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Techniques Crâniennes et Sphère ORL : Guide Complet

Les os du crâne liés à l'oreille, au nez et à la gorge, le modèle crânien tel qu'on l'enseigne, ce que la loi permet et ce que montrent les études, avec trois exercices corrigés.

Cet article a été rédigé à des fins pédagogiques. Les informations présentées peuvent évoluer. Nous t’invitons à vérifier auprès de sources officielles.

Une technique crânienne pour la sphère ORL (oreille, nez, gorge) part d'un lien anatomique : un os du crâne qui loge ou retient une structure ORL. Exemple : la trompe auditive, qui aère l'oreille moyenne, est creusée pour un tiers dans le temporal et s'ouvre grâce à un muscle né en partie du sphénoïde ; d'où les approches de l'oreille par ces deux os. Garde aussi la limite en tête : en France, un décret encadre ces gestes, et les études n'ont démontré ni la fiabilité du diagnostic crânien ni l'efficacité de ces techniques.

Le modèle crânien en bref

Ces techniques reposent sur un modèle proposé au XXe siècle par l'ostéopathe américain William Garner Sutherland : le mécanisme respiratoire primaire (MRP).

Définition : le MRP serait un mouvement rythmique, distinct de la respiration pulmonaire, qui lierait cinq éléments : la motilité (mouvement propre) du cerveau et de la moelle épinière, la fluctuation du liquide cérébrospinal (ou céphalo-rachidien), la mobilité des membranes de la dure-mère, celle des os du crâne et celle du sacrum entre les deux os iliaques.

Son pivot est la symphyse sphéno-basilaire (SSB), jonction du sphénoïde et de l'occipital. En flexion, ou « inspiration » crânienne, le sphénoïde tournerait vers l'avant, l'occipital vers l'arrière, et les os pairs comme les temporaux partiraient en rotation externe. L'extension ferait l'inverse.

Une technique est directe quand tu emmènes la zone restreinte vers sa limite, la « barrière », et indirecte quand tu la suis là où elle bouge facilement. Les manuels décrivent par exemple la compression du quatrième ventricule (CV4), éminences thénar sous l'occipital, ou le balancement des temporaux (temporal rocking), pouces juste en avant des mastoïdes.

Piège classique : « symphyse sphéno-basilaire » est un mot d'ostéopathe. En anatomie, c'est la synchondrose sphéno-occipitale, un cartilage de croissance qui s'ossifie à l'adolescence : chez l'adulte, sphénoïde et occipital y sont soudés. Dans une copie d'anatomie, écris le terme anatomique.

Le temporal : l'oreille et la gorge

L'oreille moyenne et l'oreille interne sont creusées dans le rocher, la partie pétreuse du temporal. Pour que le tympan vibre bien, l'oreille moyenne doit rester à la pression de l'air extérieur : c'est le rôle de la trompe auditive (l'ancienne trompe d'Eustache), qui la relie au nasopharynx, derrière les fosses nasales.

Chez l'adulte, la trompe mesure environ 35 mm : un tiers osseux côté oreille, creusé dans le temporal, puis deux tiers cartilagineux. Fermée au repos, elle s'ouvre quand tu avales ou bâilles, surtout grâce au tenseur du voile du palais, un muscle qui naît du sphénoïde et de la paroi de la trompe.

Piège classique : on rattache vite l'oreille au nerf facial (VII) ou au vestibulocochléaire (VIII). Or le tenseur du voile du palais, qui ouvre la trompe, dépend du nerf mandibulaire (V3), branche du trijumeau. Dans l'oreille moyenne, le VII ne commande que le stapédien, et le VIII, sensoriel, aucun muscle.

Chez l'enfant, la trompe est plus courte, plus étroite et plus horizontale : c'est l'une des explications avancées de la fréquence des otites avant 7 ans. Le modèle crânien y ajoute une hypothèse non démontrée : un temporal ou un sphénoïde « restreint » gênerait la trompe.

Le temporal touche aussi la gorge : l'os hyoïde, qui sert à la déglutition et ne s'articule avec aucun os, est suspendu entre autres par le ligament stylo-hyoïdien, venu de l'apophyse styloïde, et par le ventre postérieur du digastrique, né de l'incisure mastoïdienne.

Le nez et les sinus : quatre os, trois sorties

Chaque sinus se vide par un petit orifice, l'ostium, le plus souvent dans un méat, l'espace situé sous un cornet.

SinusOsSe vide dans
FrontalFrontalMéat moyen
MaxillaireMaxillaireMéat moyen, par le hiatus semi-lunaire
Cellules ethmoïdales antérieures et moyennesEthmoïdeMéat moyen
Cellules ethmoïdales postérieuresEthmoïdeMéat supérieur
SphénoïdalSphénoïdeRécessus sphéno-ethmoïdal, au-dessus du cornet supérieur

Pour le retrouver le jour du partiel : les sinus de l'avant sortent au méat moyen, ceux de l'arrière sortent plus haut. Le méat inférieur ne reçoit aucun sinus, seulement le canal lacrymo-nasal, qui amène les larmes.

Le sinus maxillaire est le cas d'école : son ostium s'ouvre haut sur sa paroi interne, donc, tête droite, ce sont les cils de la muqueuse, pas la pesanteur, qui le vident. Son plancher est proche des racines des prémolaires et molaires du haut : une infection dentaire peut donner une sinusite.

Ce que la loi te permet

En France, le décret n° 2007-435 du 25 mars 2007 fixe ce que peut faire un ostéopathe non médecin : des manipulations « exclusivement manuelles et externes » et « non forcées », pour des troubles fonctionnels (une fonction gênée, sans lésion d'organe), pas pour les pathologies organiques qui demandent un traitement médical, chirurgical ou médicamenteux.

Règle : tu orientes vers un médecin quand les symptômes demandent un diagnostic ou un traitement médical, persistent ou s'aggravent (article 2). Tu n'agis pas quand ils justifient des examens paracliniques, c'est-à-dire complémentaires, comme une imagerie ou un audiogramme (article 1). Avant de manipuler le crâne, la face ou le rachis d'un nourrisson de moins de six mois, ou le rachis cervical à tout âge, il faut un diagnostic médical attestant l'absence de contre-indication (article 3).

Ce que montrent les études

En 2016, une revue systématique publiée dans PLOS ONE, c'est-à-dire un bilan critique de la recherche sur une question, a examiné l'ostéopathie crânienne. Aucune des études retenues n'établit que deux examinateurs, ou le même à deux moments, retrouvent les mêmes résultats sur un crâne : les auteurs jugent ce diagnostic peu fiable. Les essais solides sur l'efficacité sont quasi inexistants, et aucun des 14 essais retenus ne porte sur l'oreille, le nez ou la gorge.

La HAS, autorité publique qui évalue les soins, va dans le même sens pour la tête plate du nourrisson (déformation crânienne positionnelle) : selon sa recommandation de février 2020, « les données scientifiques ne permettent pas de recommander l'ostéopathie », qui peut seulement s'ajouter à la kinésithérapie, en deuxième intention.

Face à un patient, tu présentes donc le modèle crânien comme un modèle, et tu ne promets pas de guérir une otite ou une sinusite.

Exercices corrigés

Exercice 1 : Une patiente a une sinusite maxillaire et une sinusite sphénoïdale. Dans quel espace des fosses nasales chacun de ces sinus se vide-t-il ? Pourquoi le sinus maxillaire se vide-t-il mal quand elle est debout ?

Correction :

Le sinus maxillaire appartient au groupe de l'avant : il se vide dans le méat moyen, par le hiatus semi-lunaire. Le sinus sphénoïdal appartient au groupe de l'arrière : il se vide plus haut, dans le récessus sphéno-ethmoïdal, au-dessus du cornet supérieur.

L'ostium maxillaire s'ouvre dans la partie haute du sinus : debout, le mucus doit remonter contre la pesanteur, poussé par les seuls cils, et l'ostium se bouche dès que la muqueuse gonfle.

Exercice 2 : Des parents amènent leur fille de 4 mois, dont l'arrière du crâne est aplati à droite. Aucun médecin ne l'a examinée pour cela, et ils veulent une séance crânienne. Tu es ostéopathe, pas médecin. Que dit le décret, et que leur réponds-tu ?

Correction :

Elle a moins de six mois : d'après l'article 3, manipuler son crâne demande d'abord un diagnostic établi par un médecin, attestant l'absence de contre-indication. Sans cet avis, tu ne fais aucune manipulation crânienne.

Tu les orientes donc vers leur médecin ou leur pédiatre.

Exercice 3 : Un homme de 45 ans entend mal de l'oreille gauche depuis son réveil, avec un sifflement, sans douleur ni rhume. Il pense à « un temporal bloqué » et veut une séance crânienne. Que fais-tu, et sur quels articles du décret t'appuies-tu ?

Correction :

Une baisse d'audition brutale d'un seul côté peut être une surdité brusque. Elle demande un examen médical rapide, avec un examen de l'oreille et un audiogramme.

L'article 2 t'oblige à orienter vers un médecin quand les symptômes demandent un diagnostic médical, et l'article 1 t'interdit d'agir quand ils justifient des examens paracliniques. Pas de technique crânienne, donc : tu l'envoies vers un médecin ou un ORL. Le piège serait de suivre son idée de « temporal bloqué ».

À retenir

À retenir :

  • La SSB, pivot du modèle de Sutherland, est en anatomie la synchondrose sphéno-occipitale, ossifiée chez l'adulte.
  • La trompe auditive s'ouvre à la déglutition grâce au tenseur du voile du palais (V3), né en partie du sphénoïde.
  • Les sinus de l'avant se vident au méat moyen, ceux de l'arrière plus haut.
  • Décret de 2007 : gestes manuels, externes, non forcés ; avis médical dès que les symptômes l'exigent, et avant de manipuler le crâne d'un nourrisson de moins de six mois.
  • Diagnostic crânien peu fiable, efficacité non démontrée : tu ne promets pas de guérir.

Sources

  • Décret n° 2007-435 du 25 mars 2007 relatif aux actes et aux conditions d'exercice de l'ostéopathie, articles 1 à 3 : texte sur Légifrance.
  • Haute Autorité de santé, « Prévention des déformations crâniennes positionnelles (DCP) et mort inattendue du nourrisson », recommandation de février 2020 : page sur has-sante.fr.
  • Guillaud A. et al., « Reliability of Diagnosis and Clinical Efficacy of Cranial Osteopathy: A Systematic Review », PLOS ONE, 2016 : article en accès libre.

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