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Quiz : Phénoménologie — Husserl et l'Intentionnalité

Quinze questions de licence, des bases de l'intentionnalité aux pièges de copie sur l'épochè et le noème.

Cet article a été rédigé à des fins pédagogiques. Les informations présentées peuvent évoluer. Nous t’invitons à vérifier auprès de sources officielles.

L'essentiel à connaître

Pour Husserl, toute conscience est conscience de quelque chose : c'est l'intentionnalité. Imaginer un centaure, c'est viser un centaure, même si rien ne lui correspond dans le monde. Husserl tient la notion de Franz Brentano, dont il a suivi les cours à Vienne de 1884 à 1886 (Stanford Encyclopedia of Philosophy). Ses Recherches logiques (1900-1901) critiquent le psychologisme, qui fait des lois logiques des lois psychologiques, et posent le mot d'ordre : revenir « aux choses mêmes ».

La noèse est l'acte (percevoir, juger), le noème l'objet tel qu'il est visé, avec son sens. Une chose perçue se donne par esquisses (Abschattungen) : tu ne vois que quelques faces d'un cube, mais c'est le cube que tu vises. Penser à un monument sans le voir, c'est le viser à vide ; le voir remplit cette visée par l'intuition (le remplissement).

Dans l'attitude naturelle, celle de la vie courante comme des sciences, on tient le monde pour existant sans y penser. L'épochè, ou réduction phénoménologique, met cette croyance entre parenthèses : on s'abstient d'en juger, sans la nier ni en douter. La réduction eidétique passe du fait à l'essence (l'eidos) en faisant varier un exemple en imagination. Les Idées directrices (1913) exposent un idéalisme transcendantal : le sens du monde se constitue dans la conscience, sans que le monde soit nié.

Chaque présent vécu retient le tout juste passé (la rétention, qui n'est pas un souvenir) et anticipe ce qui vient (la protention). La crise des sciences européennes (1936) décrit le monde de la vie (Lebenswelt), le monde vécu d'où la science tire ses modèles.

Piège classique : le noème n'est pas la chose. L'arbre peut brûler ; l'arbre perçu, en tant que perçu, ne brûle pas.

Quiz : teste tes connaissances

Les questions vont du plus simple au plus délicat ; les trois dernières sont des pièges classiques.

Question 1 : Que signifie l'intentionnalité chez Husserl ?

A. La conscience vise toujours un but pratique
B. La conscience se saisit d'abord elle-même
C. Toute conscience est conscience de quelque chose
D. Tout acte humain suit une intention morale

Réponse : C. Percevoir ou imaginer, c'est toujours viser un objet. La A vient du sens courant du mot « intention » : vouloir n'est qu'une sorte de visée parmi d'autres.

Question 2 : Quel mot d'ordre résume le projet de la phénoménologie ?

A. Revenir aux choses mêmes
B. Douter de tout ce qui est douteux
C. Penser par soi-même
D. Se connaître soi-même

Réponse : A. La formule vient du second tome des Recherches logiques (1901) : décrire ce qui se donne, au lieu de partir de théories. La B évoque le doute de Descartes, pas la méthode de Husserl.

Question 3 : Comment Husserl nomme-t-il l'acte de conscience lui-même (percevoir, juger) ?

A. Le noème
B. L'eidos
C. Le phénomène
D. La noèse

Réponse : D. La noèse est le côté acte de la visée. Le piège, c'est le noème, son corrélat : l'objet tel qu'il est visé, avec son sens.

Question 4 : À quel philosophe Husserl emprunte-t-il la notion d'intentionnalité ?

A. Emmanuel Kant
B. Franz Brentano
C. René Descartes
D. Martin Heidegger

Réponse : B. Husserl a suivi les cours de Brentano à Vienne de 1884 à 1886 ; ce dernier voyait déjà dans l'intentionnalité la marque des états mentaux. Heidegger vient après Husserl : il hérite de la notion, il ne la lui transmet pas.

Question 5 : Qu'est-ce que Husserl appelle l'attitude naturelle ?

A. La méthode des sciences de la nature
B. La croyance spontanée à l'existence du monde
C. L'accord de l'homme avec la nature
D. La perception d'un esprit sans culture

Réponse : B. Dans la vie courante, on tient le monde pour existant sans y penser. La A est trop étroite : les sciences partagent cette attitude, mais elle est celle de chacun.

Question 6 : Tu regardes un cube. Que perçois-tu, selon Husserl ?

A. Une image du cube formée dans ta tête
B. Le cube entier, toutes faces à la fois
C. Des faces séparées, jamais le cube
D. Le cube lui-même, mais par esquisses

Réponse : D. Le cube se donne par esquisses : quelques faces à la fois, les autres visées sans être vues. La C oublie que l'objet visé est le cube, faces cachées comprises.

Question 7 : Que critique Husserl sous le nom de psychologisme ?

A. Faire des lois logiques des lois psychologiques
B. Ramener la conscience à l'activité du cerveau
C. Refuser la méthode expérimentale en psychologie
D. Fonder la psychologie sur les lois logiques

Réponse : A. Pour le psychologisme, les lois logiques décrivent comment nous pensons de fait. Husserl répond qu'elles sont idéales, pas des régularités constatées dans les esprits. La B parle du cerveau, pas de la logique.

Question 8 : Tu penses à la cathédrale de Chartres, puis tu la vois. Comment Husserl décrit-il ce passage ?

A. Une noèse se change en noème
B. Un objet idéal devient un objet réel
C. Une visée à vide est remplie par l'intuition
D. Une protention devient une rétention

Réponse : C. Y penser sans la voir, c'est la viser à vide ; la voir remplit cette visée. La B se trompe : l'objet visé était déjà la cathédrale réelle, seule change la façon dont il est donné.

Question 9 : À quoi sert la réduction eidétique ?

A. Passer du fait à l'essence par variation imaginaire
B. Suspendre la croyance à l'existence du monde
C. Retrouver le monde vécu sous les théories
D. Décrire les sensations d'un individu précis

Réponse : A. On fait varier un exemple en imagination : ce qui ne peut pas changer sans que la chose disparaisse, c'est son essence (son eidos). La B décrit l'épochè, l'autre réduction.

Question 10 : Dans une mélodie, la note qui vient de passer reste présente. Comment Husserl nomme-t-il cela ?

A. Un ressouvenir
B. Une protention
C. Une association
D. Une rétention

Réponse : D. La rétention garde le tout juste passé dans le présent, sans le reconstruire. Le ressouvenir (A) fait revenir un passé révolu, comme la mélodie qu'on se rappelle le lendemain.

Question 11 : Que désigne le monde de la vie (Lebenswelt) ?

A. Le monde des vivants étudié en biologie
B. L'ensemble des vécus d'une conscience
C. Le monde vécu, d'où la science tire ses modèles
D. Le monde exact que mesure la physique

Réponse : C. C'est le monde où nous vivons avant toute théorie ; les modèles idéalisés de la science s'y enracinent. La D renverse le rapport : le monde mesuré suppose le monde vécu.

Question 12 : Tu imagines un centaure. Que dit la théorie de l'intentionnalité ?

A. Sans objet existant, il n'y a pas de visée
B. L'acte vise un objet, même s'il n'existe pas
C. L'acte ne vise que ta propre conscience
D. L'acte prouve qu'un centaure existe

Réponse : B. Imaginer un centaure, c'est bien viser un centaure, même si aucun objet réel ne lui correspond. Le piège A croit que la visée exige une chose existante : l'intentionnalité ne l'exige pas.

Question 13 : Que fait l'épochè de l'existence du monde ?

A. Elle la nie, au profit de la seule conscience
B. Elle la met en doute, comme Descartes
C. Elle la remplace par nos représentations
D. Elle s'abstient d'en juger, sans la nier

Réponse : D. L'épochè met hors jeu la croyance au monde, sans la nier ni la mettre en doute. La B est le piège classique : Descartes doute pour écarter ce qui est douteux, alors que l'épochè n'écarte rien, elle s'abstient seulement de juger.

Question 14 : Tu regardes un arbre. Que dit Husserl du noème de ta perception ?

A. Il ne brûle pas, même si l'arbre brûle
B. Il brûle avec l'arbre, puisqu'il est l'arbre
C. C'est une copie de l'arbre dans ton esprit
D. C'est l'acte par lequel tu perçois l'arbre

Réponse : A. Le noème, l'arbre perçu en tant que perçu, est un sens : l'arbre peut brûler, pas lui (Idées directrices, § 89). La B confond le noème et la chose réelle ; la D décrit la noèse.

Question 15 : Quelle position les Idées directrices (1913) défendent-elles ?

A. Un réalisme qui rejette tout idéalisme
B. Un idéalisme qui nie l'existence du monde
C. Un idéalisme transcendantal, sans nier le monde
D. Un scepticisme qui suspend toute connaissance

Réponse : C. Husserl s'est dit idéaliste transcendantal : le sens du monde se constitue dans la conscience, mais le monde n'est pas nié. La A est le piège de qui, pour ne pas faire de Husserl un négateur du monde, lui refuse tout idéalisme.

Sources

Stanford Encyclopedia of Philosophy, « Edmund Husserl » (en anglais).

Encyclopédie Larousse, « Edmund Husserl ».

Internet Encyclopedia of Philosophy, « Edmund Husserl: Intentionality and Intentional Content » (en anglais).

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