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Schopenhauer et le Pessimisme Philosophique

Volonté, désir, souffrance, ennui : ce que dit le pessimisme de Schopenhauer, ses issues et comment t'en servir en dissertation.

Cet article a été rédigé à des fins pédagogiques. Les informations présentées peuvent évoluer. Nous t’invitons à vérifier auprès de sources officielles.

Le pessimisme de Schopenhauer tient en une idée : vivre, c'est désirer, et désirer, c'est souffrir, car « tout désir naît d'un manque ». Une fois le désir comblé, la souffrance cesse, mais l'ennui arrive : « La vie donc oscille, comme un pendule, de droite à gauche, de la souffrance à l'ennui ».

Pense au téléphone attendu des mois : le jour où tu l'as, tu es ravi ; trois semaines plus tard, il ne te fait plus rien et tu en veux un autre. Schopenhauer explique ce mouvement, puis cherche comment en sortir.

La Volonté, la force derrière tout

Arthur Schopenhauer (1788-1860), philosophe allemand, ouvre son grand livre, Le Monde comme volonté et comme représentation (1819), sur cette phrase : « Le monde est ma représentation. » Tout ce que tu connais, tu le connais à travers tes sens et ton esprit, comme un objet pour toi.

Reste la chose en soi, ce que le monde est indépendamment de toi, que Kant jugeait inconnaissable. Schopenhauer y entre par ton corps : tu le vois du dehors, comme un objet, et tu le vis du dedans, comme volonté. Vouloir lever le bras et le lever ne sont pas une cause puis un effet, mais « un seul et même fait » vu de deux côtés (livre II, § 18).

Il étend ensuite cette découverte à toute la nature : la même force agit dans la plante qui pousse, dans l'aiguille aimantée tournée vers le nord, dans la pesanteur qui « attire la pierre vers la terre » (§ 21).

Définition : pour Schopenhauer, la Volonté, avec une majuscule, est la chose en soi : une force unique, aveugle et sans but, présente dans tout ce qui existe, qui ne tend qu'à vivre. On l'appelle aussi le vouloir-vivre.

Piège classique : la Volonté n'est pas la volonté au sens courant, celle qui te fait décider ou faire un effort. Elle n'est pas consciente, puisqu'elle agit jusque dans une pierre. Ta raison est d'abord son outil de survie (§ 27) : elle cherche les moyens d'obtenir ce que la Volonté réclame, sans choisir ce qu'elle réclame.

Pourquoi vivre, c'est souffrir

Tout part du désir, c'est-à-dire du sentiment qu'il te manque quelque chose : « Tout désir naît d'un manque, d'un état qui ne nous satisfait pas ; donc il est souffrance, tant qu'il n'est pas satisfait » (livre IV, § 56).

Le désir satisfait, que gagnes-tu ? La fin d'une souffrance, rien de plus. Le bonheur, écrit Schopenhauer, « n'est au propre et dans son essence rien que de négatif » (§ 58). Négatif ne veut pas dire mauvais : le bonheur n'ajoute rien, il retire une douleur. Tu ne sens pas ta santé, tu sens la fièvre.

Ensuite, de deux choses l'une. Soit un nouveau désir surgit, et le manque recommence. Soit rien ne vient, et c'est l'ennui, ce vide où l'existence pèse. D'où le pendule (§ 57) : pas de point d'arrêt, parce que la Volonté ne cesse jamais de vouloir.

Définition : le pessimisme de Schopenhauer est une thèse, pas une humeur. La souffrance n'est pas un accident de la vie, elle en est « le fond » (§ 56), puisque vivre, c'est vouloir. Le bonheur n'y est que la suppression, toujours provisoire, d'une souffrance.

Trois issues : l'art, la pitié, l'ascèse

Si la souffrance vient du vouloir, on n'y échappe qu'en cessant de vouloir. Schopenhauer voit trois chemins, du plus bref au plus radical.

L'art, un répit

Devant un paysage ou un tableau, il t'arrive de regarder sans rien attendre : tu ne veux ni le posséder ni t'en servir, tu t'oublies. Pendant ce moment, la Volonté se tait. Schopenhauer pense à Ixion, que la mythologie grecque condamne à une roue qui tourne sans fin : quand on contemple, « notre roue d'Ixion ne tourne plus » (livre III, § 38).

La musique va plus loin : elle est « une reproduction de la volonté » elle-même, et non des formes des choses comme les autres arts (§ 52). Mais ce répit reste fragile : dès que ton intérêt se réveille, la roue repart.

La pitié, fondement de la morale

Si une seule Volonté vit en chacun, la frontière entre toi et l'autre n'est qu'une apparence. Celui qui le sent souffre de la douleur d'autrui comme de la sienne : c'est la pitié (en allemand Mitleid, « souffrir avec »). Pour Schopenhauer, toute bonté sincère est pitié, et le reste n'est qu'amour de soi (livre IV, § 67). Kant, lui, fondait la morale sur le devoir.

L'ascèse, la seule issue durable

Le dernier chemin est le plus rare : nier en soi le vouloir-vivre. C'est l'ascèse, un « anéantissement réfléchi du vouloir » par le renoncement (§ 68). Elle commence par la chasteté volontaire, « le premier pas », puis passe par la pauvreté volontaire. Schopenhauer en trouve des modèles chez des saints chrétiens, hindous et bouddhistes. Rien n'est acquis : le renoncement se regagne « par de perpétuels combats ».

Piège classique : nier le vouloir-vivre ne veut pas dire se donner la mort. « Bien loin d'être une négation de la Volonté, le suicide est une marque d'affirmation intense de la Volonté » (§ 69) : celui qui se tue voudrait vivre, mais pas la vie qui lui est échue. Si ces questions te pèsent, le 3114, numéro national de prévention du suicide, répond gratuitement, jour et nuit.

Schopenhauer dans ta dissertation

Schopenhauer figure dans la liste des auteurs du programme de philosophie de terminale générale (Bulletin officiel spécial n° 8 du 25 juillet 2019). Il t'aide sur quatre de ses notions.

NotionCe que Schopenhauer t'apporteUne objection à discuter
Le bonheurIl est négatif : il supprime une souffrance sans rien ajouter.Comprendre ou créer semble donner une joie qu'aucun manque n'a précédée.
L'artLa contemplation suspend le vouloir.Bien des œuvres attisent nos passions au lieu de les apaiser.
Le devoirLa morale vient de la pitié, pas d'une règle.La pitié varie d'une personne à l'autre ; un devoir vaut pour tous.
L'inconscientNous agissons poussés par une force aveugle. Freud, en 1917, le compte parmi ses prédécesseurs.La raison peut aussi juger nos désirs et en refuser certains.

Exercices corrigés

Cherche chacun sur ta feuille avant d'ouvrir la correction.

Exercice 1 : Inès a économisé un an pour s'offrir une console. Le jour de l'achat, elle est ravie. Un mois plus tard, elle n'y joue presque plus, s'ennuie le dimanche et rêve d'un scooter. Explique ce qui se passe avec les idées de manque, de bonheur négatif et d'ennui.

Correction :

Pendant l'année d'économies, Inès vit un manque, donc une souffrance au sens de Schopenhauer. L'achat supprime ce manque : sa joie est réelle mais négative, elle tient à la fin d'une attente. Plus rien ne lui manque de ce côté, d'où l'ennui du dimanche. Le scooter ouvre un nouveau manque, et le pendule repart. Aucun objet ne pouvait la combler, puisque c'est le vouloir lui-même qui ne s'arrête pas.

Exercice 2 : Une copie affirme : « Pour Schopenhauer, la Volonté est notre capacité à prendre des décisions. Comme la vie est souffrance, il conseille d'en finir. » Relève les deux erreurs et corrige-les.

Correction :

Première erreur : la Volonté n'est pas une faculté consciente de décider, mais une force aveugle et sans but, à l'œuvre jusque dans la pesanteur ; la raison est d'abord à son service.

Seconde erreur : Schopenhauer ne conseille pas le suicide, il y voit « une marque d'affirmation intense de la Volonté ». L'issue durable qu'il envisage est l'ascèse, qui éteint le vouloir de l'intérieur.

Exercice 3 : Sujet : « Le bonheur n'est-il que l'absence de souffrance ? » Rédige un paragraphe qui expose la position de Schopenhauer, l'illustre par un exemple, puis la discute.

Correction :

Une réponse possible : on peut soutenir avec Schopenhauer que le bonheur n'est que la fin d'une souffrance, car tout désir naît d'un manque, et le satisfaire supprime ce manque sans rien ajouter. Ainsi, celui qui guérit d'une grippe savoure sa santé quelques jours, puis ne la sent plus. Cette thèse explique pourquoi aucune satisfaction ne dure. Elle rend mal compte, pourtant, de la joie de comprendre une démonstration, qui semble ajouter quelque chose sans combler aucun manque. Le bonheur ne serait donc pas seulement une absence.

Retiens l'ordre : thèse, argument, exemple, limite.

À retenir

À retenir :

  • La Volonté est la chose en soi : une force aveugle et sans but, présente dans toute la nature.
  • Tout désir naît d'un manque : désirer, c'est souffrir.
  • Le bonheur est négatif : il retire une souffrance sans rien ajouter.
  • La vie oscille « comme un pendule » de la souffrance à l'ennui.
  • Trois issues : l'art (un répit), la pitié (la morale), l'ascèse (la seule issue durable).
  • Le suicide affirme la Volonté au lieu de la nier.

Sources

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