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Culture numérique : maîtriser son identité en ligne

Ce que tes traces disent de toi, le réflexe avant de publier, des comptes bien verrouillés et tes droits pour faire retirer un contenu, avec trois exercices corrigés.

Cet article a été rédigé à des fins pédagogiques. Les informations présentées peuvent évoluer. Nous t’invitons à vérifier auprès de sources officielles.

Ton identité en ligne, c'est ce qu'on trouve en tapant ton nom ou ton pseudo, plus ce que les plateformes savent de toi. Pour la maîtriser, pose-toi une question avant chaque publication : accepterais-tu que n'importe qui la voie, n'importe quand ? Exemple : une photo de soirée postée en story pour tes amis proches peut finir en capture d'écran dans un groupe de quarante personnes ; si cette idée te gêne, ne la publie pas.

Ce qui forme ton identité numérique

Chaque action en ligne laisse une trace, c'est-à-dire une donnée enregistrée quelque part : une photo, une recherche, une position GPS.

Définition : l'identité numérique, c'est l'ensemble de tes traces : ce que tu déclares (profil, publications), ce que tu fais (« j'aime », recherches, lieux) et ce que les plateformes en calculent (tes centres d'intérêt supposés, qui choisissent les publicités et les vidéos qu'on te montre).

Ce calcul, tu ne le vois presque jamais. S'y ajoute ce que les autres publient sur toi, comme une photo où l'on t'identifie.

L'e-réputation, c'est l'image que tout cela donne à qui te cherche, un maître de stage par exemple. Pour la voir, tape ton prénom et ton nom entre guillemets dans un moteur de recherche, en navigation privée, puis fais de même avec tes pseudos.

Le réflexe avant de publier

Une publication t'échappe dès que quelqu'un l'a vue : une capture d'écran prend une seconde, et supprimer ton message n'efface pas les copies.

Choisis donc qui voit ton profil : compte privé, abonnés que tu connais vraiment. Puis traque ce que tu montres sans le vouloir, comme la localisation d'une photo ou le nom de ton lycée dans ta bio. Mis bout à bout, ces détails disent où te trouver.

Une photo où quelqu'un est reconnaissable parle aussi de lui : demande son accord avant de la publier.

Piège classique : croire qu'un contenu éphémère disparaît. Une story de 24 heures ou une photo à vue unique peut être filmée avec un autre téléphone. Éphémère veut dire « affiché peu de temps », pas « impossible à copier ».

Verrouiller tes comptes

Pour protéger tes comptes, distingue deux étapes de la connexion.

Définition : l'identification, c'est dire qui tu es, avec ton identifiant (pseudo, adresse mail). L'authentification, c'est le prouver, avec un facteur : ce que tu sais (un mot de passe), ce que tu possèdes (ton téléphone, qui reçoit un code) ou ce que tu es (ton empreinte, ton visage).

Ton identifiant n'a rien de secret : tout repose sur l'authentification. Choisis un mot de passe long, et un par compte : volé sur un site, il peut être essayé sur tous les autres. Une phrase de passe, faite de plusieurs mots sans rapport entre eux, se retient mieux qu'une suite de signes.

La double authentification ajoute un deuxième facteur, d'une autre catégorie : ton mot de passe, puis un code reçu sur ton téléphone. Qui a volé ton mot de passe reste bloqué sans ton téléphone. Active-la partout où elle existe.

Piège classique : deux étapes ne font pas deux facteurs. Un mot de passe puis une question secrète (« ta ville natale ? »), ce sont deux choses que tu sais, et la réponse traîne parfois sur ton profil.

Enfin, ne te connecte jamais depuis un lien reçu par message : c'est le principe de l'hameçonnage (phishing), une fausse page de connexion qui récupère ton mot de passe. Ouvre toi-même l'application ou le site.

Faire retirer un contenu qui te concerne

Une donnée personnelle, c'est toute information qui permet de te reconnaître, comme ton nom ou ta photo. Le RGPD, le règlement européen sur ces données, te donne le droit d'en demander l'effacement. Ce droit n'est pas absolu : explique toujours pourquoi tu le demandes.

Étape 1 : si tu sais qui a publié, demande-lui de retirer le contenu.

Étape 2 : écris au site ou à la plateforme, par son formulaire ou l'adresse indiquée dans ses mentions légales. Selon la CNIL, l'autorité française chargée de ces règles, il a un mois au plus pour te répondre.

Étape 3 : sans réponse ou en cas de refus, adresse une plainte à la CNIL, avec une copie de ta demande et de la réponse.

Le déréférencement est une démarche à part : tu demandes à un moteur de recherche de ne plus afficher une page quand on tape ton prénom et ton nom. Chaque moteur a sa procédure.

Piège classique : déréférencer n'est pas supprimer. La page reste en ligne ; on ne la trouve plus en cherchant ton nom, c'est tout. Pour qu'elle disparaisse, adresse-toi au site.

Le cyberharcèlement et la loi

Pour la loi, harceler, c'est imposer à quelqu'un des propos ou des comportements répétés qui dégradent ses conditions de vie et atteignent sa santé physique ou mentale. En ligne, ce sont des messages moqueurs en série ou des photos détournées.

Règle : quand plusieurs personnes visent la même victime, chacune peut être poursuivie, même pour un seul message, dès qu'elles se sont concertées ou que chacune savait que d'autres s'en étaient déjà pris à cette victime.

Le Code pénal (article 222-33-2-2) prévoit au plus un an de prison et 15 000 € d'amende, deux ans et 30 000 € en ligne, trois ans et 45 000 € si en plus la victime est mineure. Entre élèves d'un même établissement, l'article 222-33-2-3 (harcèlement scolaire) prévoit trois ans et 45 000 €, et jusqu'à dix ans si la victime s'est suicidée ou a tenté de le faire.

Victime ou témoin, garde des preuves datées (captures d'écran, liens), signale les contenus à la plateforme et parles-en à un adulte de confiance. Le 3018, numéro pour les jeunes victimes de harcèlement et de violences numériques, est gratuit, anonyme et ouvert 7 jours sur 7 de 9 h à 23 h, selon service-public.gouv.fr. Une plainte reste possible jusqu'à six ans après le dernier fait.

Exercices corrigés

Exercice 1 : Range chaque trace dans l'une des quatre familles : déclarée par toi, laissée par tes actions, calculée par une plateforme, publiée par d'autres.

a) Ta photo de profil. b) Les vidéos que tu as aimées. c) L'étiquette « fan de football » qu'un réseau t'attribue. d) Une photo de classe où un camarade t'a identifié.

Correction :

a) Déclarée : tu l'as choisie et publiée.

b) Laissée par tes actions : chaque « j'aime » est enregistré.

c) Calculée : tu ne l'as jamais écrite, elle est déduite de tes actions.

d) Publiée par d'autres : elle compte, même si tu n'y es pour rien.

Exercice 2 : Pour chaque connexion, dis si c'est une double authentification.

a) Inès tape son adresse mail, son mot de passe, puis un code reçu par SMS sur son téléphone.

b) Tom tape son pseudo, son mot de passe, puis sa ville natale en réponse à une question secrète.

c) Léo tape son code PIN, puis pose son doigt sur le capteur d'empreinte.

Correction :

a) Oui. L'adresse mail l'identifie, ce n'est pas un facteur. Le mot de passe est ce qu'elle sait, le code prouve qu'elle possède son téléphone : deux catégories.

b) Non. Mot de passe et ville natale sont deux choses qu'il sait : une seule catégorie, même en deux étapes.

c) Oui : le code PIN est ce qu'il sait, l'empreinte ce qu'il est.

Exercice 3 : Une photo de toi à 14 ans est publiée sur le blog d'une association et sort en premier quand on tape ton nom. Tu as écrit à l'association il y a cinq semaines, sans réponse.

a) A-t-elle dépassé son délai ? b) Que peux-tu faire maintenant ? c) Si un moteur de recherche déréférence la page, la photo a-t-elle disparu ?

Correction :

a) Oui : elle avait un mois au plus pour répondre, et cinq semaines, c'est plus d'un mois.

b) Adresse une plainte à la CNIL, avec une copie de ton courrier. En parallèle, demande au moteur de déréférencer la page, en donnant son adresse et tes raisons, par exemple que la photo date de tes 14 ans.

c) Non. La page n'apparaît plus quand on tape ton nom, mais la photo reste sur le blog. Pour qu'elle disparaisse, l'association doit la supprimer.

À retenir

À retenir :

  • Identité numérique : tes déclarations, tes actions, ce que les plateformes en calculent, ce que les autres publient sur toi.
  • Avant de publier : accepterais-tu que n'importe qui voie ce contenu, n'importe quand ?
  • Identification : dire qui tu es. Authentification : le prouver. Double authentification : deux facteurs de catégories différentes.
  • Un mot de passe long par compte, et jamais de connexion depuis un lien reçu.
  • Pour faire retirer un contenu : l'auteur, puis le site (un mois pour répondre), puis la CNIL. Déréférencer n'est pas supprimer.
  • Le cyberharcèlement est un délit ; le 3018 est gratuit et anonyme.

Sources

  • CNIL, « Comment faire supprimer des informations me concernant diffusées sur internet ? » : page sur cnil.fr.
  • Code pénal, articles 222-33-2-2 et 222-33-2-3 (harcèlement moral et scolaire), version en vigueur le 16 octobre 2026 : texte sur Légifrance.
  • Service-public.gouv.fr, « Cyberharcèlement (harcèlement sur internet) », fiche vérifiée le 7 août 2026 : fiche sur service-public.gouv.fr.

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