La socialisation primaire, c'est ce que tu apprends enfant et adolescent : dans ta famille, à l'école, avec tes amis et devant les écrans. La socialisation secondaire, c'est ce que tu apprends ensuite, adulte, dans un métier, en couple ou dans un engagement politique. Dire bonjour en entrant dans une boulangerie, tu l'as appris petit, à force de te le faire rappeler ; vouvoyer son chef, on l'apprend en arrivant dans une entreprise.
Se socialiser, c'est apprendre des autres
Définition : la socialisation est le processus par lequel un individu apprend et intériorise les normes et les valeurs de la société où il vit. Une valeur est un idéal, comme le respect d'autrui. Une norme est une règle de conduite qui en découle, et dont le non-respect est sanctionné : ne pas couper la parole, par exemple.
Intérioriser veut dire que la règle devient la tienne, au point que tu ne la remarques plus : tu ne te demandes pas chaque matin s'il faut s'habiller pour sortir.
On apprend de trois façons, souvent mêlées. Par injonction : on te dit quoi faire, avec récompenses et punitions (« dis merci »). Par imitation : tu reproduis ce que tu vois faire. Par interaction : tu ajustes ta conduite aux réactions des autres, un rire, une moquerie, un silence.
En SES, la socialisation est au programme de Seconde ; la distinction entre primaire et secondaire arrive en Première. Elle vient des sociologues Peter Berger et Thomas Luckmann (La Construction sociale de la réalité, 1966).
La socialisation primaire : famille, école, pairs, médias
La socialisation primaire se déroule pendant l'enfance et l'adolescence. C'est la plus profonde, parce qu'elle arrive en premier : le petit enfant prend le monde qui l'entoure pour le monde tout court. Chaque groupe qui transmet des normes est une instance de socialisation ; le programme de Seconde en retient quatre.
| Instance | Ce qu'on y apprend | Exemple |
|---|---|---|
| Famille | La langue, les manières de table, les goûts | « Range ta chambre. » |
| École | Des savoirs, des règles impersonnelles, les mêmes pour tous | Lever le doigt, arriver à l'heure |
| Groupe de pairs | Les codes de ton âge : langage, vêtements, musique | Porter les mêmes baskets que sa bande |
| Médias et écrans | Des modèles de réussite, de beauté, de rôles masculins et féminins | Une série, un influenceur |
Les pairs, ce sont les jeunes de ton âge, sur un pied d'égalité avec toi. Et les instances ne disent pas toujours la même chose : tes parents valorisent la lecture, ta bande s'en moque.
Piège classique : l'école n'est pas de la socialisation secondaire parce qu'elle vient après la famille. Ce qui sépare primaire et secondaire, c'est le moment de la vie, pas l'ordre des instances : famille et école sont les deux principales instances de socialisation primaire.
Une socialisation différenciée
Différenciée veut dire qu'on n'apprend pas la même chose selon son milieu social, son sexe ou la forme de sa famille.
Selon le milieu social : dans une famille où l'on tient un agenda, écrit des listes et lit une histoire le soir, l'enfant s'habitue à l'écrit, matière première de l'école. Les ambitions aussi s'apprennent. Depuis les années 1960, les sociologues observent qu'à résultats égaux, un élève de milieu populaire vise plus souvent des études courtes qu'un élève de milieu favorisé, en partie parce qu'il n'en a pas vu de longues autour de lui.
Selon le genre : filles et garçons ne reçoivent pas les mêmes jouets ni les mêmes remarques. Des sociologues ont observé que les parents contrôlent davantage le travail scolaire des garçons et parlent plus souvent avec les filles de leurs études et de leur avenir. Plus tard, les filles s'orientent plus souvent vers le social, l'enseignement ou le paramédical.
Selon la configuration familiale, c'est-à-dire la forme de la famille : un enfant peut vivre avec ses deux parents, avec un seul (famille monoparentale) ou avec un parent et son nouveau conjoint (famille recomposée). En résidence alternée, il passe d'un ensemble de règles à un autre. Le rang compte aussi : le soutien des parents à la scolarité diminue avec la taille de la fratrie et pour les cadets.
Conseil : en contrôle, une socialisation différenciée se prouve par un exemple précis : qui transmet quoi, à qui, comment, et avec quel effet.
La socialisation secondaire : travail, couple, politique
La socialisation secondaire commence à l'âge adulte et dure toute la vie, dans des mondes plus spécialisés où tu arrives déjà formé. Le programme de Première en cite trois : professionnelle, conjugale et politique.
Une jeune infirmière apprend le vocabulaire de son service, ses gestes, la façon de parler aux patients. Un couple qui s'installe accorde deux héritages familiaux, de l'heure des repas aux amis qu'on invite. En entrant dans un syndicat, un parti ou une association, on apprend à prendre la parole en réunion et à défendre une cause.
Exemple : Berger et Luckmann prennent le cas d'un cadre qui a appris dans son entreprise à porter une cravate. S'il rejoint une entreprise où personne n'en porte, il l'enlève sans peine. Venir travailler sans vêtements lui serait bien plus difficile : ce réflexe vient de sa socialisation primaire, sur laquelle la secondaire s'appuie sans jamais repartir de zéro.
La socialisation secondaire peut renforcer la primaire, comme pour la fille de médecins devenue médecin, ou la transformer : une personne qui émigre doit apprendre les codes d'une autre culture.
Des trajectoires improbables
Comme chacun reçoit des influences nombreuses, parfois contradictoires, un parcours peut déjouer les statistiques : c'est une trajectoire improbable. Par exemple, un enfant d'ouvriers qui devient médecin, ou à l'inverse un enfant de parents très diplômés en échec scolaire.
Le sociologue Bernard Lahire a étudié des enfants de CE2 de milieux populaires, certains avec de très bons résultats (Tableaux de familles, 1995). Il n'a pas trouvé de cause unique, mais des combinaisons : des parents qui se servent de l'écrit au quotidien, des horaires réguliers, une autorité fondée sur le dialogue, un rapport apaisé à l'école. D'autres enquêtes montrent l'inverse : un diplôme de parent qui ne passe pas dans les échanges de tous les jours ne se transmet pas tout seul.
Exercices corrigés
Cherche chacun sur ta feuille avant d'ouvrir la correction.
Exercice 1 : Primaire ou secondaire ? Pour chaque situation, donne aussi l'instance. a) Lina, 6 ans, apprend à lever le doigt en classe. b) Hugo, 16 ans, adopte le vocabulaire de son équipe de basket. c) Inès et Tom, 28 ans, emménagent ensemble et fixent l'heure du dîner.
Correction :
a) Primaire, école : Lina est une enfant, et l'école relève de la socialisation primaire. b) Primaire, groupe de pairs : à 16 ans, on est encore adolescent. c) Secondaire conjugale : le couple accorde des habitudes venues de deux familles.
Exercice 2 : Dans un club de sport (données fictives), la danse compte 40 inscrits, dont 34 filles, et le football 60 inscrits, dont 9 filles. Calcule la part des filles dans chaque activité, en pourcentage, puis dis ce que ces chiffres suggèrent. Un camarade conclut : « Les filles sont faites pour la danse. » Où est l'erreur ?
Correction :
Danse : $\dfrac{34}{40} \times 100 = 85\,\%$. Football : $\dfrac{9}{60} \times 100 = 15\,\%$.
Ces écarts peuvent s'expliquer par une socialisation différenciée selon le genre : jouets, encouragements et modèles orientent les goûts avant que l'enfant choisisse.
L'erreur : les chiffres montrent qui pratique quoi, pas pourquoi. Rien n'y dit que l'écart est naturel ; le sociologue cherche d'abord ce qui a été appris.
Exercice 3 : Clara a grandi dans une ferme ; ses parents, agriculteurs, ont quitté l'école à 16 ans. Une institutrice lui prêtait des livres, et une tante partie étudier en ville lui parlait de son métier. Devenue avocate, Clara a dû apprendre à s'habiller et à parler comme ses collègues. a) Quelle socialisation vit-elle alors ? b) Renforce-t-elle ou transforme-t-elle sa socialisation primaire ? c) Qu'est-ce qui a rendu son parcours possible ?
Correction :
a) Une socialisation secondaire professionnelle : adulte, Clara apprend les normes des avocats (tenue, langage) en imitant ses collègues.
b) Elle la transforme, car ces codes n'étaient pas ceux de sa famille. Clara est une transfuge de classe : elle a changé de milieu social grâce à ses études.
c) Sa socialisation primaire ne venait pas que de ses parents : l'institutrice et la tante lui ont donné l'habitude des livres et l'image d'un métier qualifié. Cette pluralité d'influences explique une trajectoire improbable.
À retenir
À retenir :
- La socialisation est l'intériorisation des normes et des valeurs, par injonction, imitation et interaction, tout au long de la vie.
- Primaire : enfance et adolescence, par la famille, l'école, les pairs et les médias ; c'est la plus profonde.
- Elle est différenciée selon le milieu social, le genre et la configuration familiale.
- Secondaire : à l'âge adulte, au travail, en couple, en politique ; elle renforce ou transforme la primaire.
- La pluralité des influences explique des trajectoires improbables.
Sources
- Programme de SES de seconde générale et technologique, Bulletin officiel spécial n° 1 du 22 janvier 2019 : texte sur eduscol.
- Programme de SES de première générale, même Bulletin officiel : texte sur education.gouv.fr.
- Collège de France, ressource pour la classe de Première sur la socialisation : document sur college-de-france.fr.