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Réglementation Thermique et Environnementale : Les Bases

Les six indicateurs de la RE2020, leurs plafonds et leur calcul, avec trois exercices corrigés sur l'énergie primaire, les degrés-heures et le carbone.

Cet article a été rédigé à des fins pédagogiques. Les informations présentées peuvent évoluer. Nous t’invitons à vérifier auprès de sources officielles.

Un bâtiment neuf respecte la RE2020 quand chacun de ses six indicateurs reste sous son plafond : trois pour l'énergie, deux pour le carbone, un pour la chaleur d'été. Exemple : pour une maison dont le permis est déposé en 2026, les composants (matériaux et équipements) et le chantier ne doivent pas dépasser 530 kg d'équivalent CO₂ (les gaz à effet de serre convertis en CO₂ de même effet) par m² de surface habitable, sur 50 ans. Ce plafond s'ajuste au climat et au projet, et il baisse par paliers jusqu'en 2031.

De la RT 2012 à la RE2020

Depuis 1974 et jusqu'à la RT 2012, les réglementations thermiques n'ont évalué que l'énergie consommée pendant l'usage du bâtiment. La RT 2012 a généralisé les bâtiments basse consommation, avec un plafond moyen de 50 kWhep/(m².an), soit 50 kilowattheures d'énergie primaire par mètre carré et par an.

La RE2020 la remplace. Elle garde l'énergie, ajoute les gaz à effet de serre émis sur tout le cycle de vie du bâtiment et durcit l'exigence de confort d'été face aux canicules. Elle s'applique aux logements depuis le 1er janvier 2022, aux bureaux et aux écoles, collèges et lycées depuis le 1er juillet 2022, et, depuis le 1er mai 2026, aux bâtiments tertiaires dits spécifiques (hôtels, commerces, établissements de santé, universités) et aux bâtiments industriels ou artisanaux. Elle ne concerne pas les départements d'outre-mer.

Piège classique : lire 75 kWhep/(m².an) pour une maison en RE2020, contre 50 en RT 2012, et croire la RE2020 plus souple. Elle compte plus d'usages, inclut toujours les besoins de froid, convertit l'électricité avec 2,3 au lieu de 2,58 et divise par la surface habitable. Selon le guide officiel, un bâtiment conforme, recalculé avec la méthode de 2012, a des besoins environ 30 % sous le seuil de la RT 2012.

Les six indicateurs

Les indicateurs d'énergie et de carbone sont rapportés à la surface de référence : pour un logement, la surface habitable (SHAB), qui exclut murs, escaliers, garages et parties de moins de 1,80 m de haut ; pour les autres usages, la surface utile (SU).

IndicateurCe qu'il mesureUnité
BbioBesoins de chaud, de froid et d'éclairage dus à la conceptionpoints
CepConsommation d'énergie primaire totalekWhep/(m².an)
Cep,nrSa part non renouvelablekWhep/(m².an)
Ic énergieÉmissions de l'énergie consommée en 50 anskg éq. CO₂/m²
Ic constructionÉmissions des matériaux, équipements et chantierkg éq. CO₂/m²
DHInconfort pendant les fortes chaleurs°C.h

Sauf pour le DH, chaque plafond vaut une valeur moyenne fixée par usage, multipliée par (1 + somme des coefficients de modulation). Ces coefficients tiennent compte du climat, de l'altitude, de la taille des logements ou du bruit.

L'énergie : Bbio, Cep et Cep,nr

Le Bbio juge la conception seule : orientation et taille des fenêtres, protections solaires, compacité, isolation. Il compte les besoins de chauffage, d'éclairage et de froid, même sans climatisation prévue. Changer de chaudière ne le bouge pas, mieux isoler si.

Le Cep compte l'énergie importée pour le chauffage, le refroidissement, l'eau chaude, l'éclairage, la ventilation et les auxiliaires (pompes, ventilateurs), plus les ascenseurs et les parkings. L'électricité des panneaux solaires consommée sur place n'est pas importée : elle ne compte pas.

Définition : l'énergie finale (kWhef) est celle que le bâtiment consomme. L'énergie primaire (kWhep) est celle qu'il a fallu mobiliser pour la produire et l'acheminer, pertes comprises.

Formule : énergie primaire = énergie finale × coefficient. Pour le Cep, il vaut 2,3 pour l'électricité du réseau, 1 pour le gaz, le fioul, le bois et les réseaux de chaleur, 0 pour l'énergie renouvelable captée sur la parcelle. Pour le Cep,nr, le bois passe à 0 et un réseau de chaleur à 1 moins sa part renouvelable ou de récupération ; le reste ne change pas.

Plafond moyenBbioCepCep,nr
Maison individuelle ou accolée63 points75 kWhep/(m².an)55 kWhep/(m².an)
Logement collectif65 points85 kWhep/(m².an)70 kWhep/(m².an)

Remarque : ces consommations sont conventionnelles (météo type, occupants moyens). Le guide officiel le précise : elles ne prédisent pas les consommations réelles.

Le carbone : Ic énergie et Ic construction

Le carbone se calcule par analyse du cycle de vie (ACV) : on additionne les émissions de chaque étape, de l'extraction des matières premières à la fin de vie, sur une durée conventionnelle de 50 ans.

Ic énergie compte les émissions de l'énergie consommée pendant ces 50 ans. Ic construction additionne les composants (matériaux et équipements, remplacements et fin de vie compris) et le chantier, avec les données environnementales de la base INIES.

Cette ACV est dite dynamique : une émission pèse d'autant moins qu'elle est tardive, avec un coefficient 1 l'année de la construction et environ 0,58 la cinquantième année.

Exemple : le guide officiel prend une poutre en bois fictive. Fabrication : −600 kg éq. CO₂, car l'arbre a capté du carbone ; chantier : 30 kg ; fin de vie : 700 kg. En ACV statique, le total vaut 130 kg. En dynamique, la fin de vie pèse 0,578 × 700 = 404,6 kg et le total tombe à −165,4 kg : stocker du carbone devient un avantage.

Plafond moyen (kg éq. CO₂/m²)2022 à 20242025 à 20272028 à 2030Dès 2031
Ic construction, maison640530475415
Ic construction, logement collectif740650580490
Ic énergie, maison160160160160
Ic énergie, logement collectif560260260260

L'année qui compte est celle du dépôt du permis de construire. Une maison raccordée à un réseau de chaleur urbain a droit à 200 en Ic énergie jusqu'en 2027, et les immeubles de grande hauteur ont des règles adaptées.

Le confort d'été en degrés-heures

La RE2020 juge l'été avec les degrés-heures d'inconfort (DH), à la place de la température intérieure conventionnelle de la RT 2012. Heure par heure, pendant l'occupation, on compare la température opérative (moyenne de l'air et des parois, proche du ressenti) à une température de confort. Chaque degré au-dessus s'ajoute au compteur, sur toute l'année.

La nuit, la température de confort vaut 26 °C. Le jour, de 7 h à 22 h, elle varie de 26 à 28 °C selon la chaleur des jours précédents, car le corps s'adapte. La météo du calcul contient une canicule type.

Règle : sous 350 °C.h, le bâtiment est jugé confortable. Entre 350 °C.h et le seuil haut DH_max, il reste conforme, mais un forfait de refroidissement s'ajoute à son Cep. Au-delà de DH_max, il n'est pas conforme. Pour une maison de catégorie 1, DH_max vaut 1 250 °C.h.

En catégorie 2 (bâtiment climatisé, en zone climatique chaude de basse altitude, exposé au bruit), une maison a droit à 1 850 °C.h. Pour baisser le DH, les premiers leviers sont passifs : protéger les vitrages du soleil, ventiler la nuit, garder de la masse à l'intérieur.

Exercices corrigés

Les modulations sont nulles : chaque plafond vaut sa valeur moyenne.

Exercice 1 : Une maison de 100 m² de surface habitable, chauffée aux granulés de bois, consomme 6 000 kWh de bois et 1 000 kWh d'électricité par an (données fictives). Un camarade affirme : « Le bois est renouvelable, il ne compte pas dans le Cep. » Calcule le Cep et le Cep,nr, puis dis ce qui cloche dans sa phrase.

Correction :

Pour le Cep, le bois compte avec le coefficient 1 et l'électricité avec 2,3 : 6 000 + 1 000 × 2,3 = 8 300 kWhep, divisés par 100 m², soit 83 kWhep/(m².an).

Pour le Cep,nr, le bois passe à 0 : 1 000 × 2,3 = 2 300 kWhep, soit 23 kWhep/(m².an).

Le camarade confond les deux indicateurs : le bois sort du Cep,nr, pas du Cep. Ici, le Cep,nr passe (23 ≤ 55), mais le Cep dépasse (83 > 75).

Exercice 2 : Dans un logement occupé toute la journée, la température de confort vaut 27 °C de 7 h à 22 h ce jour-là, et 26 °C la nuit. La température opérative ne dépasse ces seuils qu'à ces heures : 15 h, 27,5 °C ; 16 h, 28 °C ; 17 h et 18 h, 28,5 °C ; 19 h, 28 °C ; 20 h, 27,5 °C ; 23 h, 27 °C ; minuit, 26,5 °C (données fictives). Calcule les degrés-heures de cette journée.

Correction :

De jour, on compare à 27 °C : 0,5 + 1 + 1,5 + 1,5 + 1 + 0,5 = 6 °C.h.

À 23 h et à minuit, c'est la nuit, le seuil tombe à 26 °C : 1 + 0,5 = 1,5 °C.h.

La journée compte 6 + 1,5 = 7,5 °C.h. Le piège est à 23 h : 27 °C ne compterait pas de jour, mais vaut 1 °C.h la nuit.

Exercice 3 : Pour une maison de 110 m² de surface habitable, le logiciel d'ACV donne 55 000 kg éq. CO₂ sur 50 ans pour les composants et le chantier (données fictives). Le client hésite à déposer le permis en décembre 2027 ou en février 2028. Calcule Ic construction, dis si le projet passe à chaque date, puis de combien réduire l'impact total en 2028.

Correction :

Ic construction = 55 000 / 110 = 500 kg éq. CO₂/m².

En décembre 2027, le plafond est celui de 2025 à 2027 : 500 ≤ 530, le projet passe. En février 2028, il tombe à 475 : 500 > 475, le projet ne passe plus.

Il faut descendre à 475 × 110 = 52 250 kg éq. CO₂, soit une baisse de 2 750 kg éq. CO₂.

À retenir

À retenir :

  • La RE2020 garde l'énergie de la RT 2012, ajoute le carbone et durcit le confort d'été.
  • Six indicateurs, chacun sous son plafond modulé : Bbio, Cep, Cep,nr, Ic énergie, Ic construction, DH.
  • Énergie primaire = énergie finale × coefficient ; électricité 2,3 ; bois 1 en Cep, 0 en Cep,nr.
  • ACV dynamique sur 50 ans ; le plafond d'Ic construction baisse en 2025, 2028 et 2031.
  • Sous 350 °C.h, confortable ; au-delà de DH_max, non conforme.
  • La date de dépôt du permis fixe les plafonds.

Sources

  • Guide RE2020 du Cerema et du ministère de la Transition écologique, version de septembre 2026 : PDF officiel.
  • Décret n° 2021-1004 du 29 juillet 2021, texte d'origine des exigences de la RE2020 : Légifrance.
  • Ministère de la Transition écologique, page RE2020 : ecologie.gouv.fr.

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