Retour au blog

Quiz : L'État et la Justice — Droit et Souveraineté

Onze questions sur l'État, la souveraineté et la justice, de Hobbes à Weber, pour vérifier que tu distingues la force et le droit.

Cet article a été rédigé à des fins pédagogiques. Les informations présentées peuvent évoluer. Nous t’invitons à vérifier auprès de sources officielles.

L'essentiel à connaître

L'État est le pouvoir politique qui commande sur un territoire et une population, par des institutions qui durent, comme l'administration et les tribunaux. La question qui revient sans cesse est celle de sa légitimité : avoir la force d'imposer une règle ne donne pas le droit de l'imposer, et le voleur armé qui obtient ton portefeuille n'a aucun droit sur lui. Ne confonds pas non plus l'État et le gouvernement, l'équipe qui le dirige pour un temps.

Pour fonder ce droit, Hobbes et Rousseau imaginent un contrat social, un accord qui fait sortir les hommes de l'état de nature (la vie sans pouvoir commun). Chez Hobbes, chacun y craint pour sa vie : les hommes confient alors leur droit à un souverain absolu qui garantit la paix. Chez Rousseau, le peuple reste souverain, et la loi exprime la volonté générale : elle vise l'intérêt commun, pas la somme des intérêts privés.

Côté justice, le droit positif désigne les lois en vigueur dans un pays à une époque donnée ; le droit naturel, des principes que la raison reconnaîtrait au-dessus des lois écrites. Aristote ajoute l'équité : la loi est toujours générale, et le juge équitable la corrige quand un cas lui échappe, comme l'aurait fait le législateur.

Pour limiter le pouvoir, Montesquieu veut que « le pouvoir arrête le pouvoir » : c'est la séparation des pouvoirs. Max Weber, lui, définit l'État par le « monopole de la violence physique légitime » : sur son territoire, il est seul à faire reconnaître son droit d'user de la force.

Définition : La souveraineté est le pouvoir suprême, qui décide en dernier ressort sans recevoir d'ordres d'aucune autorité. Pour Rousseau, elle appartient au peuple et ne peut pas être représentée.

À retenir : Légal veut dire conforme aux lois en vigueur ; légitime, juste et fondé en droit. On obéit sous la contrainte parce qu'on y est forcé, par obligation parce qu'on reconnaît le pouvoir comme légitime (deux repères du programme de terminale, BO spécial n° 8 du 25 juillet 2019).

Quiz : teste tes connaissances

Les questions montent en difficulté : les trois dernières sont les plus piégeuses.

Question 1 : Dire qu'un État est souverain, c'est dire :

A. qu'il a été choisi par la majorité des citoyens
B. qu'aucune autorité au-dessus de lui ne lui donne d'ordres
C. que son armée est plus forte que celle de ses voisins
D. que ses lois respectent les droits de l'homme

Réponse : B. La souveraineté, c'est le pouvoir de décider en dernier ressort, sans recevoir d'ordres de personne. Le piège C confond souveraineté et puissance : un petit État sans grande armée est aussi souverain qu'une grande puissance.

Question 2 : Une nouvelle majorité arrive au pouvoir et forme son gouvernement. Qu'est-ce qui demeure ?

A. L'équipe des ministres au pouvoir
B. La politique menée par l'ancienne majorité
C. Le Premier ministre nommé avant l'élection
D. L'État, avec son administration et ses tribunaux

Réponse : D. L'État est l'institution qui dure ; le gouvernement est l'équipe qui le dirige pour un temps, et c'est lui qui change. Le piège A confond les deux, comme on le fait souvent dans la vie courante.

Question 3 : Qu'appelle-t-on le droit positif ?

A. Les droits qui améliorent la vie des citoyens
B. Les principes de justice valables partout et toujours
C. Les lois en vigueur dans un pays à une époque donnée
D. Les règles morales que chacun se fixe en conscience

Réponse : C. « Positif » veut dire ici « posé » : c'est le droit établi par les hommes, qui change d'un pays et d'une époque à l'autre. Le piège B décrit le droit naturel, que la raison reconnaîtrait au-dessus des lois écrites.

Question 4 : Pour Hobbes, dans le Léviathan, pourquoi les hommes acceptent-ils un souverain au pouvoir absolu ?

A. Pour sortir de la guerre de chacun contre chacun
B. Pour se partager les richesses de façon égale
C. Parce que Dieu a choisi le roi pour les gouverner
D. Pour voter eux-mêmes toutes leurs lois

Réponse : A. Sans pouvoir commun, chacun craint pour sa vie : c'est la guerre de chacun contre chacun. Les hommes confient alors leur droit à un souverain qui garantit la paix. Le piège C, c'est le droit divin : Hobbes fonde le pouvoir sur un accord entre les hommes.

Question 5 : Une loi votée selon toutes les règles prive une partie de la population de ses droits fondamentaux. Cette loi est :

A. illégale, puisqu'elle est injuste
B. légitime, puisqu'elle a été votée
C. ni légale ni légitime, puisqu'elle est injuste
D. légale, mais sa légitimité est contestable

Réponse : D. Votée selon les règles, la loi est légale, c'est-à-dire conforme au droit en vigueur. Sa légitimité est une autre question. Le piège A confond injuste et illégal : une loi injuste reste une loi tant qu'elle n'est pas abrogée ou annulée.

Question 6 : Selon Montesquieu, dans De l'esprit des lois, comment empêcher l'abus de pouvoir ?

A. En choisissant des gouvernants d'une grande vertu
B. En faisant en sorte que le pouvoir arrête le pouvoir
C. En réunissant tous les pouvoirs dans les mains du peuple
D. En confiant tout le pouvoir à un souverain éclairé

Réponse : B. « Pour qu'on ne puisse abuser du pouvoir, il faut que, par la disposition des choses, le pouvoir arrête le pouvoir » (livre XI, chapitre 4) : d'où la séparation des pouvoirs. Le piège A ne tient pas : pour Montesquieu, tout homme qui a du pouvoir est porté à en abuser.

Question 7 : Un voleur armé te menace et tu lui donnes ton portefeuille. Selon Rousseau, tu as obéi :

A. par contrainte, sans aucune obligation
B. par devoir, puisqu'il est le plus fort
C. par obligation, puisqu'il te menace
D. librement, puisque tu pouvais refuser

Réponse : A. Rousseau prend l'exemple d'un brigand (Du contrat social, livre I, chapitre 3) : « Céder à la force est un acte de nécessité, non de volonté ». Le piège B, c'est le « droit du plus fort » : pour Rousseau, force ne fait pas droit, et seul un pouvoir légitime oblige.

Question 8 : Pour Aristote, que fait le juge équitable devant un cas que la loi, trop générale, n'a pas prévu ?

A. Il applique la loi à la lettre, quoi qu'il arrive
B. Il donne exactement la même part à chacun
C. Il juge comme l'aurait fait le législateur
D. Il attend que la loi soit changée pour juger

Réponse : C. La loi ne peut pas tout prévoir : l'équité la corrige en disant ce que le législateur aurait dit s'il avait été là (Éthique à Nicomaque, livre V). Le piège B confond équité et égalité stricte.

Question 9 : Max Weber définit l'État par le « monopole de la violence physique légitime ». Qu'est-ce que cela signifie ?

A. Toute violence de l'État est juste par définition
B. L'État a plus d'armes que tout autre groupe
C. L'État doit gouverner d'abord par la peur
D. L'État est seul à faire reconnaître son droit à la force

Réponse : D. Dans Le Savant et le politique, Weber décrit l'État moderne : sur un territoire, il revendique avec succès pour lui seul le droit d'user de la force physique. Le piège A lit « légitime » comme « toujours juste » : Weber constate, il ne justifie pas.

Question 10 : Chez Rousseau, qu'est-ce que la volonté générale ?

A. La volonté qui ne regarde qu'à l'intérêt commun
B. La somme des volontés particulières des citoyens
C. La volonté des députés élus par le peuple
D. La volonté que le gouvernement impose aux citoyens

Réponse : A. Rousseau le dit (livre II, chapitre 3) : la volonté générale « ne regarde qu'à l'intérêt commun », alors que la volonté de tous « regarde à l'intérêt privé, et n'est qu'une somme de volontés particulières ». Le piège B décrit donc la volonté de tous.

Question 11 : Selon l'article 3 de la Constitution de 1958, le peuple exerce la souveraineté nationale « par ses représentants et par la voie du référendum ». Laquelle de ces idées Rousseau rejette-t-il dans Du contrat social ?

A. Que la souveraineté appartienne au peuple
B. Que la souveraineté s'exerce par des représentants
C. Que la souveraineté s'exerce par référendum
D. Qu'aucun individu ne puisse s'attribuer la souveraineté

Réponse : B. Pour Rousseau, « la souveraineté ne peut être représentée » (livre III, chapitre 15) : les députés ne sont que des commissaires. Le piège C est faux : le référendum va dans son sens, puisque « toute loi que le peuple en personne n'a pas ratifiée est nulle ».

Sources

  • Programme de philosophie de terminale générale (BO spécial n° 8 du 25 juillet 2019) : education.gouv.fr
  • Constitution du 4 octobre 1958, article 3 : Légifrance
  • Jean-Jacques Rousseau, Du contrat social, édition de 1762 : Wikisource

Tu peux partager cette page librement, en citant ORBITECH AI Academy avec son lien.