En licence arts plastiques, tu fabriques des œuvres en atelier et tu apprends à les expliquer en les reliant à l'histoire de l'art. Sur le sujet « la trace », par exemple, un beau dessin ne suffit pas ; on attend une série de recherches, puis une réalisation que tu sais défendre. Le diplôme vaut 180 crédits européens, de la L1 à la L3, et ouvre sur le concours de professeur d'arts plastiques comme sur les métiers de l'exposition et de l'image.
Ce que contient la licence
Il n'existe pas de liste nationale des cours : chaque université construit sa maquette, la liste de ses cours et de leurs crédits. L'État fixe les règles du diplôme et les compétences qu'il certifie.
L'arrêté du 30 juillet 2018 relatif au diplôme national de licence impose 180 crédits européens, gagnés en validant des unités d'enseignement (des groupes de cours) réparties en semestres, et au moins 1 500 heures de cours et d'encadrement. Il fixe aussi ta charge de travail totale entre 4 500 et 5 400 heures : au-delà des cours, c'est ton travail personnel.
Les compétences visées sont écrites dans la fiche nationale de la licence arts plastiques (RNCP40464, publiée par France compétences le 7 avril 2025) :
| Partie | Ce que la fiche attend de toi |
|---|---|
| Atelier | Créer à partir d'un thème proposé, avec les contraintes de support, de matériel et de budget, puis présenter ta production à un public. |
| Théorie et méthode | Chercher des sources fiables, construire une problématique, étudier des œuvres avec le vocabulaire de l'analyse, présenter et discuter ton travail à l'oral. |
| Ouverture professionnelle | Préparer des outils de médiation (ce qui aide un public à entrer dans une œuvre : visite, livret, atelier), animer des ateliers, utiliser les outils numériques. |
L'atelier : une démarche, pas un objet
En atelier, on te donne un sujet, par exemple un mot : « la trace », « le vide », « recouvrir ». Ce n'est pas un thème à illustrer, c'est un problème à travailler. Tu essaies plusieurs pistes et plusieurs médiums (le médium est le moyen matériel de l'œuvre : peinture, photo, vidéo, volume), puis tu gardes ce qui ouvre quelque chose.
Chaque université fixe ses règles d'évaluation dans ses modalités de contrôle des connaissances (MCC) : lis-les dès la rentrée, elles disent ce qui compte dans ta note.
Exemple : sur « la trace », la première idée qui vient, c'est de dessiner des empreintes de pas. En cherchant plus loin, tu frottes au fusain une feuille posée sur un mur pour en relever le relief, ou tu photographies une vitre embuée après le passage d'une main. Ta présentation dit ce que la série t'a appris : une trace, c'est ce qui reste quand le geste a disparu.
Piège classique : illustrer le mot. Des empreintes dessinées répondent au mot « trace », pas au problème qu'il pose. Et ne jette pas tes essais ratés : photographiés et datés dans ton carnet de recherches, ce sont eux qui prouvent ta démarche.
Histoire de l'art et esthétique : analyser une œuvre
L'histoire de l'art situe les œuvres dans leur époque. L'esthétique, une branche de la philosophie, étudie l'expérience sensible : ce qui se passe quand tu regardes une œuvre, et sur quoi on s'appuie pour la juger. Les deux te servent à parler d'une œuvre, la tienne comprise, avec des arguments plutôt qu'avec des goûts. L'outil commun, c'est l'analyse d'œuvre, en quatre temps.
Étape 1 : Identifier l'œuvre : artiste, titre, date, matériaux, dimensions, lieu de conservation.
Étape 2 : Décrire ce que tu vois, sans juger : formes, couleurs, matière, échelle.
Étape 3 : Analyser ce que chaque choix produit : composition, procédé, place du spectateur.
Étape 4 : Interpréter en t'appuyant sur ce qui précède, puis situer l'œuvre dans son temps.
Prends Fontaine, de Marcel Duchamp. En 1917, à New York, il envoie à un salon un urinoir acheté tout fait, signé « R. Mutt » ; l'objet est refusé. Duchamp appelle ce geste un ready-made : un objet industriel devient œuvre par le seul choix de l'artiste. L'analyse fait voir ce que le geste déplace : l'œuvre ne tient plus au savoir-faire de la main, mais à la décision de l'artiste et au lieu où on la montre.
Piège classique : commencer par ton avis. « Ce n'est pas de l'art » est un jugement : en tête de copie, il prend la place de la description, et ton analyse n'a plus de preuves. Fais-en plutôt ta question de conclusion : qu'est-ce qui fait d'un objet une œuvre ?
Après la licence : concours, master, métiers
Pour enseigner les arts plastiques au collège ou au lycée comme titulaire, il faut réussir un concours : après la licence, c'est le CAPES. Depuis la session 2026, tu peux le passer dès la L3. Les lauréats suivent ensuite deux années rémunérées de master enseignement et éducation (M2E) : élèves fonctionnaires la première année (environ 1 400 € nets par mois), puis fonctionnaires stagiaires à mi-temps devant élèves (environ 1 800 €). Un concours au niveau bac+5 reste organisé jusqu'à la session 2027.
Les épreuves prévues pour ce concours à partir de la session 2026 ressemblent à ta licence : une dissertation de 5 heures sur la culture artistique et plastique, un portfolio (un dossier d'images et de textes) de cinq pages au plus, construit en 5 heures à partir d'une documentation sur des œuvres, puis, à l'oral, l'exposé d'un projet personnel à visée artistique et un entretien de 35 minutes.
Hors enseignement, la fiche nationale cite comme emplois accessibles : conseiller artistique, artiste plasticien, assistant directeur artistique, galeriste, illustrateur, commissaire d'exposition (qui choisit les œuvres et construit le propos) ou régisseur d'exposition (qui organise leur transport et leur installation). La licence peut aussi se poursuivre en master.
Exercices corrigés
Cherche chaque exercice sur ta feuille avant d'ouvrir sa correction.
Exercice 1 : Ta licence compte exactement 1 500 heures de cours, pour une charge de travail totale, cours compris, de 4 500 à 5 400 heures. Combien d'heures de travail personnel cela laisse-t-il, au minimum et au maximum ? Et par heure de cours ?
Correction :
Le travail personnel, c'est la charge totale moins les cours : $4\,500 - 1\,500 = 3\,000$ h au minimum, $5\,400 - 1\,500 = 3\,900$ h au maximum.
Par heure de cours : $\dfrac{3\,000}{1\,500} = 2$ h et $\dfrac{3\,900}{1\,500} = 2{,}6$ h.
Résultat : entre 3 000 et 3 900 heures de travail personnel sur la licence, soit 2 h à 2,6 h par heure de cours.
Exercice 2 : Classe chaque phrase sur Fontaine de Duchamp : description, analyse, interprétation ou jugement.
a) C'est un urinoir industriel, signé « R. Mutt ».
b) Ce n'est pas de l'art, n'importe qui aurait pu le faire.
c) La signature, qui d'ordinaire authentifie un tableau, est posée sur un objet que l'artiste n'a pas fabriqué.
d) Duchamp fait passer la valeur de l'œuvre du savoir-faire au choix.
Correction :
a) Description : elle dit ce que chacun peut vérifier sur l'objet.
b) Jugement : un avis sans appui, le piège vu plus haut.
c) Analyse : elle relie un élément observé, la signature, à son rôle habituel, et fait voir l'écart.
d) Interprétation : elle propose un sens, et elle tient parce que l'analyse c) la soutient.
Exercice 3 : Sujet d'atelier : « recouvrir ». Ta série est faite : douze photographies de famille recouvertes de couches de cire de plus en plus épaisses, accrochées en ligne. Tu avais d'abord essayé le papier calque et la peinture blanche, qui effaçaient tout d'un coup. Rédige en cinq phrases la note d'intention de ton rendu, le texte court qui explique ta démarche.
Correction :
Une note d'intention répond à quatre questions : qu'as-tu cherché, comment, qu'as-tu écarté et pourquoi, que voit le spectateur. Une version possible :
« Recouvrir, c'est cacher, mais c'est aussi protéger. J'ai cherché le moment où ce qui recouvre laisse encore deviner ce qu'il cache. Le calque et la peinture blanche effaçaient tout d'un coup : je les ai écartés. La cire, posée en couches, m'a permis de doser la disparition, image après image. Accrochées en ligne, les douze photographies vont du lisible à l'illisible, et le spectateur qui longe la série perd peu à peu les visages. »
À retenir
À retenir :
- 180 crédits, au moins 1 500 heures de cours, 4 500 à 5 400 heures de travail en tout.
- La maquette et les MCC de ton université font foi ; la fiche RNCP40464 dit les compétences visées.
- En atelier, un sujet est un problème à travailler : montre tes recherches, pas seulement le résultat.
- Analyse d'œuvre : identifier, décrire, analyser, interpréter. Le jugement ne vient jamais en premier.
- Le CAPES d'arts plastiques se passe dès la L3 depuis la session 2026, puis deux ans de master M2E rémunérés.
Sources
- Arrêté du 30 juillet 2018 relatif au diplôme national de licence, version en vigueur : texte sur Légifrance.
- Licence Arts plastiques, fiche nationale RNCP40464, publiée le 7 avril 2025 : fiche sur France compétences.
- Site officiel Devenir enseignant : réforme du recrutement des professeurs (mise à jour d'octobre 2026) et épreuves du CAPES externe bac+3 d'arts plastiques (mise à jour d'octobre 2025).