La macroéconomie étudie l'économie d'un pays entier, et l'actualité la résume en trois chiffres : la croissance du PIB pour la production, l'inflation pour les prix, le taux de chômage pour l'emploi. Pour lire chacun, pose-toi la même question : qu'est-ce qu'on compare, et à quoi ? La croissance compare le PIB d'un trimestre au précédent (0,0 % en France au deuxième trimestre 2026), l'inflation compare les prix d'un mois à ceux du même mois un an plus tôt (+2,4 % en août 2026), et le taux de chômage rapporte les chômeurs aux actifs (8,3 % au deuxième trimestre 2026), d'après l'Insee.
Trois outils de calcul
Formule : d'une valeur de départ $V_D$ à une valeur d'arrivée $V_A$, le taux de variation $t$, en pourcentage, et le coefficient multiplicateur $CM$ valent :
$$t = \frac{V_A - V_D}{V_D} \times 100 \qquad CM = \frac{V_A}{V_D} = 1 + \frac{t}{100}$$
Le coefficient multiplicateur sert dès que les variations s'enchaînent : elles se multiplient, elles ne s'additionnent pas. Des prix qui montent de 2 % puis de 3 % sont multipliés par $1{,}02 \times 1{,}03 = 1{,}0506$ : la hausse est de 5,06 %, pas de 5 %. Sur dix ans à 2 %, l'écart se voit : $1{,}02^{10} \approx 1{,}219$, soit près de 22 % de hausse et non 20 %.
Un indice compare une grandeur à sa valeur d'une période de base, fixée à 100 : $I = \dfrac{V}{V_{\text{base}}} \times 100$. L'indice des prix à la consommation de l'Insee a pour base la moyenne de 2025 et vaut 103,35 en août 2026 : les prix sont alors 3,35 % au-dessus de leur niveau moyen de 2025.
Piège classique : l'écart entre deux taux se compte en points de pourcentage. Le taux de chômage a gagné 0,7 point en un an pour atteindre 8,3 % au deuxième trimestre 2026 : il est passé d'environ 7,6 % à 8,3 %. Écrire « +0,7 % » serait faux, car rapportée à son départ, la hausse du taux est d'environ $\dfrac{0{,}7}{7{,}6} \approx 9\,\%$. Même règle pour deux indices : leur écart se lit en points.
Lire la croissance du PIB
Le PIB (produit intérieur brut) mesure la richesse produite sur le territoire pendant une période. Sa croissance se lit en volume, c'est-à-dire sans l'effet de la hausse des prix : on veut savoir si l'on produit plus, pas si tout coûte plus cher.
L'Insee la publie chaque trimestre, par rapport au trimestre précédent, une fois corrigés les effets des saisons et du calendrier. Au deuxième trimestre 2026, le PIB de la France est stable, après une baisse de 0,2 % au premier trimestre (Insee).
Ce chiffre bouge encore après sa sortie. La première estimation, fin juillet 2026, annonçait +0,2 % ; les résultats détaillés du 28 août 2026 l'ont ramené à 0,0 %. Lis un PIB trimestriel comme une estimation, qui se précise à mesure que les données arrivent.
Piège classique : un taux trimestriel n'est pas un taux annuel. Une croissance de 0,5 % chaque trimestre donne sur un an $1{,}005^4 \approx 1{,}020$, soit environ 2 %. Avant de comparer deux croissances, vérifie qu'elles portent sur la même durée.
Lire l'indice des prix
L'inflation est la hausse générale et durable des prix. L'Insee la mesure avec l'indice des prix à la consommation (IPC), qui suit les prix des biens et services consommés par les ménages, à qualité constante. C'est une moyenne pondérée : chaque poste y pèse selon sa part dans les dépenses des ménages.
Le taux d'inflation annoncé dans les médias est un glissement annuel : il compare l'indice d'un mois à celui du même mois un an plus tôt. En août 2026, l'IPC augmente de 2,4 % sur un an, et de 0,7 % entre juillet et août (Insee).
Piège classique : ne compare jamais une variation sur un mois à une variation sur un an. Les +0,7 % d'août 2026 tiennent en partie à la saison : une fois corrigés des variations saisonnières, ils tombent à +0,2 %.
L'IPC sert aussi à passer d'une valeur nominale, en euros courants, à une valeur réelle, en euros constants. Un salaire ne gagne du pouvoir d'achat que s'il monte plus vite que les prix, et son évolution réelle se calcule en divisant les coefficients multiplicateurs (l'exercice 2 l'applique) :
$$CM_{\text{salaire réel}} = \frac{CM_{\text{salaire}}}{CM_{\text{prix}}}$$
Lire le taux de chômage
L'Insee range chaque personne de 15 ans ou plus dans un des trois groupes définis par le Bureau international du travail (BIT). En emploi : elle a travaillé contre rémunération au moins une heure dans une semaine donnée. Au chômage : elle est sans emploi, disponible sous deux semaines et cherche activement un emploi. Inactive : ni l'un ni l'autre. Les actifs regroupent les personnes en emploi et les chômeurs.
| Indicateur | Calcul | France, deuxième trimestre 2026 |
|---|---|---|
| Taux de chômage | $\dfrac{\text{chômeurs}}{\text{actifs}}$ | 8,3 % |
| Taux d'activité des 15-64 ans | $\dfrac{\text{actifs de 15 à 64 ans}}{\text{population de 15 à 64 ans}}$ | 75,4 % |
| Taux d'emploi des 15-64 ans | $\dfrac{\text{personnes en emploi de 15 à 64 ans}}{\text{population de 15 à 64 ans}}$ | 69,0 % |
Attention au dénominateur : le taux de chômage se rapporte aux actifs, les deux autres à toute la population de 15 à 64 ans, étudiants et retraités compris. Ces 8,3 % ne veulent donc pas dire que 8,3 % des 15-64 ans sont au chômage.
Entre chômage et inactivité s'étend une zone grise, le halo autour du chômage : des inactifs qui veulent travailler mais ne cherchent pas, ou qui cherchent sans être disponibles tout de suite. Au deuxième trimestre 2026, ils sont 1,9 million, soit 4,4 % des 15-64 ans (Insee).
Piège classique : un taux de chômage qui baisse n'est pas forcément une bonne nouvelle. Des chômeurs découragés qui arrêtent de chercher passent dans le halo, donc chez les inactifs : le taux de chômage baisse sans qu'aucun emploi soit créé. Lis-le toujours avec le taux d'emploi qui, à population égale, ne monte que si l'emploi augmente.
Exercices corrigés
Cherche chaque exercice sur ta feuille avant d'ouvrir sa correction.
Exercice 1 : Données fictives. L'indice des prix d'un pays vaut 100 en 2020, 104 en 2021 et 114,66 en 2023.
1. De combien les prix ont-ils augmenté entre 2020 et 2023 ?
2. Entre 2021 et 2023, l'indice gagne 10,66 points. Les prix ont-ils augmenté de 10,66 % ?
3. Quel taux annuel constant, appliqué deux années de suite, donne la hausse de 2021 à 2023 ?
Correction :
1. Le départ vaut 100, donc l'écart à 100 se lit directement en pourcentage : les prix ont augmenté de 14,66 %.
2. Non, car le départ n'est plus 100 : $\dfrac{114{,}66 - 104}{104} = \dfrac{10{,}66}{104} = 0{,}1025$. Les prix ont augmenté de 10,25 %, pour 10,66 points d'indice.
3. On cherche $t$ tel que $\left(1 + \dfrac{t}{100}\right)^2 = 1{,}1025$. Or $1{,}05^2 = 1{,}1025$ : les prix ont augmenté de 5 % par an.
Exercice 2 : D'après l'Insee, les prix à la consommation ont augmenté de 2,4 % entre août 2025 et août 2026. Sur la même période, le salaire net mensuel de Samir est passé de 1 800 euros à 1 836 euros (données fictives). Son pouvoir d'achat a-t-il augmenté ? Donne sa variation en pourcentage, au dixième près, puis son nouveau salaire en euros d'août 2025, à l'euro près.
Correction :
Son salaire a augmenté de $\dfrac{1\,836 - 1\,800}{1\,800} = 0{,}02$, soit 2 %, moins vite que les prix.
Coefficient multiplicateur de son salaire réel : $\dfrac{1{,}02}{1{,}024} \approx 0{,}9961$. Son pouvoir d'achat a baissé d'environ 0,4 %.
En euros d'août 2025, son nouveau salaire vaut $\dfrac{1\,836}{1{,}024} \approx 1\,793$ euros. Sa fiche de paie affiche 36 euros de plus, mais il achète un peu moins qu'un an plus tôt.
Exercice 3 : Données fictives. Un pays compte 40 millions de personnes de 15 à 64 ans : 27 millions en emploi, 3 millions de chômeurs au sens du BIT, les autres inactifs. On s'en tient à cette tranche d'âge.
1. Calcule le taux d'activité, le taux d'emploi et le taux de chômage.
2. Un an plus tard, la population et l'emploi n'ont pas bougé, mais 300 000 chômeurs ont cessé de chercher un emploi. Recalcule les trois taux et commente.
Correction :
1. Il y a $27 + 3 = 30$ millions d'actifs. Taux d'activité : $\dfrac{30}{40} = 75\,\%$. Taux d'emploi : $\dfrac{27}{40} = 67{,}5\,\%$. Taux de chômage : $\dfrac{3}{30} = 10\,\%$.
2. Les 300 000 découragés deviennent inactifs : il reste 2,7 millions de chômeurs pour 29,7 millions d'actifs. Taux de chômage : $\dfrac{2{,}7}{29{,}7} \approx 9{,}1\,\%$. Taux d'activité : $\dfrac{29{,}7}{40} = 74{,}25\,\%$. Taux d'emploi : toujours 67,5 %.
Le taux de chômage perd environ 0,9 point sans qu'aucun emploi soit créé. Le taux d'emploi, immobile, montre que la situation ne s'est pas améliorée.
À retenir
À retenir :
- Taux de variation : $\dfrac{V_A - V_D}{V_D} \times 100$ ; des variations successives se multiplient.
- L'écart entre deux taux ou deux indices se lit en points ; rapporté au départ, il devient un pourcentage.
- La croissance du PIB se lit en volume, d'un trimestre au suivant, et elle est révisée : ne la prends pas pour un taux annuel.
- L'inflation est le glissement annuel de l'IPC ; un salaire réel s'obtient en divisant son coefficient multiplicateur par celui des prix.
- Le taux de chômage se rapporte aux actifs : lis-le avec le taux d'emploi et le halo.
Sources
- Insee, comptes nationaux trimestriels, résultats détaillés du deuxième trimestre 2026, Informations rapides n° 212, 28 août 2026 : publication sur insee.fr.
- Insee, indice des prix à la consommation, résultats définitifs d'août 2026, Informations rapides n° 218, 15 septembre 2026 : publication sur insee.fr.
- Insee, taux de chômage au sens du BIT au deuxième trimestre 2026, Informations rapides n° 192, 7 août 2026 : publication sur insee.fr.