Un courant philosophique, c'est une réponse partagée à une même question. Pour chacun, retiens la question qu'il pose, la thèse qu'il défend et l'adversaire qu'il vise. Exemple : à la question « d'où vient la connaissance ? », Descartes répond par la raison, Locke et Hume par l'expérience, et Kant tranche que toute connaissance commence avec l'expérience sans en dériver tout entière. En dissertation, c'est cette grille qui fait dialoguer les auteurs.
Platon et Aristote
Platon, élève de Socrate, enseigne à Athènes au IVe siècle av. J.-C. Pour lui, ce que tu vois change et passe, mais ce qui fait qu'une chose est ce qu'elle est ne change pas. Ces réalités éternelles, que seule la pensée atteint, sont les Idées (ou Formes). Le monde sensible n'en est qu'une image.
L'allégorie de la caverne, au livre VII de la République, met ce partage en scène : des prisonniers prennent des ombres pour le réel, et celui qu'on libère découvre les objets, puis le soleil, image du Bien.
Aristote (384-322 av. J.-C.), resté une vingtaine d'années à l'Académie de Platon, lui objecte que des Idées séparées des choses n'expliquent pas le changement. Pour lui, la forme est dans la chose, unie à une matière : une statue de bronze, c'est du bronze qui a reçu une forme.
Exemple : chez Aristote, cette statue a quatre causes. Matérielle : le bronze. Formelle : la forme qui en fait cette statue. Efficiente : le sculpteur. Finale : le but pour lequel on l'a faite.
En morale, le bonheur (eudaimonia) est le bien suprême, visé pour lui-même. On l'atteint par la vertu, qui tient le milieu entre un excès et un manque : le courage se situe entre la témérité et la lâcheté. Ce milieu n'est pas une moyenne fixe, il dépend de la situation.
Stoïciens et épicuriens
Après Aristote, la question devient pratique : comment être heureux dans un monde qu'on ne maîtrise pas ? Le stoïcisme, fondé vers 300 av. J.-C. par Zénon de Cition, répond : par la vertu, seul vrai bien. Les passions, comme la peur ou la colère, sont des jugements faux dont le sage se libère.
Épictète, ancien esclave, ouvre son Manuel sur un partage : nos jugements et nos désirs dépendent de nous, notre corps, nos biens et notre réputation n'en dépendent pas. Le bonheur se joue tout entier du premier côté.
Épicure (341-270 av. J.-C.) fait au contraire du plaisir le bien, mais il le définit par la négative : ne pas souffrir dans son corps, ne pas être troublé dans son âme. Cette paix de l'âme s'appelle l'ataraxie.
Piège classique : au sens courant, « épicurien » veut dire bon vivant. Épicure vise l'inverse d'une course aux plaisirs : un état calme, sans douleur ni trouble.
Le Moyen Âge : foi et raison
Avec le christianisme, la question devient : que peut la raison face à la Révélation, ce que Dieu fait connaître de lui-même ? Augustin (354-430) y répond en s'appuyant sur les néoplatoniciens, héritiers tardifs de Platon. Thomas d'Aquin (1225-1274), auteur de la Somme théologique, s'appuie sur Aristote, dont l'essentiel de l'œuvre passe en latin aux XIIe et XIIIe siècles.
Pour Thomas, ce que la raison démontre ne peut pas contredire la foi. Certaines vérités, comme la Trinité, ne se connaissent pourtant que par la Révélation.
Piège classique : Augustin n'est pas un scolastique. La scolastique, manière d'enseigner par commentaire de textes et débats réglés (la disputatio), naît dans les écoles des villes au XIIe siècle, sept siècles après lui. Augustin est un Père de l'Église.
Rationalisme et empirisme
Au XVIIe siècle, Descartes (1596-1650) fonde la connaissance sur la raison. Dans le Discours de la méthode (1637), il tient pour faux tout ce qui laisse place au moindre doute. Une chose résiste : pendant qu'il doute, il pense. D'où « je pense, donc je suis », premier principe de sa philosophie.
Pour lui, certaines idées sont innées : présentes dans l'esprit sans venir des sens. Spinoza et Leibniz sont, avec lui, les grands rationalistes.
Locke (1632-1704) ouvre son Essai sur l'entendement humain (1689) contre les idées innées. L'esprit est d'abord une page blanche : toutes nos idées viennent de l'expérience, par la sensation ou par la réflexion, quand l'esprit observe ses propres opérations.
Hume (1711-1776) va plus loin dans l'Enquête sur l'entendement humain (1748). On ne voit jamais une cause produire son effet : on voit une chose en suivre souvent une autre, et l'habitude nous fait attendre la suite. L'idée de cause vient de l'accoutumance, pas d'un raisonnement.
Piège classique : les empiristes ne rejettent pas la raison. Hume distingue les relations d'idées, vraies sans expérience comme 2 + 2 = 4, et les faits, que seule l'expérience établit. Opposer deux camps fermés, c'est une caricature.
Kant et l'idéalisme allemand
Kant (1724-1804) arbitre ce débat dans la Critique de la raison pure (1781, révisée en 1787). Toutes nos connaissances commencent avec l'expérience, accorde-t-il, mais « il n'en résulte pas qu'elles dérivent toutes de l'expérience » (traduction Barni).
L'esprit apporte en effet des formes a priori, c'est-à-dire indépendantes de l'expérience. La sensibilité reçoit tout dans l'espace et le temps ; l'entendement relie ces données par des concepts purs, les catégories, comme la causalité. D'où la formule : « Des pensées sans matière sont vides ; des intuitions sans concepts sont aveugles. » L'intuition, ici, c'est ce que donne la sensibilité.
Nous connaissons donc les choses telles qu'elles nous apparaissent, les phénomènes, jamais telles qu'elles sont en soi. Kant compare ce renversement à celui de Copernic : ce sont les objets qui se règlent sur notre connaissance.
Piège classique : l'espace et le temps ne sont pas des catégories. Ce sont les formes de la sensibilité. Les catégories, dont la causalité, appartiennent à l'entendement.
Fichte, Schelling et Hegel prolongent Kant : c'est l'idéalisme allemand. Pour Hegel (1770-1831), l'esprit se forme dans l'histoire : chaque position se heurte à ses contradictions et se dépasse en une autre qui la nie tout en la conservant. La formule « thèse, antithèse, synthèse » vient de Fichte : Hegel ne l'a jamais reprise pour décrire sa pensée.
L'existentialisme de Sartre
Sartre (1905-1980) part de la phénoménologie de Husserl, l'étude de ce qui apparaît à la conscience. Dans L'existentialisme est un humanisme, conférence de 1945 publiée en 1946, il résume sa thèse : « l'existence précède l'essence ».
Exemple : l'artisan qui fabrique un coupe-papier en a d'abord le concept : à quoi il sert, comment le faire. Pour le coupe-papier, l'essence précède l'existence, et il en irait de même pour l'homme si un Dieu créateur l'avait conçu. Sartre, athée, renverse l'ordre : l'homme « existe d'abord, se rencontre, surgit dans le monde », puis se définit par ce qu'il fait. La formule ne vaut donc que pour l'homme.
Pas de nature humaine fixée d'avance, donc : « l'homme n'est rien d'autre que ce qu'il se fait ». Il est « condamné à être libre » : condamné parce qu'il ne s'est pas créé lui-même, libre parce qu'une fois dans le monde, « il est responsable de tout ce qu'il fait ». De là vient l'angoisse.
Fuir cette liberté derrière un rôle ou une prétendue nature, c'est la mauvaise foi. Dans L'Être et le Néant (1943), le garçon de café joue à être garçon de café, comme si c'était son essence, alors qu'il ne l'est jamais à la façon dont une chose est ce qu'elle est. Parmi les auteurs qu'on range dans ce courant, seuls Sartre et Simone de Beauvoir se sont eux-mêmes dits existentialistes.
Exercices corrigés
Exercice 1 : Une copie affirme : « Pour Hegel, l'histoire avance selon le schéma thèse, antithèse, synthèse. Pour Sartre, tout ce qui existe, un coupe-papier comme un homme, existe avant d'avoir une essence. » Trouve les deux erreurs.
Correction :
Hegel n'a jamais décrit sa pensée par ce schéma, qui vient de Fichte : il parle d'un dépassement qui nie tout en conservant.
Pour Sartre, le coupe-papier suit l'ordre inverse : l'artisan en a le concept avant de le fabriquer, donc son essence précède son existence. Seul l'homme existe d'abord.
Exercice 2 : Un ami te dit : « Je suis timide, c'est ma nature, je n'y peux rien. » Que lui répondrait Sartre ? Et Épictète ?
Correction :
Sartre : il n'y a pas de nature humaine fixée d'avance, et invoquer sa nature pour s'excuser, c'est la mauvaise foi. Pour lui, « le lâche se fait lâche » par ses actes et peut toujours cesser de l'être. Ton ami se fait timide chaque fois qu'il choisit de se taire.
Épictète : le regard des autres ne dépend pas de ton ami, mais son jugement sur ce regard, oui. Sa peur est un jugement : il peut le corriger.
Exercice 3 : Sujet de dissertation : « Toute connaissance vient-elle de l'expérience ? » Propose un plan en trois parties, avec pour chacune ses auteurs et leurs arguments.
Correction :
I. Oui : Locke rejette les idées innées, et Hume montre que même l'idée de cause naît de l'habitude.
II. Pourtant, une certitude échappe aux sens : le « je pense, donc je suis » de Descartes. Hume lui-même admet que 2 + 2 = 4 se passe d'expérience.
III. Kant dépasse l'alternative : toute connaissance commence avec l'expérience, mais l'esprit y apporte ses formes, car « des intuitions sans concepts sont aveugles ».
Chaque partie répond à la limite de la précédente.
À retenir
| Question | Réponses |
|---|---|
| Qu'est-ce qui est vraiment ? | Platon : les Idées, séparées des choses. Aristote : la forme, dans la chose. |
| Comment bien vivre ? | Stoïciens : par la vertu, seul bien. Épicure : par l'absence de douleur et de trouble. |
| Que peut la raison face à la foi ? | Augustin : penser la foi avec les néoplatoniciens. Thomas d'Aquin : la raison ne peut contredire la foi. |
| D'où vient la connaissance ? | Descartes, Spinoza, Leibniz : de la raison. Locke, Hume : de l'expérience. Kant : elle commence avec l'expérience, l'esprit y ajoute ses formes. |
| Comment la pensée avance-t-elle ? | Hegel : en dépassant ses contradictions, dans l'histoire. |
| Qu'est-ce que l'homme ? | Sartre, Beauvoir : ce qu'il se fait, car l'existence précède l'essence. |
Sources
- Descartes, Discours de la méthode, quatrième partie, éd. Victor Cousin : texte sur Wikisource.
- Kant, Critique de la raison pure, trad. Jules Barni : Introduction et Introduction à la Logique transcendantale, sur Wikisource.
- Stanford Encyclopedia of Philosophy, article « Jean-Paul Sartre », en anglais : texte en ligne.