L'essentiel à connaître
Pour bien utiliser un philosophe, retiens deux repères : son siècle, et l'auteur à qui il répond. Exemple : Kant, au XVIIIe siècle, répond à Hume, pour qui la raison ne peut pas prouver le lien de cause à effet. Une copie qui sait qui répond à qui confronte des thèses au lieu d'aligner des noms.
Le programme de terminale range ses auteurs en trois périodes (l'Antiquité et le Moyen Âge, la période moderne, la période contemporaine) et veut que l'élève « confronte différents points de vue sur un problème ».
| Époque | Philosophe | À qui il répond, ce qu'il soutient |
|---|---|---|
| Grèce antique | Platon, élève de Socrate | Les Idées, modèles des choses, existent à part ; la raison seule les saisit. |
| Grèce antique | Aristote, élève de Platon | Pas d'Idées à part : l'essence d'une chose (ce qu'elle est) se trouve dans la chose. |
| XVIIe siècle | Descartes | Certaines idées sont « nées avec moi », comme l'idée de Dieu. |
| XVIIe siècle | Pascal, contre Descartes | « C'est le cœur qui sent Dieu, et non la raison. » |
| XVIIe siècle | Hobbes | Cite un proverbe déjà présent chez Plaute : l'homme est un loup pour l'homme entre États, un dieu pour l'homme entre concitoyens. |
| XVIIe siècle | Locke, contre les idées innées | L'esprit naît « table rase » ; ses idées viennent de l'expérience. |
| XVIIIe siècle | Hume | La raison ne prouve pas le lien de cause à effet : il vient de l'habitude. |
| XVIIIe siècle | Kant, réveillé par Hume | Toute connaissance commence avec l'expérience, sans en dériver tout entière. |
| XIXe siècle | Marx | Les philosophes ont interprété le monde ; il faut le transformer. |
| XIXe siècle | Nietzsche, contre Platon | La pire erreur fut « l'invention de l'esprit et du bien en soi ». |
| XXe siècle | Sartre, après Descartes | Part du « je pense, donc je suis ». L'homme, « condamné à être libre », ne s'est pas créé mais répond de ses actes. |
Définition : un rationaliste juge que la raison connaît par elle-même, avant toute expérience (Descartes) ; un empiriste, que toutes nos idées viennent de l'expérience (Locke, Hume).
Quiz : teste tes connaissances
Les premières questions te mettent en confiance ; les trois dernières sont les plus piégeuses.
Question 1 : Range ces philosophes du plus ancien au plus récent : Kant, Platon, Sartre, Descartes.
Réponse : B. Platon vit dans la Grèce antique, Descartes au XVIIe siècle, Kant au XVIIIe, Sartre au XXe. A est le piège : Descartes meurt en 1650, Kant naît en 1724.
Question 2 : Platon est à la fois :
Réponse : D. Socrate forme Platon ; Aristote étudie ensuite à l'Académie, l'école de Platon, jusqu'à la mort de celui-ci en 347 avant J.-C. A inverse la chaîne : Aristote est le plus jeune des trois.
Question 3 : Le Discours de la méthode de Descartes paraît en 1637. De quel siècle date-t-il ?
Réponse : C. Les années 1600 forment le XVIIe siècle, comme les années 1900 forment le XXe. A est le piège : on lit « 16 » dans 1637 et on oublie d'ajouter un.
Question 4 : Sur quel point Aristote se sépare-t-il de son maître Platon ?
Réponse : A. Dans la Métaphysique, Aristote juge « impossible » que l'essence soit séparée de ce dont elle est l'essence (trad. Pierron et Zévort). B est le piège : il rejette les Idées à part, pas la raison.
Question 5 : Pascal note dans ses Pensées : « Descartes inutile et incertain. » Pour lui, par quoi l'homme atteint-il Dieu ?
Réponse : D. « C'est le cœur qui sent Dieu, et non la raison : voilà ce que c'est que la foi » (fragment 278, éd. Brunschvicg). A est le piège : démontrer Dieu par la raison, c'est la voie de Descartes.
Question 6 : Pour Hume, d'où nous vient l'idée qu'une cause produit forcément son effet ?
Réponse : B. Pour Hume, la raison ne peut pas prouver ce lien a priori, c'est-à-dire avant toute expérience : il vient de l'habitude. A est le piège : c'est précisément ce que Hume conteste, et ce qui réveille Kant.
Question 7 : Au début de la Critique de la raison pure (1781), quelle position Kant prend-il entre empiristes et rationalistes ?
Réponse : A. « Mais, si toutes nos connaissances commencent avec l'expérience, il n'en résulte pas qu'elles dérivent toutes de l'expérience » (trad. Barni). B est le piège : c'est la thèse des empiristes, dont Kant ne garde que la moitié.
Question 8 : Dans la onzième des Thèses sur Feuerbach (1845), que reproche Marx aux philosophes ?
Réponse : D. « Les philosophes n'ont fait qu'interpréter le monde de différentes manières, ce qui importe c'est de le transformer. » A inverse le reproche : Marx leur reproche de ne pas agir, pas d'agir trop.
Question 9 : Dans la préface de Par-delà le bien et le mal, quelle erreur Nietzsche juge-t-il « la plus dangereuse » ?
Réponse : C. Nietzsche vise « l'invention de l'esprit et du bien en soi, faite par Platon » (trad. Henri Albert). B est tentant, car Nietzsche attaque aussi la morale, mais ici c'est Platon qu'il nomme.
Question 10 : Chez Locke, que désigne l'expression « table rase » ?
Réponse : B. Locke suppose qu'au commencement l'âme est « une table rase » : ses idées lui viennent « de l'expérience » (trad. Coste). A est le piège : repartir de zéro, c'est le sens courant de « faire table rase », qui décrit plutôt le doute de Descartes.
Question 11 : D'où vient la formule « l'homme est un loup pour l'homme » ?
Réponse : A. On lit déjà « lupus est homo homini » chez Plaute, dans l'Asinaria. Hobbes cite le proverbe dans la dédicace du Citoyen (De Cive, 1642) : loup entre États, dieu entre concitoyens. B est le piège : Hobbes reprend la formule, il ne l'invente pas.
Question 12 : Sartre écrit que l'homme est « condamné à être libre ». Pourquoi « condamné » ?
Réponse : C. Dans L'existentialisme est un humanisme, Sartre explique que l'homme ne s'est pas créé lui-même, mais qu'une fois jeté dans le monde, il est responsable de tout ce qu'il fait. A est le piège : « condamné » ne veut pas dire que la liberté est fausse, mais qu'on n'y échappe pas.
Sources
Programme de philosophie de terminale générale, annexe 1, ministère de l'Éducation nationale : eduscol.
Kant, Critique de la raison pure, introduction, traduction Barni : Wikisource.
Locke, Essai philosophique concernant l'entendement humain, livre II, chapitre 1, traduction Coste : Wikisource.