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Maîtriser l'Analyse Philosophique et la Dissertation

Développe ta pensée critique et affûte tes outils méthodologiques pour exceller en philosophie avec notre série d'exercices progressifs.

Cet article a été rédigé à des fins pédagogiques. Les informations présentées peuvent évoluer. Nous t’invitons à vérifier auprès de sources officielles.

Salut à toi, futur expert en philosophie ! Dans cette série d'exercices, nous allons plonger au cœur des deux piliers de la philosophie universitaire : l'analyse de texte et la dissertation. Tu vas apprendre à décortiquer les pensées des plus grands philosophes et à structurer ta propre argumentation de manière imparable. Prêt à aiguiser ton esprit critique et ta plume ?

Compétences travaillées :

  • Identification et reformulation de thèses philosophiques.
  • Analyse de concepts clés et de leur articulation.
  • Déconstruction de la structure argumentative d'un texte.
  • Élaboration de problématiques pertinentes.
  • Maîtrise de la méthodologie de la dissertation (introduction, plan).
  • Développement de l'esprit critique et de la capacité de synthèse.

Erreurs fréquentes à éviter :

  • La paraphrase : Ne te contente pas de répéter ce que dit le texte. Ton rôle est d'analyser, d'expliquer et d'interpréter.
  • L'opinion personnelle non argumentée : En philosophie, chaque affirmation doit être étayée par un argument solide. Ton avis est pertinent s'il est justifié.
  • Le hors-sujet : Assure-toi toujours de rester focalisé sur le sujet de dissertation ou la problématique soulevée par le texte. Chaque idée doit servir ton propos.
  • L'absence de progression : Une dissertation ou une analyse ne doit pas être une succession d'idées décousues. Il doit y avoir un fil conducteur, une logique interne.

Série d'Exercices : Analyse de Texte et Dissertation

Exercice 1 : Identifier la Thèse Principale

Énoncé : Lis attentivement l'extrait suivant du philosophe Épicure et identifie sa thèse principale. Reformule-la en une ou deux phrases claires.

« Quand nous disons que le plaisir est le but, nous ne parlons pas des plaisirs des débauchés ni de ceux qui consistent dans la jouissance matérielle, comme le croient certaines personnes qui ignorent notre doctrine, la comprennent mal ou l'interprètent de travers ; mais du fait de ne pas souffrir du corps et de ne pas être troublé dans l'âme. »
— Épicure, Lettre à Ménécée

Barème indicatif : 3 points

Correction :

Étape 1 : Lecture attentive et repérage des mots clés.

Les mots clés sont "plaisir est le but", "pas des plaisirs des débauchés", "ne pas souffrir du corps", "ne pas être troublé dans l'âme". Épicure clarifie ce qu'il entend par "plaisir".

Étape 2 : Identification de l'idée principale.

Épicure cherche à corriger une mauvaise interprétation de sa doctrine. Il explique le vrai plaisir, le but de l'existence, n'est pas la jouissance excessive, mais l'absence de douleur physique (aponie) et de trouble de l'esprit (ataraxie).

Étape 3 : Reformulation de la thèse.

Thèse principale : Épicure affirme que le véritable plaisir, et donc le but de l'existence, ne réside pas dans la satisfaction des désirs excessifs et des plaisirs sensuels, mais dans l'atteinte d'un état de quiétude caractérisé par l'absence de souffrance corporelle et de trouble de l'âme.

Astuce méthode : Pour identifier la thèse, cherche ce que l'auteur veut nous faire comprendre ou démontrer. Pose-toi la question : "Quelle est l'idée centrale que ce texte défend ?"

Exercice 2 : Dégager les Concepts Clés

Énoncé : À partir de l'extrait suivant d'Emmanuel Kant, identifie les deux concepts majeurs développés et donne une brève définition de chacun dans le contexte du texte.

« L'impératif catégorique est donc unique, et il est celui-ci : Agis uniquement d'après la maxime qui fait que tu peux vouloir en même temps qu'elle devienne une loi universelle. »
— Emmanuel Kant, Fondements de la métaphysique des mœurs

Barème indicatif : 3 points

Correction :

Étape 1 : Lecture et repérage des termes récurrents ou centraux.

Le texte met clairement en avant "impératif catégorique" et "loi universelle" (ou "maxime" qui devient loi universelle).

Étape 2 : Définition des concepts dans le contexte.

Le texte lui-même donne une définition de l'impératif catégorique. La "loi universelle" est ce que la "maxime" doit pouvoir devenir.

Concepts clés :

  • Impératif catégorique : C'est la loi morale fondamentale et inconditionnelle chez Kant. Contrairement à un impératif hypothétique (si tu veux X, fais Y), l'impératif catégorique command'une action pour elle-même, sans condition. C'est un devoir moral universel.
  • Loi universelle : Il s'agit d'un principe d'action (maxime) qui pourrait être appliqué par tout être raisonnable, en tout temps et en tout lieu, sans contradiction. C'est le critère kantien de la moralité : une action est morale si sa maxime peut être universalisée.

Point méthode : Pour définir un concept philosophique, il est crucial de le situer dans le système de pensée de l'auteur et de le distinguer d'autres notions proches ou opposées.

Exercice 3 : Reformuler un Sujet de Dissertation

Énoncé : Reformule le sujet de dissertation suivant de manière à en dégager l'enjeu principal et les pistes de réflexion possibles. Ne te contente pas de synonymes, mais explore les implications.

« La technique nous rend-elle plus libres ? »

Barème indicatif : 4 points

Correction :

Étape 1 : Définir les termes du sujet.

  • Technique : Ensemble des moyens, outils, procédés, savoir-faire mis en œuvre pour réaliser une fin. Elle peut être matérielle (outils, machines) ou immatérielle (méthodes).
  • Libre / Liberté : Capacité à agir selon sa propre volonté, sans contrainte extérieure (liberté négative) ou capacité à s'autodéterminer, à choisir ses valeurs (liberté positive).

Étape 2 : Identifier le problème sous-jacent.

La question pose une relation de causalité et d'évaluation ("rend-elle"). Elle invite à examiner si la technique est un instrument d'émancipation ou, au contraire, une source d'aliénation ou de nouvelles contraintes.

Étape 3 : Reformulation et dégagement des enjeux.

Reformulation : Le sujet nous invite à examiner si le développement des outils et des méthodes techniques, loin de nous affranchir des contraintes naturelles ou sociales, ne pourrait pas paradoxalement engendrer de nouvelles formes de dépendance ou d'asservissement. En d'autres termes, la puissance d'action que la technique nous confère est-elle toujours synonyme d'une autonomie accrue, ou peut-elle au contraire menacer notre capacité à agir selon notre propre arbitre et à choisir librement nos fins ?

Point méthode : Une bonne reformulation ne se contente pas de paraphraser. Elle explicite les tensions et les problèmes que le sujet contient, anticipant ainsi les axes de ton argumentation.

Exercice 4 : Dégager la Structure Argumentative

Énoncé : Analyse l'extrait suivant de Jean-Paul Sartre et dégage les étapes de son raisonnement. Comment l'auteur construit-il son argumentation pour arriver à sa conclusion ?

« L'homme est condamné à être libre. Condamné, parce qu'il ne s'est pas créé lui-même, et par ailleurs libre, parce qu'une fois jeté dans le monde, il est responsable de tout ce qu'il fait. L'existentialiste ne croit pas à la puissance de la passion. Il ne pensera pas qu'une belle passion est un torrent dévastateur qui conduit fatalement l'homme à certains actes, et qui, par conséquent, est une excuse. Il pense que l'homme est responsable de sa passion. »
— Jean-Paul Sartre, L'existentialisme est un humanisme

Barème indicatif : 5 points

Correction :

Étape 1 : Identifier la thèse initiale.

La thèse est énoncée dès la première phrase : "L'homme est condamné à être libre."

Étape 2 : Analyser la justification de cette thèse.

Sartre explique pourquoi "condamné" (non-création de soi) et pourquoi "libre" (responsabilité totale après son apparition). Il établit un lien direct entre liberté et responsabilité.

Étape 3 : Identifier un contre-argument ou une objection que l'auteur réfute.

L'auteur aborde la question de la "passion" comme une possible excuse. Il réfute cette idée en affirmant que l'existentialiste ne croit pas à sa puissance dévastatrice et, surtout, que l'homme "est responsable de sa passion."

Structure argumentative :

  1. Affirmation de la thèse paradoxale : L'homme est "condamné à être libre".
  2. Explication du paradoxe : Il est "condamné" car il n'a pas choisi son existence ; il est "libre" car il est entièrement responsable de ses actes une fois existant.
  3. Réfutation d'une objection potentielle : L'argument de la "passion" comme excuse est invalidé. Sartre affirme que l'homme est également responsable de ses passions.
  4. Conclusion implicite : La liberté chez Sartre est une charge absolue, impliquant une responsabilité totale, sans échappatoire.

Astuce méthode : Pour comprendre la structure argumentative, cherche les connecteurs logiques (implicites ou explicites), les affirmations, les justifications, les exemples, et les éventuelles réfutations d'objections.

Exercice 5 : Rôle d'un Connecteur Logique

Énoncé : Dans l'extrait suivant de René Descartes, identifie le rôle du mot "Car" au début de la deuxième phrase. Quelle fonction remplit-il dans l'argumentation de l'auteur ?

« Je pense, donc je suis. Car il faut nécessairement que je sois quelque chose pendant que je pense. »
— René Descartes, Discours de la méthode

Barème indicatif : 3 points

Correction :

Étape 1 : Identifier le connecteur.

Le connecteur est "Car".

Étape 2 : Analyser la relation entre les deux propositions.

La première proposition est "Je pense, donc je suis". La deuxième est "il faut nécessairement que je sois quelque chose pendant que je pense." La deuxième proposition apporte une explication ou une justification à la première.

Rôle du connecteur "Car" :

Dans cet extrait, le mot "Car" introduit une justification ou une explication de l'affirmation précédente ("Je pense, donc je suis"). Il signifie "parce que" ou "en effet". Descartes ne se contente pas de poser le Cogito, il en donne immédiatement la raison fondamentale : l'acte même de penser implique nécessairement l'existence d'un sujet pensant. Le "Car" marque donc le passage de l'affirmation à sa preuve.

Point méthode : Les connecteurs logiques sont les "articulations" du texte. Les comprendre, c'est comprendre comment les idées s'enchaînent et se structurent.

Exercice 6 : Formuler une Problématique à partir d'un Texte

Énoncé : Lis attentivement l'extrait suivant de Sigmund Freud. À partir de cette réflexion, formule une problématique philosophique qui pourrait servir de point de départ à une dissertation.

« Le moi n'est pas maître dans sa propre maison. »
— Sigmund Freud, Introduction à la psychanalyse

Barème indicatif : 6 points

Correction :

Étape 1 : Analyser la citation et ses implications.

Freud met en cause l'idée d'un moi conscient et totalement rationnel qui maîtriserait toutes ses pensées et actions. L'expression "sa propre maison" renvoie à la subjectivité, à l'intériorité de l'individu. "Pas maître" suggère l'existence de forces intérieures (l'inconscient) qui échappent à son contrôle.

Étape 2 : Identifier les concepts philosophiques en jeu.

Moi, conscience, inconscient, liberté, autonomie, maîtrise de soi, rationalité, identité.

Étape 3 : Formuler une question qui expose la tension ou le problème.

La problématique doit interroger la nature du moi et son degré d'autonomie face aux déterminations inconscientes.

Problématique possible :

Dans quelle mesure le sujet conscient peut-il prétendre à une pleine maîtrise de soi et à une réelle autonomie, si son propre psychisme est traversé par des forces inconscientes qui lui échappent ?

Autres formulations pertinentes :

  • Faut-il renoncer à l'idée d'un moi rationnel et maître de ses décisions face à la découverte de l'inconscient ?
  • La connaissance de l'inconscient est-elle un obstacle ou, paradoxalement, une condition de notre liberté et de notre maîtrise de soi ?

Point méthode : Une problématique efficace met en tension deux idées, soulève une difficulté ou un paradoxe. Elle ne doit pas être une simple question de cours, mais inviter à une réflexion argumentée.

Exercice 7 : Élaborer une Ébauche d'Introduction de Dissertation

Énoncé : À partir de la problématique suivante, propose une ébauche d'introduction de dissertation (accroche, définition des termes clés et annonce de problématique). Tu n'as pas besoin d'annoncer de plan détaillé.

Problématique : "L'homme peut-il se passer de l'art pour comprendre le monde ?"

Barème indicatif : 7 points

Correction :

Étape 1 : Trouver une accroche pertinente.

L'accroche peut être une citation, un fait d'actualité, une observation générale sur l'art ou la connaissance.

Étape 2 : Définir les termes clés.

  • Art : Création humaine visant à exprimer ou à représenter une vision du monde, une émotion, une idée, sous une forme esthétique (peinture, musique, littérature, sculpture.).
  • Comprendre le monde : Saisir la signification, les causes, les lois qui régissent la réalité, qu'elle soit naturelle, humaine ou sociale. Cela implique la connaissance, l'interprétation, le sens.
  • Se passer de : Implique l'idée d'une nécessité ou d'une contingence. L'art est-il indispensable ou seulement une voie parmi d'autres ?

Étape 3 : Introduire la problématique.

La problématique doit découler logiquement des définitions et des enjeux soulevés.

Ébauche d'introduction :

Dès l'aube de l'humanité, l'art, sous ses multiples formes, a accompagné les civilisations, des fresques rupestres aux symphonies contemporaines. Cette présence constante soulève une question fondamentale quant à son rôle dans notre rapport au réel. Si la science prétend offrir une connaissance objective du monde, et si la philosophie s'efforce d'en dégager le sens par la raison, quelle place reste-t-il à l'art ? Est-il un simple divertissement, une parure de l'existence, ou constitue-t-il une voie de compréhension du monde à part entière, voire indispensable ? Ainsi, nous sommes amenés à nous demander : l'homme peut-il réellement se passer de l'art pour comprendre le monde ?

Astuce méthode : Une introduction réussie doit capter l'attention, montrer que tu as bien cerné le sujet, et poser clairement le problème que tu vas résoudre dans ta dissertation.

Exercice 8 : Dégager Implicites et Présupposés

Énoncé : L'affirmation populaire "L'habit ne fait pas le moine" est souvent utilisée pour dénoncer les apparences trompeuses. Mais quels sont les présupposés de cette maxime ? Que nous dit-elle implicitement sur la relation entre l'être et le paraître ?

Barème indicatif : 5 points

Correction :

Étape 1 : Analyser l'affirmation explicite.

L'affirmation explicite est que l'apparence extérieure (l'habit) n'est pas garante de l'essence ou de la véritable identité d'une personne (le moine, symbole d'une certaine moralité, spiritualité).

Étape 2 : Identifier les présupposés.

Un présupposé est ce qui est supposé vrai pour que l'affirmation ait un sens.

  • Elle présuppose qu'il existe une distinction, voire une opposition, entre l'apparence (ce que l'on voit) et la réalité profonde (ce que l'on est).
  • Elle présuppose que l'apparence peut être trompeuse, intentionnellement ou non.
  • Elle présuppose qu'il est important de dépasser les premières impressions pour accéder à la vérité d'un être.
  • Elle présuppose qu'il y a un "vrai moine" (une essence) qui ne se réduit pas à son "habit" (une apparence).

Étape 3 : Dégager les implicites sur la relation être/paraître.

Un implicite est ce qui est suggéré sans être dit explicitement.

Présupposés et implicites :

  • Présupposés : La maxime présuppose l'existence d'une dualité entre l'être (la nature profonde, les qualités intrinsèques) et le paraître (l'apparence extérieure, les signes visibles). Elle postule que cette apparence n'est pas nécessairement le reflet fidèle de la réalité interne et qu'elle peut même la masquer. Elle impliqu'une méfiance envers le jugement hâtif basé sur les seules apparences.
  • Implicites sur la relation être/paraître : Elle implique le paraître est secondaire par rapport à l'être, qu'il ne doit pas être le critère ultime de jugement. Elle suggère que l'être est d'une nature plus complexe, plus profonde et moins accessible que le paraître. En nous invitant à ne pas nous fier aux apparences, elle nous exhorte à une démarche d'analyse critique, à chercher au-delà du visible pour connaître véritablement autrui ou une situation.

Point méthode : Débusquer les présupposés et les implicites permet de sonder la profondeur d'une affirmation et de révéler les conceptions du monde qu'elle véhicule, souvent sans que nous en ayons conscience.

Exercice 9 : Analyser la Confrontation de Thèses

Énoncé : Lis les deux extraits suivants et identifie les thèses qu'ils défendent. Explique en quoi elles s'opposent et quel est l'enjeu philosophique de cette opposition.

Texte A : « Le souverain n'est pas lié par les lois civiles, car être lié par les lois, c'est être contraint, et c'est celui qui contraint les autres. »
— Jean Bodin, Les Six Livres de la République

Texte B : « La loi n'est pas au-dessus de l'homme, mais l'homme est au-dessus de la loi. »
— Jean-Jacques Rousseau, Du Contrat social (interprétation libre d'une idée)

Barème indicatif : 7 points

Correction :

Étape 1 : Identifier la thèse de chaque texte.

  • Thèse du Texte A (Bodin) : Le souverain est au-dessus des lois qu'il édicte. Sa puissance est absolue et inconditionnelle, car être soumis à la loi reviendrait à le contredire dans son essence de contrainte.
  • Thèse du Texte B (Rousseau) : L'homme (le peuple souverain) est la source et le fondement de la loi. La loi tire sa légitimité du fait d'être voulue par l'homme, elle est son expression, et non une entité supérieure qui lui serait imposée.

Étape 2 : Expliquer l'opposition.

Les deux thèses s'opposent sur la nature et la source de la souveraineté, ainsi que sur la relation entre le pouvoir et la loi.

  • Bodin affirme une souveraineté incarnée par un monarque, supérieure et non soumise aux lois civiles qu'elle crée.
  • Rousseau (via l'interprétation) place la souveraineté dans le peuple, et la loi comme l'expression de la volonté générale de ce peuple, ce qui signifie que le peuple est la source de la loi et n'y est pas aliéné mais s'y auto-légifère.

Étape 3 : Dégager l'enjeu philosophique.

L'enjeu est majeur pour la philosophie politique : il s'agit de savoir qui détient le pouvoir légitime (un monarque absolu ou le peuple) et si ce pouvoir est lui-même limité par des principes (la loi naturelle, la volonté générale) ou s'il est entièrement discrétionnaire.

Opposition et enjeu :

Les deux textes s'opposent radicalement sur la source et la nature de la souveraineté. Bodin défend une souveraineté absolue et indivisible, incarnée par le souverain (monarque), qui est au-dessus des lois civiles pour pouvoir les faire et les défaire. Sa puissance est la condition même de l'ordre. Rousseau (à travers l'idée exprimée) développe une conception de la souveraineté populaire, où le peuple est à la fois l'auteur et le sujet de la loi. La loi n'est pas une contrainte extérieure mais l'expression de la volonté générale, ce qui rend l'homme "au-dessus" de la loi en tant qu'il la produit et s'y conforme librement.

L'enjeu philosophique réside dans la question fondamentale de la légitimité du pouvoir et de la définition de la liberté politique. Est-ce un pouvoir absolu et unilatéral qui garantit l'ordre (Bodin), ou une auto-législation collective qui fonde la vraie liberté (Rousseau) ? Cette opposition questionne les fondements mêmes de l'État et le rapport du citoyen à la loi.

Astuce méthode : Pour comparer des thèses, identifie d'abord précisément ce que chacune affirme, puis cherche le point de désaccord central. L'enjeu est la question plus vaste que ce désaccord permet de soulever.

Exercice 10 : Élaboration d'un Plan Détaillé de Dissertation

Énoncé : À partir du sujet de dissertation suivant, propose un plan détaillé en trois parties, avec pour chaque partie et sous-partie, une idée directrice et deux arguments ou exemples philosophiques. Ton plan doit montrer une progression logique et une complexification de la pensée.

« Le bonheur est-il une illusion ? »

Barème indicatif : 10 points

Correction :

Étape 1 : Analyser le sujet et définir les termes.

  • Bonheur : État de satisfaction complète et durable, idéal de vie, sentiment de plénitude, absence de souffrance.
  • Illusion : Erreur de jugement, fausse apparence, croyance trompeuse qui persiste malgré les preuves du contraire (Freud), ou qui n'est pas forcément fausse mais indémontrable (Kant).
  • La question "Est-il" invite à examiner la nature du bonheur et sa réalité, sa possibilité ou son caractère chimérique.

Étape 2 : Dégager la problématique.

Le bonheur, aspiration universelle, est-il un état accessible et réel, ou n'est-il qu'une construction de l'esprit, une vaine espérance qui nous détourne de la réalité ?

Étape 3 : Construire un plan progressif (thèse, antithèse, synthèse/dépassement).

Plan détaillé :

Introduction : (Accroche sur l'aspiration humaine au bonheur / Définition du bonheur et de l'illusion / Problématique : Le bonheur, visée ultime de l'existence, n'est-il qu'une chimère, une fabrication de l'esprit, ou une réalité à conquérir ?)

I. Le bonheur comme idéal et quête fondamentale de l'existence. (Thèse : Le bonheur est une aspiration réelle et atteignable)

Idée directrice : L'homme cherche naturellement le bonheur et la raison peut l'y aider.

  • A. Le bonheur comme finalité naturelle de l'homme :
    • Arguments : Aristote (eudémonisme, bonheur comme accomplissement de soi par la vertu).
    • Exemples : La recherche du bien-être, de la satisfaction des désirs raisonnables.
  • B. Le bonheur comme idéal à construire par la raison :
    • Arguments : Épicure (plaisir-absence de trouble/douleur, sagesse). La vertu permet d'accéder à la sérénité.
    • Exemples : La modération des désirs, l'ataraxie.

II. Le bonheur comme illusion face aux contraintes du réel et de notre nature. (Antithèse : Le bonheur est une chimère)

Idée directrice : Le bonheur est une construction subjective, voire une fuite, confrontée aux limites de l'existence et de la conscience.

  • A. L'illusion du bonheur liée à l'insatiabilité des désirs :
    • Arguments : Schopenhauer (vie comme souffrance, bonheur comme cessation momentanée de la douleur). Platon (mythe du tonneau des Danaïdes).
    • Exemples : Le désir toujours renaissant, l'insatisfaction chronique.
  • B. Le bonheur comme illusion nécessaire ou dangereuse :
    • Arguments : Freud (bonheur comme réalisation des désirs infantiles, en conflit avec le principe de réalité). Kant (le bonheur n'est pas un concept de la raison, mais de l'imagination, et n'est pas un devoir moral).
    • Exemples : La religion comme "opium du peuple" (Marx), les idéologies utopiques.

III. Le bonheur : une quête exigeante, non pas une illusion mais un dépassement. (Synthèse : Le bonheur est une construction personnelle, une tension)

Idée directrice : Le bonheur n'est ni une illusion totale ni une donnée, mais une exigence éthique et une démarche philosophique.

  • A. Accepter l'imperfection et la fragilité du bonheur :
    • Arguments : Spinoza (le bonheur n'est pas la récompense de la vertu, mais la vertu elle-même, une joie active). Stoïciens (accepter ce qui ne dépend pas de nous).
    • Exemples : La résilience face aux épreuves, la sagesse pratique.
  • B. Le bonheur comme engagement et création de sens :
    • Arguments : Camus (le mythe de Sisyphe, le bonheur dans la révolte et la conscience absurde). Nietzsche (le bonheur comme sentiment de puissance, de dépassement de soi).
    • Exemples : L'engagement dans un projet, la création artistique, la liberté d'inventer ses valeurs.

Conclusion : (Rappel des grandes étapes / Réponse nuancée à la problématique : le bonheur n'est pas une illusion si on le conçoit non comme un état permanent de satisfaction, mais comme une dynamique, une orientation de vie, une construction personnelle qui impliqu'une conscience lucide des limites et un engagement constant. Ouverture sur le lien entre bonheur et quête de sens.)

Point méthode : Un plan détaillé doit montrer une progression dialectique (thèse, antithèse, synthèse) ou thématique. Chaque sous-partie doit avoir une idée claire, appuyée par des arguments et des références philosophiques précises. C'est l'ossature de ta réflexion !

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