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Les grandes philosophies : Stoïcisme, Existentialisme, Absurde

Ce que disent vraiment Épictète, Sartre et Camus, ce qui les sépare, les contresens à éviter et trois exercices corrigés.

Cet article a été rédigé à des fins pédagogiques. Les informations présentées peuvent évoluer. Nous t’invitons à vérifier auprès de sources officielles.

Stoïcisme, existentialisme et absurde répondent à la même question : comment vivre quand le monde ne se plie pas à ce qu'on veut. Les stoïciens séparent ce qui dépend de toi de ce qui n'en dépend pas, Sartre affirme que l'homme n'est que ce qu'il fait, et, pour Camus, il faut vivre lucidement dans un monde qui ne donne aucun sens. Devant un refus en master, le stoïcien distingue la décision du jury de l'opinion qu'il s'en fait, le sartrien s'interdit le « je ne suis pas fait pour ça », le lecteur de Camus recommence sans garantie.

Le stoïcisme : ce qui dépend de nous

Né à Athènes vers 300 av. J.-C. avec Zénon de Kition, qui enseignait sous un portique peint (en grec, stoa), le stoïcisme nous est surtout connu par Sénèque, Marc Aurèle et Épictète. Le Manuel d'Épictète, rédigé par son disciple Arrien, commence ainsi :

« Parmi les choses, les unes dépendent de nous, les autres n'en dépendent pas. » (Épictète, Manuel, I, trad. Guyau)

Dépendent de nous « l'opinion, le vouloir, le désir, l'aversion » ; n'en dépendent pas « le corps, les biens, la réputation, les dignités » (les honneurs). Ta note est dans la seconde liste, le jugement que tu portes sur elle dans la première.

Pour les stoïciens, le seul bien est la vertu, une raison qui juge juste. Santé, argent, réputation sont des « indifférents » : on peut les préférer, ils ne rendent ni heureux ni malheureux. Une passion, comme la peur, naît d'un jugement faux qui les prend pour des biens ou des maux.

Règle : « Ce qui trouble les hommes, ce ne sont pas les choses, mais leurs opinions sur les choses. » (Manuel, V). Corrige le jugement, la passion tombe.

Le but est de vivre en accord avec la nature, c'est-à-dire avec la raison qui ordonne le monde. D'où ce conseil : « Ne demande pas que ce qui arrive arrive comme tu le veux, mais veux ce qui arrive comme il arrive » (VIII).

Piège classique : « stoïque », au sens courant, c'est endurer sans se plaindre. La doctrine n'est ni résignation, puisque le stoïcien agit et que seul le résultat lui échappe, ni insensibilité : elle supprime les passions, qui sont des jugements faux, pas toute émotion.

L'existentialisme : l'existence précède l'essence

En octobre 1945, Jean-Paul Sartre donne à Paris une conférence publiée en 1946, L'existentialisme est un humanisme. Sa thèse : chez l'homme, « l'existence précède l'essence ». L'essence, c'est la définition d'une chose ; l'existence, le fait d'être là.

Un coupe-papier est pensé par l'artisan avant d'être fabriqué : son essence précède son existence. Si un Dieu créateur avait conçu l'homme, il en irait de même. Or, pour Sartre, « il n'y a pas de nature humaine, puisqu'il n'y a pas de Dieu pour la concevoir » : « l'homme n'est rien d'autre que ce qu'il se fait ». Il range Jaspers parmi les existentialistes chrétiens, Heidegger et lui parmi les athées.

D'où une liberté totale : « l'homme est condamné à être libre », condamné parce qu'il ne s'est pas créé, libre parce qu'il est « responsable de tout ce qu'il fait ». L'angoisse est le sentiment de cette responsabilité, car « en me choisissant, je choisis l'homme ».

Définition : la mauvaise foi consiste à se cacher sa liberté derrière une excuse, sa nature ou les circonstances. « Tout homme qui invente un déterminisme », c'est-à-dire une cause qui le forcerait, « est un homme de mauvaise foi ».

Exemple : pendant la guerre, un élève de Sartre hésite entre « partir pour l'Angleterre et s'engager dans les Forces Françaises Libres » et rester pour aider sa mère. Aucune morale ne tranche à sa place. Sartre lui répond : « vous êtes libre, choisissez, c'est-à-dire inventez ».

Piège classique : la formule ne vaut que pour l'homme, pas pour le coupe-papier. Et elle ne promet pas qu'on puisse devenir n'importe quoi : l'élève n'a choisi ni la guerre ni sa famille ; il choisit ce qu'il en fait.

L'absurde : l'homme face au monde

Le Mythe de Sisyphe d'Albert Camus (1942) s'ouvre ainsi : « Il n'y a qu'un problème philosophique vraiment sérieux : c'est le suicide. » Autrement dit : la vie vaut-elle la peine d'être vécue ?

Définition : « L'absurde naît de cette confrontation entre l'appel humain et le silence déraisonnable du monde. » L'homme veut que tout ait un sens, le monde ne répond pas. L'absurde n'est donc ni dans l'un ni dans l'autre, « mais dans leur présence commune » : c'est un divorce.

Camus en fait une règle : ne supprimer aucun des deux termes. Le suicide supprime l'homme. L'autre fuite est le « suicide philosophique » : Kierkegaard, Chestov ou Jaspers partent de l'absurde, puis sautent vers un espoir qui le dépasse, « d'essence religieuse », que Camus refuse sans nier Dieu pour autant.

Reste à vivre avec l'absurde. Camus en tire « trois conséquences qui sont ma révolte, ma liberté et ma passion » : ne jamais y consentir, ne plus régler sa vie sur un lendemain, et, puisque « ce qui compte n'est pas de vivre le mieux mais de vivre le plus », épuiser ce qui est donné. Il en conclut qu'il refuse le suicide. Si la question te concerne autrement que dans un livre, le 3114 répond gratuitement, jour et nuit.

Sisyphe, condamné par les dieux à pousser sans fin un rocher qui retombe, en est l'image : « Si ce mythe est tragique, c'est que son héros est conscient. » Mais « la lutte elle-même vers les sommets suffit à remplir un cœur d'homme. Il faut imaginer Sisyphe heureux. »

Piège classique : ne range pas Camus sous l'étiquette de Sartre. Il dit traiter « d'une sensibilité absurde », « et non d'une philosophie absurde », et reproche aux philosophies existentielles de lui proposer « l'évasion ». Et le monde, pour Camus, n'est pas méchant : il est muet.

Trois réponses comparées

Les trois courants placent l'essentiel dans ce que l'esprit fait de ce qui arrive. Ils se séparent sur le sens du monde. Le stoïcien peut vouloir ce qui arrive, parce que le monde est réglé par la raison. Pour Sartre, aucune valeur n'y est écrite : l'homme les invente en choisissant. Camus refuse de consentir, parce que le monde se tait.

Exercices corrigés

Exercice 1 : Attribue chaque phrase au stoïcisme, à Sartre ou à Camus. (a) « Ce n'est pas mon échec qui m'abat, c'est ce que j'en pense. » (b) « Si je me dis timide de nature, je me cherche une excuse. » (c) « Je refais chaque matin le même travail, sans but, et je ne me mens pas là-dessus. »

Correction :

(a) Stoïcisme : ce n'est pas la chose qui trouble, c'est l'opinion qu'on en a.

(b) Sartre : invoquer une nature pour ne pas agir, c'est de la mauvaise foi.

(c) Camus : c'est la situation de Sisyphe, vécue avec lucidité. Le piège était d'y voir de la mauvaise foi : celui qui parle ne se cache rien.

Exercice 2 : Léa, en deuxième année de droit, dit : « Je n'ai pas le choix, mes parents paient mes études, je dois continuer. » Que lui répondrait Sartre ? Que ne lui reprocherait-il pas ?

Correction :

Le financement est un fait de sa situation : il pèse sur sa décision, il ne la prend pas à sa place. Présenter ce choix comme une nécessité, c'est inventer un déterminisme, donc de la mauvaise foi.

Sartre ne lui reprocherait pas de continuer le droit : comme pour son élève, aucune morale ne dicte le bon choix. Version honnête : « Je choisis de continuer, pour garder l'aide de mes parents. »

Exercice 3 : Sujet de dissertation : « Être libre, est-ce accepter ce qui arrive ? » Propose une problématique et un plan en trois parties avec Épictète, Sartre et Camus.

Correction :

Problématique : accepter semble renoncer à agir ; mais vouloir ce qui ne dépend pas de nous rend esclave des événements. La liberté est-elle consentement, choix ou révolte ?

I. Oui, pour Épictète : « les choses qui dépendent de nous sont par nature libres ». Qui veut ce qui arrive comme il arrive ne peut être contrarié.

II. Mais accepter peut servir d'alibi : pour Sartre, dire « c'est ainsi » pour ne pas choisir est de la mauvaise foi. Être libre, c'est choisir et en répondre.

III. Reconnaître sans consentir : Camus regarde l'absurde en face mais refuse d'y consentir, et Sisyphe enseigne « la fidélité supérieure qui nie les dieux et soulève les rochers ». La liberté devient lucidité révoltée.

À retenir

À retenir :

  • Épictète : distinguer ce qui dépend de nous (opinions, désirs) du reste (corps, biens, réputation) ; nos opinions nous troublent, pas les choses.
  • Sartre : l'existence précède l'essence ; l'homme est condamné à être libre, et la mauvaise foi s'invente des excuses.
  • Camus : l'absurde naît du divorce entre l'appel humain et le silence du monde ; ni suicide ni espoir, mais révolte, liberté, passion.

Sources

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