Devant une étude ou un projet du sanitaire et social, pose toujours les mêmes questions, dans l'ordre : d'où part la démarche, qui est concerné, comment on recueille l'information. Exemple : un centre social veut savoir pourquoi les familles d'un quartier boudent ses ateliers ; compter les inscrits ne le lui dira pas, il va donc écouter des parents en entretien. Choisir la méthode d'après la question posée, c'est le cœur du pôle méthodologique de STSS, en première comme en terminale.
La démarche d'étude en cinq étapes
Une étude produit des connaissances sur une population pour aider à décider, avant d'agir ou pour mesurer les effets d'une action. Le programme de première en détaille les étapes (ressource eduscol de première, juin 2019) ; suis-les dans l'ordre.
Étape 1 : Le point de départ. Quel besoin a lancé l'étude, et qui l'a commandée ? Cette « commande initiale » fixe ce qu'on attend de l'étude.
Étape 2 : L'objet d'étude et les hypothèses. Ce qu'on cherche précisément à savoir, et les réponses provisoires que l'étude confirmera ou non.
Étape 3 : La population et l'échantillon. L'échantillon est la partie de la population qu'on interroge vraiment ; il doit lui ressembler (âges, lieux de vie, situations) pour que les résultats vaillent pour tous.
Étape 4 : La méthode et l'outil. Quantitative ou qualitative ; questionnaire, entretien ou observation. Le protocole précise qui recueille quoi, auprès de qui, quand et comment.
Étape 5 : Le traitement et la présentation. Pourcentages pour les chiffres, regroupement par thèmes pour les entretiens, puis un rapport qui répond à la question de départ.
Avant tout recueil, fais une recherche documentaire : la DREES, le service statistique des ministères de la santé et du social, a peut-être déjà publié la réponse.
Une étude pose aussi des questions éthiques : les personnes savent-elles à quoi servent leurs réponses, ont-elles accepté, leur nom disparaît-il des résultats ? Et des données de santé, sensibles, ne se recueillent que si l'objectif l'exige.
Qualitatif ou quantitatif
Quantitatif, c'est mesurer ; qualitatif, c'est comprendre. Une question fermée propose des réponses à cocher ; un entretien semi-directif suit une liste de thèmes préparée, mais la personne répond avec ses mots.
| Méthode | Quantitative | Qualitative |
|---|---|---|
| Question typique | Combien ? Quelle part ? | Pourquoi ? Comment est-ce vécu ? |
| Outils | Questionnaire, données statistiques | Entretien semi-directif, observation |
| Personnes interrogées | Beaucoup, souvent un échantillon | Peu, choisies pour leur diversité |
| Limite | Ne dit pas pourquoi | Ne dit pas combien |
Piège classique : justifier une méthode par sa facilité (« le questionnaire, c'est rapide »). Seul compte le lien avec l'objectif : « on veut une part, donc un questionnaire » ; « on veut comprendre des freins inconnus, donc des entretiens ».
Traiter les données
Devant un tableau, lis d'abord son titre, sa source, son année et son unité (en milliers, en %, pour 100 000 habitants). Ensuite, deux calculs suffisent presque toujours.
Formule :
$$\text{part} = \frac{\text{effectif concerné}}{\text{effectif total}} \times 100$$
$$\text{taux d'évolution} = \frac{V_{\text{arrivée}} - V_{\text{départ}}}{V_{\text{départ}}} \times 100$$
La part compare des groupes de tailles différentes ; le taux d'évolution suit une valeur dans le temps. Les deux s'expriment en %.
Pourquoi une part ? Un grand quartier peut compter plus de malades qu'un petit, simplement parce qu'il a plus d'habitants.
Piège classique : confondre points et pourcentage. Si une part passe de 20 % à 25 %, elle gagne 5 points, mais elle augmente de 25 %, car $\dfrac{25 - 20}{20} \times 100 = 25$. Les deux affirmations sont justes ; l'erreur, c'est d'écrire « augmente de 5 % ».
La démarche de projet en quatre phases
En terminale, on passe de la connaissance à l'action. Un projet répond à un besoin repéré, pour une population cible, c'est-à-dire le public visé. Le programme le découpe en quatre phases : étude, conception du plan d'actions, mise en œuvre, évaluation (ressource eduscol de terminale, juin 2020).
La phase d'étude, c'est le diagnostic : la démarche d'étude de première sert à comprendre le besoin. La conception fixe un objectif général, puis des objectifs opérationnels, concrets et datés, et répartit le travail entre acteurs et partenaires. La mise en œuvre demande un pilotage : quelqu'un coordonne et ajuste. L'évaluation reprend une démarche d'étude pour mesurer les effets ; elle se prépare dès la conception, sinon on ne sait plus quoi mesurer.
Définition : un critère d'évaluation est ce que tu juges, par exemple la satisfaction des participants. Un indicateur est la donnée mesurable qui renseigne ce critère : ici, la part des participants qui se disent satisfaits dans un questionnaire de fin d'action.
Dernier réflexe : la ressource eduscol conseille d'associer la population cible à chaque étape, notamment au partage du diagnostic.
Exercices corrigés
Cherche chacun sur ta feuille avant d'ouvrir la correction.
Exercice 1 : Cas fictif. Le centre communal d'action sociale (CCAS) d'une ville s'inquiète de l'isolement des habitants de 75 ans et plus. Il envoie un questionnaire fermé à 300 d'entre eux, tirés au sort parmi les bénéficiaires de son portage de repas à domicile, pour mesurer la part de ceux qui voient un proche moins d'une fois par semaine. Identifie l'objet d'étude, la population, l'échantillon, la méthode et l'outil, puis une limite de cet échantillon.
Correction :
L'objet d'étude est la fréquence des contacts avec les proches. La population : tous les habitants de 75 ans et plus de la ville ; l'échantillon : les 300 personnes tirées au sort. La méthode est quantitative, puisqu'on veut une part, et l'outil un questionnaire fermé.
Limite : l'échantillon ne vient que du portage de repas, donc de personnes déjà connues du CCAS et visitées à chaque livraison. Celles qui ne profitent d'aucun service, peut-être les plus isolées, ne pouvaient pas être tirées au sort : le résultat ne vaut pas pour toute la population.
Exercice 2 : Une ville veut comprendre pourquoi des jeunes de 18 à 25 ans ne demandent pas une aide à laquelle ils ont droit. Un élève propose d'envoyer à 500 jeunes un questionnaire à choix multiples. Que lui réponds-tu ?
Correction :
L'objectif est de comprendre des raisons qu'on ne connaît pas d'avance : il faut une méthode qualitative. Un questionnaire à choix multiples ne proposerait que les raisons imaginées par son auteur.
Commence par des entretiens semi-directifs avec quelques jeunes aux situations variées. Un questionnaire construit à partir de ce qu'ils disent pourra ensuite mesurer le poids de chaque raison : les deux méthodes se complètent.
Exercice 3 : Données fictives. Parmi les habitants de 75 ans et plus, 360 sur 2 000 vivent seuls dans le quartier A, et 650 sur 5 000 dans le quartier B. Un élu affirme : « Vivre seul à cet âge est plus fréquent dans le quartier B. » 1) Vérifie. 2) Dix ans plus tôt, cette part valait 15 % dans le quartier A. De combien de points a-t-elle augmenté, et quel est son taux d'évolution ?
Correction :
1) « Fréquent » appelle une part. Quartier A : $\dfrac{360}{2\,000} \times 100 = 18$ %. Quartier B : $\dfrac{650}{5\,000} \times 100 = 13$ %. Le quartier B compte plus de personnes seules (650 contre 360) parce qu'il est plus peuplé, mais la situation est plus fréquente dans le quartier A : l'élu se trompe.
2) De 15 % à 18 % : $18 - 15 = 3$ points. Taux d'évolution : $\dfrac{18 - 15}{15} \times 100 = 20$ %. La part a gagné 3 points, soit une hausse de 20 %.
Exercice 4 : Cas fictif, suite de l'exercice 1. Des entretiens montrent que beaucoup de personnes âgées ne sortent plus faute de transport. Le CCAS lance, avec une association de bénévoles, un après-midi convivial chaque semaine dans une salle municipale, avec un minibus qui va chercher les participants. En trois mois, 42 des 120 personnes invitées sont venues au moins une fois. 1) À quelle phase du projet appartiennent les entretiens ? 2) Propose un critère d'évaluation et son indicateur, puis calcule-le. 3) Pourquoi le minibus est-il indispensable ?
Correction :
1) À la phase d'étude, le diagnostic : ils expliquent le besoin avant d'agir.
2) Critère : la participation du public visé. Indicateur : la part des invités venus au moins une fois, $\dfrac{42}{120} \times 100 = 35$ %. Ce chiffre se juge par rapport à la valeur visée, fixée dès la conception.
3) Il répond à la cause trouvée au diagnostic, le manque de transport : sans lui, l'après-midi existerait, mais le public visé ne pourrait pas venir. C'est ce lien entre diagnostic et action qu'on attend quand tu analyses un projet.
À retenir
À retenir :
- Une étude se lit dans l'ordre : commande, objet et hypothèses, population et échantillon, méthode et outil, traitement.
- Quantitatif pour mesurer, qualitatif pour comprendre ; la méthode se justifie par l'objectif.
- Un échantillon qui ne ressemble pas à la population fausse les résultats.
- Pour comparer des groupes de tailles différentes, calcule des parts, et ne confonds pas points et pourcentage.
- Un projet : étude, conception, mise en œuvre, évaluation ; critères et indicateurs se fixent dès la conception.
Sources
- Ressource eduscol de mise en œuvre du programme de STSS, classe de première, juin 2019 : document sur eduscol.
- Ressource eduscol de mise en œuvre du programme de STSS, classe de terminale, juin 2020 : document sur eduscol.