La macroéconomie suit un pays à travers trois chiffres : le PIB pour la production, l'inflation pour les prix, le chômage pour l'emploi. Première règle : une croissance se lit en volume, hors hausse des prix, et vaut à peu près la hausse en valeur moins celle des prix. En 2025, le PIB de la France a augmenté de 1,9 % en valeur et son prix de 1,1 % : la production elle-même n'a progressé que de 0,8 % (Insee).
Le PIB et la croissance
Le produit intérieur brut (PIB) mesure la richesse produite pendant une période, le plus souvent un an, par les producteurs installés dans le pays, quelle que soit leur nationalité. Pour ne pas compter la farine deux fois, chez le meunier puis dans le pain, on additionne les valeurs ajoutées : la production moins les consommations intermédiaires, c'est-à-dire ce qui a été acheté pour produire. Un boulanger qui vend 100 000 euros de pain avec 40 000 euros de farine et d'énergie crée 60 000 euros de valeur ajoutée.
Le PIB est la somme des valeurs ajoutées, plus les impôts sur les produits comme la TVA, moins les subventions sur les produits. On retrouve le même total en additionnant les revenus tirés de la production, ou les dépenses finales.
Formule : côté dépense,
$$Y = C + I + G + (X - M)$$
avec $C$ la consommation, $I$ l'investissement, $G$ les dépenses publiques, $X$ les exportations et $M$ les importations, retirées parce qu'une partie de $C$, $I$ et $G$ vient de l'étranger.
Piège classique : retrancher la hausse des prix n'est qu'une approximation, valable pour des taux faibles. La relation exacte divise :
$$1 + g_{\text{volume}} = \frac{1 + g_{\text{valeur}}}{1 + p}$$
où $p$ est la hausse du prix du PIB, appelée déflateur.
L'inflation
L'inflation est la hausse durable du niveau général des prix, pas celle d'un seul produit. L'Insee la mesure chaque mois avec l'indice des prix à la consommation (IPC), qui suit la variation moyenne des prix de ce qu'achètent les ménages. Elle naît d'un excès de demande, d'une hausse des coûts (énergie, salaires) ou d'une création de monnaie plus rapide que la production.
Pour un emprunteur, ce qui compte est le taux d'intérêt réel, $r \approx i - \pi$, avec $i$ le taux du contrat et $\pi$ l'inflation. Un prêt à 4 % quand les prix montent de 6 % a un taux réel d'environ $-2\,\%$ : tu rembourses avec des euros qui achètent moins.
La Banque centrale européenne (BCE) vise 2 % d'inflation à moyen terme, mesurée par l'indice harmonisé de la zone euro (IPCH). Cet objectif est symétrique : un écart vers le bas est aussi indésirable qu'un écart vers le haut (stratégie de la BCE, 2025).
Piège classique : une inflation qui passe de 5 % à 2 % n'est pas une baisse des prix : ils montent encore, mais moins vite, c'est une désinflation. La déflation, elle, est une baisse du niveau des prix.
Le chômage au sens du BIT
Définition : pour l'Insee, un chômeur au sens du Bureau international du travail (BIT) a 15 ans ou plus, est sans emploi pendant une semaine donnée, est disponible pour travailler dans les deux semaines et a cherché activement un emploi au cours des quatre dernières semaines, ou en a trouvé un qui commence dans moins de trois mois.
Le taux de chômage rapporte les chômeurs aux actifs, c'est-à-dire aux personnes en emploi ou au chômage, et non à toute la population :
$$u = \frac{\text{chômeurs}}{\text{personnes en emploi} + \text{chômeurs}}$$
Piège classique : un chômeur au sens du BIT n'est pas forcément inscrit à France Travail. L'inscription n'entre pas dans la définition : un inscrit qui ne cherche plus d'emploi n'est pas chômeur, un jeune qui cherche sans être inscrit peut l'être. Le taux de chômage vient de l'enquête Emploi de l'Insee.
Selon sa cause, le chômage est frictionnel (le temps de passer d'un emploi à un autre), structurel (un décalage durable entre les emplois offerts et les compétences, les lieux ou les règles du marché du travail) ou conjoncturel (un manque de demande quand l'activité ralentit). Les deux premiers forment le chômage naturel. La loi d'Okun relie le troisième à la croissance : quand le PIB progresse moins vite que son rythme habituel, le chômage monte.
La courbe de Phillips
En 1958, l'économiste A. W. Phillips montre qu'au Royaume-Uni, de 1861 à 1957, les salaires nominaux montaient d'autant plus vite que le chômage était bas : quand les chômeurs se font rares, les employeurs se disputent les salariés. En 1960, Paul Samuelson et Robert Solow transposent la relation aux États-Unis, entre inflation des prix et chômage. La courbe se lit alors comme un arbitrage : un peu moins de chômage contre un peu plus d'inflation.
À la fin des années 1960, Milton Friedman et Edmund Phelps y ajoutent les anticipations. Les salariés finissent par prévoir l'inflation et la réclament dans leurs salaires : le chômage ne reste sous son niveau d'équilibre, le taux de chômage naturel, que tant que l'inflation dépasse ce qu'ils avaient prévu. Les manuels le rapprochent du NAIRU, le taux de chômage qui n'accélère pas l'inflation.
Formule : la courbe de Phillips augmentée des anticipations,
$$\pi_t = \pi_t^{a} - b\,(u_t - u^{*})$$
avec $\pi_t$ l'inflation, $\pi_t^{a}$ l'inflation anticipée, $u_t$ le taux de chômage, $u^{*}$ le taux naturel et $b$ un coefficient positif.
À court terme, les anticipations sont données : moins de chômage coûte plus d'inflation. À long terme, elles rattrapent l'inflation, $\pi_t = \pi_t^{a}$, donc $u_t = u^{*}$ quelle que soit l'inflation : la courbe devient verticale. Les années 1970 vont dans ce sens : avec les chocs pétroliers, inflation et chômage montent ensemble, c'est la stagflation.
Piège classique : glisser sur la courbe n'est pas la déplacer. Moins de chômage, à anticipations inchangées, fait glisser l'économie sur la courbe ; une hausse de l'inflation anticipée, ou un choc pétrolier, déplace la courbe elle-même vers le haut.
Politique budgétaire et politique monétaire
La politique budgétaire joue sur les dépenses et les recettes publiques ; celles de l'État sont votées chaque année par le Parlement dans la loi de finances. Chaque euro dépensé par l'État devient le revenu de quelqu'un, qui en consomme une part $c$, la propension marginale à consommer, et ainsi de suite. Dans le modèle keynésien simple :
$$\Delta Y = \frac{1}{1-c}\,\Delta G$$
Avec des impôts et des importations, ce multiplicateur rétrécit. Un déficit financé par l'emprunt peut aussi faire monter les taux d'intérêt et freiner l'investissement privé : c'est l'effet d'éviction.
La politique monétaire de la France est celle de la BCE, puisque le pays utilise l'euro. Son instrument principal est l'ensemble de ses taux directeurs, auxquels elle prête aux banques et rémunère leurs dépôts. En les baissant, elle rend le crédit moins cher et soutient la demande ; en les relevant, elle freine une inflation trop forte.
Selon la courbe de Phillips augmentée, ces deux leviers agissent sur le chômage conjoncturel, pas sur le chômage structurel, qui relève de la formation et du fonctionnement du marché du travail.
Exercices corrigés
Exercice 1 : Données fictives. Le PIB d'un pays passe de 2 400 à 2 520 milliards d'euros en valeur, et son prix augmente de 3 %. Calcule sa croissance en valeur, puis en volume, au dixième de point près.
Correction :
En valeur : $\dfrac{2\,520 - 2\,400}{2\,400} = \dfrac{120}{2\,400} = 0{,}05$, soit $+5\,\%$.
En volume : $\dfrac{1{,}05}{1{,}03} \approx 1{,}0194$, soit $+1{,}9\,\%$. L'approximation $5 - 3 = 2$ en est proche, car les taux sont faibles.
Exercice 2 : Une économie fictive suit la courbe $\pi_t = \pi_t^{a} - 0{,}5\,(u_t - 8)$, taux en pourcentage. Les salariés anticipent l'inflation de l'année précédente, et l'inflation de l'année 0 est de 2 %.
1. Le gouvernement maintient le chômage à 6 % pendant l'année 1. Quelle est l'inflation de l'année 1 ?
2. Il le maintient encore à 6 % pendant l'année 2. Quelle est l'inflation de l'année 2 ?
3. Quel taux de chômage garde l'inflation stable ?
Correction :
1. Les salariés anticipent 2 %, donc $\pi_1 = 2 - 0{,}5 \times (6 - 8) = 2 + 1 = 3\,\%$.
2. Ils anticipent alors 3 % : $\pi_2 = 3 + 1 = 4\,\%$. Avec 6 % de chômage, l'inflation gagne un point par an.
3. L'inflation est stable quand $\pi_t = \pi_t^{a}$, donc quand $u_t - 8 = 0$ : $u_t = 8\,\%$, le taux de chômage naturel.
Exercice 3 : Dans le modèle keynésien simple d'une économie fermée, la propension marginale à consommer vaut 0,8. L'État augmente ses dépenses de 10 milliards d'euros. De combien le PIB augmente-t-il ? Même question si l'État baisse plutôt de 10 milliards d'euros des impôts forfaitaires, qui ne dépendent pas du revenu.
Correction :
Le multiplicateur vaut $\dfrac{1}{1 - 0{,}8} = 5$, donc $\Delta Y = 5 \times 10 = 50$ milliards d'euros.
Le piège est dans la baisse d'impôts : les ménages n'en dépensent que $0{,}8 \times 10 = 8$ milliards d'euros au premier tour et épargnent le reste. Donc $\Delta Y = 5 \times 8 = 40$ milliards d'euros. Dans ce modèle, à montant égal, la dépense publique relance davantage que la baisse d'impôts.
À retenir
À retenir :
- PIB : valeurs ajoutées, revenus ou dépenses, trois mesures d'un même total, avec $Y = C + I + G + X - M$.
- Hors effet des prix : $1 + g_{\text{volume}} = \dfrac{1 + g_{\text{valeur}}}{1 + p}$ et $r \approx i - \pi$.
- Taux de chômage : chômeurs au sens du BIT rapportés aux actifs, sans lien avec l'inscription à France Travail.
- Phillips : arbitrage entre inflation et chômage à court terme, courbe verticale au taux de chômage naturel à long terme.
- Relance budgétaire : multiplicateur $\dfrac{1}{1-c}$ dans le modèle simple. Politique monétaire : taux directeurs de la BCE, pour 2 % d'inflation à moyen terme.
Sources
- Insee, « Comptes nationaux annuels en 2025 », paru le 29 mai 2026 : publication sur insee.fr.
- Insee, définition du chômeur au sens du BIT : fiche sur insee.fr.
- BCE, déclaration relative à la stratégie de politique monétaire, version 2025 : texte sur ecb.europa.eu.