Niveau : université, première année. Durée estimée : 150 min. 10 exercices avec corrections détaillées.
Rappel des notions clés
Expliquer un texte, c'est dire quelle thèse il défend et comment il la construit. Disserter, c'est faire d'une question un problème, puis le traiter par un plan qui avance. Exemple : « Faut-il toujours dire la vérité ? » devient un problème dès que tu vois que le mensonge ruine la confiance, alors que la vérité peut mettre quelqu'un en danger.
Vocabulaire de méthode :
- Thèse : ce que l'auteur affirme et qu'on pourrait contester.
- Problème : ce qui rend la question vraiment difficile.
- Problématique : ce problème formulé en une question précise.
- Enjeu : ce qui change si l'on accepte la thèse.
- Présupposé : ce qu'une phrase tient pour vrai sans le dire.
Piège classique : la paraphrase. Redire le texte avec d'autres mots n'est pas l'expliquer : une explication dit à quoi sert chaque phrase dans le raisonnement.
Exercices : niveau facile
Exercice 1 : Dégage la thèse de cet extrait en une phrase.
« Lors donc que nous disons que le plaisir est la fin de la vie, nous ne parlons pas des plaisirs de l'homme déréglé, ni de ceux qui consistent dans les jouissances […]. Le plaisir dont nous parlons est celui qui consiste, pour le corps, à ne pas souffrir et, pour l'âme, à être sans trouble. » (Épicure, Lettre à Ménécée, trad. O. Hamelin)
Correction :
Cherche la phrase que le reste prépare : ici, la dernière. Épicure y répond à ceux qui le croient défenseur de la débauche.
Thèse : le plaisir, but de la vie, n'est pas la jouissance mais l'absence de douleur dans le corps (aponie) et de trouble dans l'âme (ataraxie).
Exercice 2 : Définis « maxime » et « loi universelle », puis dis pourquoi cet impératif est « catégorique ».
« Il n'y a donc qu'un impératif catégorique, et c'est celui-ci : Agis uniquement d'après la maxime qui fait que tu peux vouloir en même temps qu'elle devienne une loi universelle. » (Kant, Fondements de la métaphysique des mœurs, trad. V. Delbos)
Correction :
Définis chaque concept par son rôle dans le texte. L'impératif catégorique s'oppose à l'impératif hypothétique, qui commande un moyen en vue d'un but (« si tu veux réussir, travaille »).
Maxime : « le principe subjectif de l'action » (Kant), la règle que je me donne. Loi universelle : une règle valable pour tout être raisonnable. Catégorique : qui commande sans condition.
Exercice 3 : Définis les termes du sujet « La technique nous rend-elle plus libres ? », y compris le mot « plus ».
Correction :
Pèse chaque mot du sujet. La technique : les procédés et outils par lesquels l'homme transforme la nature pour ses fins. Être libre : ne pas subir de contrainte, mais aussi choisir ses fins. « Plus » impose une comparaison : la technique augmente-t-elle une liberté que nous avons déjà ?
Reformulation : le pouvoir technique sur la nature accroît-il notre maîtrise de nos choix, ou crée-t-il de nouvelles dépendances ?
Exercices : niveau moyen
Exercice 4 : Un étudiant résume cet extrait ainsi : « Spinoza dit que l'enfant et le peureux croient agir librement. » Pourquoi est-ce une paraphrase ? Dégage la thèse.
« C'est ainsi qu'un petit enfant croit librement appéter [désirer] le lait, un jeune garçon en colère vouloir la vengeance, un peureux la fuite. […] l'expérience donc fait voir […] que les hommes se croient libres pour cette seule cause qu'ils sont conscients de leurs actions et ignorants des causes par où ils sont déterminés. » (Spinoza, Éthique, III, proposition 2, scolie, trad. C. Appuhn)
Correction :
Demande-toi ce que prouvent les exemples : l'étudiant les répète sans le dire. Chacun agit poussé par une cause qu'il ne voit pas (le besoin, la colère, la peur) et se croit pourtant libre ; le « donc » généralise.
Thèse : se sentir libre ne prouve pas qu'on l'est ; ce sentiment vient de ce que nous voyons nos actes sans voir leurs causes.
Exercice 5 : Quel rôle jouent « Mais », au début de l'extrait, et « donc », dans « je pense, donc je suis » ?
« Mais aussitôt après je pris garde que, pendant que je voulais ainsi penser que tout était faux, il fallait nécessairement que moi qui le pensais fusse quelque chose ; et remarquant que cette vérité, je pense, donc je suis, était si ferme et si assurée […] » (Descartes, Discours de la méthode, IVe partie)
Correction :
Regarde ce que chaque mot relie. Descartes voulait tenir tout pour faux ; or, pour penser que tout est faux, il faut être quelqu'un qui pense.
« Mais » marque un retournement : le doute se heurte à une certitude. « Donc » marque une conséquence : l'existence est tirée de la pensée.
Exercice 6 : Recalé à un entretien d'embauche pour sa tenue, ton ami lance : « L'habit ne fait pas le moine. » Dégage deux présupposés du proverbe, puis une objection.
Correction :
Demande-toi ce que ton ami doit croire pour que sa phrase ait un sens.
Présupposés : l'être (ce qu'on est) se distingue du paraître (ce qu'on montre), et c'est l'être qu'il faut juger.
Objection : une tenue est aussi un signe que l'on choisit, et le recruteur juge ce choix.
Exercice 7 : Formule le problème que pose cet extrait, puis une problématique de dissertation (« seulement pas » signifie ici « pas même »).
« [La recherche psychologique] se propose de montrer au moi qu'il n'est seulement pas maître dans sa propre maison, qu'il en est réduit à se contenter de renseignements rares et fragmentaires sur ce qui se passe, en dehors de sa conscience, dans sa vie psychique. » (Freud, Introduction à la psychanalyse, 18e leçon, trad. S. Jankélévitch)
Correction :
Confronte le texte à une idée commune : nous nous jugeons responsables parce que nous croyons savoir ce que nous voulons. Si une part de notre vie psychique échappe à la conscience, cette idée vacille.
Problématique : si le moi ignore une partie de ce qui le fait agir, peut-on encore le tenir pour l'auteur de ses actes ?
Exercices : niveau difficile
Exercice 8 : Rédige l'introduction du sujet « L'homme peut-il se passer de l'art pour comprendre le monde ? », sans annoncer le plan.
Correction :
L'introduction doit faire naître la question, pas la recopier. Une proposition :
On reproche à l'art d'inventer ; pourtant, on dit d'un grand roman qu'il fait comprendre une époque. Or comprendre le monde, ce n'est pas seulement le mesurer, c'est en saisir le sens. Se passer de l'art, ce serait attendre de la seule science qu'elle nous le fasse comprendre. D'où une difficulté : si l'art ne démontre rien, comment nous apprendrait-il quelque chose ? Et s'il ne nous apprend rien, pourquoi certaines œuvres changent-elles notre regard ?
Problématique : l'art donne-t-il du monde une connaissance que la science ne peut pas remplacer ?
Exercice 9 : Dégage la thèse de chaque texte, puis le point précis de leur désaccord et son enjeu.
Texte A : « […] on a confondu le pouvoir du peuple, avec la liberté du peuple. […] La liberté est le droit de faire tout ce que les lois permettent […]. » (Montesquieu, De l'esprit des lois, XI, 2 et 3)
Texte B : « […] l'obéissance à la loi qu'on s'est prescrite est liberté. » (Rousseau, Du contrat social, I, 8)
Correction :
Cherche d'abord l'accord : aucun des deux ne met la liberté dans l'absence de lois. Montesquieu : est libre qui peut faire ce que les lois permettent ; que le peuple gouverne n'y suffit pas. Rousseau : est libre qui obéit à la loi qu'il s'est donnée (l'autonomie).
Désaccord : pour Montesquieu, la liberté tient au contenu de la loi ; pour Rousseau, à son auteur. Enjeu : un peuple qui fait ses lois est-il libre pour autant ?
Exercice 10 : Sujet : « Le bonheur est-il une illusion ? » Propose une problématique et un plan en trois parties, une référence par partie.
Correction :
Pars du mot « illusion » : pour Freud (L'Avenir d'une illusion, 1927), une croyance que le désir produit, sans être forcément fausse.
Problématique : le bonheur est-il un but réel, ou l'image que notre désir projette devant nous ?
I. Le bonheur semble la plus réelle de nos fins : Aristote en fait le bien visé pour lui-même (Éthique à Nicomaque, I).
II. Mais un bonheur complet a tout d'une illusion : Kant y voit « un idéal, non de la raison, mais de l'imagination » (Fondements).
III. Il cesse d'être illusoire s'il est une activité plutôt qu'un état rêvé : pour Spinoza, la béatitude (le bonheur suprême) « n'est pas le prix de la vertu, mais la vertu elle-même » (Éthique, V, 42).
Bilan et conseils
Ce qu'il faut retenir : une thèse affirme, un thème désigne. Une problématique dit pourquoi la question est difficile, et chaque partie de ton plan répond à la précédente.
Refais un exercice raté quelques jours plus tard, sans relire la correction.
Sources
Textes : lus sur Wikisource, dans les traductions indiquées sous chaque extrait (dont le Discours de la méthode, IVe partie, et Du contrat social, I, 8), orthographe modernisée pour les textes français. Illusion chez Freud : Encyclopédie Larousse, « Illusion ».