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La Conscience : Qui Suis-Je Vraiment ?

Quinze questions sur la conscience et le moi, de Descartes à Freud, chacune avec son explication.

Cet article a été rédigé à des fins pédagogiques. Les informations présentées peuvent évoluer. Nous t’invitons à vérifier auprès de sources officielles.

L'essentiel à connaître

Être conscient, c'est savoir ce que tu vis pendant que tu le vis : tu lis cette phrase et tu sais que tu la lis. Cette conscience est spontanée quand elle vise le monde, réfléchie quand tu reviens sur toi et dis « je » : c'est la conscience de soi. Pour Descartes, ce « je » est une chose qui pense ; d'autres le définissent autrement.

AuteurCe que je suisOù le lire
DescartesUne chose qui pense, distincte du corpsDiscours de la méthode, 1637
LockeUne personne, aussi loin que ma conscience remonte dans mon passéEssai sur l'entendement humain
HumeUn faisceau (un paquet) de perceptions, sans moi fixeTraité de la nature humaine, 1739
HusserlUne conscience toujours « conscience de quelque chose » : c'est l'intentionnalitéMéditations cartésiennes, 1931
FreudUn moi qui « n'est pas maître dans sa propre maison »« Une difficulté de la psychanalyse », 1917

Chez Descartes, le doute est une méthode : il rejette tout ce qui laisse « le moindre doute », pour trouver une vérité certaine. Il peut feindre de n'avoir aucun corps, pas de ne pas exister pendant qu'il pense : « je pense, donc je suis ». L'âme, ce qui pense en lui, est donc distincte du corps (c'est le dualisme), et cette certitude dure tant qu'il pense.

Locke distingue l'homme, que le corps contribue à faire, et la personne, que fait la conscience, et non l'âme. Si l'âme d'un prince, avec la conscience de sa vie passée, entrait dans le corps d'un savetier (un cordonnier), celui-ci serait la même personne que le prince, mais pas le même homme. Et une action oubliée pour toujours n'appartient plus qu'à l'homme.

Piège classique : être conscient de soi n'est pas se connaître. Descartes est sûr d'exister avant de savoir ce qu'il est, et pour Freud tout le psychique (ce qui se passe dans l'esprit) n'est pas conscient. La conscience morale, qui juge le bien et le mal, est un autre sens du mot.

La conscience est au programme de terminale générale, pas de la voie technologique (Bulletin officiel spécial n° 8 du 25 juillet 2019).

Quiz : teste tes connaissances

Les questions montent en difficulté : les trois dernières sont les plus piégeuses.

Question 1 : Au sens psychologique, être conscient, c'est :

A. juger si une action est bonne ou mauvaise
B. savoir ce que l'on vit en le vivant
C. garder en mémoire tout ce qu'on a vécu
D. connaître tout ce qui se passe en soi

Réponse : B. Tu lis et tu sais que tu lis. A décrit la conscience morale, qui juge le bien et le mal : un autre sens du mot.

Question 2 : Absorbé par un match, tu penses soudain : « je joue mal ». Tu es passé :

A. de l'inconscient à la conscience
B. de la conscience réfléchie à la spontanée
C. de la conscience spontanée à la réfléchie
D. de la perception au simple souvenir

Réponse : C. Ta conscience visait le ballon, puis elle s'est tournée vers toi. A est le piège : absorbé, tu n'étais pas inconscient, tu voyais le ballon.

Question 3 : Pourquoi Descartes rejette-t-il tout ce dont il peut douter ?

A. Pour trouver une vérité absolument certaine
B. Pour prouver que rien n'est jamais certain
C. Pour montrer que les sens trompent toujours
D. Pour montrer que seule l'expérience instruit

Réponse : A. Son doute est une méthode pour atteindre une certitude. B confond Descartes avec les sceptiques, pour qui aucune certitude n'est possible.

Question 4 : Une fois sûr d'exister, que dit Descartes de ce qu'il est ?

A. Un corps dont le cerveau produit la pensée
B. Une suite de souvenirs reliés entre eux
C. Un paquet de perceptions qui se succèdent
D. Une chose qui pense, distincte du corps

Réponse : D. Pour lui, l'âme est « entièrement distincte du corps ». A est la thèse matérialiste (tout vient de la matière), qu'il rejette.

Question 5 : Selon Locke, qu'est-ce qui fait de toi la même personne qu'à dix ans ?

A. Ta conscience, qui relie ton présent à ton passé
B. Ton corps, qui reste le même organisme
C. Ton âme, qui reste toujours la même
D. Ton nom, que les autres emploient encore

Réponse : A. La personne va aussi loin que ta conscience remonte dans ton passé. C est le piège : Locke ne fonde pas la personne sur l'âme.

Question 6 : Hume s'observe de l'intérieur pour trouver son « moi ». Que trouve-t-il ?

A. Une âme simple qui ne change jamais
B. Une chose qui pense, distincte du corps
C. Toujours une perception, jamais un moi
D. Le souvenir complet de toute sa vie

Réponse : C. Il tombe toujours sur une perception particulière : le moi n'est qu'un faisceau de perceptions. B est la réponse de Descartes, que Hume conteste.

Question 7 : Pour Husserl, la conscience est intentionnelle. Cela veut dire qu'elle :

A. agit toujours avec une bonne intention
B. est toujours conscience de quelque chose
C. choisit librement tout ce qu'elle perçoit
D. se connaît elle-même sans aucune erreur

Réponse : B. Elle vise toujours un objet, comme l'arbre que tu regardes. A est le piège : ici, « intention » veut dire « visée ».

Question 8 : Que veut dire Freud par « le moi n'est pas maître dans sa propre maison » ?

A. Le corps commande toujours à l'esprit
B. La société décide à notre place
C. Les autres nous connaissent mieux que nous
D. La conscience ignore une part de l'esprit

Réponse : D. Les processus inconscients n'arrivent au moi que par une perception « incomplète et incertaine ». A est tentant, mais cette « maison », c'est l'âme.

Question 9 : Chez Locke, l'âme d'un prince, avec sa conscience, passe dans le corps d'un savetier. Cet être est :

A. le savetier, puisque c'est son corps
B. une personne neuve, ni l'un ni l'autre
C. la même personne que le prince, un autre homme
D. le même homme que le prince, une autre personne

Réponse : C. La conscience fait la personne, le corps contribue à faire l'homme. D inverse ces deux mots.

Question 10 : Sur quel point Hume s'oppose-t-il à Descartes ?

A. Il nie que nous ayons des perceptions
B. Il nie qu'on trouve en soi un moi fixe
C. Il affirme que l'âme est une chose qui pense
D. Il affirme que la mémoire fait la personne

Réponse : B. Descartes se saisit comme une chose qui pense ; Hume ne trouve en lui que des perceptions qui passent. D résume plutôt Locke.

Question 11 : Selon Freud, que confond celui qui pense : « si c'était important, je le saurais » ?

A. Le psychique et le conscient
B. La conscience morale et psychologique
C. Le souvenir et la perception
D. Le rêve et la réalité

Réponse : A. Freud lui répond que « le psychique ne coïncide pas en toi avec le conscient ». B joue sur un autre sens du mot conscience.

Question 12 : Dans le Discours de la méthode, si Descartes cessait de penser :

A. il resterait sûr d'exister malgré tout
B. Dieu lui garantirait qu'il existe
C. ses souvenirs prouveraient qu'il existe
D. rien ne lui prouverait plus qu'il existe

Réponse : D. Il n'aurait « aucune raison de croire » qu'il existe : la certitude dure tant qu'il pense. C est tentant, mais seule la pensée présente la fonde.

Question 13 : Juste après « je pense, donc je suis », de quoi Descartes est-il certain ?

A. D'être un homme, avec un corps
B. D'exister comme chose qui pense, sans plus
C. D'exister grâce à ce que sent son corps
D. Que le monde existe, puisqu'il le pense

Réponse : B. Seul celui qui pense est prouvé : Descartes peut encore feindre de n'avoir aucun corps. A est le piège : la phrase ne dit rien du corps.

Question 14 : Selon Locke, qui a fait une action que tu as oubliée pour toujours ?

A. Le même homme que toi, pas la même personne
B. La même personne, grâce au même corps
C. Ton âme, qui garde tout en secret
D. La même personne, puisqu'on te l'a racontée

Réponse : A. La personne ne va pas plus loin que la conscience : le « je » désigne alors seulement l'homme. B oublie que le corps ne fait pas la personne.

Question 15 : « Je suis conscient de moi, donc je sais qui je suis. » Cette phrase confond :

A. la conscience et la simple perception
B. la conscience psychologique et la morale
C. la conscience de soi et la connaissance de soi
D. la personne et la simple mémoire

Réponse : C. Savoir que j'existe ne dit pas encore ce que je suis. B est tentant, mais la phrase ne parle pas de morale.

Sources

Programme de philosophie de terminale générale, Bulletin officiel spécial n° 8 du 25 juillet 2019.

Descartes, Discours de la méthode, quatrième partie, 1637.

Freud, « Une difficulté de la psychanalyse », 1917, dans Essais de psychanalyse appliquée, Gallimard, 1933.

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