Niveau : licence, du facile au difficile. Durée estimée : 60 min. 8 exercices avec corrections détaillées.
Rappel des notions clés
La monnaie naît surtout du crédit : quand ta banque te prête 10 000 €, elle inscrit 10 000 € sur ton compte, et cette monnaie n'existait pas avant. La banque centrale agit sur le coût du crédit par ses taux directeurs, les taux auxquels elle prête aux banques ou rémunère leurs dépôts. Taux en hausse, crédit plus cher, demande et prix freinés : c'est la chaîne à dérouler.
La monnaie sert d'unité de compte, d'intermédiaire des échanges et de réserve de valeur. Selon la Banque de France (2024), plus de 90 % de la monnaie en circulation dans la zone euro est scripturale (dépôts à vue) ; le reste est fiduciaire (billets et pièces). La BCE, indépendante des gouvernements, vise d'abord la stabilité des prix : 2 % d'inflation à moyen terme, une cible symétrique, car un écart vers le bas est aussi indésirable qu'un écart vers le haut (BCE, 2025). Quand ses taux touchent leur plancher, elle achète des titres en masse : c'est l'assouplissement quantitatif.
Formules à retenir :
- $M1$ = billets et pièces en circulation + dépôts à vue.
- $M2 = M1$ + dépôts à terme jusqu'à 2 ans + dépôts remboursables avec préavis jusqu'à 3 mois (livrets d'épargne).
- $M3 = M2$ + pensions (prêts garantis par des titres), parts de fonds monétaires et titres de créance des banques jusqu'à 2 ans.
- Multiplicateur de crédit : $k = \dfrac{1}{t}$, avec $t$ le taux de réserves obligatoires (part des dépôts gardée à la banque centrale).
- Taux réel (approximation de Fisher) : $r \approx i - \pi$, avec $i$ le taux nominal et $\pi$ l'inflation anticipée.
- Rendement d'un titre acheté au prix $P$ qui rembourse $V$ dans un an : $\dfrac{V}{P} - 1$.
- Règle de Taylor : $i = r^* + \pi + 0{,}5\,(\pi - \pi^*) + 0{,}5\,(y - y^*)$, avec $r^*$ le taux réel neutre, $\pi^*$ la cible d'inflation et $y - y^*$ l'écart de production, en % du PIB potentiel.
Piège classique : déposer 1 000 € de billets à la banque ne crée pas de monnaie. Elle change seulement de forme : les billets quittent la circulation, un dépôt à vue de 1 000 € apparaît. C'est le crédit qui crée la monnaie scripturale : on dit que « les crédits font les dépôts ».
Exercices : niveau facile
Exercice 1 : Donne la fonction de la monnaie dans chaque situation.
a) Un menu affiche un plat à 14 €. b) Tu paies ce plat par carte. c) Tu gardes 200 € sur ton compte pour le loyer du mois suivant.
d) La carte bancaire est-elle de la monnaie ? Justifie.
Correction :
Cherche si la monnaie mesure, paie ou attend.
a) Le prix mesure la valeur du plat : unité de compte. b) La monnaie passe au restaurant contre le plat : intermédiaire des échanges. c) Tu reportes ton pouvoir d'achat : réserve de valeur.
d) Non : c'est un instrument de paiement, qui fait circuler la monnaie scripturale de ton compte, le dépôt à vue.
Exercice 2 : Une économie fictive suit les définitions de la BCE. Montants en milliards d'euros : billets et pièces en circulation, 150 ; dépôts à vue, 800 ; dépôts à terme jusqu'à 2 ans, 300 ; livrets d'épargne (préavis jusqu'à 3 mois), 200 ; titres de créance des banques jusqu'à 2 ans, 100 ; dépôts à terme de plus de 2 ans, 50.
Calcule M1, M2 et M3.
Correction :
Chaque agrégat reprend le précédent et ajoute des placements moins liquides, c'est-à-dire moins vite dépensables.
$M1 = 150 + 800 = 950$ ; $M2 = 950 + 300 + 200 = 1\,450$ ; $M3 = 1\,450 + 100 = 1\,550$.
M1 vaut 950, M2 1 450 et M3 1 550 milliards d'euros. Les dépôts à plus de 2 ans n'entrent dans aucun agrégat.
Exercice 3 : a) Quel est l'objectif principal de la BCE, et comment le chiffre-t-elle ?
b) Avec 5 % d'inflation, un gouvernement voudrait, avant une élection, que la banque centrale garde des taux bas pour soutenir l'emploi (situation fictive). Explique pourquoi l'indépendance protège contre l'inflation.
Correction :
a) La stabilité des prix, soit 2 % d'inflation à moyen terme, cible symétrique. La croissance et l'emploi viennent ensuite.
b) Raisonne en anticipations (les prévisions d'inflation). Des taux bas en pleine inflation gonflent la demande. Si chacun croit que la banque centrale cédera, salaires et prix montent par avance, et l'inflation s'entretient. Parce qu'elle ne prend pas d'ordres du gouvernement, la banque centrale rend sa cible crédible : l'indépendance ancre les anticipations près de 2 %.
Exercices : niveau moyen
Exercice 4 : Le taux de réserves obligatoires est de 10 % (donnée fictive). Un client dépose 1 000 € en billets à sa banque.
a) Calcule les réserves sur ce dépôt et la somme que la banque peut prêter.
b) Chaque prêt revient en dépôt et aucune banque ne garde plus que le minimum de réserves. Calcule le total final des dépôts.
c) De combien la masse monétaire a-t-elle augmenté ?
Correction :
Applique le multiplicateur, puis retire la monnaie qui existait déjà.
a) $1\,000 \times 0{,}10 = 100$ : 100 € de réserves et 900 € à prêter.
b) $k = \dfrac{1}{0{,}10} = 10$ et $1\,000 \times 10 = 10\,000$ : 10 000 € de dépôts.
c) Les 1 000 € déposés étaient déjà de la monnaie : $10\,000 - 1\,000 = 9\,000$, soit 9 000 €, la somme des crédits accordés ($900 + 810 + 729 + \dots$).
Répondre 10 000 €, c'est tomber dans le piège. Et ce modèle simplifie : en réalité, la banque accorde d'abord le crédit, qui crée le dépôt.
Exercice 5 : Une banque centrale fait face à 6 % d'inflation pour une cible de 2 % (données fictives). Décris deux instruments conventionnels qu'elle peut employer et explique comment chacun freine les prix.
Correction :
Il faut une politique restrictive : pour chaque instrument, déroule la chaîne jusqu'aux prix.
Relever les taux directeurs. Les banques se refinancent plus cher et relèvent les taux de leurs crédits ; ménages et entreprises empruntent moins pour consommer et investir, la demande ralentit, les prix aussi.
Relever le taux de réserves obligatoires. Le multiplicateur $k = 1/t$ baisse : les banques prêtent moins, donc créent moins de monnaie.
L'effet passe par le crédit, donc il arrive avec retard.
Exercice 6 : Après une baisse des taux directeurs, le taux d'un crédit immobilier passe de 4,5 % à 3 % ; l'inflation anticipée reste à 2 % (données fictives).
a) Calcule le taux réel avant et après.
b) Explique l'effet attendu sur l'investissement des ménages en logement, puis sur le taux de change de la monnaie du pays.
Correction :
Le taux réel est le coût de l'emprunt, inflation retirée.
a) $4{,}5 - 2 = 2{,}5$, puis $3 - 2 = 1$ : le taux réel passe de 2,5 % à 1 %.
b) Emprunter coûte moins en pouvoir d'achat : l'investissement en logement augmente. Les placements dans cette monnaie rapportent moins, des capitaux partent : la monnaie se déprécie, ce qui aide les exportations.
C'est le taux réel, pas le nominal, qui guide la décision d'emprunter.
Exercices : niveau difficile
Exercice 7 : Taux directeurs au plancher, inflation sous la cible : la banque centrale lance un assouplissement quantitatif. Un titre public rembourse 1 000 € dans un an, sans autre versement (données fictives).
a) Il valait 980 € ; les achats de la banque centrale portent son prix à 990 €. Calcule son rendement avant et après, en %, au centième.
b) Explique comment ce mécanisme soutient l'activité, et donne une limite.
Correction :
Le rendement rapporte le gain à l'échéance au prix payé.
a) $\dfrac{1\,000}{980} - 1 \approx 0{,}0204$ et $\dfrac{1\,000}{990} - 1 \approx 0{,}0101$ : le rendement passe de 2,04 % à 1,01 %. Quand le prix monte, le rendement baisse.
b) En baissant, les rendements des titres publics, qui servent de référence, entraînent les taux des crédits, alors que le taux directeur ne peut plus descendre : le crédit et la demande sont soutenus. Limite : si personne ne veut emprunter, l'effet sur l'activité reste faible.
Exercice 8 : Une banque centrale suit la règle de Taylor du rappel, avec $r^* = 2\,\%$ et $\pi^* = 2\,\%$.
a) Calcule le taux recommandé si $\pi = 3\,\%$ et $y - y^* = 0$.
b) Même calcul si $\pi = 0\,\%$ et $y - y^* = -4\,\%$ (récession).
c) Dans le cas a, avec une inflation anticipée de 3 %, calcule le taux réel : la politique freine-t-elle l'économie ?
d) Quel problème pose le cas b, et quelle réponse reste à la banque centrale ?
Correction :
Remplace chaque terme par sa valeur en points de pourcentage.
a) $i = 2 + 3 + 0{,}5\,(3 - 2) + 0{,}5 \times 0 = 5{,}5$ : 5,5 %.
b) $i = 2 + 0 + 0{,}5\,(0 - 2) + 0{,}5\,(-4) = 2 - 1 - 2 = -1$ : $-1\,\%$.
c) $5{,}5 - 3 = 2{,}5$ : taux réel de 2,5 %, au-dessus de $r^* = 2\,\%$, donc la politique freine. C'est voulu : un point d'inflation de plus relève le taux nominal de 1,5 point, donc le taux réel monte.
d) Le taux demandé est négatif. Sous un certain seuil, épargnants et banques garderaient des billets, qui rapportent 0 %. La banque centrale bute sur ce plancher et passe à l'assouplissement quantitatif de l'exercice 7.
Bilan et conseils
Ce qu'il faut retenir : la monnaie scripturale naît du crédit, pas du dépôt de billets. Une question de politique monétaire se traite en déroulant la chaîne, du taux directeur jusqu'aux prix, et en raisonnant en taux réel.
Sources
- BCE, Déclaration relative à la stratégie de politique monétaire de la BCE (2025).
- BCE, Monetary aggregates, définitions de M1, M2 et M3 (en anglais).
- Banque de France, Comment est créée la monnaie ?, ABC de l'économie, 2024.