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La Liberté : Sommes-Nous Vraiment Libres ?

Traiter le sujet en dissertation : lire les mots, poser le problème, construire un plan avec Descartes et Spinoza, puis t'entraîner sur trois exercices corrigés.

Cet article a été rédigé à des fins pédagogiques. Les informations présentées peuvent évoluer. Nous t’invitons à vérifier auprès de sources officielles.

Sur ce sujet, tout se joue sur le mot « vraiment » : on ne te demande pas si tu te sens libre, mais si ce sentiment dit vrai. Ton téléphone vibre, tu l'ouvres « parce que tu l'as décidé » : as-tu choisi, ou réagi ? Pour traiter la question, pars de ce sentiment de liberté, cherche ce qui peut le rendre trompeur, puis demande-toi à quelle condition la liberté devient réelle.

Ce que le sujet demande

Avant d'avoir un avis, lis chaque mot. Le programme de terminale le demande en toutes lettres : « indiquer les sens d'un mot et préciser celui que l'on retient pour construire un raisonnement ».

« Libres » a deux sens, et le sujet vit de leur écart.

Définition : être libre d'agir, c'est pouvoir faire ce que l'on veut sans contrainte extérieure : personne ne t'enferme, ne t'interdit, ne te force. Être libre de vouloir, c'est être soi-même à l'origine de sa décision, sans y être poussé par des causes qu'on ne maîtrise pas : c'est ce qu'on appelle le libre arbitre.

« Vraiment » oppose l'apparence et la réalité. Il suppose que nous nous croyons libres et soupçonne une illusion. Oublie-le, et tu traites un autre sujet : « Sommes-nous libres ? ».

« Nous » désigne les êtres humains en général, pas toi seul ni un pays en particulier. Comme le doute porte sur ce que nous ressentons quand nous choisissons, la question vise d'abord la liberté de vouloir.

« Sommes » présente la liberté comme un état, quelque chose qu'on possède ou non. Garde ce détail en tête : ta dernière partie pourra le contester.

Le problème à poser

Un problème, en philosophie, c'est une vraie difficulté : deux réponses qui paraissent justes chacune et qui ne peuvent pas l'être ensemble. Rapproche les deux sens de « libre », et elle apparaît.

D'un côté, rien ne semble plus sûr que ta liberté : quand tu hésites, tu sens que la décision dépend de toi. De l'autre, chacun de tes choix a des causes : ton caractère, ton éducation, ton humeur, ce que tu viens de voir. Or le seul témoin de ta liberté, c'est ta conscience, et elle ne voit pas forcément ces causes.

Exemple : une problématique possible. « Le sentiment d'être libre prouve-t-il que nous le sommes, ou vient-il justement de ce que nous ignorons ce qui nous fait agir ? »

Piège classique : répondre dès l'introduction, du genre « oui, nous sommes libres, puisque nous pouvons choisir ». Cette réponse tient pour réglé ce que le sujet met en doute : pouvoir choisir ne dit rien de la manière dont le choix se fait en toi. Autre dérive : partir sur la liberté d'expression ou le droit de vote. Ce n'est pas faux, c'est une autre question.

Un plan possible

Il n'existe pas de plan unique. Celui-ci avance du sentiment au soupçon, puis du soupçon à une autre idée de la liberté. Il suit un seul exemple, tes vœux d'orientation, car un exemple ne décore pas : il teste chaque idée.

Partie 1 : nous nous sentons libres, et ce sentiment compte. Quand tu classes tes vœux, tu pèses, tu hésites, tu peux revenir en arrière : tu fais l'expérience d'un choix qui dépend de toi. Descartes y voit une évidence : « la liberté de notre volonté se connaît sans preuve, par la seule expérience que nous en avons » (Principes de la philosophie, I, 39). Sans elle, on ne pourrait ni reprocher une faute ni saluer un effort.

Partie 2 : ce sentiment peut tromper. Pour Spinoza, « les hommes se trompent en ce qu'ils se croient libres » : ils « ont conscience de leurs actions et sont ignorants des causes par où ils sont déterminés » (Éthique, II, scolie de la proposition 35). Reprends tes vœux : ils doivent beaucoup à ton milieu, à tes notes, à ce que visent tes amis. Pour lui, te sentir libre prouve seulement que tu ne vois pas ces causes.

Partie 3 : la liberté n'est pas un état qu'on constate, c'est un pouvoir qu'on gagne. Si l'ignorance des causes fabrique l'illusion, les connaître donne prise sur elles : c'est la voie de Spinoza lui-même. On peut aussi penser la liberté comme autonomie (du grec autos, soi-même, et nomos, la loi) : obéir à une règle qu'on s'est donnée plutôt qu'à une impulsion. Si tu te demandes d'où viennent tes vœux avant de les valider, tu ne supprimes aucune cause, mais ton choix devient vraiment le tien.

Chaque partie naît de la limite de la précédente. La deuxième commence là où le sentiment ne prouve plus rien ; la troisième, là où le soupçon menace d'enlever tout sens au reproche et à l'effort. C'est ce lien qui fait une dissertation, et non trois exposés mis bout à bout.

Piège classique : une troisième partie en « juste milieu », du type « nous sommes un peu libres et un peu déterminés ». Elle ne répond à rien. Une bonne dernière partie change le sens du mot liberté, et c'est ce déplacement qui répond au « vraiment ».

Exercices corrigés

Cherche sur ta feuille avant d'ouvrir chaque correction.

Exercice 1 : Pour chaque situation, dis quel sens de « libre » est en jeu : la liberté d'agir, la liberté de vouloir, ou les deux.

a) Un lycéen veut sortir samedi soir, et ses parents le lui interdisent.

b) Une fumeuse a décidé d'arrêter, et rallume pourtant une cigarette après le repas.

c) Un élève choisit la même filière que ses deux frères, sans s'être jamais demandé s'il en avait envie.

d) Une opposante emprisonnée refuse de signer les aveux qu'on exige d'elle.

Correction :

a) La liberté d'agir : sa volonté est claire, c'est un obstacle extérieur qui l'arrête.

b) La liberté de vouloir : personne ne la force, elle fait ce qu'elle veut sur le moment, mais pas ce qu'elle avait décidé. Sa volonté est divisée.

c) La liberté de vouloir : rien ne l'empêche d'agir et il se sent libre, mais son choix vient peut-être de causes qu'il ne voit pas. C'est le soupçon de Spinoza.

d) Les deux : elle a perdu la liberté d'agir, mais elle reste maîtresse de sa décision. Les deux sens de « libre » peuvent donc se séparer.

Exercice 2 : Voici l'introduction d'un élève sur le sujet « Sommes-nous vraiment libres ? ». Repère ce qui ne va pas, puis écris la phrase qui pose le problème.

« Depuis toujours, l'homme se demande s'il est libre. Selon le dictionnaire, la liberté, c'est faire ce que l'on veut. Nous verrons d'abord que nous sommes libres, puis que nous ne sommes pas libres. »

Correction :

La première phrase ne dit rien : elle pourrait ouvrir n'importe quel sujet. La deuxième retient une seule définition, celle de la liberté d'agir, sans voir que le sujet joue sur l'écart avec la liberté de vouloir. Le mot « vraiment » a disparu : l'élève traite « Sommes-nous libres ? ». Enfin, l'annonce « oui, puis non » ne pose aucun problème : elle promet deux réponses contraires sans dire comment on passe de l'une à l'autre.

Une phrase possible : « Nous sentons bien que nous choisissons ; mais si ce sentiment venait de notre ignorance des causes de nos choix, il ne prouverait rien. Être libre, est-ce seulement se sentir libre ? »

Exercice 3 : Le sujet « Suffit-il de faire ce que l'on veut pour être libre ? » ressemble au nôtre. Explique ce qui l'en distingue, puis propose un problème et les trois étapes d'un plan.

Correction :

Le nôtre part du sentiment de liberté ; celui-ci fournit une définition, la liberté d'agir, et demande si elle suffit. Il vise donc le vouloir : faire ce que je veux, est-ce être libre, si je n'ai pas choisi ce que je veux ?

Problème possible : si mes désirs viennent de causes que je ne maîtrise pas, faire ce que je veux revient peut-être à leur obéir.

Plan possible. D'abord, faire ce que l'on veut sans obstacle est la forme la plus visible de la liberté, celle que perd le prisonnier. Ensuite, on peut vouloir ce qui nous asservit : le joueur qui relance une partie à trois heures du matin fait ce qu'il veut, et le regrette. Enfin, être libre suppose de maîtriser son vouloir : la liberté d'agir est nécessaire, mais elle ne suffit pas.

À retenir

À retenir :

  • « Vraiment » oppose le sentiment de liberté et la liberté réelle : c'est le cœur du sujet.
  • Distingue la liberté d'agir, sans contrainte extérieure, et la liberté de vouloir, ou libre arbitre.
  • Le problème : le sentiment d'être libre prouve-t-il qu'on l'est, ou vient-il de l'ignorance des causes ?
  • Un plan possible : le sentiment (Descartes), le soupçon (Spinoza), puis la liberté comme pouvoir à gagner.
  • La dernière partie déplace le sens du mot liberté ; elle ne coupe pas la poire en deux.

Sources

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