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Montesquieu et L'Esprit des lois : Analyse Complète

L'esprit des lois, les trois gouvernements, la liberté politique et « le pouvoir arrête le pouvoir » : les idées de Montesquieu, citations à l'appui, avec trois exercices corrigés.

Cet article a été rédigé à des fins pédagogiques. Les informations présentées peuvent évoluer. Nous t’invitons à vérifier auprès de sources officielles.

Dans De l'esprit des lois (1748), Montesquieu (1689-1755) défend une thèse : il n'y a de liberté que là où « le pouvoir arrête le pouvoir ». Si le même homme écrivait la loi pénale puis jugeait ceux qui l'enfreignent, il pourrait faire un crime de n'importe quel acte, et personne ne serait à l'abri. Derrière cette thèse, une méthode : comprendre chaque loi par ses rapports avec le régime, le climat, la religion ou les mœurs du peuple qui la reçoit.

Ce que veut dire « l'esprit des lois »

Le livre I définit les lois, « dans la signification la plus étendue », comme « les rapports nécessaires qui dérivent de la nature des choses » (I, 1). Une loi, c'est d'abord un rapport : un lien régulier qu'on peut découvrir et expliquer.

Les lois d'un peuple doivent ainsi être relatives « au physique du pays », au climat, au terrain, à la religion, au commerce, aux mœurs. Ces rapports « forment tous ensemble ce que l'on appelle l'esprit des lois » (I, 3).

Piège classique : en conclure que toutes les lois se valent. Pour Montesquieu, « la loi, en général, est la raison humaine, en tant qu'elle gouverne tous les peuples de la terre » (I, 3) ; seules ses applications varient d'un peuple à l'autre.

Trois gouvernements, trois ressorts

Montesquieu distingue trois gouvernements : républicain, monarchique et despotique (II, 1). La nature d'un gouvernement, c'est « ce qui le fait être tel » : qui gouverne, et comment. Son principe, c'est « ce qui le fait agir » : les passions humaines qui le font marcher (III, 1).

GouvernementNaturePrincipe
République démocratiquele peuple en corps (tout entier)la vertu, « l'amour des lois et de la patrie » (IV, 5)
République aristocratiqueune partie du peuplela modération (III, 4)
Monarchieun seul, « par des lois fixes et établies »l'honneur
Despotismeun seul, « sans loi et sans règle »la crainte

Être vertueux, en république, c'est préférer l'intérêt public au sien. L'honneur monarchique, « le préjugé de chaque personne et de chaque condition » (III, 6), c'est le désir de se distinguer et de tenir son rang. Il remplace la vertu, et le régime tient quand même : chacun « va au bien commun, croyant aller à ses intérêts particuliers » (III, 7).

Piège classique : prendre « principe » pour une valeur que le régime défend. C'est son ressort : dire que le despotisme tient par la crainte n'en fait pas l'éloge.

La liberté politique

Au livre XI, Montesquieu écarte la réponse spontanée : « Il est vrai que, dans les démocraties, le peuple paraît faire ce qu'il veut ; mais la liberté politique ne consiste point à faire ce que l'on veut » (XI, 3).

Sa définition : « La liberté est le droit de faire tout ce que les lois permettent. » Car si un citoyen pouvait faire ce que les lois défendent, il ne serait plus libre lui-même, puisque les autres auraient le même pouvoir.

Au chapitre 6, il la décrit comme « cette tranquillité d'esprit qui provient de l'opinion que chacun a de sa sûreté ». L'opinion, ici, c'est la conviction : être libre, c'est savoir qu'on n'a rien à craindre des autres citoyens.

Autre surprise : « La démocratie et l'aristocratie ne sont point des États libres par leur nature » (XI, 4). Que le peuple gouverne ne garantit rien ; la liberté n'existe que « lorsqu'on n'abuse pas du pouvoir ».

Le pouvoir arrête le pouvoir

L'abus menace partout, car « c'est une expérience éternelle, que tout homme qui a du pouvoir est porté à en abuser ; il va jusqu'à ce qu'il trouve des limites » (XI, 4). La solution tient à l'organisation des institutions, pas à la bonté des gouvernants :

« Pour qu'on ne puisse abuser du pouvoir, il faut que, par la disposition des choses, le pouvoir arrête le pouvoir. » (Montesquieu, De l'esprit des lois, XI, 4)

Le chapitre 6 distingue trois « puissances », c'est-à-dire trois pouvoirs : la législative fait les lois, l'exécutrice applique les résolutions publiques, la puissance de juger punit les crimes et tranche les différends entre particuliers.

Si la même personne ou le même corps fait les lois et les exécute, « il n'y a point de liberté ». Si le juge fait aussi la loi, le pouvoir sur la vie et la liberté des citoyens « serait arbitraire ; car le juge serait législateur ». S'il tient aussi l'exécutif, « le juge pourrait avoir la force d'un oppresseur ».

Montesquieu distingue aussi la « faculté de statuer », le droit d'ordonner, et la « faculté d'empêcher », le droit d'annuler la décision d'un autre. La puissance exécutrice « doit prendre part à la législation par sa faculté d'empêcher » : une sorte de droit de veto.

Piège classique : écrire que Montesquieu veut trois pouvoirs qui ne se touchent jamais. Il veut des pouvoirs distincts qui se freinent : un pouvoir peut en freiner un autre, pas prendre sa place.

On retrouve l'idée dans la Déclaration des droits de l'homme et du citoyen de 1789 (article 16) : « Toute société dans laquelle la garantie des droits n'est pas assurée, ni la séparation des pouvoirs déterminée, n'a point de Constitution. »

Le climat et l'esprit général

Au livre XIV, Montesquieu soutient que les lois doivent tenir compte du climat, qui agit sur le caractère et les passions (XIV, 1). Mais ce n'est pas une fatalité : « les mauvais législateurs sont ceux qui ont favorisé les vices du climat, et les bons sont ceux qui s'y sont opposés » (XIV, 5).

Le climat n'est qu'une des choses qui « gouvernent les hommes », avec la religion, les lois, les mœurs et les manières ; de leur ensemble naît « un esprit général » (XIX, 4). Les portraits de peuples qu'il tire du climat ne sont pas des résultats établis : dans une copie, garde la méthode, pas ces généralisations.

Exercices corrigés

Montesquieu figure dans la liste des auteurs du programme de philosophie de terminale générale ; il sert surtout pour les notions d'État, de liberté et de justice.

Exercice 1 : Un roi gouverne seul selon des lois fixes ; un autre décide de tout selon son humeur. Selon Montesquieu, lequel est un monarque, lequel est un despote, et quel principe fait tenir chaque régime ?

Correction :

Le premier est un monarque : il gouverne seul, mais « par des lois fixes et établies », et son régime tient par l'honneur. Le second est un despote : il gouverne « sans loi et sans règle », et son régime tient par la crainte.

Même nombre de gouvernants : la différence tient aux lois fixes.

Exercice 2 : « La liberté est le droit de faire tout ce que les lois permettent » (XI, 3). Un camarade objecte : « Alors, plus il y a de lois, moins on est libre. » Réponds-lui avec Montesquieu.

Correction :

L'objection confond l'indépendance, faire ce que l'on veut, avec la liberté politique, la tranquillité de se savoir en sûreté. Or c'est la loi qui donne cette sûreté, en interdisant à chacun de nuire aux autres.

Une nuance pourtant : toute loi ne libère pas. Si le même pouvoir fait les lois et les exécute, on peut craindre « des lois tyranniques » (XI, 6). La loi protège la liberté quand le pouvoir qui la fait est lui-même arrêté par un autre.

Exercice 3 : Dans un pays imaginaire, le président peut bloquer une loi votée par le Parlement et annuler les jugements des tribunaux. Un journaliste écrit que ces deux pouvoirs violent la séparation des pouvoirs selon Montesquieu. A-t-il raison ?

Correction :

À moitié. Bloquer une loi, c'est la « faculté d'empêcher », que Montesquieu accorde à la puissance exécutrice : c'est un frein, pas une confusion des pouvoirs.

Annuler les jugements, en revanche, c'est juger à la place des juges : exécutif et justice se retrouvent dans les mêmes mains, et « le juge pourrait avoir la force d'un oppresseur ».

À retenir

À retenir :

  • L'esprit des lois : les rapports d'une loi avec le régime, le climat, la religion et les mœurs d'un peuple (I, 3).
  • Principe d'un gouvernement, ce qui le fait agir : vertu en démocratie, modération en aristocratie, honneur en monarchie, crainte dans le despotisme.
  • La liberté politique n'est pas de faire ce que l'on veut : c'est « le droit de faire tout ce que les lois permettent » (XI, 3).
  • « Le pouvoir arrête le pouvoir » (XI, 4) : des puissances distinctes qui se freinent, sans prendre la place l'une de l'autre.
  • Le climat pèse sur les lois sans les fixer d'avance.

Sources

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