Niveau : supérieur (analyse fonctionnelle), du facile au difficile. Durée estimée : 2 h. 10 exercices avec corrections détaillées.
Rappel des notions clés
Pour résoudre $u - Ku = f$ quand $K$ est un opérateur compact sur un espace de Hilbert $H$, tu vérifies seulement l'unicité : si $u - Ku = 0$ force $u = 0$, il existe une solution unique pour tout $f$. C'est l'alternative de Fredholm (Brezis, chapitre « Opérateurs compacts » ; notes de H. Haddar).
Exemple : dans $L^2([0\,;\,1])$, l'opérateur $Ku(x) = \frac12\int_0^1 u(t)\,dt$ a pour image les constantes. Il est de rang $1$ (image de dimension $1$), donc compact. Si $u = Ku$, alors $u$ est une constante $c$ avec $c = \frac c2$, donc $u = 0$ : l'équation $u - Ku = f$ a une unique solution, quel que soit $f$.
Formules à retenir :
- $K$ est compact si, pour toute suite bornée $(x_n)$, $(Kx_n)$ a une sous-suite convergente ; c'est dire que $\overline{K(B)}$ est compact, où $B$ est la boule unité fermée.
- Un opérateur borné de rang fini est compact, et une limite en norme de compacts est compacte.
- Riesz : l'identité de $H$ est compacte si et seulement si $\dim H \lt \infty$.
- Le spectre $\sigma(K)$ est l'ensemble des $\lambda$ tels que $K - \lambda I$ n'est pas inversible. Un opérateur borné bijectif a un inverse borné (théorème d'isomorphisme de Banach).
- Alternative de Fredholm, pour $K$ compact et $\lambda \neq 0$ : $\dim\ker(K - \lambda I) \lt \infty$, $\operatorname{Im}(K - \lambda I) = \ker(K^* - \bar\lambda I)^\perp$ où $K^*$ est l'adjoint de $K$, et $K - \lambda I$ est injectif si et seulement s'il est surjectif.
Piège classique : l'alternative de Fredholm porte sur $K - \lambda I$ avec $\lambda \neq 0$, jamais sur $K$ seul. En dimension infinie, un compact injectif n'est jamais surjectif. Et un opérateur borné plus un compact n'est pas compact en général.
Exercices : niveau facile
Exercice 1 : Soit $K$ une application linéaire de $H$ dans $H$ telle que $K(B)$ soit relativement compact (d'adhérence compacte), où $B$ est la boule unité fermée. Montrer que $K$ est borné, donc continu.
Correction :
Une partie compacte est bornée. Ici, $\overline{K(B)}$ est compact, donc il existe $M$ tel que $\|Kx\| \le M$ pour tout $x \in B$. Pour $x \neq 0$, $\frac{x}{\|x\|} \in B$ donne $\|Kx\| \le M\|x\|$.
$K$ est borné, avec $\|K\| \le M$, donc continu, car pour une application linéaire, borné équivaut à continu.
Exercice 2 : Dans $\ell^2$, $e_n$ désigne la suite qui vaut $1$ au rang $n$ et $0$ ailleurs. Calculer $\|e_n - e_m\|$ pour $n \neq m$, puis montrer que l'identité de $\ell^2$ n'est pas compacte.
Correction :
On cherche une suite bornée dont l'image n'a aucune sous-suite convergente. La suite $e_n - e_m$ a deux termes non nuls, $1$ et $-1$, donc $\|e_n - e_m\|^2 = 2$ : aucune sous-suite de $(e_n)$ n'est de Cauchy. Or $(e_n)$ est bornée, et $Ie_n = e_n$.
$\|e_n - e_m\| = \sqrt2$, et l'identité de $\ell^2$ n'est pas compacte. Une suite orthonormée donne le même résultat dans tout Hilbert de dimension infinie : c'est le théorème de Riesz.
Exercice 3 : Soit $a, b \in H$ et $Tx = \langle x, a\rangle\, b$. Montrer que $T$ est compact, puis, plus généralement, qu'un opérateur borné de rang fini est compact.
Correction :
En dimension finie, toute suite bornée a une sous-suite convergente (Bolzano-Weierstrass). Si $T$ est borné de rang fini et $(x_n)$ bornée, $(Tx_n)$ est bornée dans $\operatorname{Im}T$, de dimension finie : elle a une sous-suite convergente.
Pour $Tx = \langle x, a\rangle\, b$, l'image est dans $\mathbb{C}b$ et $\|Tx\| \le \|a\|\,\|b\|\,\|x\|$ (Cauchy-Schwarz).
Tout opérateur borné de rang fini est compact, donc $T$ aussi.
Exercices : niveau moyen
Exercice 4 : Soit $H$ de dimension infinie, $A$ un opérateur borné et $K$ un opérateur compact sur $H$. L'opérateur $A + K$ est-il toujours compact ? Montrer que $AK$ et $KA$ sont compacts.
Correction :
Un contre-exemple règle la somme, les suites bornées règlent les produits.
Somme : avec $A = I$ et $K = 0$, qui est compact, $A + K = I$ n'est pas compact (Riesz, exercice 2).
Produits : soit $(x_n)$ bornée. On extrait $(Kx_{n_k})$ convergente, et $A$, continu, fait converger $(AKx_{n_k})$. Comme $\|Ax_n\| \le \|A\|\,\|x_n\|$, la suite $(Ax_n)$ est bornée, donc $(KAx_n)$ a une sous-suite convergente.
$A + K$ n'est pas compact en général ; $AK$ et $KA$ le sont toujours. L'erreur à éviter : croire qu'ajouter un compact donne un compact.
Exercice 5 : Soit $K$ compact sur $H$ et $\lambda \neq 0$. Montrer que $E_\lambda = \ker(K - \lambda I)$ est de dimension finie. Est-ce encore vrai pour $\lambda = 0$ ?
Correction :
Sur $E_\lambda$, $K$ agit comme $\lambda I$ : on se ramène au théorème de Riesz. $E_\lambda$ est fermé (noyau d'un opérateur continu), donc c'est un Hilbert. Si $(x_n)$ est bornée dans $E_\lambda$, $(Kx_n) = (\lambda x_n)$ a une sous-suite convergente, donc $(x_n)$ aussi, en divisant par $\lambda$. L'identité de $E_\lambda$ est donc compacte.
Pour $\lambda \neq 0$, $\dim \ker(K - \lambda I) \lt \infty$. Pour $\lambda = 0$, c'est faux : l'opérateur nul de $\ell^2$ est compact, et son noyau est $\ell^2$ tout entier.
Exercice 6 : Soit $K$ compact sur $H$, supposé inversible (bijectif, d'inverse borné). Montrer que $H$ est de dimension finie. En déduire que $0 \in \sigma(K)$ dès que $\dim H = \infty$.
Correction :
On écrit l'identité comme le produit d'un borné et d'un compact : $I = K^{-1}K$ est compact (exercice 4), donc $\dim H \lt \infty$ (Riesz). Si $\dim H = \infty$, $K = K - 0 \cdot I$ n'est donc pas inversible.
Un compact inversible n'existe qu'en dimension finie, et $0 \in \sigma(K)$ dès que $\dim H = \infty$. C'est pourquoi l'alternative de Fredholm exclut $\lambda = 0$.
Exercice 7 : Sur $\ell^2$, on pose $Dx = \left(\frac{x_n}{n}\right)_{n \ge 1}$, et $D_N$ garde les $N$ premiers termes de $Dx$ et remplace les autres par $0$. Montrer que $D$ est compact, trouver ses valeurs propres, puis montrer que $D$ est injectif mais pas surjectif.
Correction :
On approche $D$ par des rangs finis, puis on lit les équations terme à terme.
Compacité : $D_N$ est de rang fini, donc compact, et $\|(D - D_N)x\|^2 = \sum_{n \gt N} \frac{|x_n|^2}{n^2} \le \frac{\|x\|^2}{(N+1)^2}$. Ainsi $\|D - D_N\| \le \frac{1}{N+1} \to 0$, et $D$, limite en norme de compacts, est compact.
Valeurs propres : $Dx = \lambda x$ s'écrit $x_n\left(\frac1n - \lambda\right) = 0$ pour tout $n$. Il y a une solution non nulle si et seulement si $\lambda = \frac1m$ pour un $m \ge 1$ (prendre $x = e_m$).
Injectif : $Dx = 0$ impose $x = 0$. Pas surjectif : $y = \left(\frac1n\right)_{n \ge 1}$ est dans $\ell^2$, mais son seul antécédent possible, $(1,1,1,\dots)$, n'y est pas.
Valeurs propres : les $\frac1n$, $n \ge 1$. $0$ n'en est pas une, mais $0 \in \sigma(D)$, car $D$ n'est pas surjectif.
Exercices : niveau difficile
Exercice 8 : Soit $K$ compact autoadjoint ($K^* = K$) sur $H$. Montrer que des vecteurs propres associés à des valeurs propres distinctes sont orthogonaux. Soit $\varepsilon \gt 0$ : montrer que $K$ n'a qu'un nombre fini de valeurs propres $\lambda$ avec $|\lambda| \ge \varepsilon$, puis en déduire que ses valeurs propres non nulles sont au plus dénombrables.
Correction :
Des valeurs propres loin de $0$ écartent trop les images de vecteurs orthonormés pour la compacité.
Orthogonalité : si $Ku = \lambda u$ avec $u \neq 0$, alors $\lambda\|u\|^2 = \langle Ku, u\rangle = \langle u, Ku\rangle = \bar\lambda\|u\|^2$, donc $\lambda$ est réel. Si de plus $Kv = \mu v$, alors $\lambda\langle u, v\rangle = \langle Ku, v\rangle = \langle u, Kv\rangle = \mu\langle u, v\rangle$, donc $\langle u, v\rangle = 0$ si $\lambda \neq \mu$.
Finitude : sinon, on prend des valeurs propres distinctes $\lambda_k$ avec $|\lambda_k| \ge \varepsilon$ et des vecteurs propres unitaires $u_k$, orthonormés. Pour $k \neq l$, $\|Ku_k - Ku_l\|^2 = \lambda_k^2 + \lambda_l^2 \ge 2\varepsilon^2$ : $(Ku_k)$ n'a aucune sous-suite convergente, alors que $(u_k)$ est bornée.
Les valeurs propres non nulles, réunion des ensembles finis où $|\lambda| \ge \frac1m$ ($m \ge 1$), sont au plus dénombrables. En nombre infini, rangées par module décroissant, elles tendent vers $0$.
Exercice 9 : Soit $K$ compact sur $H$, $\lambda \neq 0$ et $T = K - \lambda I$. Montrer que $(\operatorname{Im}T)^\perp = \ker T^*$, puis que l'image de $T$ est dense si et seulement si $\bar\lambda$ n'est pas valeur propre de $K^*$. Montrer enfin que $T$ est inversible si et seulement si $\lambda$ n'est pas valeur propre de $K$.
Correction :
L'adjoint décrit l'orthogonal de l'image ; l'alternative de Fredholm change l'injectivité en surjectivité.
$y \perp \operatorname{Im}T$ signifie $\langle Tx, y\rangle = \langle x, T^*y\rangle = 0$ pour tout $x$, c'est-à-dire $T^*y = 0$. Donc $\overline{\operatorname{Im}T} = \left((\operatorname{Im}T)^\perp\right)^\perp = (\ker T^*)^\perp$, qui vaut $H$ si et seulement si $\ker(K^* - \bar\lambda I) = \{0\}$.
Si $\lambda$ n'est pas valeur propre, $T$ est injectif, donc surjectif (Fredholm), et son inverse est borné (Banach). Sinon, $T$ n'est pas injectif.
$T$ est inversible si et seulement si $\lambda$ n'est pas valeur propre de $K$ : hors de $0$, le spectre d'un compact ne contient que des valeurs propres.
Exercice 10 : Dans $L^2([0\,;\,1])$ (fonctions réelles), on pose $Kf(x) = \int_0^1 x\,t\,f(t)\,dt$ et on étudie l'équation intégrale $f - \mu Kf = g$, où $\mu$ est un réel. Montrer que $K$ est compact et autoadjoint, et trouver sa valeur propre non nulle. Résoudre l'équation pour $\mu = 1$ et $g = 1$. Pour $\mu = 3$, donner la condition sur $g$ pour qu'une solution existe, puis résoudre avec $g(x) = 3x - 2$.
Correction :
La fonction $xt$ sous l'intégrale est un produit : tout se ramène à l'inconnue réelle $c = \int_0^1 t\,f(t)\,dt$.
Avec $e(x) = x$, $Kf = \langle f, e\rangle\, e$ : rang $1$, donc compact. La fonction $xt$ est symétrique en $x$ et $t$, donc $K^* = K$. Comme $\|e\|^2 = \int_0^1 t^2\,dt = \frac13$, $Ke = \frac13 e$ ; une valeur propre non nulle a un vecteur propre dans $\operatorname{Im}K = \mathbb{R}e$, donc $\frac13$ est la seule.
Comme $Kf = c\,e$, toute solution s'écrit $f = g + \mu c\,e$. Pour $\mu = 1$ et $g = 1$ : $c = \int_0^1 t(1 + ct)\,dt = \frac12 + \frac c3$, donc $c = \frac34$. La solution est unique, car $1$ n'est pas valeur propre de $K$.
Pour $\mu = 3$, $\ker(I - 3K) = \mathbb{R}e$, sous-espace propre de $\frac13$. Par Fredholm, avec $K^* = K$, une solution existe si et seulement si $g \perp e$, soit $\int_0^1 t\,g(t)\,dt = 0$ : pas de solution pour $g = 1$. Pour $g(x) = 3x - 2$, $\int_0^1 (3t^2 - 2t)\,dt = 1 - 1 = 0$, et l'équation en $c$ devient $c = 0 + 3c \cdot \frac13$, vraie pour tout $c$.
Valeur propre $\frac13$ ; pour $\mu = 1$, $f(x) = 1 + \frac34 x$ ; pour $\mu = 3$ et $g(x) = 3x - 2$, $f(x) = 3x - 2 + \alpha x$, avec $\alpha \in \mathbb{R}$ quelconque.
Bilan et conseils
Ce qu'il faut retenir : pour la compacité, pense « suite bornée, sous-suite convergente » ou « limite de rangs finis ». Devant $u - Ku = f$ avec $K$ compact, vérifie l'unicité : elle donne l'existence. Si l'unicité tombe, il y a une solution si et seulement si $f$ est orthogonal à $\ker(I - K^*)$.
En contrôle, écris les deux hypothèses avant d'invoquer Fredholm : $K$ compact et $\lambda \neq 0$.
Sources
H. Brezis, Analyse fonctionnelle : théorie et applications, Dunod, chapitre « Opérateurs compacts ».
H. Haddar, Notes de cours MA201, séance 7, ENSTA (alternative de Fredholm).