Compétences travaillées : Compréhension et manipulation des propriétés du mouvement brownien standard (indépendance des accroissements, stationnarité, continuité des trajectoires, distribution gaussienne des accroissements), calcul d'espérance et de variance, utilisation de théorèmes liés au mouvement brownien.
Erreurs fréquentes : Confusion entre mouvement brownien et marche aléatoire, mauvaise application des propriétés de distribution des accroissements, difficultés à calculer des espérances et variances d'expressions impliquant le mouvement brownien, méconnaissance des propriétés de continuité et de variation.
Exercices sur le Mouvement Brownien
Exercice 1 : Définition et propriétés de base. Soit $(B_t)_{t \ge 0}$ un mouvement brownien standard. Rappelle ses principales propriétés.
Correction :
Un mouvement brownien standard $(B_t)_{t \ge 0}$ est un processus stochastique défini sur un espace probabilisé $(\Omega, \mathcal{F}, P)$ qui satisfait les propriétés suivantes :
- Continuité des trajectoires : Pour presque tout $\omega \in \Omega$, la fonction $t \mapsto B_t(\omega)$ est continue sur $[0, \infty)$.
- Stationnarité des accroissements : Pour tous $0 \le s \le t$, la loi de $B_{t+s} - B_t$ ne dépend que de $s$. Elle est égale à la loi de $B_s$.
- Indépendance des accroissements : Pour tous $0 \le t_1 < t_2 < \dots < t_n$, les variables aléatoires $B_{t_1}, B_{t_2} - B_{t_1}, \dots, B_{t_n} - B_{t_{n-1}}$ sont indépendantes.
- Distribution des accroissements : Pour tous $s, t \ge 0$, $B_t - B_s$ suit une loi normale de moyenne 0 et de variance $t-s$. Autrement dit, $B_t - B_s \sim \mathcal{N}(0, t-s)$. En particulier, $B_0 = 0$ presque sûrement, et $B_t \sim \mathcal{N}(0, t)$.
Point méthode : Ces quatre propriétés sont les fondations sur lesquelles repose toute l'analyse du mouvement brownien.
Exercice 2 : Espérance et Variance. Soit $(B_t)_{t \ge 0}$ un mouvement brownien standard. Calcule $E[B_t]$ et $Var(B_t)$ pour tout $t \ge 0$. Calcule aussi $E[B_t^2]$.
Correction :
D'après la propriété 4 du mouvement brownien, pour tout $t \ge 0$, $B_t$ suit une loi normale $\mathcal{N}(0, t)$.
1. Espérance : L'espérance d'une variable aléatoire gaussienne $\mathcal{N}(\mu, \sigma^2)$ est $\mu$. Donc, $E[B_t] = 0$.
2. Variance : La variance d'une variable aléatoire gaussienne $\mathcal{N}(\mu, \sigma^2)$ est $\sigma^2$. Donc, $Var(B_t) = t$. Rappelons que $Var(X) = E[X^2] - (E[X])^2$.
3. $E[B_t^2]$ : Puisque $E[B_t] = 0$, on a $Var(B_t) = E[B_t^2] - 0^2 = E[B_t^2]$. Donc, $E[B_t^2] = t$.
Résultat : $E[B_t] = 0$ et $Var(B_t) = E[B_t^2] = t$ pour tout $t \ge 0$.
Exercice 3 : Indépendance des accroissements. Soit $(B_t)_{t \ge 0}$ un mouvement brownien standard. Montre que $B_5 - B_2$ et $B_3$ sont deux variables aléatoires indépendantes.
Correction :
D'après la propriété 3 (indépendance des accroissements), pour tous $0 \le t_1 < t_2 < \dots < t_n$, les variables aléatoires $B_{t_1}, B_{t_2} - B_{t_1}, \dots, B_{t_n} - B_{t_{n-1}}$ sont indépendantes.
Nous devons montrer que $B_5 - B_2$ et $B_3$ sont indépendantes. Considérons la suite de temps $0 \le 2 < 3 < 5$. Les accroissements correspondants sont :
- $B_2 - B_0 = B_2$ (puisque $B_0 = 0$)
- $B_3 - B_2$
- $B_5 - B_3$
Par la propriété d'indépendance des accroissements, ces trois variables aléatoires $(B_2, B_3 - B_2, B_5 - B_3)$ sont indépendantes.
Nous cherchons à montrer l'indépendance de $B_5 - B_2$ et $B_3$. On peut écrire $B_5 - B_2 = (B_5 - B_3) + (B_3 - B_2)$.
Remarquons que $B_3$ est un accroissement sur l'intervalle $[0, 3]$, et $B_5 - B_2$ est un accroissement sur l'intervalle $[2, 5]$.
Pour montrer l'indépendance, il faut vérifier que la loi conjointe de $(B_3, B_5 - B_2)$ est le produit des lois marginales.
Considérons les accroissements sur les intervalles disjoints : $[0, 2]$ et $[2, 5]$. La variable $B_2$ est l'accroissement sur $[0, 2]$. La variable $B_5 - B_2$ est l'accroissement sur $[2, 5]$. Ces accroissements sont indépendants par définition.
Maintenant, regardons $B_3$. On peut écrire $B_3 = B_3 - B_2 + B_2$. Les variables $B_2$ et $B_3 - B_2$ sont indépendantes.
La variable $B_5 - B_2$ est l'accroissement sur $[2, 5]$. On peut écrire $B_5 - B_2 = (B_5 - B_3) + (B_3 - B_2)$.
Il est plus simple de considérer les accroissements sur des intervalles disjoints :
L'accroissement sur $[0, 3]$ est $B_3$.
L'accroissement sur $[3, 5]$ est $B_5 - B_3$.
Ces deux variables, $B_3$ et $B_5 - B_3$, sont indépendantes.
Nous voulons comparer $B_3$ et $B_5 - B_2$. On a $B_5 - B_2 = (B_5 - B_3) + (B_3 - B_2)$.
Les variables aléatoires $B_3$ et $B_5 - B_2$ sont indépendantes car elles correspondent à des accroissements sur des intervalles de temps qui ne se chevauchent pas de manière problématique. Précisément, $B_3$ est l'accroissement sur $[0, 3]$ et $B_5 - B_2$ est l'accroissement sur $[2, 5]$.
Si $t_1 < t_2 < t_3 < t_4$, alors $B_{t_2}-B_{t_1}$ et $B_{t_4}-B_{t_3}$ sont indépendantes.
Dans notre cas, nous avons $0 < 2 < 3 < 5$. Les variables $B_3$ (accroissement sur $[0, 3]$) et $B_5 - B_2$ (accroissement sur $[2, 5]$) ne sont pas directement des accroissements sur des intervalles disjoints. Cependant, on peut écrire :
$B_3 \sim \mathcal{N}(0, 3)$
$B_5 - B_2 \sim \mathcal{N}(0, 5-2) = \mathcal{N}(0, 3)$
Les accroissements $B_3$ et $B_5 - B_2$ sont indépendants car l'intervalle $[0, 3]$ et l'intervalle $[2, 5]$ ne sont pas disjoints, mais plutôt chevauchants. L'indépendance est garantie pour des accroissements sur des intervalles disjoints $t_i - t_{i-1}$.
Considérons les temps $0, 2, 3, 5$. Les accroissements $B_2$, $B_3-B_2$, $B_5-B_3$ sont indépendants.
Nous voulons montrer l'indépendance de $B_3$ et $B_5 - B_2$. Cela revient à montrer que $\text{Cov}(B_3, B_5 - B_2) = 0$ et que leurs lois conjointes sont le produit des lois marginales.
$\text{Cov}(B_3, B_5 - B_2) = \text{Cov}(B_3, B_5) - \text{Cov}(B_3, B_2)$.
On sait que $\text{Cov}(B_t, B_s) = \min(t, s)$.
Donc, $\text{Cov}(B_3, B_5) = \min(3, 5) = 3$. Et $\text{Cov}(B_3, B_2) = \min(3, 2) = 2$.
$\text{Cov}(B_3, B_5 - B_2) = 3 - 2 = 1$. Le covariance n'est pas nulle, donc elles ne sont pas indépendantes.
Correction de la question : Il est possible que la question porte sur une indépendance mal interprétée. Souvent, on montre l'indépendance de $B_t - B_s$ et $B_u - B_v$ si les intervalles $[s, t]$ et $[v, u]$ sont disjoints. Ici, les intervalles $[0, 3]$ et $[2, 5]$ ne sont pas disjoints.
Reconsidérons : Soit $X = B_3$ et $Y = B_5 - B_2$. Nous avons $B_3 = B_2 + (B_3 - B_2)$.
$Y = (B_5 - B_3) + (B_3 - B_2)$.
Les variables $B_2, B_3-B_2, B_5-B_3$ sont indépendantes.
La variable $X = B_2 + (B_3 - B_2)$.
La variable $Y = (B_3 - B_2) + (B_5 - B_3)$.
Les variables $B_2$, $B_3 - B_2$, $B_5 - B_3$ sont indépendantes.
La variable $X$ est une combinaison linéaire de $B_2$ et $B_3 - B_2$. La variable $Y$ est une combinaison linéaire de $B_3 - B_2$ et $B_5 - B_3$. Ces deux combinaisons linéaires partagent le terme $B_3 - B_2$, ce qui implique qu'elles ne sont pas indépendantes.
Si la question était : montrer l'indépendance de $B_2$ et $B_5 - B_3$, alors oui, ils sont indépendants car les intervalles $[0, 2]$ et $[3, 5]$ sont disjoints.
Conclusion pour cet exercice : $B_3$ et $B_5 - B_2$ ne sont pas indépendantes.
Point méthode : L'indépendance des accroissements s'applique aux accroissements sur des intervalles de temps disjoints consécutifs. Il faut faire attention lorsque les intervalles se chevauchent.
Exercice 4 : Invariance par translation dans le temps. Soit $(B_t)_{t \ge 0}$ un mouvement brownien standard. Pour $a > 0$, on définit $X_t = B_{t+a} - B_a$. Montre que $(X_t)_{t \ge 0}$ est aussi un mouvement brownien standard.
Correction :
Nous devons vérifier les quatre propriétés du mouvement brownien pour le processus $(X_t)_{t \ge 0}$.
1. Continuité des trajectoires : Puisque $B_t$ a des trajectoires continues, $B_{t+a}$ et $B_a$ sont continues en $t$. La différence $X_t = B_{t+a} - B_a$ est donc continue en $t$ pour tout $t \ge 0$.
2. Stationnarité des accroissements : Pour tous $0 \le s \le t$, considérons l'accroissement $X_{t+s} - X_t$.
$X_{t+s} - X_t = (B_{t+s+a} - B_a) - (B_{t+a} - B_a) = B_{t+s+a} - B_{t+a}$.
Puisque $B_u$ a des accroissements stationnaires, $B_{t+s+a} - B_{t+a}$ a la même loi que $B_{(t+s+a) - (t+a)} = B_s$. Donc, la loi de $X_{t+s} - X_t$ ne dépend que de $s$.
3. Indépendance des accroissements : Pour tous $0 \le t_1 < t_2 < \dots < t_n$, considérons les accroissements $X_{t_1}, X_{t_2} - X_{t_1}, \dots, X_{t_n} - X_{t_{n-1}}$.
$X_{t_i} - X_{t_{i-1}} = (B_{t_i+a} - B_a) - (B_{t_{i-1}+a} - B_a) = B_{t_i+a} - B_{t_{i-1}+a}$.
Soient $u_i = t_i + a$. Alors nous avons les accroissements $B_{u_1}, B_{u_2} - B_{u_1}, \dots, B_{u_n} - B_{u_{n-1}}$ avec $0 < u_1 < u_2 < \dots < u_n$. Ces accroissements sont indépendants par la propriété du mouvement brownien standard.
4. Distribution des accroissements : Pour tout $s, t \ge 0$, considérons l'accroissement $X_t - X_s$.
$X_t - X_s = (B_{t+a} - B_a) - (B_{s+a} - B_a) = B_{t+a} - B_{s+a}$.
Puisque $B_u$ a des accroissements gaussiens, $B_{t+a} - B_{s+a} \sim \mathcal{N}(0, (t+a) - (s+a)) = \mathcal{N}(0, t-s)$.
De plus, $X_0 = B_{0+a} - B_a = B_a - B_a = 0$.
Ainsi, $(X_t)_{t \ge 0}$ est un mouvement brownien standard.
Astuce : Cette propriété montre que le mouvement brownien est un processus "sans mémoire" au sens de ses accroissements.
Exercice 5 : Mouvement brownien géométrique. Soit $(B_t)_{t \ge 0}$ un mouvement brownien standard. On considère le processus $S_t = S_0 e^{\mu t + \sigma B_t}$, où $S_0 > 0$, $\mu \in \mathbb{R}$ et $\sigma > 0$. Ce processus est appelé mouvement brownien géométrique ou modèle de Black-Scholes.
a) Calcule $E[S_t]$.
b) Calcule $Var(S_t)$.
Correction :
Le processus $S_t$ est défini par $S_t = S_0 e^{\mu t + \sigma B_t}$.
a) Calcul de $E[S_t]$ :
$E[S_t] = E[S_0 e^{\mu t + \sigma B_t}] = S_0 e^{\mu t} E[e^{\sigma B_t}]$.
Pour calculer $E[e^{\sigma B_t}]$, nous utilisons le fait que $B_t \sim \mathcal{N}(0, t)$. Rappelons que si $X \sim \mathcal{N}(\text{mean}, \text{variance})$, alors $E[e^{kX}] = e^{k \cdot \text{mean} + \frac{1}{2} k^2 \cdot \text{variance}}$.
Ici, $\text{mean} = 0$, $\text{variance} = t$, et $k = \sigma$. Donc, $E[e^{\sigma B_t}] = e^{\sigma \cdot 0 + \frac{1}{2} \sigma^2 t} = e^{\frac{1}{2} \sigma^2 t}$.
Par conséquent, $E[S_t] = S_0 e^{\mu t} e^{\frac{1}{2} \sigma^2 t} = S_0 e^{(\mu + \frac{1}{2} \sigma^2) t}$.
b) Calcul de $Var(S_t)$ :
Nous avons $Var(S_t) = E[S_t^2] - (E[S_t])^2$. Calculons d'abord $E[S_t^2]$.
$S_t^2 = (S_0 e^{\mu t + \sigma B_t})^2 = S_0^2 e^{2\mu t + 2\sigma B_t}$.
$E[S_t^2] = E[S_0^2 e^{2\mu t + 2\sigma B_t}] = S_0^2 e^{2\mu t} E[e^{2\sigma B_t}]$.
En utilisant la même formule que précédemment avec $k = 2\sigma$, $\text{mean} = 0$, $\text{variance} = t$ :
$E[e^{2\sigma B_t}] = e^{2\sigma \cdot 0 + \frac{1}{2} (2\sigma)^2 t} = e^{\frac{1}{2} (4\sigma^2) t} = e^{2\sigma^2 t}$.
Donc, $E[S_t^2] = S_0^2 e^{2\mu t} e^{2\sigma^2 t} = S_0^2 e^{(2\mu + 2\sigma^2) t}$.
Maintenant, calculons la variance :
$Var(S_t) = S_0^2 e^{(2\mu + 2\sigma^2) t} - (S_0 e^{(\mu + \frac{1}{2} \sigma^2) t})^2$
$Var(S_t) = S_0^2 e^{(2\mu + 2\sigma^2) t} - S_0^2 e^{2(\mu + \frac{1}{2} \sigma^2) t}$
$Var(S_t) = S_0^2 e^{(2\mu + 2\sigma^2) t} - S_0^2 e^{(2\mu + \sigma^2) t}$
$Var(S_t) = S_0^2 e^{(2\mu + \sigma^2) t} (e^{\sigma^2 t} - 1)$.
Résultat : $E[S_t] = S_0 e^{(\mu + \frac{1}{2} \sigma^2) t}$ et $Var(S_t) = S_0^2 e^{(2\mu + \sigma^2) t} (e^{\sigma^2 t} - 1)$.
Connexion Finance : Ce modèle est central en finance mathématique pour valoriser des options.
Exercice 6 : La fonction de variation quadratique. Soit $(B_t)_{t \ge 0}$ un mouvement brownien standard. On considère la variation quadratique sur un intervalle $[0, T]$ définie par $QV_T(\Pi) = \sum_{i=0}^{n-1} (B_{t_{i+1}} - B_{t_i})^2$ pour une partition $\Pi = \{0=t_0 < t_1 < \dots < t_n = T\}$.
a) Montre que pour chaque $i$, $E[(B_{t_{i+1}} - B_{t_i})^2] = t_{i+1} - t_i$.
b) Montre que $E[QV_T(\Pi)] = T$ quelle que soit la partition $\Pi$.
c) Quel est le comportement de $QV_T(\Pi)$ lorsque la finesse de la partition tend vers 0 ?
Correction :
a) Pour chaque $i$, l'accroissement $B_{t_{i+1}} - B_{t_i}$ suit une loi normale $\mathcal{N}(0, t_{i+1} - t_i)$. Donc, $E[(B_{t_{i+1}} - B_{t_i})^2] = Var(B_{t_{i+1}} - B_{t_i}) + (E[B_{t_{i+1}} - B_{t_i}])^2 = (t_{i+1} - t_i) + 0^2 = t_{i+1} - t_i$.
b) $E[QV_T(\Pi)] = E\left[\sum_{i=0}^{n-1} (B_{t_{i+1}} - B_{t_i})^2\right] = \sum_{i=0}^{n-1} E[(B_{t_{i+1}} - B_{t_i})^2]$ par linéarité de l'espérance.
En utilisant le résultat de a), $E[QV_T(\Pi)] = \sum_{i=0}^{n-1} (t_{i+1} - t_i)$.
Cette somme est une somme télescopique : $(t_1 - t_0) + (t_2 - t_1) + \dots + (t_n - t_{n-1}) = t_n - t_0 = T - 0 = T$.
Donc, $E[QV_T(\Pi)] = T$.
c) Lorsque la finesse de la partition tend vers 0 (c'est-à-dire que le pas maximum de la partition $\max_i (t_{i+1} - t_i) \to 0$), la somme de carrés des accroissements $QV_T(\Pi)$ converge en probabilité (et même dans $L^2$) vers $T$. Ce résultat est fondamental : il montre que la variation quadratique du mouvement brownien sur un intervalle de temps $T$ est égale à $T$. C'est une différence majeure avec les fonctions de variation bornée dont la variation quadratique est nulle.
Résultat : Pour un mouvement brownien standard $(B_t)_{t \ge 0}$, la variation quadratique sur $[0, T]$ converge vers $T$ lorsque la finesse de la partition tend vers 0.
Point méthode : La variation quadratique est une notion clé pour définir des intégrales stochastiques.
Exercice 7 : Maximum d'un mouvement brownien. Soit $(B_t)_{t \ge 0}$ un mouvement brownien standard. Soit $M_t = \max_{0 \le s \le t} B_s$.
a) Montre que $P(M_t \ge x) = 2 P(B_t \ge x)$ pour $x > 0$.
b) Déduis-en la loi de $M_t$.
c) Calcule $E[M_t]$.
Correction :
a) Calcul de $P(M_t \ge x)$ pour $x > 0$ :
Nous utilisons le "principe de réflexion". L'idée est de mettre en bijection les trajectoires telles que $M_t \ge x$ avec des trajectoires qui atteignent le niveau $x$ avant le temps $t$, et qui ont une certaine forme après avoir atteint $x$.
Soit $T_x = \inf\{s \ge 0 : B_s = x\}$. Pour $x > 0$, si $\{M_t \ge x\}$ (c'est-à-dire si le maximum atteint au moins $x$), alors il existe un premier temps $T_x \le t$ tel que $B_{T_x} = x$.
Considérons une trajectoire $(\omega)$ telle que $M_t(\omega) \ge x$. Soit $T_x(\omega)$ le premier temps où $B_{T_x(\omega)}(\omega) = x$. On a $T_x(\omega) \le t$.
La trajectoire est divisée en deux parties : $[0, T_x]$ et $[T_x, t]$. La partie après $T_x$ est $B_s - x$ pour $s \in [T_x, t]$.
Le principe de réflexion stipule que la loi du processus $(B_s - x)_{s \in [T_x, t]}$ conditionnellement à $T_x$ est la même que la loi du processus $(-B_s' + x)_{s \in [T_x, t]}$ où $B'$ est un autre mouvement brownien. Plus précisément, la loi de $(B_s)_{s \in [T_x, t]}$ sachant $B_{T_x} = x$ est la même que la loi de $x - B_{t-T_x}'$ où $B'$ est un mouvement brownien.
Considérons la trajectoire $\tilde{B}_s$ définie par :
- $\tilde{B}_s = B_s$ pour $0 \le s \le T_x$
- $\tilde{B}_s = x - (B_{T_x + (t-s)} - x) = 2x - B_{T_x + (t-s)}$ pour $T_x < s \le t$.
Cette construction crée une "réflexion" au niveau $x$. On peut montrer que la loi du processus $(B_s)_{0 \le s \le t}$ sachant $M_t \ge x$ et $T_x \le t$ est identique à la loi du processus $(\tilde{B}_s)_{0 \le s \le t}$ où la dernière partie est une réflexion.
La probabilité $P(M_t \ge x)$ est égale à $P(B_t \ge x) + P(B_t \le -x \text{ et } M_t \ge x)$. Le second terme se simplifie.
Grâce au principe de réflexion, on peut montrer que $P(M_t \ge x \text{ et } B_t \le x) = P(B_t \le x) - P(B_t > x)$.
Un résultat clé est que pour $x > 0$, $P(M_t \ge x) = P(B_t \ge x) + P(B_t \le -x) = P(B_t \ge x) + P(B_t \ge x) = 2 P(B_t \ge x)$. Ce dernier résultat découle de la symétrie de la loi de $B_t$ et du principe de réflexion.
b) Loi de $M_t$ :
Puisque $B_t \sim \mathcal{N}(0, t)$, on a $P(B_t \ge x) = 1 - \Phi(\frac{x}{\sqrt{t}})$ où $\Phi$ est la fonction de répartition de la loi normale standard. Pour $x > 0$ :
$P(M_t \ge x) = 2 P(B_t \ge x) = 2 (1 - \Phi(\frac{x}{\sqrt{t}}))$.
Pour trouver la fonction de répartition $F_{M_t}(x) = P(M_t \le x)$, on utilise $P(M_t \le x) = 1 - P(M_t > x)$.
Si $x > 0$, $P(M_t > x) = P(M_t \ge x) = 2(1 - \Phi(\frac{x}{\sqrt{t}}))$.
Donc, pour $x > 0$, $P(M_t \le x) = 1 - 2(1 - \Phi(\frac{x}{\sqrt{t}})) = 1 - 2 + 2\Phi(\frac{x}{\sqrt{t}}) = 2\Phi(\frac{x}{\sqrt{t}}) - 1$.
Si $x \le 0$, $P(M_t \le x) = 0$ car $M_t \ge B_0 = 0$. Donc $M_t$ est toujours non-négatif.
La loi de $M_t$ est une loi de Rayleigh tronquée.
c) Calcul de $E[M_t]$ :
On utilise le fait que pour une variable aléatoire positive $X$, $E[X] = \int_0^\infty P(X > x) dx$.
$E[M_t] = \int_0^\infty P(M_t > x) dx = \int_0^\infty P(M_t \ge x) dx = \int_0^\infty 2 P(B_t \ge x) dx$.
$E[M_t] = 2 \int_0^\infty (1 - \Phi(\frac{x}{\sqrt{t}})) dx$.
Faisons le changement de variable $y = x/\sqrt{t}$, donc $x = y\sqrt{t}$ et $dx = \sqrt{t} dy$.
$E[M_t] = 2 \int_0^\infty (1 - \Phi(y)) \sqrt{t} dy = 2\sqrt{t} \int_0^\infty (1 - \Phi(y)) dy$.
On sait que $\int_0^\infty (1 - \Phi(y)) dy = \frac{1}{\sqrt{2\pi}}$. (Ceci est l'espérance de la partie positive d'une gaussienne standard $\mathcal{N}(0, 1)$).
Donc, $E[M_t] = 2\sqrt{t} \frac{1}{\sqrt{2\pi}} = \sqrt{\frac{2t}{\pi}}$.
Résultat : $E[M_t] = \sqrt{\frac{2t}{\pi}}$.
Point méthode : Le principe de réflexion est un outil puissant pour étudier la loi du maximum d'un mouvement brownien.
Exercice 8 : Mouvement brownien fractionnaire. Le mouvement brownien fractionnaire $B^H$ est une généralisation du mouvement brownien où l'exposant $H \in (0, 1)$ contrôle la rugosité et la corrélation des trajectoires.
Pour $H=1/2$, $B^H$ est le mouvement brownien standard.
Les propriétés principales sont :
- $B^H_0 = 0$ presque sûrement.
- Les accroissements $B^H_t - B^H_s$ sont gaussiens avec $E[B^H_t - B^H_s] = 0$.
- La variance des accroissements est $Var(B^H_t - B^H_s) = |t-s|^{2H}$.
- Les trajectoires sont continues.
Pour $H > 1/2$, les trajectoires ont une corrélation positive et sont plus "lisses" que le mouvement brownien standard (la variation totale est finie). Pour $H < 1/2$, les trajectoires ont une corrélation négative et sont plus "rugueuses".
Soit $X_t = B^H_t$.
a) Calcule $E[X_t]$.
b) Calcule $Var(X_t)$.
c) Pour $H=1/2$, retrouve les résultats du mouvement brownien standard.
Correction :
a) Calcul de $E[X_t]$ :
Par définition, $X_t = B^H_t$. L'accroissement $X_t - X_0 = B^H_t - B^H_0$. Puisque $B^H_0 = 0$, $X_t = B^H_t$.
L'espérance d'un accroissement $B^H_t - B^H_s$ est 0. En prenant $s=0$, $E[B^H_t - B^H_0] = E[B^H_t] = 0$. Donc, $E[X_t] = 0$ pour tout $t \ge 0$.
b) Calcul de $Var(X_t)$ :
Pour $t \ge 0$, on a $X_t = B^H_t$. L'accroissement $X_t - X_0 = B^H_t$. La variance de cet accroissement est $|t-0|^{2H} = t^{2H}$ (puisque $t \ge 0$).
Donc, $Var(X_t) = Var(B^H_t) = t^{2H}$.
c) Retrouver les résultats pour $H=1/2$ :
Si $H=1/2$, alors $2H = 1$.
a) $E[X_t] = 0$, ce qui est correct pour le mouvement brownien standard.
b) $Var(X_t) = t^{2H} = t^{2(1/2)} = t^1 = t$. Ceci est également correct pour le mouvement brownien standard ($Var(B_t) = t$).
Résultat : Pour un mouvement brownien fractionnaire $B^H$, $E[B^H_t] = 0$ et $Var(B^H_t) = t^{2H}$.
Point méthode : Le mouvement brownien fractionnaire est une généralisation qui permet de modéliser des phénomènes avec des propriétés de corrélation et de rugosité différentes de celles du mouvement brownien standard.
Exercice 9 : Inégalité de Cauchy-Schwarz pour le mouvement brownien. Soit $(B_t)_{t \ge 0}$ un mouvement brownien standard. Soient $0 \le s < t$. Montre que $|E[B_s B_t]| \le \sqrt{E[B_s^2] E[B_t^2]}$.
Correction :
Nous allons utiliser l'inégalité de Cauchy-Schwarz pour les variables aléatoires réelles : pour deux variables aléatoires $X, Y$ dans $L^2(\Omega, P)$, on a $|E[XY]| \le \sqrt{E[X^2] E[Y^2]}$.
Ici, nous avons $X = B_s$ et $Y = B_t$. Les variables $B_s$ et $B_t$ sont des variables aléatoires normales, donc elles appartiennent à $L^2(\Omega, P)$ (elles ont une espérance nulle et une variance finie). Par conséquent, l'inégalité de Cauchy-Schwarz s'applique directement.
Nous devons calculer le terme de gauche $E[B_s B_t]$.
On peut écrire $B_t = B_s + (B_t - B_s)$. Puisque $0 \le s < t$, les variables $B_s$ et $B_t - B_s$ sont indépendantes. De plus, $E[B_s] = 0$ et $E[B_t - B_s] = 0$.
$E[B_s B_t] = E[B_s (B_s + (B_t - B_s))]$
$E[B_s B_t] = E[B_s^2 + B_s (B_t - B_s)]$
$E[B_s B_t] = E[B_s^2] + E[B_s (B_t - B_s)]$.
Comme $B_s$ et $B_t - B_s$ sont indépendants, $E[B_s (B_t - B_s)] = E[B_s] E[B_t - B_s] = 0 \cdot 0 = 0$.
Donc, $E[B_s B_t] = E[B_s^2]$.
Nous savons que $E[B_s^2] = Var(B_s) = s$ et $E[B_t^2] = Var(B_t) = t$.
L'inégalité de Cauchy-Schwarz devient $|s| \le \sqrt{s \cdot t}$.
Puisque $s \ge 0$, $|s| = s$. L'inégalité à montrer est donc $s \le \sqrt{st}$.
Si $s=0$, $0 \le 0$.
Si $s > 0$, on peut diviser par $\sqrt{s}$ : $\sqrt{s} \le \sqrt{t}$. Ceci est vrai car $s < t$ implique $\sqrt{s} < \sqrt{t}$.
Donc, l'inégalité est bien vérifiée.
Résultat : $|E[B_s B_t]| = s$ et $\sqrt{E[B_s^2] E[B_t^2]} = \sqrt{st}$. L'inégalité $s \le \sqrt{st}$ est vraie pour $0 \le s < t$.
Point méthode : L'inégalité de Cauchy-Schwarz est un outil général pour borner les espérances de produits.
Exercice 10 : Mouvement brownien dans des dimensions supérieures. Soit $\mathbf{B}_t = (B_{t,1}, B_{t,2}, \dots, B_{t,d})$ un processus vectoriel où $B_{t,i}$ pour $i=1, \dots, d$ sont $d$ mouvements browniens standard indépendants.
a) Montre que $\mathbf{B}_t$ est un mouvement brownien dans $\mathbb{R}^d$ (on dira un mouvement brownien multidimensionnel).
b) Calcule $E[\|\mathbf{B}_t\|^2]$, où $\|\cdot\|$ est la norme euclidienne dans $\mathbb{R}^d$.
Correction :
a) Mouvement brownien multidimensionnel :
Un mouvement brownien multidimensionnel dans $\mathbb{R}^d$ est un processus stochastique $\mathbf{B}_t$ à valeurs dans $\mathbb{R}^d$ tel que :
- $\mathbf{B}_0 = \mathbf{0}$ presque sûrement.
- Les trajectoires sont continues.
- Pour $0 \le s < t$, l'accroissement $\mathbf{B}_t - \mathbf{B}_s$ est un vecteur aléatoire dans $\mathbb{R}^d$.
- Pour $0 \le s < t$, les accroissements $\mathbf{B}_t - \mathbf{B}_s$ sont indépendants des $\sigma$-algèbres $\mathcal{F}_s = \sigma(\mathbf{B}_u : 0 \le u \le s)$.
- Pour $0 \le s < t$, $\mathbf{B}_t - \mathbf{B}_s$ suit une loi normale multidimensionnelle de moyenne $\mathbf{0}$ et de matrice de covariance $(t-s)I_d$, où $I_d$ est la matrice identité $d \times d$.
Dans notre cas, $\mathbf{B}_t = (B_{t,1}, \dots, B_{t,d})$ où $B_{t,i}$ sont des mouvements browniens standard indépendants.
- $\mathbf{B}_0 = (B_{0,1}, \dots, B_{0,d}) = (\mathbf{0}, \dots, \mathbf{0}) = \mathbf{0}$ p.s.
- Les trajectoires $t \mapsto B_{t,i}$ sont continues pour chaque $i$, donc la trajectoire $t \mapsto \mathbf{B}_t$ est continue.
- Pour $0 \le s < t$, $\mathbf{B}_t - \mathbf{B}_s = (B_{t,1} - B_{s,1}, \dots, B_{t,d} - B_{s,d})$. Puisque les $B_{t,i}$ sont indépendants, la loi conjointe de ce vecteur est déterminée par les lois marginales.
- L'indépendance des accroissements est garantie par l'indépendance des mouvements browniens individuels. Si $\mathbf{u} \in \mathbb{R}^d$, alors $\mathbf{u} \cdot (\mathbf{B}_t - \mathbf{B}_s) = \sum_{i=1}^d u_i (B_{t,i} - B_{s,i})$. La loi de cette somme de variables indépendantes est gaussienne.
- La covariance : Pour $0 \le s < t$, $E[(\mathbf{B}_t - \mathbf{B}_s)] = (E[B_{t,1} - B_{s,1}], \dots, E[B_{t,d} - B_{s,d}]) = (\mathbf{0}, \dots, \mathbf{0}) = \mathbf{0}$.
- La matrice de covariance $C$ a pour éléments $C_{ij} = \text{Cov}((B_{t,i} - B_{s,i}), (B_{t,j} - B_{s,j}))$. Si $i=j$, $C_{ii} = Var(B_{t,i} - B_{s,i}) = t-s$. Si $i \ne j$, $C_{ij} = \text{Cov}(B_{t,i} - B_{s,i}, B_{t,j} - B_{s,j}) = 0$ car les mouvements browniens sont indépendants. Donc, la matrice de covariance est $(t-s)I_d$.
Donc, $\mathbf{B}_t$ est bien un mouvement brownien multidimensionnel.
b) Calcul de $E[\|\mathbf{B}_t\|^2]$ :
La norme euclidienne au carré est $\|\mathbf{B}_t\|^2 = \sum_{i=1}^d B_{t,i}^2$.
$E[\|\mathbf{B}_t\|^2] = E\left[\sum_{i=1}^d B_{t,i}^2\right]$.
Par linéarité de l'espérance :
$E[\|\mathbf{B}_t\|^2] = \sum_{i=1}^d E[B_{t,i}^2]$.
Comme chaque $B_{t,i}$ est un mouvement brownien standard, $E[B_{t,i}^2] = Var(B_{t,i}) = t$.
$E[\|\mathbf{B}_t\|^2] = \sum_{i=1}^d t = d \cdot t$.
Résultat : $E[\|\mathbf{B}_t\|^2] = dt$. La distribution de $\|\mathbf{B}_t\|^2$ est une loi Gamma.
Point méthode : Les mouvements browniens multidimensionnels sont construits à partir de mouvements browniens indépendants dans chaque dimension.
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