmus+ pour le supérieur
Dans Erasmus+, le volet qui te concerne dépend du niveau de ton diplôme, pas de ton statut d'apprenti.
ErasmusPro, qu'on écrit aussi « Erasmus Pro », désigne les mobilités longues, de 3 mois à un an, de la formation professionnelle : CAP, bac pro et diplômes de même niveau. Dès le BTS, donc en master, tu relèves du volet enseignement supérieur : stage en entreprise, études dans un établissement ou les deux, de 2 à 12 mois (Agence Erasmus+ France).
Piège classique : chercher « Erasmus Pro » quand on prépare un master. Pour toi, c'est la mobilité Erasmus+ de l'enseignement supérieur, et elle passe par ton établissement : un apprenti ne candidate pas seul au programme.
Deux limites comptent. Le guide du programme Erasmus+ plafonne la mobilité à 12 mois par cycle d'études (licence, master, doctorat), toutes mobilités Erasmus+ confondues : un semestre d'échange en M1 se déduit de ce qui te reste en M2. Et ton diplôme doit être reconnu par le ministère de l'Enseignement supérieur : un titre seulement enregistré au RNCP, le répertoire national des certifications professionnelles, ne suffit pas.
Le double diplôme en apprentissage
Un double diplôme est un parcours construit par deux établissements, l'un en France, l'autre à l'étranger, qui te délivrent chacun leur diplôme. En apprentissage, la période chez le partenaire suit la règle de toute mobilité : une année complète là-bas suppose un contrat d'au moins 24 mois.
Comme la règle de l'alternance est mise de côté, tu peux passer toute l'année à l'université partenaire. Si ton centre de formation a signé une convention de partenariat avec elle, la convention de mobilité peut se signer entre toi, ton employeur et ton centre de formation.
Avant de signer, vérifie deux choses. Ton employeur ne te verra pas pendant un an : son accord n'a rien d'une formalité. Et 12 mois à l'étranger consomment tout ton plafond Erasmus+ du cycle de master.
Côté frais, en mobilité Erasmus+ d'échange, où tu restes inscrit chez toi, l'établissement d'accueil ne peut te faire payer ni inscription, ni scolarité, ni examens. Pour un double diplôme, vérifie dans l'accord entre les deux établissements quels frais restent à ta charge.
Financer ton départ
Deux aides s'ajoutent à ce que tu gagnes pendant le séjour.
La première vient de ton OPCO, l'opérateur de compétences qui finance l'apprentissage dans la branche de ton entreprise. D'après l'article L6332-14 du Code du travail, il prend en charge, le cas échéant, les cotisations sociales liées à une mobilité hors de France. Il peut aussi financer tout ou partie de ta rémunération et des frais de la mobilité, mais sans obligation : chaque OPCO fixe ses règles.
La seconde est la bourse Erasmus+. Son montant mensuel dépend du pays d'accueil, et c'est ton établissement qui le fixe. Pour un stage dans un pays de l'Union européenne ou associé au programme, le guide du programme ajoute un complément de 150 euros par mois.
Conseil : fais ton budget mois par mois, loyer sur place compris, avant de choisir le régime. Une mise en veille dans une entreprise qui paie peu peut te coûter plus cher qu'une mise à disposition.
Les démarches
Étape 1 : Va voir le référent mobilité de ton CFA (centre de formation d'apprentis) ou le service des relations internationales de ton établissement : la demande Erasmus+ passe par eux.
Étape 2 : Obtiens l'accord de ton employeur et fixe avec lui le régime.
Étape 3 : Signe la convention de mobilité : dates, lieux, personnes qui te suivent, rythme de travail, prise en charge des frais.
Étape 4 : Pour Erasmus+, signe le contrat pédagogique (« learning agreement ») avec ton établissement et la structure d'accueil : il fixe ce qui sera reconnu à ton retour.
Exercices corrigés
Cherche chacun sur ta feuille avant d'ouvrir la correction.
Exercice 1 : Maxime signe un contrat d'apprentissage de 24 mois pour son M1 et son M2. Clara signe un contrat de 12 mois pour son seul M2, et son entreprise lui propose 8 mois dans sa filiale de Barcelone. Combien de mois chacun peut-il passer à l'étranger au plus ? Clara peut-elle accepter ?
Correction :
Maxime : $D = 24$, donc $\min\left(12\,;\,\dfrac{24}{2}\right) = \min(12\,;\,12) = 12$ mois.
Clara : $D = 12$, donc $\min\left(12\,;\,\dfrac{12}{2}\right) = \min(12\,;\,6) = 6$ mois. Comme $8 > 6$, elle ne peut pas accepter 8 mois dans le cadre de son contrat. Le plafond d'un an ne joue qu'à partir de 24 mois de contrat.
Exercice 2 : Léa a fait un semestre d'échange Erasmus+ de 5 mois en M1. Elle signe ensuite un contrat d'apprentissage de 18 mois qui court jusqu'à la fin de son M2, et vise un stage Erasmus+ de 9 mois dans une entreprise allemande.
a) Son contrat permet-il ces 9 mois ? b) Combien de mois Erasmus+ peut-il couvrir ? c) Que rapporte le complément stage sur ces mois ?
Correction :
a) $D = 18$, donc $\min\left(12\,;\,\dfrac{18}{2}\right) = \min(12\,;\,9) = 9$ mois. Les 9 mois sont permis, tout juste.
b) M1 et M2 forment un seul cycle, plafonné à 12 mois de mobilité Erasmus+. Les 5 mois d'échange en sont déduits : $12 - 5 = 7$ mois au plus.
c) $7 \times 150 = 1\,050$ euros, en plus de la bourse mensuelle que son établissement fixe pour l'Allemagne.
Exercice 3 : Sami part 6 mois à Lisbonne, en mise en veille, dans une entreprise portugaise où il a le statut de salarié. Qui fixe son salaire et ses horaires ? De quelle sécurité sociale relève-t-il ? Mêmes questions s'il passait ces 6 mois dans une université portugaise.
Correction :
En mise en veille, l'entreprise portugaise fixe seule son salaire et ses horaires, selon le droit portugais. Salarié au Portugal, il relève de la sécurité sociale portugaise.
À l'université, il n'est pas salarié : son employeur français n'a pas à le payer, et c'est la sécurité sociale française qui le couvre, sans assurance volontaire puisque le Portugal est dans l'Union européenne.
À retenir
À retenir :
- À l'étranger : $\min\left(12\,;\,\dfrac{D}{2}\right)$ mois au plus, où $D$ est la durée du contrat en mois.
- Mise en veille : la structure d'accueil fixe tes conditions, selon le droit local. Mise à disposition : ton contrat français continue.
- En master, c'est le volet enseignement supérieur d'Erasmus+, de 2 à 12 mois, pas ErasmusPro.
- Erasmus+ : 12 mois au plus par cycle, et 150 euros de plus par mois pour un stage.
- Pas de départ sans l'accord de ton employeur et de ton centre de formation, ni sans convention signée.
Sources
- Code du travail, article L6222-42 (mobilité des apprentis, rédaction issue de la loi n° 2023-1267 du 27 décembre 2023) et article L6332-14 (financement par les opérateurs de compétences), sur Légifrance.
- Agence Erasmus+ France / Éducation Formation, « La mobilité des alternants avec Erasmus+ ».
- Commission européenne, guide du programme Erasmus+, mobilité dans l'enseignement supérieur, consulté le 11 octobre 2026.