En latin, ce n'est pas la place d'un mot qui dit qui fait quoi, c'est sa terminaison. Dans Dominum servus videt, le premier mot n'est pas le sujet : dominum finit en -um, une terminaison de complément d'objet, et la phrase signifie « L'esclave voit le maître ». La méthode tient donc en un réflexe : trouver le verbe, puis son sujet, puis ses compléments, en lisant les fins de mots. Ce réflexe d'analyse, avec le vocabulaire que le français tient du latin, fait de l'option un atout, à condition de travailler chaque semaine.
Ce que le latin t'apporte vraiment
En français, tu repères le complément d'objet direct (COD) surtout à sa place, après le verbe. En latin, la place ne t'aide pas : tu reconnais la fonction de chaque mot à sa forme. C'est l'analyse grammaticale qu'on te demande en français, pratiquée à chaque phrase.
Le vocabulaire suit. Le français vient du latin parlé en Gaule, et beaucoup de mots savants ont été repris plus tard au latin écrit : fragilis a donné frêle par l'évolution de la langue parlée, puis fragile par emprunt direct. Connaître aqua (l'eau) éclaire aquatique et aqueduc ; connaître manus (la main) éclaire manuel et manuscrit.
Le latin se suit en option de la seconde à la terminale, ou en spécialité LLCA (littérature, langues et cultures de l'Antiquité) en première et en terminale, avec une part littéraire plus forte. Le programme de l'option mêle langue et culture, compare le latin au français et aux langues romanes dès qu'il le peut, et précise qu'il ne s'adresse pas qu'aux futurs littéraires.
Ce que l'option compte au bac
Dans la voie générale, tes résultats en option latin comptent au bac avec un coefficient 2 en première et un coefficient 2 en terminale, qui s'ajoutent aux 100 coefficients du bac. Cette option peut se suivre en plus des autres options, et si tu fais latin et grec, chaque langue compte à part (arrêté du 16 juillet 2018, article 2-1).
Piège classique : on lit encore que seuls les points au-dessus de 10 comptent, multipliés par 3. Le texte en vigueur ne contient pas cette règle : ta note entre entière dans le calcul. Au-dessus de ta moyenne générale, elle la fait monter ; en dessous, elle la fait baisser. L'exercice 4 le montre en chiffres.
Les cas : la terminaison donne la fonction
Un nom latin change de terminaison selon sa fonction : chaque forme s'appelle un cas. Il y a six cas, et les noms se rangent en cinq déclinaisons, c'est-à-dire cinq modèles de terminaisons. La logique reste partout la même.
| Cas | Fonction principale | rosa (la rose) | dominus (le maître) |
|---|---|---|---|
| Nominatif | sujet, attribut du sujet | rosa | dominus |
| Vocatif | apostrophe (on interpelle quelqu'un) | rosa | domine |
| Accusatif | COD | rosam | dominum |
| Génitif | complément du nom | rosae | domini |
| Datif | complément d'attribution (« à qui ? ») | rosae | domino |
| Ablatif | complément circonstanciel (moyen, manière, cause) | rosā (a long) | domino |
Au pluriel, dans le même ordre : rosae, rosae, rosas, rosarum, rosis, rosis et domini, domini, dominos, dominorum, dominis, dominis.
Le dictionnaire présente un nom ainsi : rosa, ae, f., soit le nominatif, la fin du génitif et le genre (ici féminin). C'est le génitif qui donne la déclinaison : -ae pour la 1re, -i pour la 2e, -is pour la 3e, -us pour la 4e, -ei pour la 5e. Il donne aussi le radical des autres cas : rex, regis (le roi) se décline sur reg-.
Piège classique : une même terminaison peut cacher plusieurs cas. Rosae peut être un génitif ou un datif singulier, ou un nominatif pluriel ; domino, un datif ou un ablatif. Tranche avec le verbe : s'il est au pluriel et qu'aucun autre mot ne peut être sujet, rosae est sujet ; s'il se construit avec « à quelqu'un », comme dare (donner), cherche un datif.
La méthode pour traduire une phrase
Traduire mot après mot, dans l'ordre latin, mène au contresens dès que le sujet n'est pas en tête. Avance en quatre temps, toujours les mêmes.
Étape 1 : Repère les verbes conjugués. Chacun forme une proposition, et il se place souvent à la fin de celle-ci.
Étape 2 : Cherche le sujet, un nominatif au même nombre que le verbe. S'il n'y en a pas, le sujet est dans la terminaison du verbe : amat, c'est « il aime » ou « elle aime ».
Étape 3 : Cherche ce que le verbe appelle : un accusatif pour le COD, un datif pour « à quelqu'un ». Rattache ensuite chaque génitif au nom qu'il complète, et en général chaque ablatif au verbe.
Étape 4 : Écris un mot à mot rangé par fonctions, puis récris-le en bon français. Le latin n'a pas d'article : à toi de choisir entre « le » et « un ».
Exemple : Agricola filiae rosam dat. Verbe : dat, « il donne », au singulier. Sujet : agricola, « le paysan », nominatif singulier (la 1re déclinaison compte quelques noms masculins). COD : rosam, à l'accusatif. Reste filiae : le verbe est au singulier, ce n'est donc pas un sujet pluriel, et « donner » appelle un datif. Traduction : « Le paysan donne une rose à sa fille. »
Conseil : apprends chaque nom avec son génitif et son genre, et chaque verbe avec ses temps primitifs, les formes données par le dictionnaire dont dérivent toutes les autres (amo, as, are, avi, atum : aimer). Pour les tableaux, relire ne suffit pas : cache la colonne, récite, vérifie. Le programme encourage aussi à apprendre par cœur quelques lignes d'un texte, pour retenir les formes dans leur phrase.
Exercices corrigés
Du plus simple au niveau d'un contrôle. Cherche chaque exercice sur ta feuille avant d'ouvrir la correction.
Exercice 1 : Donne le radical de chaque nom, puis un mot français de sa famille : pes, pedis (le pied) ; corpus, corporis (le corps) ; iter, itineris (le chemin).
Correction :
Le radical se lit sur le génitif, sans sa terminaison -is : ped-, corpor-, itiner-. D'où pédestre, corporel et itinéraire. Le nominatif pes ou iter ne t'aurait mené à aucun de ces mots.
Exercice 2 : Donne le cas et la fonction de chaque nom, puis traduis Puella rosam amat. Le sens change-t-il si l'on écrit Rosam puella amat ? Vocabulaire : puella, ae, f. : la jeune fille ; rosa, ae, f. : la rose ; amo, as, are, avi, atum : aimer.
Correction :
Puella : nominatif singulier, sujet de amat, lui aussi au singulier. Rosam : accusatif singulier, COD. Traduction : « La jeune fille aime la rose. »
Dans Rosam puella amat, les terminaisons n'ont pas bougé, donc le sens non plus : l'ordre peut seulement mettre l'accent sur la rose.
Exercice 3 : Traduis Puellam nauta videt. Vocabulaire : puella, ae, f. : la jeune fille ; nauta, ae, m. : le marin ; video, es, ere, vidi, visum : voir.
Correction :
Le piège est de prendre le premier mot pour le sujet. Puellam finit en -am : accusatif, donc COD. Nauta est un nominatif singulier, et videt est au singulier : c'est le sujet, masculin bien qu'il se décline comme rosa.
Traduction : « Le marin voit la jeune fille. »
Exercice 4 : Données fictives. Sans option, Inès totalise 1 200 points pour 100 coefficients au bac, soit 12 de moyenne. Elle a suivi l'option latin en première et en terminale, avec un coefficient 2 chaque année. Calcule sa moyenne finale, arrondie au centième, si elle a en latin : a) 15 en première et 16 en terminale ; b) 9 en première et 8 en terminale.
Correction :
Chaque année de latin ajoute sa note multipliée par 2 aux points, et 2 aux coefficients : $100 + 2 + 2 = 104$ coefficients.
a) $\dfrac{1\,200 + 15 \times 2 + 16 \times 2}{104} = \dfrac{1\,262}{104} \approx 12{,}13$ sur 20.
b) $\dfrac{1\,200 + 9 \times 2 + 8 \times 2}{104} = \dfrac{1\,234}{104} \approx 11{,}87$ sur 20.
Avec 15,5 de moyenne en latin, au-dessus de ses 12, la moyenne monte ; avec 8,5, elle baisse.
À retenir
À retenir :
- En latin, la terminaison donne la fonction, pas la place du mot.
- Six cas : nominatif (sujet), vocatif (apostrophe), accusatif (COD), génitif (complément du nom), datif (« à qui ? »), ablatif (circonstances).
- Un nom s'apprend avec son génitif et son genre : le génitif donne la déclinaison et le radical.
- Pour traduire : le verbe, puis le sujet, puis les compléments, puis le français.
- Au bac, voie générale : coefficient 2 en première et 2 en terminale, et la note entière compte dans la moyenne.
Sources
- Arrêté du 16 juillet 2018 relatif aux épreuves du baccalauréat général à compter de la session de 2021, article 2-1, version en vigueur depuis le 4 mai 2022 : texte sur Légifrance.
- Programme d'enseignement optionnel de langues et cultures de l'Antiquité de seconde générale et technologique, Bulletin officiel spécial n° 1 du 22 janvier 2019 : texte sur eduscol.