Retour au blog

Introduction à la finance d'entreprise : bilan et trésorerie

Lis un bilan en trois étages, calcule le fonds de roulement, le besoin en fonds de roulement et la trésorerie nette, puis entraîne-toi sur trois exercices corrigés.

Cet article a été rédigé à des fins pédagogiques. Les informations présentées peuvent évoluer. Nous t’invitons à vérifier auprès de sources officielles.

Pour comprendre la trésorerie d'une entreprise, lis son bilan en trois étages : en haut le fonds de roulement (FR), au milieu le besoin en fonds de roulement (BFR), en bas la trésorerie nette (TN), avec $\text{TN} = \text{FR} - \text{BFR}$. Exemple : si ses ressources stables (capitaux propres et emprunts) dépassent ses immobilisations de 80 000 €, mais que ses stocks et ses factures clients pas encore payées bloquent 100 000 €, il lui manque 20 000 €, prêtés par la banque en découvert.

Tu vas faire ce calcul sur un bilan complet, voir d'où vient la formule, puis t'entraîner sur trois exercices corrigés.

Le bilan lu en trois étages

Le bilan fait partie des comptes annuels que tout commerçant établit à la clôture de son exercice, sa période comptable (Code de commerce, art. L123-12). Il décrit séparément l'actif et le passif, et fait apparaître à part les capitaux propres (art. L123-13).

L'actif montre ce que l'entreprise a fait de son argent : machines, stocks, factures à encaisser, argent en banque. Le passif montre d'où il vient : capitaux propres (apports des associés et bénéfices gardés dans l'entreprise) et dettes. Chaque euro employé vient de quelque part, donc les deux totaux sont égaux.

Pour parler trésorerie, on range les postes selon leur rôle : c'est le bilan fonctionnel, en trois étages qui donnent chacun un solde.

ÉtageÀ l'actifAu passifSolde
Haut : le financement durableImmobilisationsCapitaux propres, empruntsFR
Milieu : l'exploitationStocks, créances clientsDettes fournisseurs, dettes fiscales et socialesBFR
Bas : la trésorerieDisponibilitésConcours bancaires courantsTN

Les immobilisations sont les biens gardés plusieurs années (locaux, machines, logiciels) ; les créances clients, les factures pas encore encaissées. Les dettes fiscales et sociales sont dues à l'État, aux organismes sociaux et aux salariés. Les disponibilités sont l'argent en banque et en caisse ; les concours bancaires courants, les découverts et crédits bancaires de très court terme.

Formule :

$$\text{FR} = \text{ressources stables} - \text{immobilisations}$$ $$\text{BFR} = \text{stocks} + \text{créances} - \text{dettes d'exploitation}$$ $$\text{TN} = \text{disponibilités} - \text{concours bancaires courants}$$

Les ressources stables sont les capitaux propres et les emprunts ; les dettes d'exploitation, les dettes fournisseurs et les dettes fiscales et sociales. Les autres créances et dettes à court terme, hors exploitation (une machine reçue et pas encore payée, par exemple), entrent aussi dans le BFR.

Le BFR est l'argent que l'activité réclame d'avance : l'entreprise paie achats et salaires avant d'être payée par ses clients, et ses fournisseurs n'en financent qu'une partie par leurs délais.

Remarque : un bilan fonctionnel complet reprend les immobilisations à leur valeur d'origine et ajoute leurs amortissements (la perte de valeur constatée chaque année) aux ressources stables. Le même montant s'ajoutant des deux côtés, le FR ne change pas.

Piège classique : le découvert se range en bas, dans la trésorerie, même quand il dure, jamais en haut avec les emprunts. Si tu le remontes, tu gonfles le FR et tu effaces le découvert de la TN : l'entreprise paraît à l'aise alors qu'elle vit à crédit. C'est le piège de l'exercice 1.

Pourquoi la trésorerie vaut FR moins BFR

Cette égalité ne s'apprend pas par cœur : elle découle de l'équilibre du bilan. Note $I$ les immobilisations, $E$ l'actif du milieu (stocks, créances), $D$ les disponibilités, puis au passif $R$ les ressources stables, $P$ les dettes du milieu et $C$ les concours bancaires courants.

Le bilan est équilibré : $I + E + D = R + P + C$. On isole $D - C$ et on regroupe par étage :

$$D - C = (R - I) - (E - P)$$

$R - I$ est le FR, $E - P$ le BFR et $D - C$ la TN, donc $\text{TN} = \text{FR} - \text{BFR}$.

Lis-la dans le bon sens : la trésorerie est ce qui reste quand le FR a financé le BFR. Tu y gagnes aussi un contrôle : calculée par le haut ou par le bas, la TN doit donner le même nombre, sinon un poste est mal rangé.

Un bilan lu de bout en bout

Voici le bilan simplifié d'un fabricant de vélos électriques à la clôture de son exercice (données fictives, montants nets en euros).

ActifMontantPassifMontant
Immobilisations300 000Capitaux propres220 000
Stocks90 000Emprunts bancaires160 000
Créances clients120 000Dettes fournisseurs70 000
Disponibilités10 000Dettes fiscales et sociales40 000
Concours bancaires courants30 000
Total520 000Total520 000

Étape 1 : le haut. Les ressources stables valent $220\,000 + 160\,000 = 380\,000$ €, donc $\text{FR} = 380\,000 - 300\,000 = 80\,000$ €.

Étape 2 : le milieu. $\text{BFR} = (90\,000 + 120\,000) - (70\,000 + 40\,000) = 100\,000$ €.

Étape 3 : le bas. $\text{TN} = 10\,000 - 30\,000 = -20\,000$ €.

Étape 4 : le contrôle. $\text{FR} - \text{BFR} = 80\,000 - 100\,000 = -20\,000$ €, la même valeur.

La structure durable est saine : les ressources stables paient toutes les immobilisations et laissent 80 000 € d'avance. Mais l'activité en réclame 100 000 €, et la banque prête à court terme les 20 000 € qui manquent : c'est le point faible de ce bilan. Quant aux bénéfices, c'est le compte de résultat qui les dit.

Ce qui fait bouger la trésorerie

Puisque $\text{TN} = \text{FR} - \text{BFR}$, il n'y a que deux leviers : augmenter le FR ou réduire le BFR.

Le FR monte avec un apport des associés, un nouvel emprunt, un bénéfice gardé ou la vente d'une immobilisation. Il baisse quand l'entreprise investit sans financement durable, rembourse un emprunt ou verse des dividendes (la part du bénéfice distribuée aux associés).

Le BFR baisse quand les stocks diminuent, quand les clients paient plus vite ou quand les fournisseurs laissent plus de temps. Entre professionnels, la loi plafonne ces délais, hors règles propres à certains secteurs : 60 jours après l'émission de la facture, ou 45 jours fin de mois si le contrat le prévoit expressément (Code de commerce, art. L441-10).

La croissance joue en sens inverse : quand les ventes montent, stocks et créances clients suivent, et le BFR avec eux. L'exercice 3 montre qu'une entreprise rentable peut ainsi passer à découvert.

Piège classique : un bénéfice n'est pas de la trésorerie. Le compte de résultat récapitule produits et charges de l'exercice sans tenir compte de leur date d'encaissement ou de paiement (Code de commerce, art. L123-13). Une vente facturée en décembre et payée en février compte dans le bénéfice d'un exercice clos le 31 décembre, pas dans sa trésorerie à cette date.

Exercices corrigés

Du plus direct au niveau d'un contrôle : cherche chacun avant d'ouvrir la correction.

Exercice 1 : À la clôture, un bilan affiche (données fictives) : immobilisations 200 000 €, stocks 40 000 €, créances clients 60 000 €, disponibilités 5 000 € ; capitaux propres 150 000 €, emprunt bancaire 50 000 €, découvert bancaire 25 000 €, dettes fournisseurs 55 000 €, dettes fiscales et sociales 25 000 €. Un étudiant range le découvert avec l'emprunt et trouve une trésorerie nette de 5 000 €. Refais le calcul et explique son erreur.

Correction :

Le découvert va en bas. $\text{FR} = (150\,000 + 50\,000) - 200\,000 = 0$ €.

$\text{BFR} = (40\,000 + 60\,000) - (55\,000 + 25\,000) = 20\,000$ €.

$\text{TN} = 5\,000 - 25\,000 = -20\,000$ €, et le contrôle tombe juste : $0 - 20\,000 = -20\,000$ €.

En remontant le découvert, l'étudiant obtient $\text{FR} = 225\,000 - 200\,000 = 25\,000$ € puis $\text{TN} = 25\,000 - 20\,000 = 5\,000$ €, soit les seules disponibilités : le découvert a disparu. En réalité, tout le BFR est financé par la banque, à court terme.

Exercice 2 : Une entreprise vend pour 720 000 € toutes taxes comprises (TTC) par an, régulièrement sur l'année, et ses clients la paient à 60 jours (données fictives). Elle obtient qu'ils paient à 30 jours, sans perdre de ventes. De combien ses créances clients baissent-elles, et quel est l'effet sur sa trésorerie nette si rien d'autre ne change ? Compte une année de 360 jours.

Correction :

On raisonne en TTC, car le client doit aussi la TVA facturée. Une journée de ventes vaut $\dfrac{720\,000}{360} = 2\,000$ € TTC.

À 60 jours, les clients doivent en permanence 60 jours de ventes : $2\,000 \times 60 = 120\,000$ €. À 30 jours : $2\,000 \times 30 = 60\,000$ €.

Les créances clients baissent de 60 000 €, le BFR aussi, et le FR ne bouge pas : la trésorerie nette gagne 60 000 €, sans aucun emprunt.

Exercice 3 : Le BFR d'une entreprise représente 20 % de son chiffre d'affaires hors taxes (données fictives). L'an dernier, elle a vendu pour 500 000 € hors taxes, avec un FR de 110 000 €. Cette année, ses ventes montent à 650 000 € hors taxes. Elle fait un bénéfice de 15 000 €, qu'elle garde entièrement, et ne touche ni à ses immobilisations ni à ses emprunts. Calcule sa trésorerie nette l'an dernier, puis cette année. Que constates-tu ?

Correction :

L'an dernier : $\text{BFR} = 0{,}20 \times 500\,000 = 100\,000$ € et $\text{TN} = 110\,000 - 100\,000 = 10\,000$ €.

Cette année, le bénéfice gardé s'ajoute aux capitaux propres, donc aux ressources stables : $\text{FR} = 110\,000 + 15\,000 = 125\,000$ €. Le BFR suit les ventes : $\text{BFR} = 0{,}20 \times 650\,000 = 130\,000$ €. D'où $\text{TN} = 125\,000 - 130\,000 = -5\,000$ €.

Rentable et en croissance, l'entreprise passe pourtant à découvert : la croissance a ajouté 30 000 € de BFR, le bénéfice seulement 15 000 € de FR. Pour grandir sans découvert, il lui faut au moins 5 000 € de ressources stables en plus, ou un BFR plus léger.

À retenir

À retenir :

  • Le bilan fonctionnel se lit en trois étages : financement durable, exploitation, trésorerie.
  • $\text{FR} = \text{ressources stables} - \text{immobilisations}$ et $\text{BFR} = \text{stocks} + \text{créances} - \text{dettes d'exploitation}$.
  • $\text{TN} = \text{FR} - \text{BFR}$, qui est aussi disponibilités moins concours bancaires courants : calcule-la des deux façons.
  • Le découvert va dans la trésorerie, jamais avec les emprunts.
  • Un bénéfice n'est pas de la trésorerie, et la croissance fait monter le BFR.

Sources

  • Code de commerce, article L123-12, comptes annuels : Légifrance.
  • Code de commerce, article L123-13, bilan et compte de résultat : Légifrance.
  • Code de commerce, article L441-10, délais de paiement : Légifrance.

Tu peux partager cette page librement, en citant ORBITECH AI Academy avec son lien.